Framasoft : on vous a fait un dessin !

Ça nous étonne souvent. L’image de Framasoft est parfois bien loin de notre réalité quotidienne. Partant de l’adage selon lequel une image vaut plus que mille mots, nous sommes allé·e·s demander de l’aide à un certain Geoffrey Dorne.

Framasoft : une image disproportionnée

Même si nous essayons de nous présenter en toute transparence, nombre de personnes qui bénéficient de nos projets et services ne savent pas vraiment qui nous sommes.

Nous le constatons principalement dans les questions, suggestions (voire exigences) qui sont exprimées dans le support, sur les stands ou dans les réseaux sociaux : nous avons parfois l’image d’une grosse boite de logiciels, armée de centaines d’employé·e·s et d’un budget ministériel ^^. Cela provient peut-être d’un nom créé en réaction à Microsoft, à l’époque où la firme de Redmond régnait sur le monde informatique.

Bref, rétablissons un peu la réalité. 35 membres (dont 7 salarié·e·s) gèrent une association qui anime et maintient une cinquantaine de projets auxquels plus de 700 personnes contribuent. Ces projets sont financés par plus de 2000 donateurs et donatrices, avec un budget avoisinant les 250 000 € par an (ça varie selon les années ^^)…

Ces dons, qui représentent 90 % de nos revenus, sont ce qui nous permet d’accueillir entre 200 000 et 400 000 personnes sur nos sites web chaque mois, de participer à une centaine d’événements par an, d’y distribuer des milliers de flyers et stickers… Énorme pour une bande de potes, mais on est loin de la multinationale !

Du coup, au lieu d’aligner des chiffres en mode entreprise-qui-fait-trop-sérieux, le mieux, c’est de vous les montrer.

L’infographie « Le monde de Framasoft »

Geoffrey Dorne est un designer éthique, auteur du blog Graphism.fr et fondateur de l’agence Design & Human. Cela fait un moment que nous nous suivons, mutuellement, sur les réseaux sociaux et dans nos actions respectives, avec une complicité grandissante. Nous lui avons donc demandé de nous aider à présenter Framasoft et son évolution après ces trois années de campagne Dégooglisons Internet, qui ont entraîné de nombreuses mutations dans notre association, ainsi que dans le réseau de projets.

Nous tenons à le remercier pour l’attention, le talent et l’humanité qu’il a apportées à la commande de cette infographie, qu’il a placée sous la licence libre CC-By-SA.

Et puis soyons franc·he·s, nous avons été un peu pénibles ! C’était compliqué de mettre tout notre bazar dans une seule image qui convienne aux sensibilités diverses de nos personnes, non moins variées. Le résultat ? C’est à vous de nous dire, et surtout de vous en emparer.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.
Infographie réalisée par Geoffrey Dorne, CC-By-SA

 

Pour aller plus loin

 

 

Souvenir de Gamer : PC kid / Bonk (1989)

Surtout connu sous le nom PC Kid et symbolique de la console NEC PC Engine, ce héros de jeu de plateforme a pourtant tenté une carrière sur d’autres consoles sous le nom BC-Kid. Hudson soft a maintenant oublié son petit homme préhistorique à la tête dure… A l’époque de sa sortie, 1989, je n’avais pas… Lire la suite Souvenir de Gamer : PC kid / Bonk (1989)

Langues artificielles (2/2) : une entreprise philosophique ?

Comme nous l’avons vu, il existe plusieurs manières d’aborder la création de langues artificielles : le dothraki, le klingon, l’elfique sont des « artlangs » nous dit Peterson, autrement dit des conlangs élaborés à des fins artistiques. Il y a aussi, bien sûr les langues internationales, comme le volapük et l’espéranto…

Mais on peut aussi se livrer à cette activité pour des raisons philosophiques, voire métaphysiques. Et historiquement, cela a été le cas des premiers conlangs…

Avant l’ère moderne, les langues artificielles appartenaient au domaine du sacré : autrement dit, elles étaient révélées lors de visions (ou plus exactement d’auditions). La première du genre est sans doute la Lingua Ignota (« le langage inconnu ») reçue par Hildegard von Bingen, cette prodigieuse abbesse du Moyen-Age, connue pour ses compétences en botanique et ses compositions musicales. Mais sa lingua ignota, nous explique Peterson, reste avant tout un vocabulaire, une liste de mots : elle ne comporte pas de grammaire spécifique ou originale.

Un autre langage « mystique » bien connu des occultistes est le langage angélique ou énochien, reçu par John Dee ou plutôt par son médium, Edward Kelly, à la fin du XVIe siècle. Il s’agit d’un peu plus qu’un glossaire, puisqu’il possède une grammaire et qu’il existe certains textes rédigés en cette langue. Pourtant, pour le le linguiste Donald Laycock, qui étudia le premier cet idiome, il n’a pas la complexité d’un vrai langage et reste très inspiré de l’anglais dans ses structures syntaxiques. A cause de l’énochien, on a attribué à Dee et Kelly la paternité du mystérieux manuscrit Voynich, rédigé en une langue et un alphabet inconnus. Une hypothèse aujourd’hui abandonnée, les théories penchant actuellement pour une origine italienne.

