En vrac du vendredi

Installation de Android-x86 sur laptop

On s’amuse comme on peut.

Le besoin est venu du fait que mon fils avait un jeu sur sa tablette et ça l’énervait quand son frêre ou moi nous y jouions et débloquions des niveaux. Alors, je me suis dit qu’il devait bien y avoir moyen d’installer des apk sur PC.

Ca n’a pas été si facile que cela en fait. La plupart des émulateurs sont pour Windows. Il existe quelques projets pour Linux comme Anbox ou Slashlik mais certains à base de snap pour Ubuntu et je n’ai rien réussi à faire tourner sous Debian. Le projet le plus intéressant et le plus vivant restait Android-x86 sachant que RemixOS qui devait faire passer tous les PC sous Android s’est arrêté il y a un an. J’ai donc opté pour la 7.1rc2 disponible.

Android-x86 fonctionne comme une distribution, on l’installe sur une clé et on peut tester en live, ça déménage, mais la partition en principe persistante n’a pas fonctionné chez moi donc ne voulant pas installer dans un premier temps, je suis parti sur la virtualisation et là c’est beaucoup moins fluide. Une fois que je suis (difficilement) parvenu à installer le jeu souhaité (un truc qui a plus de 5 ans sans 3D), c’était injouable tellement ça saccadait.

Sur mon laptop, il y avait une partition de libre (pour rappel, je prévois toujours deux partitions pour une distribution afin de pouvoir tester ou mettre en place avant une bascule) donc je me lance. Ca tourne sauf qu’au redémarrage, pas d’Android dans le Grub et les update-grub n’y font rien. En cherchant un peu, il faut se taper le paramétrage du grub à la main. La doc datant de la version 4.4, je la recopie avec les mises à jour nécessaires car certains paramètres manquaient et empêchaient le démarrage.

Editer en root le fichier /etc/grub.d/40_custom
Et pour mon laptop asus, j’y ai collé ceci (pour la partition sda3):
menuentry "Android-x86" {
set root='(hd0,3)'
linux /android-7.1-rc2/kernel quiet root=/dev/ram0 androidboot_hardware=asus_laptop androidboot.selinux=permissive acpi_sleep=s3_bios,s3_mode SRC=/android-7.1-rc2
initrd /android-7.1-rc2/initrd.img}

Autre problème, le clavier est en qwerty, un peu casse-pied même si Android n’est pas un outil de productivité, il me permet malgré tout de taper ce billet de blog. Idem, voici donc la doc honteusement repompée de ce site :

Par défaut le clavier est QWERTY, pour le passer en AZERTY français il faut télécharger les fichiers ici : http://code.google.com/p/eee-qwertz/ et renommer azerty_internal.idc en AT_Translated_Set_2_keyboard.idc copier les fichiers du zip dans :
/system/usr/idc/AT_Translated_Set_2_keyboard.idc
/system/usr/keychars/azerty.fr_FR.kcm
/system/usr/keylayout/azerty.fr_FR.kl

Alors, après avoir fait mumuse quelques temps sur ce système, qu’en dire ? Pleins de jeux ne fonctionnent pas, ils crashent ou ne bootent pas ; c’est probablement un problème de compatibilité matérielle. Malgré tout, cela permet de tester des applications que l’on souhaite utiliser sur sa tablette ou son futur smartphone. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je suis toujours sur FirefoxOS mais le jour où le marketplace qui devait fermer en avril sera vraiment fermé, il faudra songer à changer. De toutes façons, je devrai changer un jour et actuellement, il n’y a plus que deux alternatives et même les systèmes dérivés (LineageOS, ResurectionRemix) ou communautaires (UBports, Replicant, rires dans la salle) ne sont disponibles que sur un nombre très restreint de téléphones généralement plus en vente.

Je ne peux pas dire que je sois totalament fan d’Android ; ça tourne plutôt bien et c’est assez bien foutu mais il y a Google dans tous les coins que l’on passe son temps à désactiver et toujours la sensation qu’il nous regarde par dessus l’épaule pour pomper tout ce qu’il peut. Après, il y a énormément d’appli mais il faut faire un sérieux tri entre le Premium, le gratuit truffé de pubs et le bon vieux propriétaire. F-Droid fait le job pour s’approvisionner en applis libres mais l’offre n’est pas beaucoup plus étoffée que sur FirefoxOS. Aptoid permet d’éviter le GooglePlay mais il y a à boire et à manger.

La seule lueur à l’horizon, c’est Librem qui a réussi son pari de financer un téléphone libre pour 2019 mais à un prix un peu rebutant. A part ça, on peut dire que jusque là, le libre n’a pas encore réussi à trouver sa place dans les appareils mobiles qui sont pourtant les plus sensibles au niveaux des données personnelles qu’ils contiennent et dont on devrait vraiment avoir le contrôle.

Revenu de base : le MFRB recherche deux volontaires en service civique !

Le MFRB (Mouvement français pour un revenu de base) est à la recherche de deux volontaires en service civique pour 8 mois, de fin décembre 2017 à août 2018 ! Si vous souhaitez vous investir dans des actions qui ont du sens et qui sont en lien avec l’actualité, cette mission est faite pour vous ! On vous attend pour participer ensemble à cette belle aventure autour du revenu de base 🙂

Une mission de sensibilisation au revenu de base

Afin de répondre aux aspirations des jeunes, la mission que nous proposons est volontairement vaste et relève de l’éducation pour tous. Ses objectifs visent à sensibiliser les citoyens au revenu de base inconditionnel en allant à la rencontre des publics. Elle permettra de créer des outils et des espaces pour expliquer au mieux ce concept et les problématiques qui l’entourent : démocratie, implication citoyenne, rapport au travail, réflexions sur le fonctionnement du système social et économique…

De nombreux projets vont ainsi être initiés ou dynamisés dans cette mission, notamment autour de la communication et des relations publiques : organiser des événements de sensibilisation en lien avec les groupes locaux du MFRB, contribuer à l’élaboration d’un journal citoyen sur le revenu de base, aller à la rencontre des citoyens pour connaître leur opinion sur le revenu de base, participer au travail pour développer les expérimentations de revenu de base en France, développer les rencontres avec les influenceurs (parlementaires, organisations de la société civile…) pour faire avancer l’idée dans la société, etc.

Les projets ne manquent pas au sein du MFRB ! Ils seront bien sûr adaptés en fonction des envies des jeunes en service civique et pourront être modulés au fil de la mission.

Vous avez moins de 25 ans et le revenu de base vous intéresse ?

La mission de service civique au sein du MFRB est accessible aux jeunes entre 18 et 25 ans. Deux postes sont à pourvoir à partir du 28 décembre 2017, pour une durée de huit mois. Proposez votre candidature en vous rendant sur la page de la mission !

Venez en discuter avec nous. Nous serons heureux d’échanger avec vous et de vous rencontrer pour réfléchir à la façon dont vous pourrez vous investir au sein du MFRB. L’avenir est entre nos mains, construisons-le ensemble !

