Cash investigation : la fabrication de nos téléphones portables

Les journalistes sont allés regarder les conditions de production de nos téléphones et ce n’est pas glorieux : pollution radioactive des sols en Chine, enfants qui meurent dans les mines en Afrique, conditions de travail des populations pauvres…

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Je me sens seul

J’aime les réseaux sociaux. Je sais qu’ils sont capables du pire mais qu’ils sont l’opportunité du meilleur.

Nos réseaux sont à notre image, donc infiniment pluriels. Mais ils peuvent aussi être l’occasion de mesurer à quel point ce qui te semble essentiel n’intéresse personne. Vrai moment de solitude face à l’Urgence.

La cause des migrants est un bon exemple. Mais plus encore pour moi, mon obsession démocratique. C’est pour moi une évidence toujours plus forte, intellectuellement et viscéralement, tous nos interminables débats sur les grandes causes sont stériles si on se laisse diriger par des individus qui se foutent royalement de nos avis. Seule l’intelligence collective et l’intérêt commun peuvent sauver ce qu’il reste à sauver. Donc pas des élus. Et surtout pas un roi.

C’est parfois un peu désespérant d’avoir du succès sur des conneries et des bides récurrents sur ce qui est pour toi vital.

Tant pis, on va continuer à déconner, et à hurler dans le vide 🙂

#labizh

Souvenir de Gamer : Paperboy (1984)

Ce jeu créé en Arcade n’a curieusement pas eu de successeur ou de clone. Il est typique des années 80, des USA …. et fut un des premiers auquel j’ai pu jouer chez moi. C’était sur mon Amstrad CPC et l’adaptation n’était pas si mauvaise. Il faut dire que toutes les machines de l’époque y… Lire la suite Souvenir de Gamer : Paperboy (1984)

Ce que l’on apprend sur les Communs dans les frigos collectifs…

Quels liens y a-t-il entre les Communs et les frigos ? A première vue pas grand chose, mais en donnant depuis plusieurs années des interventions et des formations sur ce thème, j’ai fini par me rendre compte que les réfrigérateurs collectifs constituaient sans doute l’un des meilleurs exemples pour faire comprendre simplement ce que sont les Communs. A tel point que j’ai commencé à m’intéresser à ce sujet, qui s’avère beaucoup plus instructif qu’on ne pense pour saisir les dynamiques sociales à l’œuvre dans le partage des ressources…

Redoutable complexité des frigos collectifs où l’espace de stockage est partagé, mais pas forcément les vivres qui sont à l’intérieur. Un véritable révélateur des capacités (et des incapacités…) des groupes à s’auto-organiser.

Dans les interventions que je donne, je présente toujours les apports théoriques de la chercheuse américaine Elinor Ostrom, lauréate en 2009 du prix Nobel d’économie pour ses travaux sur les biens communs. Ostrom est notamment célèbre pour avoir dégagé dans son ouvrage « Governing The Commons / La gouvernance des biens communs » les huit principes de conception (Design Principles) conditionnant l’échec ou le succès de la gestion en commun des CPR (Common-Pool Ressources, i.e. des ressources mises en partage) :

  1. Des limites clairement définies : Les individus ou les ménages qui ont le droit de prélever des unités de ressources dans le CPR doivent être clairement identifiées, tout comme les limites du CPR lui-même.
  2. Adéquation entre les règles d’appropriation et d’approvisionnement et les conditions locales : Les règles limitant l’appropriation des ressources dans le temps, dans l’espace, par la technologie utilisée et/ou la quantité d’unités sont liées aux conditions locales et à des règles d’approvisionnement exigeant du travail, du matériel et/ou de l’argent.
  3. Dispositions relatives aux choix collectifs : La plupart des personnes concernées par les règles opérationnelles peuvent participer à leur modification.
  4. Surveillance : Les surveillants, qui vérifient activement l’état de la ressource et le comportement des appropriateurs, sont responsables devant les appropriateurs ou sont les appropriateurs eux-mêmes.
  5. Sanctions graduées : Les personnes qui enfreignent les règles opérationnelles sont susceptibles de se voir imposer des sanctions progressives (en fonction de la gravité et du contexte de l’infraction) par d’autres personnes, par des agents responsables devant ces personnes, ou les deux.
  6. Mécanismes de résolution des conflits : Les appropriateurs et les agents et ont rapidement accès à des arènes locales pour résoudre à faible coût les conflits entre appropriateurs ou entre les appropriateurs et les agents.
  7. Reconnaissance minimale du droit à s’auto-organiser : Le droit des appropriateurs à mettre en place leurs propres institutions n’est pas remis en cause par les autorités extérieures.
  8. Gouvernance polycentrique (pour les CPR de grande taille) : Les activités d’appropriation, d’approvisionnement, de suivi, d’exécution, de résolution des conflits et de gouvernance sont organisées en plusieurs niveaux imbriqués.
Une ressource partagée, prise en charge par une communauté qui se donne des règles de gouvernance pour en assurer la gestion : une définition (trop ?) simple des Communs.

Elinor Ostrom a reçu le prix Nobel pour avoir montré que lorsque ces huit conditions sont réunies, la gestion des ressources partagées peut échapper à la fameuse « Tragédie des Communs » décrite par Garret Hardin, c’est-à-dire à la disparition par surexploitation alors que la théorie économique classique a longtemps cru qu’il s’agissait d’une sorte de loi universelle des comportements humains.

Dans mes interventions, j’essaie d’expliquer ces éléments, mais si l’on s’en tient à cet énoncé des huit principes d’Ostrom, l’auditoire est généralement confronté à un niveau d’abstraction trop important qui l’empêche de saisir de quoi il retourne exactement. Du coup, j’ai longtemps cherché un exemple – le plus simple et le plus frappant possible – qui permette à tout un chacun de toucher du doigt cette question de la dynamique sociale des Communs. Après plusieurs tentatives, je me suis rendu compte que les réfrigérateurs collectifs constituaient sans doute une des meilleures manières de vulgariser la pensée d’Ostrom.

Tout le monde a déjà été confronté à cette situation où un groupe de personnes – que ce soit en colocation, au travail, dans une association, etc. – doit gérer un frigo mis à la disposition de ses membres pour stocker de la nourriture. En anglais, on dit d’ailleurs communal fridge (frigo commun ou en commun) pour désigner ces objets, notamment dans les entreprises. Or l’expérience nous a tous appris qu’il existe des chances non négligeables pour que ce type de situation tourne à la « Tragédie » avec plusieurs déclinaisons différentes : difficulté à gérer la place dans le frigo, « vol » des victuailles par des membres de la communauté, problèmes liés au nettoyage et à l’entretien de l’appareil, etc.