Un autre exemple, beaucoup plus tardif, est celui de Hélène Smith qui sous transe, affirmait s’exprimer en martien. Mais là encore, on a constaté qu’il n’y avait pas d’exotisme grammatical : le « martien » utilise la grammaire du français.

Cette manière de recevoir en transe des mots ou des phrases d’une langue inconnue est classique en histoire des religions, c’est le fameux phénomène de la glossolalie. Les papyrus grecs magiques datant de l’antiquité tardive contiennent un certain nombre de « mots barbares » dont l’origine est inconnue et dont on ignore s’il s’agit de pur charabia, de mots déformés d’une langue existante, ou d’un code.

Les langues « philosophiques »


Mais après la Renaissance on voit apparaître une nouvelle sorte de langages artificiels. Ce sont les « langues philosophiques » qui prétendent refonder notre capacité à exprimer le réel. La plus connue d’entre elles est probablement celle publiée par John Wilkins en 1668 – à noter que Neal Stephenson traite largement du langage philosophique de Wilkins, dans le premier volume de son « cycle baroque« … hélas non traduit.

Wilkins exposa son projet dans un monumental essai de 600 pages, An Essay towards a Real Character, and a Philosophical Language, que les plus courageux pourront télécharger sur archive.org. Comme nous explique Jorge Luis Borges dans l’article qu’il a consacré à Wilkins (disponible ici, mais uniquement en anglais, et publié en français dans le livre Enquêtes) : « Il divisa l’univers en quarante catégories ou genres, ces derniers étant à leur tour subdivisés en différences, elles-mêmes subdivisées en espèces. Il a assigné à chaque genre un monosyllabe de deux lettres ; à chaque différence, une consonne ; à chaque espèce, une voyelle. Par exemple : De, qui signifie un élément ; Deb, le premier des éléments, le feu ; Deba, une partie de l’élément feu, une flamme. »

Dans son livre In the land of invented languages, Arika Okrent nous raconte son expérience avec le système de Wilkins : « La majeure partie des six cents pages de description de la langue de John Wilkins est occupée par une catégorisation hiérarchique de tout ce qui existe dans l’univers. Tout ? Lorsque je me suis assise pour affronter son An Essay towards a Real Character, and a Philosophical Language, j’ai fait ce que n’importe quel spécialiste en linguistique raisonnable et mature doit faire. J’ai essayé de rechercher le mot «merde». »

Opération réussie pour l’intrépide linguiste, qui a découvert que cela peut se dire Cepuhws. Ce signifie le mouvementent, p la purge, uhw, les « parties grossières », et s marque l’opposition (au vomissement, dans ce cas).

Évidemment, tout cela implique non pas une « rationalisation » du langage, mais une bonne dose d’arbitraire. Les catégories sont créées par Wilkins lui-même et reflètent son propre esprit (et celui de son époque). Par exemple, les animaux sont catégorisés par la forme de leur tête. C’est d’ailleurs dans l’article que Borges lui consacre qu’on trouve sa fameuse citation d’une « encyclopédie chinoise » (fictive ?)  proposant la classification suivante des animaux :
« a) appartenant à l’Empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes, f) fabuleux, g) chiens en liberté, h) inclus dans la présente classification, i) qui s’agitent comme des fous, j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau, l) et caetera, m) qui viennent de casser la cruche, n) qui de loin semblent à des mouches ».

L’espoir d’une langue universelle relatant exactement la pensée n’est pas mort avec Wilkins. Par bien des côtés, on retrouve cela chez Leibniz. Et de nos jours, une telle ambition peut se retrouver avec des « langages logiques » comme le loglan ou le lojban, mentionnés dans notre article précédent.

Il existe un wiki en français particulièrement complet sur le lojban. Pour s’initier, le plus simple est de se rendre sur l’introduction au lojban proposée sur la page d’accueil. On y apprend ainsi que les verbes sont la base du langage. On crée les noms en rajoutant une préposition à partir du verbe. Par exemple, prami veut dire « aimer », et lo prami signifie « un amoureux ».

De même, les verbes ne se conjuguent pas, tout se règle là encore à coup de prépositions.

On aurait tort, nous disent les aficionados du lojban, de croire que sous prétexte que celui-ci est un langage logique, qu’il s’agirait d’un mode d’expression austère qui rend difficile l’expression d’émotions. Au contraire, le lojban permettrait d’exprimer des subtilités auxquelles nos langues communes n’offrent pas d’accès aisé. Par exemple .iu signifie amour, .ui le bonheur et nai, la négation. .iu.uinai exprime en un seul mot « Je vis un amour malheureux », comme nous l’explique la Wikipédia (bien complète aussi sur le lojban). Attention, .iu et .ui ne sont pas des noms, mais une forme grammaticale typique du lojban, les « indicateurs d’attitudes ».

Et revoilà les extra-terrestres


Reste la question du langage alien, à mi-chemin entre les langages philosophiques et les « artlangs » de la science-fiction.

Une première tentative, datant de 1960, de créer un langage susceptible de permettre la communication avec des extraterrestres via la logique, le lincos, a été présenté dans l’ouvrage de Hans Freudenthal, Lincos : Design of a Language for Cosmic Intercourse, Part 1 (il n’y a jamais eu de partie 2). Bien que le lincos repose sur la logique, comme le loglan, il lui est donc antérieur de quelques années, et surtout son ambition est tout à fait différente. Alors que Brown cherchait à élaborer un test de l’hypothèse Sapir-Whorf, Freudenthal expose lui un système de communication universelle susceptible de mettre en contact des espèces issues de mondes différents. En assumant bien sûr que la logique est un universel !