Contact : damien.vasse@live.fr / 07 60 49 13 80

>> Je candidate ! << 

 

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Musique : La Tribu de Pierre Perret au café du canal (2017)

Pour la petite histoire, je zappais sur ma télévision un soir quand je tombe sur une reprise de « t’en fais pas mon ptit loup » qui m’intrigue. C’est une chanteuse brésilienne dont j’apprendrais ensuite qu’elle s’appelle Flavia Coelho, qui reprend ça et je vois ensuite qu’un album hommage à Pierre Perret est sorti. Vu le casting,… Lire la suite Musique : La Tribu de Pierre Perret au café du canal (2017)

Le chemin vers une informatique éthique

Le logiciel « open source » a gagné, tant mieux, c’est un préalable pour une informatique éthique, explique Daniel Pascot, qui a tout au long d’une carrière bien remplie associé enseignement et pratique de l’informatique, y compris en créant une entreprise.

Du côté de nos cousins d’Outre-Atlantique, on lui doit notamment d’avoir présidé aux destinées de l’association libriste FACIL (c’est un peu l’April du Québec) et milité activement pour la promotion de solutions libres jusqu’aux instances gouvernementales.

On peut se réjouir de l’ubiquité du logiciel libre mais les fameuses quatre libertés du logiciel libre (merci Mr Stallman) ne semblent en réalité concerner que les créateurs de logiciels. Les utilisateurs, peu réceptifs au potentiel ouvert par les licences libres, sont intéressés essentiellement par l’usage libre des logiciels et les services proposés par des entreprises intermédiaires. Hic jacet lupus… Quand ces services échappent à la portée des licences libres, comment garantir qu’ils sont éthiques ? La réflexion qu’entame Daniel Pascot à la lumière d’exemples concrets porte de façon très intéressante sur les conditions d’un contrat équilibré entre utilisateurs et fournisseurs de services. Les propositions de charte qu’il élabore ressemblent d’ailleurs plutôt à une liste des droits des utilisateurs et utilisatrices ;-)

Chez Framasoft, nous trouvons que ce sont là des réflexions et propositions fort bien venues pour le mouvement de CHATONS qui justement vous proposent des services divers en s’engageant par une charte.

Comme toujours sur le Framablog, les commentaires sont ouverts…


Le logiciel « open source » a gagné, oui mais…

Photo Yann Doublet

Les « libristes »1 se rendent progressivement compte que bien des combats qu’ils ont livrés étaient une cause perdue d’avance car ils sous-estimaient les conséquences de la complexité des logiciels. Quels que soient les bienfaits des logiciels libres, les utiliser exige une compétence et un entretien continu qui ne sont pas envisageables pour la grande majorité des individus ou organisations2.

Richard Stallman a fait prendre conscience de la nécessité de contrôler les programmes pour garantir notre liberté. La dimension éthique était importante : il parlait du bon et du mauvais logiciel. L’importance de ce contrôle a été mise en évidence par Lawrence Lessig avec son « Code is law »3. La nature immatérielle et non rivale du logiciel faisait que les libristes le considéraient naturellement comme un bien commun. Il leur semblait évident qu’il devait être partagé. Comme on vivait alors dans un monde où les ordinateurs étaient autonomes, la licence GPL avec ses libertés offrait un socle satisfaisant sur lequel les libristes s’appuyaient.

J’ai depuis plus de 20 ans enseigné et milité pour le logiciel libre que j’utilise quotidiennement. Comme tout bon libriste convaincu, j’ai présenté les quatre libertés de la GPL, et je reconnais que je n’ai pas convaincu grand monde avec ce discours. Qu’il faille garder contrôle sur le logiciel, parfait ! Les gens comprennent, mais la solution GPL ne les concerne pas parce que ce n’est absolument pas dans leur intention d’installer, étudier, modifier ou distribuer du logiciel. Relisez les licences et vous conviendrez qu’elles sont rédigées du point de vue des producteurs de logiciels plus que des utilisateurs qui n’envisagent pas d’en produire eux-mêmes.

Mais un objet technique et complexe, c’est naturellement l’affaire des professionnels et de l’industrie. Pour eux, la morale ou l’éthique n’est pas une préoccupation première, ce sont des techniciens et des marchands qui font marcher l’économie dans leur intérêt. Par contre, la liberté du partage du code pour des raisons d’efficacité (qualité et coût) les concerne. Ils se sont alors débarrassés de la dimension éthique en créant le modèle open source4. Et ça a marché rondement au point que ce modèle a gagné la bataille du logiciel. Les cinq plus grandes entreprises au monde selon leurs capitalisations boursières, les GAFAM, reposent sur ce modèle. Microsoft n’est plus le démon privatif à abattre, mais est devenu un acteur du libre. Enlevez le code libre et plus de Web, plus de courrier électronique, plus de réseaux sociaux comme Facebook, plus de service Google ou Amazon, ou de téléphone Apple ou Android. Conclusion : le logiciel libre a gagné face au logiciel propriétaire, c’est une question de temps pour que la question ne se pose plus.

Oui, mais voilà, c’est du logiciel libre débarrassé de toute évidence de sa dimension éthique, ce qui fait que du point de vue de l’utilisateur qui dépend d’un prestataire, le logiciel libre n’apporte rien. En effet, les prestataires de services, comme les réseaux sociaux ou les plates-formes de diffusion, ne distribuent pas de logiciel, ils en utilisent et donc échappent tout à fait légalement aux contraintes éthiques associées aux licences libres. Ce qui importe aux utilisateurs ce ne sont pas les logiciels en tant qu’objets, mais le service qu’ils rendent qui, lui, n’est pas couvert par les licences de logiciel libre. Circonstance aggravante, la gratuité apparente de bien des services de logiciel anesthésie leurs utilisateurs face aux conséquences de leur perte de liberté et de l’appropriation de leurs données et comportements (méta données) souvent à leur insu5.

Pourtant, aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous passer de logiciel, tout comme nous ne pouvons pas nous passer de manger. Le logiciel libre c’est un peu comme le « bio » : de plus en plus de personnes veulent manger bio, tout simplement parce que c’est bon pour soi (ne pas s’empoisonner), bon pour la planète (la préserver de certaines pollutions) ou aussi parce que cela permet d’évoluer vers une économie plus humaine à laquelle on aspire (économie de proximité). Le « bio » est récent, mais en pleine expansion, il y a de plus en plus de producteurs, de marchands, et nos gouvernements s’en préoccupent par des lois, des règlements, des certifications ou la fiscalité. Ainsi le « bio » ce n’est pas seulement un produit, mais un écosystème complexe qui repose sur des valeurs : si le bio s’était limité à des « écolos » pour auto-consommation, on n’en parlerait pas. Eh bien le logiciel c’est comme le bio, ce n’est pas seulement un produit mais aussi un écosystème complexe qui concerne chacun de nous et la société avec tous ses acteurs.

Dans l’écosystème logiciel, les éditeurs et les prestataires de service qui produisent et opèrent le logiciel, ont compris que le logiciel libre (au sens open source) est bon pour eux et s’en servent, car ils le contrôlent. Par contre il n’en va pas de même pour ceux qui ne contrôlent pas directement le logiciel. La licence du logiciel ne suffit pas à leur donner contrôle. Mais alors que faire pour s’assurer que le service rendu par le logiciel via un prestataire soit bon pour nous, les divers utilisateurs dans cet écosystème numérique complexe ?

Je vais ici commenter la dimension éthique de deux projets de nature informatique qui s’appuient sur du logiciel libre sur lesquels je travaille actuellement en tentant d’intégrer ma réflexion de militant, d’universitaire et de praticien. PIAFS concerne les individus et donc le respect de nos vies privées pour des données sensibles, celles de notre santé dans un contexte de partage limité, la famille. REA vise à garantir à une organisation le contrôle de son informatisation dans le cadre d’une relation contractuelle de nature coopérative.