Attention, ces défaillances ne sont bien entendu pas automatiques et c’est précisément ce que met en évidence Elinor Ostrom avec ses Design Principles : peu importe au fond que les hommes et les femmes soient « bons » ou « mauvais », ce qui importe c’est qu’ils et elles soient placés dans des conditions permettant aux tendances à la coopération de s’exprimer et de l’emporter sur les comportements individualistes (attitude dite du « passager clandestin / free rider » quand l’individu maximise sa satisfaction en faisant peser sur le groupe les conséquences négatives de ses actes).

Toute la question est de savoir qu’est-ce qui fait « bugger » l’intelligence collective d’un groupe pour quelque chose d’aussi simple en apparence que de gérer un frigo à plusieurs et qu’est-ce qui peut faire en sorte au contraire d’éviter la tragédie ?

Tu ne voleras point (dans le frigo collectif)

Une des premières « pathologies » des frigos collectifs, particulièrement dans les espaces de travail, c’est le phénomène du « vol » de nourriture par des collègues. Quand on cherche un peu, on se rend compte qu’il existe une abondante littérature anglo-saxonne consacrée aux « Fridge Thieves » (les voleurs des frigos), problème qui a l’air particulièrement répandu dans les entreprises aux États-Unis (une étude récente montre qu’un salarié sur cinq admet se livrer à ce genre de rapines de temps à autre…). Il existe même un épisode de la série Friends qui raille de ce genre de comportements, dans lequel Ross découvre avec stupéfaction qu’un de ses collègues a fait main basse sur son sandwich confectionné avec les restes de la dinde de Thanksgiving !

On peut rapporter ce problème à la première règle énoncée par Ostrom : pour que la gestion en commun d’une ressource réussisse, il faut que les frontières de la communauté concernée comme celles de la ressource partagée soient clairement délimitées. Dans le cas d’un frigo collectif dans une entreprise, le périmètre de la communauté ayant un droit d’accès ne pose généralement pas de difficulté. Par contre, l’identification de qui constitue la « ressource » peut clairement prêter à confusion.

En effet, ce qui est partagé dans le cas d’un réfrigérateur collectif, c’est l’espace de stockage fourni par l’appareil, sans nécessairement que toutes les denrées que les individus y entreposent soient ipso facto «communalisées». Or le respect d’une propriété au sein d’un espace commun est loin d’être évident, d’autant plus qu’au sein d’un même frigo les « ressources » peuvent avoir des statuts différents : les sandwiches et les boîtes à lunch apportés par chacun ont vocation à leur rester réservés, mais certains aliments comme des condiments ou des briques de lait peuvent tacitement devenir des réserves communes au sein desquelles chacun a le droit de puiser, sans parler des restes d’un pot de départ ou d’un buffet qui ont naturellement vocation à être partagés par le groupe.

Pour clarifier ce problème de l’identification du statut des ressources, on voit parfois se développer des pratiques d’étiquetage des boîtes marquées avec le nom de leur propriétaire. Chacun peut alors maintenir une revendication de propriété privée, en signifiant implicitement que le contenu du récipient n’est pas une res nullius (un « bien sans maître », pouvant être approprié par le premier qui s’en saisit).

Le marquage des aliments comme tentative de maintenir une revendication de propriété privée au sein d’un espace commun…

Le pouvoir de ces inscriptions est en réalité purement performatif, car rien n’empêche pour autant les collègues d’aller chiper des aliments identifiés. Certaines études en économie expérimentale (car oui, il y a bien des chercheurs qui étudient les frigos collectifs…) ont néanmoins montré que l’étiquetage avait une certaine efficacité, car il permet de rendre « visibles » les personnes qui pourraient être privées des denrées :

La manière dont la rationalité individuelle fonctionne fait que si vous avez envie du repas de quelqu’un d’autre et que la probabilité que vous soyez pris en flagrant délit est très faible, alors vous serez incité à passer à l’acte. Certaines normes sociales peuvent néanmoins vous freiner. Les gens seront probablement plus enclins à manger le repas de quelqu’un d’autre s’ils ne savent pas de qui il s’agit, puisque l’impact négatif du vol n’aura pas de visage. Si les gens identifient qui leur acte peut léser, alors ils sont moins susceptibles de le faire. De la même façon, un vol qui n’a qu’un faible impact sur les autres aura probablement beaucoup plus de chances d’être commis (comme l’utilisation du lait de quelqu’un d’autre, etc.)

Le marquage des aliments serait donc en un sens une façon de faire réapparaître les membres de la communauté derrière les ressources stockées dans le frigo (bien qu’on puisse aussi y percevoir, comme nous le verrons plus loin, le signe d’une pathologie sociale affectant la communauté…).

Le nettoyage, tu partageras (ou pas)

Un autre GROS sujet qui traverse la littérature sur les communal fridges est celui de leur nettoyage et du problème du maintien de l’hygiène dans un espace lorsque ce dernier est utilisé à plusieurs. Ce second problème est presque plus intéressant que celui des « vols », car il renvoie à plusieurs des principes dégagés par Elinor Ostrom. Pour qu’un Commun fonctionne, il faut en effet que la communauté intéressée soit en mesure de définir elle-même des règles de gestion assurant la préservation de la ressource dans le temps. Ostrom dit aussi qu’il peut être nécessaire de subordonner la faculté de prélever des « appropriateurs » à des « règles d’approvisionnement exigeant du travail » destinées à entretenir la ressource en tant que système.

C’est exactement ce qui est en jeu avec le problème du nettoyage des frigos collectifs, qui nécessite que la communauté soit en mesure de « s’auto-organiser » pour poser des règles élémentaires assurant que les tâches d’entretien soient partagées au sein du groupe et que les individus sachent quand ils doivent les effectuer. Cela peut consister en des règles simples comme « Celui qui salit nettoie » ou des rotations où chacun s’y colle à tour de rôle selon une périodicité déterminée à l’avance.