Dans ce domaine, les « logogrammes » du film Premier contact de Denis Villeneuve sont certainement un cas d’école. Il s’agissait de créer un système d’écriture non linéaire, les extraterrestres du film n’ayant pas la même notion du temps que nous.

Patrice Vermette, le designer du film, a créé à peu près une centaine de ces « logogrammes » en se basant sur une inspiration que lui a suggérée sa femme. Comme nous l’explique Wired : « Un seul logogramme peut exprimer une pensée simple («Salut») ou complexe («Salut Louise, je suis un étranger, mais je viens en paix»). La différence réside dans la complexité de la forme. L’épaisseur d’un logogramme porte également un sens : un trait d’encre plus épais peut indiquer un sentiment d’urgence ; un plus mince suggère un ton plus calme. Un petit crochet attaché à un symbole signifie une question. Le système permet à chaque logogramme d’exprimer un ensemble d’idées sans respecter les règles traditionnelles de syntaxe ou de séquence. »

Mais comment des êtres humains, face à un tel système, pourraient-ils en comprendre la signification ? Contrairement à la plupart des créateurs de conlangs, les concepteurs des logogrammes devaient imaginer deux systèmes : le langage et le moyen de le décrypter. Pour imaginer de façon réaliste comment les héros du film pourraient procéder à un tel décodage
les concepteurs du langage se tournèrent vers Stephen Wolfram. Le créateur de Mathematica n’avait pas assez de temps à consacrer au sujet, mais son fils Christopher se montra désireux de travailler sur les logogrammes. Une partie du pseudo-code qu’il a réalisé se retrouve dans le film, et une longue vidéo (2h en anglais) explique comment il s’y est pris…

Aujourd’hui, la mode n’est plus trop à la création de « langages philosophiques », et ce sont les « artlangs » qui occupent désormais le devant de la scène conlang. Après tout, c’est compréhensible : le lojban n’a pas apporté de réponse à la question de l’hypothèse Sapir-Whorf et les ambitions « messianiques » d’un système comme celui de Wilkins ont très vite montré leurs limites. Pourtant même lorsqu’on crée un « artlang » sans autre but que l’amusement ou la fiction, on se lance déjà dans une entreprise philosophique. Comment représenter le monde d’une manière différente de celles imposées par nos habitudes mentales ? Les catégories que j’utilise pour décrire le monde sont-elles les seules correctes ? Inventer un conlang ne changera pas le monde, c’est sûr. Mais il peut permettre, modestement, d’ouvrir un peu plus l’éventail des possibilités, aider à penser « hors de la boite »…

Rémi Sussan

Émission #139 du 21 septembre 2017 – Pogner la twist

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AVERTISSEMENT! Ce podcast peut contenir du langage inapproprié ou vulgaire et peut ne pas convenir à tout le monde.

Animateurs: Patrick et Sandrine

Pogner la twist

  • Expression utilisée au Québec qui veut dire : Maîtriser, apprendre les subtilités d’un processus ou d’un appareil et en obtenir un contrôle plus naturel et intuitif. Comme par exemple : Je commence vraiment à pogner la twist avec mon nouveau téléphone intelligent qui veut dire je commence vraiment à maîtriser mon nouveau smartphone

Les annonces

Sandrine

Pour plus de détails et d’activtés : http://agendadulibre.qc.ca/

Et bien sur tous ces gens et organismes sont inviter a communiquer avec nous pour événement ou autres.