Deux cas qui ont alimenté ma réflexion

PIAFS : Partage des Informations Avec la Famille en Santé

PIAFS est projet qui répond à un besoin non satisfait : un serveur privé pour partager des données de santé au sein d’une unité familiale à des fins d’entr’aide (http://piafs.org/). Cette idée, dans un premier temps, a débouché sur un projet de recherche universitaire pour en valider et préciser la nature. Pour cela il nous fallait un prototype.

Au-delà de la satisfaction d’un besoin réel, je cherchais en tant que libriste comment promouvoir le logiciel libre. Je constatais que mes proches n’étaient pas prêts à renoncer à leurs réseaux sociaux même si je leur en montrais les conséquences. Il fallait éviter une première grande difficulté : changer leurs habitudes. J’avais là une opportunité : mes proches, comme beaucoup de monde, n’avaient pas encore osé organiser leurs données de santé dans leur réseau social.

Si ce projet avait dès le départ une dimension éthique, il n’était pas question de confier ces données sensibles à un réseau social. J’étais dès le départ confronté à une dimension pratique au-delà de la disponibilité du logiciel. De plus, pour les utilisateurs de PIAFS, l’auto-hébergement n’est pas une solution envisageable. Il fallait recourir à un fournisseur car un tel service doit être assuré d’une manière responsable et pérenne. Même si l’on s’appuyait sur des coopératives de santé pour explorer le concept, il est rapidement apparu qu’il fallait recourir à un service professionnel classique dont il faut alors assumer les coûts6. Il fallait transposer les garanties apportées par le logiciel libre au fournisseur de service : l’idée de charte que l’on voyait émerger depuis quelques années semblait la bonne approche pour garantir une informatique éthique, et en même temps leur faire comprendre qu’ils devaient eux-mêmes assurer les coûts du service.

REA : Pour donner au client le contrôle de son informatisation

J’ai enseigné la conception des systèmes d’information dans l’université pendant près de 40 ans (à Aix-en-Provence puis à Québec), et eu l’occasion de travailler dans des dizaines de projets. J’ai eu connaissance de nombreux dérapages de coût ou de calendrier et j’ai étudié la plupart des méthodologies qui tentent d’y remédier. J’ai aussi appris qu’une des stratégies commerciales de l’industrie informatique (ils ne sont pas les seuls !) est la création de situations de rente pas toujours à l’avantage du client. Dans tout cela je n’ai pas rencontré grande préoccupation éthique.

J’ai eu, dès le début de ma carrière de professeur en systèmes d’information (1971), la chance d’assister, sinon participer, à la formalisation de la vision de Jean-Louis Le Moigne7 : un système d’information consiste à capturer, organiser et conserver puis distribuer et parfois traiter les informations créées par l’organisation. Cette vision s’opposait aux méthodologies naissantes de l’analyse structurée issues de la programmation structurée. Elle établissait que l’activité de programmation devait être précédée par une compréhension du fonctionnement de l’organisation à partir de ses processus. L’approche qui consiste à choisir une « solution informatique » sans vraiment repenser le problème est encore largement dominante. J’ai ainsi été conduit à développer, enseigner et pratiquer une approche dite à partir des données qui s’appuie sur la réalisation précoce de prototypes fonctionnels afin de limiter les dérapages coûteux (je l’appelle maintenant REA pour Référentiel d’Entreprise Actif, le code de REA est bien sûr libre).

Mon but est, dans ma perspective libriste, de redonner le contrôle au client dans la relation client-fournisseur de services d’intégration. Si ce contrôle leur échappe trop souvent du fait de leur incompétence technique, il n’en reste pas moins que ce sont eux qui subissent les conséquences des systèmes informatiques « mal foutus ». Là encore le logiciel libre ne suffit pas à garantir le respect du client et le besoin d’une charte pour une informatique éthique s’impose8 .

Photo EOI (CC-BY-SA 2.0)

Vers une charte de l’informatique libre, c’est-à-dire bonne pour l’écosystème numérique

Dans les deux cas, si l’on a les ressources et la compétence pour se débrouiller seul, les licences libres comme la GPL ou une licence Creative Commons pour la méthodologie garantissent une informatique éthique (respect de l’utilisateur, contribution à un bien commun). S’il faut recourir à un hébergeur ou un intégrateur, les garanties dépendent de l’entente contractuelle entre le client-utilisateur et le fournisseur.

Il y a une différence fondamentale entre le logiciel et le service. Le logiciel est non rival, il ne s’épuise pas à l’usage, car il peut être reproduit sans perte pour l’original, alors que le service rendu est à consommation unique. Le logiciel relève de l’abondance alors que le service relève de la rareté qui est le fondement de l’économie qui nous domine, c’est la rareté qui fait le prix. Le logiciel peut être mis en commun et partagé alors que le service ne le peut pas. L’économie d’échelle n’enlève pas le caractère rival du service. Et c’est là que la réalité nous rattrape : la mise en commun du logiciel est bonne pour nous tous, mais cela n’a pas de sens pour le service car aucun fournisseur ne rendra ce service gratuitement hormis le pur bénévolat.

Des propositions balisant un comportement éthique existent, en voici quelques exemples :

  • dans Le Manifeste pour le développement Agile de logiciels, des informaticiens ont proposé une démarche dite agile qui repose sur 4 valeurs et 12 principes. Sans être explicitement une charte éthique, la démarche est clairement définie dans l’optique du respect du client. Ce manifeste est utile dans le cas REA ;
  • la charte du collectif du mouvement CHATONS concerne les individus, elle est pensée dans un contexte d’économie sociale et solidaire, elle est inspirante pour le cas PIAFS ;
  • la charte de Framasoft définit un internet éthique, elle est inspirante pour le cas PIAFS mais aussi pour la définition d’un cadre global ;
  • dernièrement sous forme de lettre ouverte, un collectif issu du Techfestival de Copenhague propose une pratique éthique, utile pour les deux cas et qui permet de réfléchir au cadre global.

Les libristes, mais dieu merci ils ne sont pas les seuls, ont une bonne idée des valeurs qui président à une informatique éthique, bonne pour eux, à laquelle ils aspirent lorsqu’ils utilisent les services d’un fournisseur. Les exigences éthiques ne sont cependant pas les mêmes dans les deux cas car l’un concerne un service qui n’inclut pas de développement informatique spécifique et l’autre implique une activité de développement significative (dans le tableau ci-dessous seuls des critères concernant l’éthique sont proposés) :

Critères pour le client Dans le cas de PIAFS Dans le cas d’un projet REA
Respect de leur propriété Les données qu’ils produisent leur appartiennent, ce n’est pas négociable Tout document produit (analyse, …) est propriété du client
Respect de leur identité Essentiel Le client doit contrôler la feuille de route, ce sont ses besoins que l’on doit satisfaire par ceux du fournisseur
Respect de leur indépendance vis à vis du fournisseur Important, préside au choix des logiciels et des formats Critique : mais difficile à satisfaire.
Proximité du service : favoriser l’économie locale et protection contre les monopoles Important Important
Pérennité du service Important, mais peut être tempéré par la facilité du changement Essentiel : le changement est difficile et coûteux, mais la « prise en otage » est pire
Payer le juste prix Important Important
Partage équitable des risques Risque faible Essentiel car le risque est élevé
Mise en réseau Essentiel : la connexion « sociale » est impérative mais dans le respect des autres valeurs Plus aucune organisation vit en autarcie
Contribution (concerne le fournisseur) Non discutable, obligatoire Important mais aménageable

Entente sur le logiciel

Le client, individu ou organisation, doit avoir l’assurance que les logiciels utilisés par le fournisseur de services font bien et seulement ce qu’ils doivent faire. Comme il n’a pas la connaissance requise pour cette expertise, il doit faire confiance au fournisseur. Or, parce que celui-ci n’offre pas toute la garantie requise (volonté et capacité de sa part), il faut, dans cette situation, recourir à un tiers de confiance. Cette expertise externe par un tiers de confiance est très problématique. Il faut d’une part que le fournisseur donne accès aux logiciels et d’autre part trouver un expert externe qui accepte d’étudier les logiciels, autrement dit résoudre la quadrature du cercle !