Une tentative désespérée d’instaurer par l’humour une règle relative au nettoyage d’un frigo collectif sur une base hebdomadaire…

Or si l’on en croit encore une fois les études réalisées sur les frigos collectifs dans les espaces de travail aux États-Unis, force est de constater que très peu de collectifs sont capables de s’organiser pour nettoyer les appareils. Selon une enquête réalisée en 2010, 44% des réfrigérateurs en entreprise étaient nettoyés moins d’une fois par mois et 22% seulement une ou deux fois par an… Dans ces conditions, d’autres études montrent qu’il serait en réalité plus rationnel de stocker les aliments dans les toilettes des entreprises que dans les frigos collectifs, car ces derniers contiennent en général davantage de bactéries ! A tel point que des cas d’empoisonnement sont signalés chaque année aux États-Unis, avec des salariés qui finissent à l’hôpital contaminés par des joyeusetés comme la Listeria, des salmonelles ou le bacille E.Coli…

Le summun de la « Tragédie du Frigo sale » a visiblement été atteint en 2009, lorsqu’un salarié d’ATT en Californie s’est mis en tête de nettoyer le réfrigérateur de son étage, qui n’avait visiblement pas été ouvert depuis TRES longtemps. Après qu’il ait versé du détergent dans l’appareil, il s’en est échappé des vapeurs méphitiques qui ont rendu malades 28 personnes, dont sept ont terminé à l’hôpital, et les pompiers ont dû intervenir avec des masques à gaz pour sécuriser le périmètre ! (NDLR : cette histoire est rapportée par plusieurs journaux américains, dont CNN. On peut donc raisonnablement penser qu’elle est vraie…).

Quand le nettoyage du frigo collectif tourne littéralement à l’exorcisme…

De manière assez intéressante, on lit souvent que ce problème du nettoyage des frigos communs s’accroît dans le temps, à mesure que les premiers volontaires pour réaliser ces tâches baissent les bras face à l’inertie collective. On touche ici du doigt un problème largement décrit par Elinor Ostrom qui est celui des « dilemmes sociaux » (ou pièges sociaux) affectant la coopération. Les individus sont généralement réticents à adopter des comportements coopératifs, parce qu’ils craignent d’être les seuls à assumer les coûts de l’organisation collective tandis que les autres participants se comporteraient en « passagers clandestins », pour en tirer des bénéfices sans contribuer en retour.

Les études en économie comportementale déjà citées ci-dessus montrent que c’est ce qui se passe lorsque les volontaires dans un groupe finissent par renoncer à nettoyer un frigo commun :

Cette situation correspond à ce que l’on appelle un dilemme social, lorsqu’un groupe fonctionnerait mieux si tout le monde effectuait sa part (ici en nettoyant), mais qu’individuellement, les bénéfices du nettoyage sont plus faibles que les coûts. Donc d’un point de vue rationnel, un individu qui ne se soucie que de lui-même ne nettoiera pas, en espérant que les autres le fassent à sa place.

Des personnes peuvent avoir des préférences pour la coopération. Dans ce cas, ceux qui se soucient des conséquences pour le groupe peuvent initialement être heureux de nettoyer. Cependant, une fois que ces individus réalisent que la plupart des autres ne s’engagent pas, leur intérêt pour le bien de la communauté diminue et ils arrêtent à leur tour de nettoyer. Nous disons que la majorité des personnes fonctionnent sur la base de la réciprocité. Elles sont portées à agir pour le bien commun à condition que les autres en fassent autant. Cela signifie qu’un espace partagé restera propre au début, mais une fois que les « gentils » se sont désinvestis, il aura tendance à devenir sale ou désordonné.

Elinor Ostrom parle aussi dans ses écrits de cette question de la réciprocité et de l’importance de la confiance comme condition d’émergence des Communs. Elle mobilise aussi dans ses travaux un outil qui corrobore les règles de l’action collective décrites ci-dessus, à savoir la théorie des jeux répétés. On parle de « jeux » lorsque des acteurs doivent prendre des décisions dans un contexte d’incertitude en « pariant » sur le comportement des autres et leurs chances de coopérer ou de trahir (voir la vidéo ci-dessous).

Dans l’hypothèse où un jeu n’est effectué qu’une seule fois, les individus ont généralement tendance à coopérer, mais une fois que les jeux se répètent, des calculs d’utilité interviennent et à mesure que les « trahisons » s’accumulent, la préférence pour la coopération tend à diminuer graduellement dans le groupe.

Les tests montrent que les groupes les plus résilients dans la durée sont ceux où des stratégies « donnant-donnant » s’instaurent, en pratiquant la punition systématique des trahisons, mais aussi le pardon inconditionnel lorsque la coopération réapparaît. Être capable de sanctionner sans entretenir de rancune serait donc un facteur majeur pour la réussite d’un commun.

Et on va voir que c’est précisément ce qui fait défaut dans la majorité des cas pour les frigos collectifs.

Pas de règles, pas de sanctions, pas de Communs…

Elinor Ostrom énonce dans ses points 4 et 5 que le succès dans la gestion des Communs nécessite que le groupe soit capable de mettre en œuvre une surveillance efficace des usages, exercée si possible directement par les membres de la communauté (notion de « contrôle social ») et que des sanctions graduées doivent pouvoir être administrées en cas de manquement aux règles afin de dissuader les attitudes de passagers clandestins.

Dans les cas des frigos communs, c’est bien d’abord cette question de la surveillance qui est difficile à mettre en oeuvre, notamment dans le cadre d’un collectif de travail. On imagine mal mettre en place des « tours de garde » pour veiller à la porte du frigo et ils se peut que la salle de « convivialité » ou la cuisine soient suffisamment peu fréquentées pour que la menace d’être surpris en train de piquer devienne faible. De la même manière pour les vivres qui pourrissent faute d’avoir été jetées, il peut être difficile de désigner un responsable, faute d’être en mesure d’identifier des « coupables » de ces négligences.

Cette difficulté à mettre en place une surveillance « sociale » a inspiré la société ADT, spécialisée dans la sécurité, qui commercialise une caméra (vous avez bien lu…) à installer à l’intérieur du frigo pour enregistrer des preuves qu’un méfait a été commis. L’idée paraît délirante, mais l’objet est bien toujours en vente. Autant dire qu’une communauté qui accepte une mesure de contrôle aussi intrusive doit sans doute être considérée comme radicalement incapable de gérer quoi que ce soit comme un Commun, car la machine supplée alors artificiellement à la dynamique collective.