Les tites vites

10 nouvelles technologiques récentes à 1 minute chacune

  1. Des milliards d’appareils Bluetooth piratables en quelques secondes
  2. Google Drive passe en mode Lost, remplacé par Backup & Sync
  3. Les demandes de recours se multiplient contre Equifax
  4. Un chercheur divulgue publiquement 10 failles zero days dans les routeurs D-Link 850L
  5. Manjaro abandonne bientôt le support 32 bits
    • Philip Müller a annoncé que Manjaro Linux commencerait à éliminer le support des ordinateurs 32 bits au dernier quart de 2017. Un article sur le site Manjaro Linux contient les détails : «En raison de la popularité décroissante du i686 parmi les développeurs et la communauté, nous avont décidé d’éliminer progressivement le support de cette architecture. Cela signifie que v17.0.3 ISO sera le dernier qui permet aux utilisateurs d’installer Manjaro Linux 32 bits. Septembre et Octobre sera notre période de dépréciation, pendant laquelle i686 recevra toujours des paquets améliorés. À partir de novembre 2017, l’empaquetage ne nécessitera plus de version 32 bits des mainteneurs, ce qui rend effectivement i686 non pris en charge.
  6. Les chercheurs trouvent un moyen de désactiver le composant très détester ME d’Intel grâce à la NSA
    • Des chercheurs de chez Positive Technologies ont découvert qu’il y avait moyen de désactiver le Management Engine d’Intel. Cette fonction de désactivation vient d’un prérequis du High Assurance Platform (HAP) qui est un programme de la NSA pour de l’informatique de confiance.
    • Une fois désactiver, le Management Engine d’intel fait ce qu’il a à faire pour démarrer le processeur et ensuite il se désactive
  7. Assistant personnel : un piratage par commande vocale inaudible ?
    • Une commande vocale à ultrasons : vous ne l’entendez pas, Alexa, Siri et les autres oui
    • Les ultrasons sont au centre de cette nouvelle faille de sécurité découverte par les chercheurs de chinois de l’Université de Zheijiang, qui l’ont appelée DolphinAttack en référence aux dauphins qui communiquent, justement, par ces sons. Ils sont inaudibles pour l’oreille humaine à cause de leur fréquence très élevée supérieure à 20.000 Hz. Mais les microphones des assistants personnels, qu’ils soient intégrés à une enceinte connectée, sur votre smartphone ou dans une voiture, les entendent.
  8. Nintendo NES Classic Mini : la production va reprendre en 2018
    • En fin d’année dernière, Nintendo lançait sa NES Classic Mini, une réplique à la fois miniature et moderne de la console 8 bits de notre enfance et quelques mois plus tard, en avril dernier, Nintendo annonçait la fin de la production de la machine.
    • Nintendo vient de confirmer que la production de la NES Classic Mini allait reprendre très prochainement. D’ici l’été 2018, la console sera de retour dans les rayons des boutiques.
  9. Un virus caché dans le logiciel CCleaner
    • Des hackers ont réussi à insérer un malware qui pouvait pirater les données personnelles des utilisateurs dans le logiciel CCleaner. Pour cela, ils sont passés par les serveurs de téléchargement d’Avast.
    • Une tactique de plus en plus utiliser par les Hackers.
  10. Nintendo Switch : le jeu NES Golf caché dans les entrailles de la machine
    • Et oui, le jeu NES golf est présent dans l’OS dans la fonctionnalité virtuel console qui n’est toujours pas disponible sur le SWITCH.
    • Le jeu est jouable à deux avec les Joy-Con, mais non démarrable.
    • On suppose qu’il sera disponible sur Switch Online, un service qui sera lancé l’an prochain par Nintendo. Les abonnés à ce service devrait recevoir des gratuités régulièrement téléchargeable sur celui-ci.

Varia

Patrick

Zorin OS 12.2

Sandrine

Jill2017

Club Framboise

Surprise

Patrick

L’EXPÉRIENCE LA PLUS STRESSANTE (ATTAQUE DE FRELONS)

Sandrine

Sommes-nous une dans une simulation?

Décryptualité du 25 septembre 2017

- [Le Monde.fr] Lawrence Lessig: «Internet est la meilleure et la pire des technologies» - [Liberté Algérie] «Il y a un manque de culture numérique en Algérie» - [Les Echos] Licences logicielles: la grogne monte - [Numerama] L'EFF claque la porte du W3C pour protester contre l'arrivée des DRM dans les standards du web - [20minutes.fr] Comment Rennes va économiser 500.000 euros en se séparant de Microsoft

Revue de presse de l'April pour la semaine 38 de l'année 2017

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 38

[Le Monde.fr] Lawrence Lessig: «Internet est la meilleure et la pire des technologies»

Par Claire Legros, le dimanche 24 septembre 2017. Extrait:
> Peut-on réguler Internet? La question, devenue centrale dans les sociétés démocratiques connectées, était au cœur de la rencontre avec Lawrence Lessig au Monde Festival, dimanche 24 septembre.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/09/24/lawrence-lessig-internet-est-la-meilleure-et-la-pire-des-technologies_5190457_4415198.html

[Liberté Algérie] «Il y a un manque de culture numérique en Algérie»

Par Mohamed-Chérif Lachichi, le vendredi 22 septembre 2017. Extrait:
> En prenant le parti de la vulgarisation et du partage informatique, la chaîne «Zenzla» s’intéresse aux logiciels libres et la protection de la vie privée. De même qu’elle aborde des sujets trés «Geek» comme les séries et autres jeux vidéo. Avec un soupçon d’accent annabi, la langue algérienne (Darija) sur la chaîne «Zenzla» est à l’honneur. Intrigués par cette démarche originale, mais aussi par le profil atypique du podcasteur, nous avons contacté l’animateur de «Zenzla» pour une interview qu’il a gentiment accepté.
Lien vers l'article original: http://www.liberte-algerie.com/magazine/il-y-a-un-manque-de-culture-numerique-en-algerie-277475

[Les Echos] Licences logicielles: la grogne monte

Par Jean-Paul Argudo, le jeudi 21 septembre 2017. Extrait:
> Tandis que les usages évoluent, les pratiques relatives aux licences logicielles héritées du passé restent de mise. À l’heure du "tout numérique", les modèles de tarification reposant sur des métriques amenées à évoluer rapidement et drastiquement font peser sur les entreprises des risques aussi sévères qu’inutiles, puisqu’il existe des alternatives.
Lien vers l'article original: https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-173916-licences-logicielles-la-grogne-monte-2115994.php

[Numerama] L'EFF claque la porte du W3C pour protester contre l'arrivée des DRM dans les standards du web