Le logiciel libre permet de la résoudre. Il est accessible puisqu’il est public, il est produit par une communauté qui a les qualités requises pour jouer ce rôle de tiers de confiance. Ainsi, pour une informatique éthique :

  • tout logiciel utilisé par le fournisseur doit être public, couvert par une licence libre, ce qui le conduit à ne pas redévelopper un code existant ou le moins possible,
  • s’il est amené à produire du nouveau code,
    • le fournisseur doit le rendre libre. C’est à l’avantage de la société mais aussi du client dans un contexte de partage et de protection contre les situations de rente qui le tiennent en otage,
    • ou du moins le rendre accessible au client,
  • garantir que seul le code montré est utilisé,
  • utiliser des formats de données et documents libres.

L’éthique est complexe, il est difficile sinon impossible d’anticiper tous les cas. L’exigence de logiciel libre peut être adaptée à des situations particulières, par exemple si le prestataire est engagé pour un logiciel que le client ne désire pas partager il en prend alors la responsabilité, ou si la nécessité de poursuivre l’utilisation de logiciels non libres est non contournable temporairement.

Entente sur le bien ou service

Le critère du coût est propre au service. Dans une approche éthique le juste coût n’est pas la résultante du jeu de l’offre et de la demande, ni d’un jeu de négociation basé sur des secrets, et encore moins le résultat d’une rente de situation. Il s’agit pour le fournisseur de couvrir ses coûts et de rentabiliser son investissement (matériel, formation…). Une approche éthique impose  de la transparence, le client  :

  • doit savoir ce qu’il paye,
  • doit avoir la garantie que le contrat couvre tous les frais pour l’ensemble du service (pas de surprise à venir),
  • doit être capable d’estimer la valeur de ce qu’il paye,
  • doit connaître les coûts de retrait du service et en estimer les conséquences.

Le partage équitable du risque concerne essentiellement les projets d’informatisation avec un intégrateur. Il est rare que l’on puisse estimer correctement l’ampleur d’un projet avant de l’avoir au moins partiellement réalisé. Une part du risque provient de l’organisation et de son environnement, une autre part du risque provient des capacités du fournisseur et de ses outils. Ceci a un impact sur le découpage du projet, chaque étape permet d’estimer les suivantes :

  • tout travail réalisé par le fournisseur contributif au projet :
    • doit être payé,
    • appartient au client,
    • doit pouvoir être utilisé indépendamment du fournisseur.
  • le travail dont le volume est dépendant du client est facturé au temps,
  • le travail sous le contrôle du fournisseur doit si possible être facturé sur une base forfaitaire,
  • le client est maître de la feuille de route,
  • tout travail entamé par le fournisseur doit être compris et accepté par le client,
  • la relation entre le client et le fournisseur est de nature collaborative, le client participe au projet qui évolue au cours de la réalisation à la différence d’une relation contractuelle dans laquelle le client commande puis le fournisseur livre ce qui est commandé.

Conclusion : l’informatique éthique est possible

Pour tous les utilisateurs de l’informatique, c’est à dire pratiquement tout le monde et toutes les organisations de notre société numérique, il est aussi difficile de nier l’intérêt d’une informatique éthique que de rejeter le « bio », mais encore faut-il en être conscient. Le débat au sein des producteurs de logiciels reste difficile à comprendre. Ce qui est bon pour un libriste c’est un logiciel qui avant tout le respecte, alors que pour les autres informaticiens, c’est à dire la grande majorité, c’est un logiciel qui ne bogue pas. Fait aggravant : la vérité des coûts nous est cachée. Cependant au-delà de cette différence philosophique, l’intérêt du logiciel partagé est tel qu’un immense patrimoine de logiciel libre ou open source est disponible. Ce patrimoine est le socle sur lequel une informatique éthique est possible. Les deux cas présentés nous montent que les conditions existent dès maintenant.

Une informatique éthique est possible, mais elle ne sera que si nous l’exigeons. Les géants du Net sont de véritables états souverains devant lesquels même nos états baissent pavillon. La route est longue, chaotique et pleine de surprises, comme elle l’a été depuis la naissance de l’ordinateur, mais un fait est acquis, elle doit reposer sur le logiciel libre.

Le chemin se fait en marchant, comme l’écrivait le poète Antonio Machado, et c’est à nous libristes de nous donner la main et de la tendre aux autres. Ce ne sera pas facile car il faudra mettre la main à la poche et la bataille est politique. Il nous faut exiger, inspirés par le mouvement « bio », un label informatique éthique et pourquoi pas un forum mondial de l’écosystème numérique. La piste est tracée (à l’instar de la Quadrature du Net), à nous de l’emprunter.


Notes

  1. J’ai utilisé ce mot de libriste pour rendre compte de la dimension militante et à certains égards repliée sur elle-même, qu’on leur reproche souvent à raison.
  2. Voir sur ce point le blog NullPointerException, « Que faut-il pour XXX ? Du logiciel libre ! Non, une gouvernance éthique », 21/02/2017.
  3. Dans un article paru en 2000, Lawrence Lessig -auquel on doit les licences Creative Commons- a clairement mis en lumière que l’usage d’internet (et donc des logiciels) nous contraint, tout comme nous sommes contraint par les lois. Il nous y a alerté sur les conséquences relatives à notre vie privée. Voir la traduction française sur Framablog « Le code fait loi – De la liberté dans le cyberespace » (publié le 22/05/2010),
  4. Dans l’optique open source, un bon logiciel est un logiciel qui n’a pas de bogue. Dans l’optique logiciel libre, un bon logiciel est un logiciel éthique qui respecte son utilisateur et contribue au patrimoine commun. Dans les deux cas il est question d’accès au code source mais pour des raisons différentes, ce qui au plan des licences peut sembler des nuances : « Né en 1998 d’une scission de la communauté du logiciel libre (communauté d’utilisateurs et de développeurs) afin de conduire une politique jugée plus adaptée aux réalités économiques et techniques, le mouvement open source défend la liberté d’accéder aux sources des programmes qu’ils utilisent, afin d’aboutir à une économie du logiciel dépendant de la seule vente de prestations et non plus de celle de licences d’utilisation  ». Voir la page Wikipédia, « Open Source Initiative ».
  5. Voir par exemple Tristan Nitot, « Surveillance:// Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir », C&F éditions, 2016. L’interview de T. Nitot sur le Framablog. Le site « Social Cooling » (« Les données conduisent au refroidissement social »).
  6. La question de recourir à une organisation de l’économie sociale et solidaire s’est posée et ce n’est pas exclu.Cela n’a pas été retenu pour des raisons pratiques et aussi parce que la démarche visait à promouvoir une informatique éthique de la part des fournisseurs traditionnels locaux.
  7. Avant d’être connu comme un constructiviste Jean-Louis Le Moigne, alors professeur à l’IAE d’Aix-en-Provence, créait un enseignement de systèmes d’information organisationnels et lançait avec Huber Tardieu la recherche qui a conduit à la méthode Merise à laquelle j’ai participé car j’étais alors assistant dans sa petite équipe universitaire et il a été mon directeur de doctorat.
  8. Cela se dégage par exemple de la thèse de Balla Diop que j’ai dirigée. Il a comparé des implantations de ERP libres et propriétaires : du point de vue du client hormis les coûts il y a peu de différence. Voir Balla Diop, L’effet de la stratégie logicielle (ERP open source vs ERP commercial) sur le développement du capital humain des PME, Thèse de doctorat dirigée par D. Pascot, Université Laval, 2015.