« L’oeil était dans le frigo et il regardait Caïn. » – Les Châtiments, nouvelle version…

La frustration de ne pouvoir attraper les coupables de « vol » génère parfois des comportements vengeurs s’exprimant par le biais de messages laissés sur les frigos collectifs par les victimes. Il existe des masses d’articles recensant les malédictions les plus drôles ou les plus véhémentes collées sur des réfrigérateurs. Ce qui frappe en les lisant, c’est la volonté d’attirer la honte ou la culpabilité sur les malfaiteurs, tout en suscitant la désapprobation du groupe à l’encontre de ces pratiques, avec parfois – comme ci-dessous – des allusions à des sanctions d’autant plus terribles qu’elles ne pourront jamais être exercées…

Le Code d’Hammurabi paraîtrait presque doux comparé au règlement intérieur de ce frigo collectif…

L’incapacité du groupe à auto-gérer ces questions de la surveillance et des sanctions peut le conduire à faire intervenir les autorités extérieures, sous la forme de la hiérarchie et des services des ressources humaines. C’est ce qui est arrivé notamment en 2014 dans cette histoire qui a fait à l’époque le tour du web. L’employé d’un bureau s’est plaint par un mot laissé sur le frigo que son sandwich à la dinde lui a été subtilisé.

Le coupable décide alors de le troller en collant d’autres messages lui réclamant une rançon à payer sous peine de dévoration dudit sandwich (…). La guéguerre de messages se poursuit jusqu’à ce que les RH soient officiellement saisis de l’affaire et diligentent une enquête. Ils finissent par éplucher la mémoire de l’imprimante de la société pour identifier le fautif et l’affaire se termine par une convocation du « troll » qu’on imagine suivie de sanctions…

Ce type de situations est parfaitement ridicule, mais symptomatique de la manière dont un groupe peut en arriver à basculer dans l’infantilisation et à se soumettre à une autorité extérieure, faute de pouvoir administrer par lui-même la question de la régulation de ses usages.

Communautés dysfonctionnelles et « dissociétés » au travail

J’ai cité jusqu’à présent des éléments de psychologie sociale ou d’économie expérimentale pour décrire ces « pathologies » qui frappent les communautés essayant de gérer des frigos collectifs. Mais ce genre d’explications présente le défaut de s’appuyer sur des calculs rationnels effectués par des individus (théorie dite du choix rationnel) plus que sur le contexte dans lequel ils agissent, reproche que l’on peut d’ailleurs aussi adresser dans une certaine mesure à Elinor Ostrom qui est restée sur ce point très « classique » dans ses analyses.

Dans ses Design Principles, Ostrom insiste sur la nécessité que les autorités extérieures à la communauté lui reconnaissent un minimum de droits à s’auto-organiser. Or dans les collectifs de travail (que ce soit en entreprise ou en administration), on peut souvent constater que c’est la capacité à s’auto-organiser qui fait justement défaut, à cause du « carcan managérial » auquel les individus sont soumis. Ainsi se trouve vérifiée ce qui constitue une des grandes leçons que nous enseignent les Communs : ce qui compte d’abord n’est pas la ressource, mais bien la communauté et sa capacité à se gouverner elle-même. There is no Commons, without Commoning (Peter Linebaugh).

Or lorsque les communautés sont « encastrées » dans des institutions pyramidales conçues pour saper méthodiquement leur faculté d’auto-organisation, on en arrive à des situations aussi pathétiques que de voir des humains supposément rationnels tomber dans l’incapacité de gérer un simple frigo. La communauté de travail forme alors ce que l’économiste Jacques Généreux appelle une « dissociété », c’est-à-dire un environnement dissociant les individus les uns des autres et d’eux-mêmes. Pour Généreux, la dissociété advient lorsqu’est niée ce qu’il identifie comme l’aspiration fondamentale des êtres humains, à savoir « être soi et pour soi, tout en étant avec et pour les autres ».

Sous l’effet conjugué de la mise en compétition et de la subordination débilitante, les hommes régressent vers un état de « guerre incivile » se traduisant par une déliquescence des solidarités. Jusqu’à sombrer dans l’abject, puisque lorsque les collectifs d’employés ne sont plus capables de gérer le nettoyage d’un espace commun, on délègue la tâche à des femmes de ménage, que le philosophe André Gorz voyait comme cette « nouvelle classe de serviteurs » dont nos sociétés violemment inégalitaires ont besoin pour compenser la perte d’autonomie collective dans la classe dite « supérieure » des cols blancs…

Le propre, le sale et la propriété

Il est un dernier point qui mérite à mon sens de s’attarder encore un instant sur les frigos collectifs. Il touche à une question absolument centrale pour les Communs, qui est celle de la nature du droit de propriété. On peut voir en effet un lien intime entre les deux formes de Tragédie pouvant frapper un réfrigérateur partagé, à savoir d’un côté l’appropriation des ressources d’autrui et l’envahissement par la pourriture.

C’est Michel Serres qui a mis en évidence cette relation entre appropriation et pollution, dans son ouvrage «Le mal propre : polluer pour s’approprier ?».

La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens comme la propriété est la continuation de la pollution par d’autres moyens…

Dans ce livre, Michel Serres essaie de remonter aux origines mêmes de la pulsion d’appropriation et il se tourne pour cela du côté des comportements des animaux qui marquent leur territoire avec leurs déjections pour le délimiter :

Je décris les usages des mammifères afin de les comparer aux manières hominiennes de s’approprier. Qui vient de cracher dans la soupe la garde pour lui ; nul ne touchera plus à la salade et au fromage qu’il a ainsi pollués. Pour conserver quelque chose en propre, le corps sait y laisser quelque tache personnelle : sueur sous le vêtement, salive dans le mets ou pieds dans le plat, déchet dans l’espace, fumet, parfum ou déjection […]

D’où mon théorème que l’on pourrait dire de droit naturel – j’entends ici par « naturel » une conduite générale chez les espèces vivantes – : le propre s’acquiert et se conserve par le sale. Mieux : le propre, c’est le sale.

Ce qui se passe avec les frigos communs correspond exactement à ces intuitions du philosophe. Celui qui vole la pitance d’autrui obéit en réalité à la même pulsion que celui qui laisse moisir ses victuailles, car on s’approprie autant en prenant qu’en polluant. Dans les deux cas, il s’agit « d’exclure » l’autre du bénéfice de la ressource en le privant de son droit d’usage.

Même les réflexes d’étiquetage constatés en réaction aux « vols » dans les communal fridges relèvent encore d’un prolongement symbolique de cette manière de marquer son bien pour se le réserver. Michel Serres explique en effet que nous avons délaissé les déjections pour identifier nos propriétés par des signes, à commencer par notre nom. C’est ce que font les employés en marquant leurs récipients avec leurs patronymes en espérant que l’inscription dissuade performativement les voleurs.