Par Julien Lausson, le mardi 19 septembre 2017. Extrait:
> L'association américaine EFF, qui défend les libertés dans l'espace numérique, a pris la décision de quitter l'organisation du W3C, qui s'occupe de la standardisation du web, afin de protester contre l'arrivée des DRM dans les standards du web. Elle s'en explique dans une lettre ouverte.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/tech/290706-leff-claque-la-porte-du-w3c-pour-protester-contre-larrivee-des-drm-dans-les-standards-du-web.html

Et aussi:
[ZDNet France] Le W3C valide les DRM, l’EFF claque la porte

[20minutes.fr] Comment Rennes va économiser 500.000 euros en se séparant de Microsoft

Par la rédaction, le lundi 18 septembre 2017. Extrait:
> C’est une petite révolution que vont connaître les agents de la ville et de Rennes Métropole. D’ici un mois, ils verront tous leur service de boîte mail changer de serveur et de logiciel. «Nous allons économiser 500.000 euros en boulant Microsoft», glisse Matthieu Theurier, chef de file du groupe écologiste.
Lien vers l'article original: http://www.20minutes.fr/rennes/2135135-20170918-comment-rennes-va-economiser-400000-euros-separant-microsoft

Et aussi:
[ZDNet France] Rennes passe au logiciel libre, en commençant par la messagerie
[Numerama] Un exemple budgétaire? Rennes se tourne vers le logiciel libre pour faire des économies

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Entre discussions de comptoir et jargon d'expert

Ce billet va s’adresser plus particulièrement aux auditeurs de podcasts mais peut, dans une certaine mesure, s’adapter à toute publication de contenus.

À l’époque du podcast NipSource, on m’avait proposé d’y participer, j’avais alors décliné l’invitation pour un certain nombre de raisons mais notamment pour le fait que l’émission était, soit trop discussion de comptoir, soit trop pointues techniquement. J’avais ressorti mon argument de discussion de comptoir lorsque j’ai fait un retour sur les premiers épisodes de l’Apéro des Papas Manchots. Je pensais devoir m’en expliquer lors de ma première participation mais j’ai été happé dans l’équipe sans avoir à y revenir.

Voici pour moi les 4 niveaux d’analyses lorsque l’on participe à une discussion (dans un podcast notamment) mais aussi lorsque l’on présente une vidéo ou que l’on écrit un billet de blog :

  • l’avis personnel ; je ne connais pas trop de sujet mais je donne quand même mon avis, j’aime/j’aime pas, j’y crois/j’y crois pas, du haut de mon expérience et de ma vision du monde, voici ce que je pense, ma prédiction, etc. Comme dirait l’autre, les avis, c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un. S’il peut éventuellement intéresser quelqu’un de proche, il n’a pas forcément grand intérêt pour le reste de la population.
  • le retour d’expérience ; j’ai vécu ou essayé quelque chose et je donne mes impressions, ce que j’ai apprécié ou pas, ce qui a marché ou pas. Ici, on est toujours dans une part de subjectivité mais c’est du vécu et on a affaire à une expérience utilisateur qui peut être intéressante pour ceux qui ont fait la même expérience (comparer les similitudes ou différences) ou pour ceux qui voudraient aussi faire la même expérience. Éventuellement, ce retour peut aussi donner envie de tenter l’expérience sans l’avoir envisagé ou alors d’abandonner l’idée.
  • l’avis éclairé ; un amateur ou un passionné qui se renseigne sur tout ce qui se passe dans le domaine abordé va donner un avis en faisant la synthèse de ses connaissances et en donnant des arguments fiables, historiques, sourcés. Il va pouvoir se détacher de son avis subjectif pour évaluer une situation selon la tendance. C’est un avis précieux car construit et dont on pourra reprendre les arguments.
  • le regard d’expert ; il va être apporté par quelqu’un dont c’est le métier ou qui baigne vraiment dans le sujet. Il a de grande chance d’être très complexe à comprendre car fait à partir de mots et d’acronymes inconnus du grand public et sans recontextualiser ou expliquer les bases. Il sera intéressant pour les personnes très avancées dans le domaine ou s’il est un bon vulgarisateur. Sinon, il faudra qu’il y ait quelqu’un capable de toujours demander des précisions dès que le niveau s’élève trop. A contrario, plus il devra expliquer des choses simples moins cet expert aura du plaisir à partager car c’est la technicité qui l’intéresse.

Pour moi, un propos va être intéressant lorsqu’il se situe dans la 2ᵉ et 3ᵉ catégorie, les autres non modérés risquent rapidement d’être trop subjectifs ou abscons. D’ailleurs, ça me fait penser que la télé ne me manque pas sans doute parce que les journalistes se contentent souvent de ce genre d’avis en interrogeant des stars ou des experts mais en évitant surtout les arguments documentés ou une quelconque réflexion approfondie.

Dégooglisons Internet : c’est la fin du début !

Rassurez-vous : hors de question de fermer les services ni de s’arrêter en si bon chemin ! Seulement voilà : en octobre 2014, nous annoncions nous lancer dans la campagne Dégooglisons Internet pour les 3 années à venir.

3 ans plus tard, il est temps de conclure ce chapitre… pour mieux continuer cette histoire commune.

Nous étions jeunes et flou·e·s !

Nous en avons déjà parlé, le succès de la campagne Dégooglisons Internet nous a pris par surprise.