Résister à la réduction : un manifeste

Joi Ito (@joi), le patron du Media Lab du MIT (voir nos récents articles : « L’avenir est-il à l’antidisciplinarité ? » et « Vers l’intelligence étendue ? ») vient de publier un très intéressant manifeste intitulé « Résister à la réduction ». Pour lui, explique-t-il nous sommes menacés par une réduction de sens et de valeur.

S’inspirant de Norbert Wiener et notamment de Cybernétique et société (dont la traduction littérale du titre originel serait plutôt « L’usage humain des êtres humains »), le paradigme de notre civilisation s’est simplifié tant et si bien qu’il a perdu de vue ses missions d’origines. La valeur et la complexité se sont concentrées de plus en plus sur la priorisation d’une croissance financière exponentielle, menées par des entreprises à but lucratif qui n’ont cessé de gagner autonomie, droits, pouvoir et influences sans aucune régulation. Le comportement de ces entités est devenu un cancer, avance-t-il sans ambages. Alors que les cellules saines régulent leur croissance et répondent à leur environnement, les cellules cancéreuses, elles, optimisent leur croissance sans contrainte et se propagent sans tenir compte de leur fonction ou de leur contexte.

Le monde n’est pas domptable

« L’idée que nous existons pour le bien du progrès et que le progrès exige en retour une croissance sans contrainte et exponentielle est le fouet qui nous fouette. Les entreprises modernes sont le produit naturel du paradigme du marché libre du système capitaliste. Norbert Wiener lui-même d’ailleurs appelle les entreprises des « machines de chair et de sang » et l’automatisation des « machines de métal ». Les nouvelles espèces de méga-entreprises que produit la Silicon Valley – les machines de bits – sont développées et gérées en grande partie par des gens qui croient en une nouvelle religion : la Singularité. Cette nouvelle religion n’est pas un changement fondamental de paradigme, mais plutôt l’évolution naturelle du culte de la croissance exponentielle appliquée au calcul moderne et à la science. Et l’asymptote de la croissance exponentielle du pouvoir du calcul est l’intelligence artificielle.

La notion de Singularité – c’est-à-dire l’idée que l’intelligence artificielle va supplanter les humains par sa croissance exponentielle – est une religion créée par des gens qui ont l’habitude d’utiliser le calcul pour résoudre des problèmes jusqu’à présent considérés comme impossibles à résoudre par des machines complexes. Ils ont trouvé un partenaire idéal avec le calcul numérique – un système de pensée connaissable et contrôlable qui s’améliore sans cesse dans sa capacité à maîtriser et traiter la complexité, conférant richesse et pouvoir à ceux qui la maîtrisent. Dans la Silicon Valley la combinaison de think tank et le succès financier du culte de la technologie ont créé un système de rétroaction positif qui a peu de disposition à la régulation. Alors qu’ils n’aiment pas qu’on compare leurs croyances à une religion et affirment que leurs idées sont basées sur la science et les preuves, ceux qui embrassent la Singularité s’engagent (…) surtout et d’abord à atteindre leur vision.

Les Singularitatiens croient que le monde est connaissable et simulable par ordinateur et que les ordinateurs seront capables de traiter le désordre du monde réel, comme ils résolvent bien d’autres problèmes qu’on ne pensait pas jusqu’à présent pouvoir être résolus par des ordinateurs. Pour eux, ce merveilleux outil, l’ordinateur, a si bien fonctionné qu’il va continuer à fonctionner pour tous les défis que nous lui adresserons, jusqu’à transcender les limites connues et que nous atteignons une sorte de vélocité pour nous extraire de la réalité. L’IA remplace déjà les humains dans la conduite automobile, le diagnostic de cancer ou la recherche de documents judiciaire. Pour eux, l’IA va continuer ses progrès sans fin jusqu’à fusionner avec nos cerveaux et devenir une super-intelligence toute puissante. »

Reste que pour Ito, l’idée qu’une intelligence supérieure sera demain capable de résoudre tous les problèmes est une vision « désespérément naïve ». « Plus de calcul ne nous rend pas plus intelligents, mais seulement plus puissants en terme de capacité de calcul ». Pour que la Singularité ait un résultat positif, il faut croire que, si on lui donne assez de pouvoir, le système saura d’une façon ou d’une autre comment se réguler. Le résultat final serait si complexe que nous humains ne serions pas en mesure de le comprendre, mais qu’il le comprendrait et le résoudrait par lui-même. En fait, cela ressemble un peu à la planification de l’ex-Union soviétique, ironise Ito, mais avec une information totale et un pouvoir illimité, deux conditions qui nous seront difficilement acceptables. Si certains Singularitariens ont une vision plus distribuée de ce futur, reste que tous pensent qu’avec suffisamment de pouvoir et de contrôle le monde est domptable.

Il nous faut refuser le réductionnisme utilitariste

Les Singularitariens croient dans les courbes exponentielles, des courbes de rétroactions positives sans limites. Mais ceux qui ne sont pas dans cette bulle explicative, croient plutôt en des courbes en S, à savoir que le monde s’adapte et s’autorégule. Pour Ito nous sommes là face à un réductionnisme insoutenable. Quand le psychologue BF Skinner a découvert le principe du renforcement, nous avons pu construire de nouvelles formes d’apprentissage depuis ses théories. Mais il a fallu du temps pour comprendre que les approches comportementalistes ne fonctionnent que pour un éventail restreint de formes d’apprentissages. L’eugénisme n’a cessé de simplifier le rôle de la génétique, cherchant toujours à fournir une vision scientifique réductionniste de la génétique, imaginant que nous pourrions « réparer l’humanité » en favorisant la sélection naturelle. Et les échos de l’eugénisme continuent leurs ravages aujourd’hui en tentant sans cesse de lier la génétique avec le tabou de l’intelligence.

Pour Ito, nous devrions apprendre de notre histoire et résister au réductionnisme utilitariste de la science. Einstein disait que « tout devrait être aussi simple que possible, mais pas plus simple ». Et Ito d’en appeler à refuser le réductionnisme du monde. « Nous devons embrasser l’inconnaissable – l’irréductibilité – du monde réel que les artistes, les biologistes et tous ceux qui travaillent dans le monde désordonné des arts et des sciences humaines avec lesquels ils sont familiers, connaissent ».