Mais lorsque ce procédé ne suffit pas, on voit ressurgir des comportements primitifs où la pollution reprend ses droits pour signifier l’appropriation. Ci-dessous, on voit par exemple une personne prévenant son « voleur de frigo » qu’elle a craché dans sa bouteille pour le dissuader de l’utiliser (et le voleur de répondre qu’il en a fait autant en représailles !).

Plus trash encore, on voit ci-dessous une femme excédée qu’on lui prenne le lait qu’elle apporte au bureau pour son café indiquer qu’elle a remplacé le liquide par son propre lait maternel afin d’en dégoûter ceux qui pourraient être tentés !

Quoi de plus frappant pour illustrer ces jeux complexes entre le propre et le sale, qui se superposent sans cesse à propos des frigos partagés ? Sachant que Michel Serres termine son livre en faisant remarquer avec brio que l’inverse du « Mal propre », c’est justement le « Bien commun ». Une belle manière de dire que le Commun est autant ce que l’on renonce à s’approprier que ce que l’on entretient pour le garder « propre » afin qu’autrui puisse aussi l’utiliser.

Et si on essayait les frigos solidaires ?

On apprend donc un certain nombre de choses en se plongeant dans cette dimension « infra-ordinaire » des frigos collectifs ! Les tragédies qui les frappent (souvent ?) nous montrent par contraste ce qui rend possible les Communs. Les principes d’Ostrom nous rappellent que si les faillites sociales ne sont pas automatiques, les surmonter nécessite une conjonction complexes de facteurs pas toujours si faciles à rassembler et à maintenir dans le temps.

Encore n’ai-je pas eu le temps de parler des frigos solidaires que l’on commence à voir se développer dans nos rues, pour lutter contre le gaspillage alimentaire et favoriser les pratiques de glanage urbain en faveur des plus démunis. A l’écart des espaces de travail, si souvent déshumanisés par la subordination et la compétition, peut-être est-ce que là que le sens du Commun s’est aujourd’hui réfugié ?

Et si la régulation de la question attentionnelle n’était pas là où l’on croit ?

Dans Les marchands d’attention (The Attention Merchants, 2017, Atlantic Books, non traduit), le professeur de droit, spécialiste des réseaux et de la régulation des médias, Tim Wu (@superwuster), 10 ans après avoir raconté l’histoire des télécommunications et du développement d’internet dans The Master Switch (où il expliquait la tendance de l’industrie à créer des empires et le risque des industries de la technologie à aller dans le même sens), raconte, sur 400 pages, l’histoire de l’industrialisation des médias américains et de la publicité de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui. En passant d’une innovation médiatique l’autre, des journaux à la radio, de la télé à l’internet, Wu tisse une très informée histoire du rapport de l’exploitation commerciale de l’information et du divertissement. Une histoire de l’industrialisation des médias américains qui se concentre beaucoup sur leurs innovations et leurs modèles d’affaires, c’est-à-dire qui s’attarde à montrer comment notre attention a été convertie en revenus, comment nous avons été progressivement cédés à la logique du commerce – sans qu’on n’y trouve beaucoup à redire d’ailleurs.

La compétition pour notre attention n’a jamais cherché à nous élever, au contraire

Tout le long de cette histoire, Tim Wu insiste particulièrement sur le fait que la capture attentionnelle produite par les médias s’est faite par-devers nous. La question attentionnelle est souvent présentée comme le résultat d’une négociation entre l’utilisateur, le spectateur, et le service ou média qu’il utilise… mais aucun d’entre nous n’a jamais consenti à la capture attentionnelle, à l’extraction de son attention. Il souligne notamment que celle-ci est plus revendue par les médias aux annonceurs, qu’utilisée par les médias eux-mêmes. Il insiste également à montrer que cette exploitation vise rarement à nous aider à être en contrôle, au contraire. Elle ne nous a jamais apporté rien d’autre que toujours plus de contenus insignifiants. Des premiers journaux à 1 cent au spam publicitaire, l’exploitation attentionnelle a toujours visé nos plus vils instincts. Elle n’a pas cherché à nous élever, à nous aider à grandir, à développer nos connaissances, à créer du bien commun, qu’à activer nos réactions les plus instinctives. Notre exploitation commerciale est allée de pair avec l’évolution des contenus. Les journaux qui ont adopté le modèle publicitaire, ont également inventé des rubriques qui n’existaient pas pour mieux les servir : comme les faits divers, les comptes-rendus de procès, les récits de crimes… La compétition pour notre attention dégrade toujours les contenus, rappelle Tim Wu. Elle nous tourne vers « le plus tapageur, le plus sinistre, le plus choquant, nous propose toujours l’alternative la plus scandaleuse ou extravagante ». Si la publicité a incontestablement contribué à développer l’économie américaine, Wu rappelle qu’elle n’a jamais cherché à présenter une information objective, mais plutôt à déformer nos mécanismes de choix, par tous les moyens possibles, même par le mensonge. L’exploitation attentionnelle est par nature une course contre l’éthique. Elle est et demeure avant tout une forme d’exploitation. Une traite, comme disait le spécialiste du sujet Yves Citton, en usant volontairement de ce vocabulaire marqué au fer.

Wu souligne que l’industrie des contenus a plus été complice de cette exploitation qu’autre chose. La presse par exemple, n’a pas tant cherché à contenir ou réguler la publicité et les revenus qu’elle générait, qu’à y répondre, qu’à évoluer avec elle, notamment en faisant évoluer ses contenus pour mieux fournir la publicité. Les fournisseurs de contenus, les publicitaires, aidés des premiers spécialistes des études comportementales, ont été les courtiers et les ingénieurs de l’économie de l’attention. Ils ont transformé l’approche intuitive et improvisée des premières publicités en machines industrielles pour capturer massivement l’attention. Wu rappelle par exemple que les dentifrices, qui n’existaient pas vraiment avant les années 20, vont prendre leur essor non pas du fait de la demande, mais bien du fait de l’offensive publicitaire, qui s’est attaquée aux angoisses inconscientes des contemporains. Plus encore que des ingénieurs de la demande, ces acteurs ont été des fabricants de comportements, de mœurs…