Nous nous lancions dans un pari flou, non pas celui de remplacer Google et consorts (il n’en a jamais été question, même s’il nous a fallu le préciser à chaque fois, à cause d’un titre trop accrocheur), mais celui de sensibiliser qui voulait l’entendre à un enjeu sociétal qui nous inquiète encore aujourd’hui : la captation des données numériques qui décrivent nos vies (rien de moins) par quelques grands acteurs privés, les trop fameux GAFAM (pour qui découvre tout cela, on parle de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et tous les prédateurs qui ne rêvent que de prendre leur place et qui un jour ou l’autre leur tailleront des croupières.

Cliquez sur l’image pour lire la BD « La rentrée des GAFAM », par Simon « Gee » Giraudot.

 

Pour cela, nous souhaitions démontrer que le logiciel libre est une alternative éthique et pratique, en proposant sur trois ans la mise en ligne de 30 services alternatifs à ceux des GAFAM, tous issus du logiciel libre. L’idée de cette démonstration, dans nos têtes, était simple :

Venez tester les services chez nous, utilisez-les tant que vous n’avez pas d’autre solution, puis voguez vers votre indépendance numérique en cherchant un hébergement mutualisé, en les hébergeant pour votre asso/école/syndicat/entreprise/etc. ou carrément en auto-hébergeant vos services web chez vous !

Sur le papier ça paraissait simple, comme allant de soi. Bon OK, c’était déjà un sacré défi, mais un défi naïf. Car nous n’avions pas prévu ni l’engouement de votre côté ni la complexité de proposer un tel parcours… Bref, nous nous sommes confrontés à la réalité.

C’est en dégooglisant qu’on devient dégooglisons

Nous avons eu la chance qu’une telle proposition (que d’autres ont pu faire avant nous et à leur manière, la mère zaclys, lautre.net, infini.fr, etc.) arrive à un moment et d’une façon qui a su parler à un public bien plus large que le petit monde libriste, tout en étant saluée par ce dernier.

Sauf qu’un grand coup de bol implique de grandes responsabilités : avec près d’une centaine de rencontres par an (publiques et/ou privées), que ce soit dans des conférences, des ateliers, des stands, des festivals, des partenariats… Nous avons appris et compris de nombreuses choses :

  • Proposer un service fonctionne mieux dans les conditions de la confiance (transparence sur les Conditions Générales d’Utilisation et le modèle économique, réputation, jusqu’à cet affreux nommage des Frama-trucs, qui rassure mais que même nous on n’en peut plus !) ;
  • Proposer ne suffit pas, il faut accompagner la transition vers un service libre, avec des tutoriaux, des exemples d’utilisation, un peu de bidouille esthétique – car nous ne sommes ni ergonomes, ni designers – des ateliers… et des réponses à vos questions. Donc beaucoup, beaucoup, beaucoup de support ;
  • Notre proposition deviendrait contre-productive et centraliserait vos vies numériques si nous ne nous lancions pas, en parallèle, dans les projets qui vous permettront à terme de sortir de Framasoft pour aller vers l’indépendance numérique (parce que les tutos « comment faire la même chose sur vos serveurs » , c’est bien… et ça ne suffit pas).

Nous avons donc passé trois ans à écouter, à chercher et à comprendre ce que signifiait Dégoogliser Internet. Dégoogliser, c’est :

  • tester, choisir, adapter et proposer des services web alternatifs et les maintenir en place et à jour ;
  • et en même temps soutenir les personnes et communautés qui créent les logiciels derrière ces alternatives (la plupart du temps, ce n’est pas nous ! ! !) ;
  • et en même temps accompagner ces alternatives de documentations, tutoriels, exemples ;
  • et en même temps répondre aux invitations, aller à votre rencontre, faire des conférences et ateliers, communiquer sans cesse ;
  • et en même temps rester à votre écoute et répondre à vos questions aussi nombreuses que variées ;
  • et en même temps mettre en place les fondations vers des hébergements locaux et mutualités (comme les CHATONS, un collectif « d’AMAP du numérique ») ou vers l’auto-hébergement (en consacrant du temps salarié de développement au projet YUNOHOST) ;
  • et en même temps poursuivre une veille sur les nouvelles trouvailles des GAFAM pour mieux vous en informer, ainsi que sur ces personnes formidables qui cherchent à mieux cerner les dangers pour nos vies et nos sociétés ;
  • et en même temps vous donner la parole pour mettre en lumière vos projets et initiatives ;
  • et en même temps ne pas oublier de vous demander votre soutien, car ce sont vos dons qui assurent notre budget pour continuer ;
  • et en même temps boire des coups, avec ou sans alcool modération (non parce qu’on va pas faire tout ça dans la tristesse, non plus, hein !).

Ce que l’on retient de ces trois années…

…c’est qu’il est temps d’arrêter. Non pas d’arrêter de Dégoogliser (c’est loin d’être fini : on vous prépare plein de belles choses !), mais d’arrêter de le faire comme ça, à une telle cadence. Il y a dans ces trois ans un aspect publish or perish, « sors un service ou finis aux oubliettes » , qui ne convient pas à l’attention et au soin que l’on veut apporter à nos propositions.

Jusqu’à présent, cette cadence nous a servi à proposer 32 alternatives, un ensemble sérieux et solide, mais continuer ainsi pourrait desservir tout le monde.