La cybernétique de Wiener a été écrite à une époque où il était plus facile de croire que les systèmes pourraient être contrôlés et limités. A cette époque, les ingénieurs et les scientifiques pouvaient encore comprendre ce qu’il se passait dans leurs systèmes.

« Il est bien évident aujourd’hui que la plupart de nos problèmes – changement climatique, pauvreté, obésité, maladies chroniques, terrorisme… – ne peuvent être résolus simplement avec plus de ressource ou par un plus grand contrôle. Notamment parce qu’ils sont le résultat de systèmes adaptatifs complexes qui sont eux-mêmes les résultats d’outils utilisés pour résoudre des problèmes du passé, comme la construction d’une productivité sans fin et nos tentatives à contrôler toutes choses »

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Mais la cybernétique a changé. Aujourd’hui, elle est celle de systèmes complexes auto-adaptatifs, où l’observateur lui-même fait partie du système, comme le dit le chercheur Kevin Slavin (@slavin_fpo), fondateur du programme Playful Systems au Media Lab, en défendant conception comme participation. Nous appartenons à un monde de systèmes interconnectés, complexes, auto-adaptatifs, à différentes échelles et dimensions, intriqués les uns dans les autres et qui rendent inséparable la position de l’observateur et du concepteur. Plus nous introduisons de machines dans le système, plus elles augmenteront les individus, mais aussi – et c’est plus important – augmenteront les systèmes complexes dans leur ensemble. Pour Ito, c’est là que la formulation problématique de l’intelligence artificielle devient évidente, car elle suggère des formes, des buts et des méthodes qui se tiennent en dehors de toute interaction avec d’autres systèmes adaptatifs complexes, plaide -t-il en parlant l’intelligence étendue. « Au lieu d’essayer de contrôler, de concevoir ou même de comprendre les systèmes, il est plus important de concevoir des systèmes qui participent en tant qu’éléments responsables, conscients et robustes de systèmes encore plus complexes. Et nous devons questionner et adapter notre propre but et nos propres sensibilités en tant que concepteurs et composants du système pour une approche beaucoup plus humble : l’humilité plutôt que le contrôle. »

La résilience plutôt que l’optimisation, la diversité plutôt que l’uniformisation

Pour Ito, l’enjeu n’est pas tant l’optimisation des systèmes que de développer leur capacité de résilience. Ito fait référence au livre de l’écologiste Donella Meadow, Thinking in Systems et à un article qu’elle a publié où elle explique comment intervenir dans un système complexe et auto-adaptatif. Elle y pointait les modalités d’interventions dans un système selon leur efficacité.


Image : les modalités d’intervention dans un système dans l’ordre croissant de leur efficacité, par Donella Meadow :
12 : Constantes, paramètres, nombres (comme les subventions, taxes, normes).
11. La taille des tampons et autres stabilisateurs par rapport à leurs débits.
10. La structure des stocks et des flux matériels (tels que les réseaux de transport, les structures d’âge de la population).
9 La longueur des retards par rapport au taux de changement du système.
8. La force des boucles de rétroaction négative par rapport aux impacts qu’elles tentent de corriger.
7. Le gaindes boucles de rétroaction positives.
6. La structure des flux d’informations (qui a ou n’a pas accès à l’information).
5. Les règles du système (comme les incitations, punitions, contraintes).
4. Le pouvoir d’ajouter, de modifier, de faire évoluer ou d’auto-organiser la structure du système.
3. Les objectifs du système.
2. L’état d’esprit ou le paradigme à partir duquel le système (c’est-à-dire ses objectifs, sa structure de pouvoir, ses règles ou sa culture) se pose.
1. Le pouvoir de transcender les paradigmes.

Pour elle, les interventions qui impliquent de modifier les paramètres ou de changer les règles ne sont pas aussi puissantes ou aussi fondamentales que les changements dans les objectifs et les paradigmes d’un système. Pour Ito, cela pointe le fait que la soutenabilité n’est pas tant quelque chose qui doit être résolu dans un monde de progrès spontané où le plus est toujours le mieux et où le plus plus qu’assez n’est jamais le trop. Il nous faut nous intéresser aux valeurs et aux modalités pour examiner si elles sont adaptées et appropriées aux systèmes dont nous participons.

Pour le dire autrement et plus clairement, notre épanouissement dépend moins d’un éventail de mesures capables d’évaluer le succès, dépend moins d’une accumulation de pouvoir et de ressources que d’une diversité et d’une richesse d’expérience. Pour Ito, c’est le changement de paradigme dont nous avons besoin. Nous avons besoin d’une diversité, d’une multitude de modèles technologiques et culturels pour créer une société hautement adaptable. Nous ne pouvons pas penser résoudre notre impact environnemental sans poser des questions sur le sens du bonheur et notre rôle avec la nature. Et de pointer d’ailleurs le cours qu’il dispense au MIT avec le moine bouddhiste Tenzin Priyadarshi, directeur de l’initiative éthique du Media Lab, Principes d’attention, où il enseigne aux étudiants à utiliser une variété de métriques pour mesurer leurs succès et leurs significations, pour les aider à la fois à se débattre de la complexité et à trouver leur place dans un monde complexe. Ainsi que l’initiative de l’IEEE (voir également les publications de ce groupe de travail) pour développer des lignes directrices pour une intelligence artificielle au service du bien-être humain plutôt que de l’optimisation économique. Ou encore les travaux de Peter Seligman, Christopher Filardi et Margarita Mora de l’association Conservation International, qui abordent la préservation en soutenant l’épanouissement des peuples autochtones.

Notre avenir, conclut Ito est de nous épanouir en harmonie avec la nature plutôt que par son contrôle.

AMESys : les méandres d’Internet sont impénétrables…

C’est troublant, et pourtant c’est une information confirmée : une vidéo d’interview d’AMESys est en ligne… sur Youporn. A la rubrique « french data porn ». Ça ne s’invente pas. Les méandres d’Internet sont vraiment impénétrables. https://www.youporn.com/watch/14183837/french-data-porn/ […]

Pour la plupart des développeurs d’Eagle, travailler sur un tel outil ne crée ni débat ni problème de conscience

Lorsque Bull décide, AmesysGate oblige, de se défaire de son activité Eagle, le groupe publie un communiqué minimisant l’importance de cette « branche ». En clair, cela représentait « 0,5% » du chiffre d’affaires et environ une « dizaine de […]

Les cartes bancaires sans contact et la confidentialité des données

Le paiement sans contact est une fonction disponible sur plus de 60% des cartes bancaires en circulation. Les données bancaires étant des éléments sensibles, elles doivent naturellement être protégées.

Est-ce vraiment le cas ?

Evolution du paiement sans contact

Cette fonctionnalité est apparue en France aux alentours de 2012. Depuis, elle n’a cessé de se développer. Selon le GIE Cartes bancaires, 44,9 millions de cartes bancaires sans contact étaient en circulation en septembre 2017, soit 68% du parc français.

données GIE Bancaire sur l'usage des cartes sans contact
(source : GIE Cartes Bancaires)

Dans son bilan 2016 (PDF, page 11), ce même GIE déclare que 605 millions de paiements ont été réalisés via du sans contact. Si ce chiffre semble énorme, l’évolution de ce dernier l’est encore plus : +158% de paiements par rapport à 2015, et la tendance ne faiblit pas.