L’histoire de l’exploitation de notre attention souligne qu’elle est sans fin, que « les industries qui l’exploitent, contrairement aux organismes, n’ont pas de limite à leur propre croissance ». Nous disposons de très peu de modalités pour limiter l’extension et la croissance de la manipulation attentionnelle. Ce n’est pas pour autant que les usagers ne se sont pas régulièrement révoltés, contre leur exploitation. « La seule dynamique récurrente qui a façonné la course des industries de l’attention a été la révolte ». De l’opposition aux premiers panneaux publicitaires déposés en pleine ville au rejet de services web qui capturent trop nos données ou exploitent trop notre attention, la révolte des utilisateurs semble avoir toujours réussi à imposer des formes de régulations. Mais l’industrie de l’exploitation attentionnelle a toujours répondu à ces révoltes, s’adaptant, évoluant au gré des rejets pour proposer toujours de nouvelles formes de contenus et d’exploitation. Parmi les outils dont nous nous sommes dotés pour réguler le développement de l’économie de l’attention, Wu évoque trop rapidement le travail des associations de consommateurs (via par exemple le test de produits ou les plaintes collectives…) ou celui des régulateurs définissant des limites au discours publicitaire (à l’image de la création de la Commission fédérale du commerce américaine et notamment du bureau de la protection des consommateurs, créée pour réguler les excès des annonceurs, que ce soit en améliorant l’étiquetage des produits ou en interdisant les publicités mensongères comme celles, nombreuses, ventant des produits capables de guérir des maladies). Quant à la concentration et aux monopoles, ils ont également toujours été surveillés et régulés, que ce soit par la création de services publics ou en forçant les empires des médias à la fragmentation.

L’attention, un phénomène d’assimilation commercial et culturel

L’invention du prime time à la radio puis à la télé a été à la fois une invention commerciale et culturelle, fusionnant le contenu au contenant, l’information/divertissement et la publicité en inventant un rituel d’attention collective massive. Il n’a pas servi qu’à générer une exposition publicitaire inédite, il a créé un phénomène social, une conscience et une identité partagée, tout en rendant la question de l’exposition publicitaire normale et sociale.

Dans la succession des techniques qu’ont inventés les médias de masse pour mobiliser et orienter les foules que décrit Tim Wu, on constate qu’une sorte de cycle semble se reproduire. Les nouvelles technologies et les nouveaux formats rencontrent des succès très rapides. Puis, le succès rencontre des résistances et les audiences se délitent vers de nouvelles techniques ou de nouveaux formats proposés par des concurrents. On a l’impression d’être dans une course poursuite où chaque décennie pourrait être représentée par le succès d’un support phare à l’image des 28 courts chapitres qui scandent le livre. L’essor de la télévision par exemple est fulgurant : entre 1950 et 1956 on passe de 9 % à 72 % des maisons équipées et à la fin des années 50, on l’a regarde déjà 5 heures par jour en moyenne. Les effets de concentration semblent très rapides… et dès que la fatigue culturelle pointe, que la nouveauté s’émousse, une nouvelle vague de propositions se développe à la fois par de nouveaux formats, de nouvelles modalités de contrôle et de nouveaux objets attentionnels qui poussent plus loin l’exploitation commerciale des publics. Patiemment, Wu rappelle la très longue histoire des nouveaux formats de contenus : la naissance des jeux, des journaux télé, des soirées spéciales, du sport, des feuilletons et séries, de la télé-réalité aux réseaux sociaux… Chacun ayant généré une nouvelle intrication avec la publicité, comme l’invention des coupures publicitaires à la radio et à la télé, qui nécessitaient de réinventer les contenus, notamment en faisant monter l’intrigue pour que les gens restent accrochés. Face aux outils de révolte, comme l’invention de la télécommande ou du magnétoscope, outils de reprise du contrôle par le consommateur, les industries vont répondre par la télévision par abonnement, sans publicité. Elles vont aussi inventer un montage plus rapide qui ne va cesser de s’accélérer avec le temps.

Pour Wu, toute rébellion attentionnelle est sans cesse assimilée. Même la révolte contre la communication de masse, d’intellectuels comme Timothy Leary ou Herbert Marcuse, sera finalement récupérée.

De l’audience au ciblage

La mesure de l’audience a toujours été un enjeu industriel des marchands d’attention. Notamment avec l’invention des premiers outils de mesure de l’audimat permettant d’agréger l’audience en volumes. Wu prend le temps d’évoquer le développement de la personnalisation publicitaire, avec la socio-géo-démographie mise au point par la firme Claritas à la fin des années 70. Claritas Prizm, premier outil de segmentation de la clientèle, va permettre d’identifier différents profils de population pour leur adresser des messages ciblés. Utilisée avec succès pour l’introduction du Diet Coke en 1982, la segmentation publicitaire a montré que la nation américaine était une mosaïque de goûts et de sensibilités qu’il fallait adresser différemment. Elle apporte à l’industrie de la publicité un nouvel horizon de consommateurs, préfigurant un ciblage de plus en plus fin, que la personnalisation de la publicité en ligne va prolonger toujours plus avant. La découverte des segments va aller de pair avec la différenciation des audiences et la naissance, dans les années 80, des chaînes câblées qui cherchent à exploiter des populations différentes (MTV pour la musique, ESPN pour le sport, les chaînes d’info en continu…). L’industrie du divertissement et de la publicité va s’engouffrer dans l’exploitation de la fragmentation de l’audience que le web tentera de pousser encore plus loin.

Wu rappelle que la technologie s’adapte à ses époques : « La technologie incarne toujours l’idéologie, et l’idéologie en question était celle de la différence, de la reconnaissance et de l’individualité ». D’un coup le spectateur devait avoir plus de choix, plus de souveraineté… Le visionnage lui-même changeait, plus inattentif et dispersé. La profusion de chaînes et le développement de la télécommande se sont accompagnés d’autres modalités de choix comme les outils d’enregistrements. La publicité devenait réellement évitable. D’où le fait qu’elle ait donc changé, devenant plus engageante, cherchant à devenir quelque chose que les gens voudraient regarder. Mais dans le même temps, la télécommande était aussi un moyen d’être plus branché sur la manière dont nous n’agissons pas rationnellement, d’être plus distraitement attentif encore, à des choses toujours plus simples. « Les technologies conçues pour accroître notre contrôle sur notre attention ont parfois un effet opposé », prévient Wu. « Elles nous ouvrent à un flux de sélections instinctives et de petites récompenses »… En fait, malgré les plaintes du monde de la publicité contre la possibilité de zapper, l’état d’errance distrait des spectateurs n’était pas vraiment mauvais pour les marchands d’attention. Dans l’abondance de choix, dans un système de choix sans friction, nous avons peut-être plus perdu d’attention qu’autre chose.