Certes, il serait possible de transformer Framasoft en entreprise, de faire une levée de fonds de quelques millions d’euros, d’en profiter pour faire un « séminaire de team building » aux Bahamas (ouais, on a besoin de repos ^^) et de… perdre notre identité et nos valeurs. Ce n’est clairement pas notre choix. En trois ans, notre association est passée de 2 à 7 permanent·e·s (avec environ 35 membres), et même si cette croissance pose déjà de nombreux soucis, nous sommes fier·e·s de rester cette bande de potes qui caractérise l’association Framasoft, et de ne pas nous prendre au sérieux (tout en faisant les choses le plus sérieusement possible).

Ce que l’on retient, aussi, c’est que la problématique des silos de données centralisés par quelques monopoles mérite une réponse bien plus complexe et complète que simplement proposer « 32 services alternatifs ». Nous pourrions continuer et faire grimper les enchères : « 42… 42 sur ma gauche, 53, ah ! 69 services ! Qui dit mieux ? », mais à quoi bon si on n’inscrit pas cette réponse dans un ensemble d’outils et de projets pensés différemment de ce « GAFAM way of life » qui nous est vendu avec chaque Google Home qui nous écoute, avec chaque iPhone qui nous dévisage, et avec tous ces autres projets ubérisants ?

Cliquez pour découvrir comment un récent épisode de South Park a trollé les foyers possédant un Google Home, un Amazon Echo ou Siri sur ses produits Apple.
Image : © Comedy Central

Ce que l’on retient, enfin, c’est que nombre de personnes (qui ne s’intéressent pas spécialement à l’informatique ni au Libre) partagent, parfois sans le savoir, les valeurs du Libre. Ce sont des membres d’associations, de fédérations, des gens de l’Économie Sociale et Solidaire, de l’éducation populaire, du personnel enseignant, encadrant, formateur. Ce sont des personnes impliquées dans une vie locale, dans des MJC, des tiers-lieux, des locaux syndicaux, des espaces de co-working et des maisons associatives. Ce sont des personnes à même de comprendre, intégrer et partager ces valeurs autour d’elles et de nous enseigner leurs valeurs, connaissances et savoirs en retour.

Le plus souvent : c’est vous.

 

« OK, mais il est où mon Framamail ? »

Alors voilà, touchant du doigt la fin des 3 années annoncées, c’est l’occasion de faire le bilan (on vous prépare une belle infographie afin de raconter cela) et de prendre un peu de recul pour chercher quelle suite donner à cette aventure. Car c’est loin d’être fini : si nous avons bel et bien dégooglisé trente services, c’est que nous en avons rajouté en cours de route, et certains ne sont pas (encore) là…

Toi aussi, joue avec Framasoft au jeu des 7… 12… au jeu des plein de différences ! (Cartes « Dégooglisons Internet » 2014 et 2016, par Gee.)

 

Nous allons vous décevoir tout de suite : nous n’allons pas proposer de Framamail, tout du moins pas sous la forme que vous imaginez. L’e-mail est une technologie à la fois simple (dans sa conception) et extrêmement complexe (dans sa maintenance parmi le champ de mines que sont les SPAM et les règles imposées par les géants du web). C’est d’autant plus complexe si vous avez un grand nombre de boîtes mail à gérer (et ouvrir un Framamail, c’est risquer d’avoir 10 000 inscriptions dès la première semaine -_-…)

Nous sommes dans l’exemple typique de ce que l’on décrivait juste avant : si on ouvre un Framamail, et si on ne veut pas de pannes de plus de deux heures sur un outil aussi sensible, il nous faut embaucher deux administratrices système et un technicien support à plein temps juste pour ce service. Ce qui peut se financer par vos dons… mais au détriment des autres services et projets ; ou en faisant de vous des clients-consommateurs (alors que, depuis le début, nous cherchons à prendre chacun de nos échanges avec vous comme autant de contributions à cette aventure commune).

Heureusement, il existe d’autres pistes à explorer… pour l’email tout comme pour les alternatives à YouTube, Change.org, MeetUp, Blogger qu’il nous reste à rayer de la carte !

Bienvenue au banquet de Dégooglisons !

Bienvenue au banquet concluant Dégooglisons Internet, par Péhä (CC-By)

 

Il est donc temps de clore cet album, de sortir des gauloiseries en vous invitant à aiguiser vos canines sur les GAFAM… Nous en profitons pour remercier l’illustrateur Péhä de cette magnifique image qui nous permet de conclure en beauté ces trois années d’expérimentations en commun.

Nous vous proposons, dès aujourd’hui, une refonte complète du site Dégooglisons Internet visant à répondre au plus vite à vos attentes. C’est un peu la v1, la première mouture finie de ce portail, après trois années de gestation. Nous espérons que vous aurez encore plus de facilité à partager ce site pour Dégoogliser votre entourage.

Cette conclusion est pour nous l’opportunité d’avoir une pensée emplie de gratitude et de datalove pour toutes les personnes, les communautés, les bénévoles, les donatrices, les salariés, les passionnées, les partageurs, les contributrices… bref, pour cette foultitude qui a rendu cela possible.