Le paiement sans contact est fait pour des petites transactions, celles de « la vie quotidienne », le montant des échanges étant plafonné à maximum 30€ depuis octobre 2017.

Fonctionnement du paiement sans contact

Le principe est relativement simple, la personne détentrice d’une carte sans contact souhaite payer sa transaction (inférieure à 30€ donc), elle pose sa carte à quelques centimètres du terminal de paiement sans contact et « paf », c’est réglé.

Le paiement sans contact est basé sur la technologie NFC, ou Near Field Communication (communication en champ proche) via une puce et un circuit faisant office d’antenne, intégrés à la carte bancaire.

Le NFC est caractérisé par sa distance de communication, qui ne dépasse pas 10 cm avec du matériel conventionnel. Les fréquences utilisées par les cartes sans contact sont de l’ordre de la haute fréquence (13,56 MHz) et peuvent utiliser des protocoles de chiffrement et d’authentification. Le pass Navigo, les récents permis de conduire ou certains titres d’identité récents utilisent par exemple de la NFC.

Si la technique vous intéresse, je vous invite à lire en détail les normes ISO-14443A standard et la norme ISO 7816, partie 4.

Paiement sans contact et données personnelles

On va résumer simplement le problème : il n’y a pas de phase d’authentification ni de chiffrement total des données. En clair, cela signifie que des informations relativement sensibles se promènent, en clair, sur un morceau de plastique.

De nombreuses démonstrations existent çà et là, vous pouvez également trouver des applications pour mobile qui vous permettent de récupérer les informations non chiffrées (votre téléphone doit être compatible NFC pour réaliser l’opération).

exemple application lecture carte bancaire

Pour réaliser l’opération, avec du matériel conventionnel, il faut être maximum à quelques centimètres de la carte sans contact, ce qui limite fortement le potentiel d’attaque et interdit, de fait, une « industrialisation » de ces dernières.

Cependant, avec du matériel plus précis, plus puissant et plus onéreux, il est possible de récupérer les données de la carte jusqu’à 1,5 mètre et même plus avec du matériel spécifique et encore plus onéreux (il est question d’une portée d’environ 15 mètres avec ce genre de matériel). Un attaquant doté de ce type d’équipement peut récupérer une liste assez impressionnante de cartes, puisqu’elles sont de plus en plus présentes… problématique non ?

En 2012, le constat était plus alarmant qu’aujourd’hui, puisqu’il était possible de récupérer le nom du détenteur de la carte, son numéro de carte, sa date d’expiration, l’historique de ses transactions et les données de la bande magnétique de la carte bancaire.

En 2017… il est toujours possible de récupérer le numéro de la carte, la date d’expiration de cette dernière et, parfois, l’historique des transactions, mais nous y reviendrons.

Que dit la CNIL sur le sujet ?

J’ai demandé à la CNIL s’il fallait considérer le numéro de carte bancaire comme étant une donnée à caractère personnel, sans réponse pour le moment. J’éditerai cet article lorsque la réponse arrivera.

Si le numéro de carte bancaire est une donnée à caractère personnel, alors le fait qu’il soit disponible, et stocké en clair, me semble problématique, cela ne semble pas vraiment respecter la loi informatique et libertés.

En 2013, cette même CNIL a émis des recommandations à destination des organismes bancaires, en rappelant par exemple l’article 32 et l’article 38 de la loi informatique et libertés. Les porteurs de carte doivent, entre autres, être informés de la présence du sans contact et doivent pouvoir refuser cette technologie.

Les paiements sans contact sont appréciés des utilisateurs car ils sont simples, il suffit de passer sa carte sur le lecteur. Ils sont préférés aux paiements en liquide et certains vont même jusqu’à déclarer que « le liquide finira par disparaître dans quelques années ». Son usage massif fait que votre organisme bancaire vous connaît mieux, il peut maintenant voir les paiements qui lui échappaient avant, lorsque ces derniers étaient en liquide.

La CNIL s’est également alarmée, dès 2012, des données transmises en clair par les cartes en circulation à l’époque. Ainsi, il n’est plus possible de lire le nom du porteur de la carte, ni, normalement, de récupérer l’historique des transactions… ce dernier point étant discutable dans la mesure où, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai pu le faire avec une carte émise en 2014.

Comme expliqué précédemment, il est encore possible aujourd’hui de récupérer le numéro de carte ainsi que la date d’expiration de cette dernière.

Dans le scénario d’une attaque ciblée contre un individu, obtenir son nom n’est pas compliqué. Le CVV – les trois chiffres indiqués au dos de la carte – peut être forcé, il n’existe que 1000 combinaisons possibles, allant de 000 à 999.

Si la CNIL a constaté des améliorations, elle n’est pas rassurée pour autant. En 2013, elle invitait les acteurs du secteur bancaire à mettre à niveau leurs mesures de sécurité pour garantir que les données bancaires ne puissent pas être collectées ni exploitées par des tiers.

Elle espère que ce secteur suivra les différentes recommandations émises [PDF, page 3], notamment par l’Observatoire de la Sécurité des Cartes de Paiement, quant à la protection et au chiffrement des échanges. Les premières recommandations datent de 2007 [PDF], mais malheureusement, dix ans après, très peu de choses ont été entreprises pour protéger efficacement les données bancaires présentes dans les cartes sans contact.

S’il existe des techniques pour restreindre voire empêcher la récupération des données bancaires via le sans contact, le résultat n’est toujours pas satisfaisant, le numéro de carte est toujours stocké en clair et lisible aisément, les solutions ne garantissent ni un niveau de protection adéquat, ni une protection permanente.

Une solution consiste à « enfermer » sa carte dans un étui qui bloque les fréquences utilisées par le NFC. Tant que la carte est dans son étui, pas de risques… mais pour payer, il faut bien sortir ladite carte, donc problème.

L’autre solution, plus « directe », consiste à trouer – physiquement – sa carte au bon endroit pour mettre le circuit de la carte hors service. Attention cependant, votre carte bancaire n’est généralement pas votre propriété, vous louez cette dernière à votre banque, il est normalement interdit de détériorer le bien de votre banque.

DCP ou pas DCP ?

J’en parlais précédemment : est-ce que le numéro de carte bancaire constitue à lui seul une donnée à caractère personnel, ou DCP ?

Cela semble un point de détail mais je pense que c’est assez important en réalité. Si c’est effectivement une DCP, alors le numéro de carte bancaire doit, au même titre que les autres DCP, bénéficier d’un niveau de protection adéquat, exigence qui n’est actuellement pas satisfaite.

Si vous avez la réponse, n’hésitez pas à me contacter ou à me donner quelques références.

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« Le revenu de base est la seule solution positive pour sortir de l’impasse actuelle »

Le livre Destins du Capitalisme, l’Equinomie du Quaternaire, écrit par Sébastien Groyer, membre du Mouvement français pour un revenu de base, fait l’objet d’une campagne de crowdfunding pour son lancement. Interview avec l’auteur.

MFRB : Pourquoi vous intéressez-vous au capitalisme ?