L’internet a démultiplié encore, par de nouvelles pratiques et de nouveaux médiums, ces questions attentionnelles. L’e-mail et sa consultation sont rapidement devenus une nouvelle habitude, un rituel attentionnel aussi important que le prime time. Le jeu vidéo dès ses débuts a capturé toujours plus avant les esprits.

« En fin de compte, cela suggère aussi à quel point la conquête de l’attention humaine a été incomplète entre les années 1910 et les années 60, même après l’entrée de la télévision à la maison. En effet, même s’il avait enfreint la sphère privée, le domaine de l’interpersonnel demeurait inviolable. Rétrospectivement, c’était un territoire vierge pour les marchands d’attention, même si avant l’introduction de l’ordinateur domestique, on ne pouvait pas concevoir comment cette attention pourrait être commercialisée. Certes, personne n’avait jamais envisagé la possibilité de faire de la publicité par téléphone avant même de passer un appel – non pas que le téléphone ait besoin d’un modèle commercial. Ainsi, comme AOL qui a finalement opté pour la revente de l’attention de ses abonnés, le modèle commercial du marchand d’attention a été remplacé par l’un des derniers espaces considérés comme sacrés : nos relations personnelles. » Le grand fournisseur d’accès des débuts de l’internet, AOL, a développé l’accès aux données de ses utilisateurs et a permis de développer des techniques de publicité dans les emails par exemple, vendant également les mails de ses utilisateurs à des entreprises et leurs téléphones à des entreprises de télémarketing. Tout en présentant cela comme des « avantages » réservés à ses abonnés ! FB n’a rien inventé !

« La particularité de la modernité repose sur l’idée de construire une industrie basée sur la demande à ressentir une certaine communion ». Les célébrités sont à leur tour devenues des marchands d’attention, revendant les audiences qu’elles attiraient, à l’image d’Oprah Winfrey… tout en transformant la consommation des produits qu’elle proposait en méthode d’auto-récompense pour les consommateurs.

L’infomercial a toujours été là, souligne Wu. La frontière entre divertissement, information et publicité a toujours été floue. La télé-réalité, la dernière grande invention de format (qui va bientôt avoir 30 ans !) promettant justement l’attention ultime : celle de devenir soi-même star.

Le constat de Wu est amer. « Le web, en 2015, a été complètement envahi par la malbouffe commerciale, dont une grande partie visait les pulsions humaines les plus fondamentales du voyeurisme et de l’excitation. » L’automatisation de la publicité est le Graal : celui d’emplacements parfaitement adaptés aux besoins, comme un valet de chambre prévenant. « Tout en promettant d’être «utile» ou «réfléchi», ce qui a été livré relevait plutôt de «l’intrusif» et pire encore. » La télévision – la boîte stupide -, qui nous semblait si attentionnellement accablante, paraît presque aujourd’hui vertueuse par rapport aux boucles attentionnelles sans fin que produisent le web et le mobile.

Dans cette histoire, Wu montre que nous n’avons cessé de nous adapter à cette capture attentionnelle, même si elle n’a cessé de se faire à notre détriment. Les révoltes sont régulières et nécessaires. Elles permettent de limiter et réguler l’activité commerciale autour de nos capacités cognitives. Mais saurons-nous délimiter des frontières claires pour préserver ce que nous estimons comme sacré, notre autonomie cognitive ? La montée de l’internet des objets et des wearables, ces objets qui se portent, laisse supposer que cette immixtion ira toujours plus loin, que la régulation est une lutte sans fin face à des techniques toujours plus invasives. La difficulté étant que désormais nous sommes confrontés à des techniques cognitives qui reposent sur des fonctionnalités qui ne dépendent pas du temps passé, de l’espace ou de l’emplacement… À l’image des rythmes de montage ou des modalités de conception des interfaces du web. Wu conclut en souhaitant que nous récupérions « la propriété de l’expérience même de la vie ». Reste à savoir comment…

Comment répondre aux monopoles attentionnels ?

Tim Wu – qui s’apprête à publier un nouveau livre en novembre, The Curse of Bigness : antitrust in the new Gilded age (La malédiction de la grandeur) – prône, comme d’autres, un renforcement des lois antitrusts américaines. Il y invite à briser les grands monopoles que construisent les Gafam, renouvelant par là la politique américaine qui a souvent cherché à limiter l’emprise des monopoles comme dans le cas des télécommunications (AT&T), de la radio ou de la télévision par exemple ou de la production de pétrole (Standard Oil), pour favoriser une concurrence plus saine au bénéfice de l’innovation. À croire finalement que pour lutter contre les processus de capture attentionnels, il faut peut-être passer par d’autres leviers que de chercher à réguler les processus attentionnels eux-mêmes ! Limiter le temps d’écran finalement est peut-être moins important que limiter la surpuissance de quelques empires sur notre attention !

La règle actuelle pour limiter le développement de monopoles, rappelle Wu dans une longue interview pour The Verge, est qu’il faut démontrer qu’un rachat ou une fusion entraînera une augmentation des prix pour le consommateur. Outre, le fait que c’est une démonstration difficile, car spéculative, « il est pratiquement impossible d’augmenter les prix à la consommation lorsque les principaux services Internet tels que Google et Facebook sont gratuits ». Pour plaider pour la fragmentation de ces entreprises, il faudrait faire preuve que leur concentration produit de nouveaux préjudices, comme des pratiques anticoncurrentielles quand des entreprises absorbent finalement leurs concurrents. Aux États-Unis, le mouvement New Brandeis (qui fait référence au juge Louis Brandeis acteur majeur de la lutte contre les trusts) propose que la régulation favorise la compétition. Pour Wu par exemple, la concurrence dans les réseaux sociaux s’est effondrée avec le rachat par Facebook d’Instagram et de WhatsApp. Et au final, la concurrence dans le marché de l’attention a diminué.

Pour Wu, il est temps de défaire les courtiers de l’attention, comme il l’explique dans un article de recherche qui tente d’esquisser des solutions concrètes. Il propose par exemple de créer une version attentionnelle du test du monopoleur hypothétique, utilisé pour mesurer les abus de position dominante, en testant l’influence de la publicité sur les pratiques. Pour Tim Wu, il est nécessaire de trouver des modalités à l’analyse réglementaire des marchés attentionnels.