Chaque fin d’album est surtout l’occasion de tourner la page, afin d’ouvrir un nouveau chapitre… Promis, ceci n’est que le début, on en reparle d’ici quelques semaines.

Merci, vraiment, du fond de nos petits cœurs de libristes, et à très vite,

L’équipe de Framasoft.

Ministère de l'Intérieur contre Indymedia : une censure absurde et choquante

Paris, le 25 septembre 2017 — Jeudi dernier, le ministère de l'Intérieur a enjoint les sites participatifs Indymedia Nantes et Indymedia Grenoble de procéder au retrait d'un communiqué anonyme revendiquant l'incendie d'un hangar de gendarmerie à Grenoble. D'après le ministère, une telle publication serait constitutive d'un acte de provocation au terrorisme. Les deux instances d'Indymedia se sont exécutées en retirant le contenu litigieux, faute de quoi, elles auraient été ajoutées à la liste noire des sites censurés sur décision administrative et fait l'objet d'un blocage par les grands fournisseurs d'accès à Internet. Le communiqué litigieux a également été relayé sur des sites de grands médias traditionnels sans que ces derniers ne soient inquiétés.

Cette censure policière est aussi absurde que choquante. Absurde car le texte revendicatif visé reste bien évidemment largement accessible, y compris au travers de grands sites médias, et que cette censure est forcément de nature à lui donner une plus grande visibilité. Choquante parce que cette décision de censure, autorisée dans le cadre de la loi antiterroriste de novembre 2014, illustre à elle seule les dangers associés à l'arsenal de la lutte contre le terrorisme, que le gouvernement peut manier à l'envie pour cibler des groupes militants ou, comme en l'espèce, des sites participatifs. Bien que validé par le Conseil constitutionnel et le Conseil d'État,1 ce régime de censure administrative d'Internet, censé être soumis au contrôle de la CNIL, laisse ici transparaître tout l'arbitraire dont il est porteur. C'est à notre connaissance la première fois que ces mesures antiterroristes extra-judiciaires, qui restent le plus souvent secrètes, sont appliquées à des sites et contenus ne relevant pas de l'extrémisme islamiste. Cette extension est d'autant plus préoccupante que le gouvernement entend, à travers un énième projet de loi de lutte contre le terrorisme, transposer dans le droit commun quantité de mesures privatives de libertés qui relevaient jusqu'alors de l'état d'urgence.

Après la censure d'un site Indymedia en Allemagne le mois dernier, après le blocage de sites indépendantistes en Catalogne la semaine passée, cette nouvelle remise en cause de la liberté d'expression sur Internet s'inscrit dans une tendance plus large qui apparaît extrêmement préoccupante.

Comme l'écrivait dès 1976 la Cour européenne des droits de l'Homme, la liberté d'expression « vaut non seulement pour les informations ou les idées accueillies avec faveur », mais également « pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'État ou une fraction quelconque de la population ». La Quadrature appelle la Commission européenne et le Conseil de l'Europe à condamner ces opérations de police qui sapent la protection due à la liberté d'expression.

Lancement de la campagne ePrivacy, agissons !

Paris, le 25 septembre 2017 — Dans deux semaines, le Parlement européen prendra un vote décisif pour notre vie privée en ligne. Analyse de nos communications (email, SMS, téléphone, usage d'Internet), pistage en ligne et géolocalisation : si nous ne faisons rien, telle est la surveillance que toute entreprise pourrait mettre en place pour de simples motifs économiques et sans notre consentement. La Quadrature du Net lance une campagne de sensibilisation et de mobilisation populaire : eprivacy.laquadrature.net.

Il nous reste deux semaines pour convaincre les eurodéputés de la commission « Libertés civiles » (dite LIBE) du Parlement européen de protéger notre vie privée en ligne. Ceux-ci examineront dès le 11 octobre leur rapport sur le règlement ePrivacy : ce rapport déterminera la base sur laquelle l'ensemble du Parlement abordera ensuite ce règlement fondamental, avant de le négocier avec le Conseil de l'Union européenne (qui réunit les gouvernements de chaque État membre).

La Quadrature du Net met son PiPhone à notre disposition : il permettra à chacun et à chacune d'entre nous d'appeler gratuitement les eurodéputés de la commission LIBE pour soutenir ceux qui entendent défendre notre vie privée et faire savoir à ceux qui l'attaquent qu'ils devront en assumer les conséquences politiques. De même, La Quadrature espère fournir toutes les explications qui permettront à toutes et tous de se saisir pleinement de ce débat.

Renseignez-vous, informez votre entourage et agissez via : eprivacy.laquadrature.net

Pour une information plus détaillée, les amendements déposés devant la commission LIBE, ainsi que l'analyse qu'en fait La Quadrature, peuvent être examinés sur notre wiki. Ils permettent notamment d'identifier les députés les plus actifs pour agir en faveur des intérêts économiques de la surveillance privée et contre le respect de notre vie privée :

Par ailleurs, de nombreux autres amendements sont clairement positifs et permettraient de contrer cette offensive. La situation est donc loin d'être perdue d'avance, ne laissons pas passer cette opportunité ! Avant le 11 octobre, appelons nos députés.

  • 1. European Conservatives and Reformists Group, rassemblant des députés de l’extrême droite
  • 2. European People's Party, rassemblant les députés de la droite