Sébastien Groyer : J’ai commencé à travailler comme investisseur en capital il y a 15 ans et je me suis posé la question de ce qu’était ce système économique (je croyais à l’époque comme tout le monde qu’il s’agissait d’un système) nommé capitalisme. La réalité ne collait pas à la théorie, il avait des défauts que je ne voyais pas dans ma pratique de financement de start-ups mais que j’observais ailleurs. J’ai donc commencé à y réfléchir en même temps que je faisais mes études de philosophie, jusqu’à ma thèse sur le sujet. J’ai ainsi pu découvrir ce qu’est le capitalisme réellement : un pouvoir. Et donc lui trouver une solution, sa transformation, qui se nomme équinomie.

MFRB : Qu’est-ce qui a inspiré le titre de votre essai, Destins du capitalisme ? Notamment, qu’entendez-vous par « destins », ici employé au pluriel ?

S. G. : L’arrivée de la révolution robotique m’a fait réfléchir longuement au futur du capitalisme, à la poursuite de sa route dans la continuité des 40 dernières années. J’ai compris qu’une autre voie était possible, un autre destin, sur lequel je travaillais en commençant par séparer capitalisme et l’économie de marché. Le paradoxe du concept de destin est qu’il est censé être unique, inéluctable, déjà écrit, et donc ne peut être mis au pluriel. Alors que l’idée ici est de résister à la fatalité, de changer le destin du capitalisme au lieu de le subir. Pour souligner le paradoxe, j’ai donc choisi « Destins » au pluriel dans le titre de ce livre. D’un point de vue plus logique, le destin unique est seulement connu par celui qui voit le futur, nous autres humains limités choisissons donc notre destin à chaque instant, dans l’incompréhension du futur qui est la nôtre : tous les destins sont possibles car personne ne sait ce qui est écrit (si quelque chose est écrit)…

MFRB : Quelle signification donnez-vous au capitalisme, le capital n’étant plus limité à des biens ou de l’argent mais associé à pratiquement tout ce qui aurait, d’une façon ou d’une autre, une possible valeur marchande : capital intellectuel, culturel, social, humain, naturel, immatériel… jusqu’au capital symbolique ?

S. G. : Le mot capital a envahi toutes les sphères, signe de sa domination. Comme si la norme comptable qui évalue toute chose comme un actif économique devait s’appliquer à tout et à tous, par un élargissement de l’économie à la société entière… Cette tendance rend encore plus incompréhensible le capitalisme. Toute la problématique de notre conception économique vient de cette définition imprécise du capitalisme : mon but premier a donc été de le comprendre pour le définir précisément. Finalement, le capitalisme est seulement et uniquement « le pouvoir du capital (des actionnaires) dans l’entreprise. » L’économie de marché est donc « le système économique où les prix sont libres et les hommes aussi (liberté de choix de son travail, des produits, d’entreprendre, etc.). »

Une économie de marché non capitaliste est par conséquent possible, une économie de marché post-capitaliste, équitable et équilibrée : une équinomie.

MFRB : Comment qualifiez-vous le système économique dominant aujourd’hui en Occident ?

S. G. : Aujourd’hui, nous vivons dans une économie de marché capitaliste. Remplacez le pouvoir (et non pas la propriété) des actionnaires dans l’entreprise par un autre pouvoir et vous voyez surgir une autre économie de marché ! Par exemple, imaginez que le pouvoir soit donné aux salariés, capables de nommer les dirigeants et de les rémunérer dans leur intérêt. Vous voyez apparaître un système économique, l’économie de marché coopérativiste, que personne ne pourrait confondre avec notre « capitalisme » actuel. La séparation conceptuelle entre capitalisme et économie de marché a de profondes répercussions, en particulier au niveau des qualités supposées du capitalisme, qui se révèlent des qualités de l’économie de marché.

Sébastien Groyer, auteur du livre Destins du capitalisme

MFRB : Comment parvenir à un accord non violent, ce nouveau contrat social que vous détaillez, sur la répartition entre propriété du capital – souvent acquis par une forme de violence – et fruits de l’exploitation de la propriété à l’heure où la propriété des capitaux se réduit à quelques mains ?

S. G. : Toute la question de la justice de la propriété se trouve là. La propriété a jusqu’à maintenant été arbitraire : personne ne l’a jamais choisie. La répartition de propriété du monde est d’origine violente, la répartition des talents, des gènes, de sa famille est le fruit du hasard. L’arbitraire prédomine, et aucune justice n’en ressort.

Pour apporter de la justice à une propriété arbitraire sans revenir à la violence, le plus simple et efficace est de se concentrer sur la production issue de cette même propriété.

Par un procédé de négociation contractuelle imaginée entre le plus riche et talentueux et le moins riche et talentueux des hommes, nous pouvons aboutir à une solution rationnelle acceptable par tous, car nous nous trouvons tous entre ces deux extrêmes, et pouvons donc bénéficier de chaque avantage des deux positions. Le résultat de cette négociation contractuelle est l’équilibre par excellence, 50% de la production, du PIB. 50% du PIB doit donc être redistribué à tous pour que la propriété soit acceptée, et donc justifiée : la volonté est source de justice, une justice rationnelle de consentement. Les calculs précis aboutissent en France, après les taxes de l’Etat, à un montant de 1000 euros par mois et par adulte, à un revenu de base qui soit source de justice.

MFRB : Philippe Van Parijs parle du revenu de base comme d’un capital-risque qui permettrait à un très grand nombre d’individus de libérer des potentiels de créativité dont nous n’imaginons ni l’étendue ni les effets positifs possibles. Que vous inspire cette vision ?

S. G. : Je ne peux qu’y souscrire, dans ma vision d’un monde transformé par la révolution de la robotique : le quaternaire, nouveau secteur économique qui deviendra dominant après le tertiaire, de services, est ce secteur de la créativité. Instaurer un revenu de base pour donner à chacun les moyens de prendre des risques, de créer son entreprise, son projet artistique, son projet de vie tout court même, est un des arguments et un des avantages d’un revenu de base significatif.

Libérer les individus a toujours été considéré comme un grand risque, alors que les bénéfices ont été bien supérieurs aux défauts. Les libérer économiquement pour qu’ils puissent créer et être heureux fait donc peur, mais est la seule voie positive pour sortir de l’impasse actuelle.

MFRB : Quels sont les facteurs qui favorisent l’instauration d’un revenu de base maintenant, plus que dans les siècles passés ? Sommes-nous ici sur une trajectoire ? Une destinée ?

S. G. : La conjonction des problèmes économiques que nous vivons milite pour l’irruption du revenu de base comme élément essentiel et obligatoire de redistribution au XXIè siècle. Historiquement, le revenu de base a été proposé à des fins de justice, à des fins de partage des gains de productivité issus des révolutions technologiques, à des fins d’équilibre économique, de transformation de l’Etat et à des fins de libération. Toutes ces raisons et conditions sont regroupées de nos jours pour que le revenu de base devienne l’outil de ce siècle pour résoudre une grande partie des problèmes que nous rencontrons en ce moment en tant qu’humanité. Sa simplicité, son efficacité, sa portée en font le futur socle de toute politique économique et sociale libératrice. J’aimerais écrire qu’il s’agit d’une destinée, mais rien n’est jamais sûr avec le futur…

Pour aller plus loin, rendez-vous sur la campagne de crowdfunding du livre.

Photo : CC Peter Kurdulija

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