Dans cet article, Wu s’intéresse également à la protection des audiences captives, à l’image des écrans publicitaires des pompes à essence qui vous délivrent des messages sans pouvoir les éviter où ceux des écrans de passagers dans les avions… Pour Wu, ces nouvelles formes de coercition attentionnelle sont plus qu’un ennui, puisqu’elles nous privent de la liberté de penser et qu’on ne peut les éviter. Pour lui, il faudrait les caractériser comme un « vol attentionnel ». Certes, toutes les publicités ne peuvent pas être caractérisées comme telles, mais les régulateurs devraient réaffirmer la question du consentement souligne-t-il, notamment quand l’utilisateur est captif ou que la capture cognitive exploite nos biais attentionnels sans qu’on puisse lutter contre. Et de rappeler que les consommateurs doivent pouvoir dépenser ou allouer leur attention comme ils le souhaitent. Que les régulateurs doivent chercher à les protéger de situations non consensuelles et sans compensation, notamment dans les situations d’attention captive ainsi que contre les intrusions inévitables (celles qui sont augmentées par un volume sonore élevé, des lumières clignotantes, etc.). Ainsi, les publicités de pompe à essence ne devraient être autorisées qu’en cas de compensation pour le public (par exemple en proposant une remise sur le prix de l’essence)…

Wu indique encore que les réglementations sur le bruit qu’ont initié bien des villes peuvent être prises pour base pour construire des réglementations de protection attentionnelle, tout comme l’affichage sur les autoroutes, également très réglementé. Pour Tim Wu, tout cela peut sembler peut-être peu sérieux à certain, mais nous avons pourtant imposé par exemple l’interdiction de fumer dans les avions sans que plus personne aujourd’hui n’y trouve à redire. Il est peut-être temps de prendre le bombardement attentionnel au sérieux. En tout cas, ces défis sont devant nous, et nous devrons trouver des modalités pour y répondre, conclut-il.

Hubert Guillaud

Tim Wu, dans une interview pour FastCompany, estime que la question de l’éthique de la conception est devenue l’une des questions les plus importantes qui soit à l’heure où nous sommes cernées de boucles attentionnelles. Il n’est certes pas invité à la seconde édition de la conférence Ethics by Design qui se tient les 1er et 2 octobre 2018 à la Maison des Sciences de l’homme Paris-Nord… Mais cette conférence – dont nous sommes partenaires – se consacrera justement à ces sujets, avec nombre de spécialistes de ces questions. L’occasion de faire le point sur des enjeux qui deviennent chaque jour plus importants !

Vous pouvez bénéficier de tickets à -20 % avec le code de réduction EBYD_20 !

Émission #160 du 20 septembre 2018 – Les p’tits mucks

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Téléchargement MP3 – [ 1 h 48 min 37 s | 37.3 MB ] 20 septembre 2018
Téléchargement OGG – [ 1 h 48 min 37 s | 45 MB ] 20 septembre 2018

AVERTISSEMENT! Ce podcast peut contenir du langage inapproprié ou vulgaire et peut ne pas convenir à tout le monde.

Animateurs: Patrick et Sandrine

Les p’tits mucks

  • Expression utilisée au Québec qui veut dire : Les enfants. Comme par exemple, Mon ami est maintenant marié et a trois 

Les annonces

Patrick

Une petite pause

  • bloguelinux fait relâche le 4 et le 18 octobre et sera de retour le 1 novembre 2018

Sandrine

  • Linux-Meetup (Montréal) : Mardi le 2 octobre 2018 au pavillon B de L’ETS au 1111 Rue Notre Dame Ouest au local …à confirmer… de 19:00 à 22:00. Et pour ceux voulant réseauter avec les autres avant, il y aura un souper de 17:30 à 18:45 (Resto-pub Le 100 génies de l’ÉTS du pavillon B). https://www.meetup.com/Linux-Montreal/events/kxlpjlyxgbfb/
  • Club Framboise : Prochaine rencontre le 26 septembre 2018 à 18h30 exceptionnellement chez Tandem Launch, 780 ave Brewster, Montréal. http://clubframboise.ca/
  • Montréal SQiL – 15 ans des Linux-Meetup au Québec, le mardi 25 septembre 2018 de 17h30 à 21h00 au Bureau de Red Hat dans le vieux-Montréal 127 Rue Saint-Pierre. https://agendadulibre.qc.ca/events/1906
  • Montréal SQiL – Intro à la création d’extensions de navigateur en JavaScript : Le samedi 22 septembre 2018 de 09h30 à 16h30 au Shopify, 490 Rue de la Gauchetière Ouest. https://agendadulibre.qc.ca/events/1900
  • Montréal SQiL – Soirée Wiki à la Cinémathèque québécoise: Tahani Rached : Le mercredi 26 septembre 2018 de 18h00 à 21h00 à la Cinémathèque québécoise 335, boulevard De Maisonneuve Est. https://agendadulibre.qc.ca/events/1908
  • Pour plus de détails et d’activtés : http://agendadulibre.qc.ca/

Les trouvailles

6 trouvailles technologiques sous forme de nouvelle, gadget, application et système d’exploitation

Patrick

  1. Linus Torvalds demande pardon pour ses excès de colère et veut faire une pause
  2. Le support natif pour les partages Windows arrive dans ChromeOS 70

Sandrine

  1. 10 Blogs sur le Raspberry Pi à suivre
  2. Cosy est un bon lecteur de livres audio sur Linux pour les fichiers audio sans DRM

Steeve

  1. Quand le chef du développement du Kernel fait ses excuses
  2. Pizza des distributions Linux

Robin

  1. L’humour près de chez soi!
  2. Un client Python pour TOU.TV

Varia

Geekage personnel, revue de logiciels et distributions Linux, smartphone, gadgets et tout ce qui a trait à la technologie

Patrick

pgModeler

Sandrine

La SQIL 2018

  • «État du collectif CHATONS et des Services FACiLes en 2018», avec Mathieu Gauthier-Pilote de FACiL
  • «État du premier CHATON québécois en 2018», avec Nizar de Koumbit
  • «État de la main d’œuvre en logiciel libre au Québec en 2018», avec Geneviève Clavet de TECHNOCompétences
  • «Comment déjouer les malveillants sur Internet en 2018», avec Anne-Sophie Letellier et Geneviève Lajeunesse de Crypto.Québec
  • «État de la suite d’applications d’entreprise WikiSuite en 2018», avec Marc Laporte d’Avan.Tech
  • «État de la suite Elastic en 2018 », avec Richard Mauer de Elastic
  • «État de la plateforme de communication Ring en 2018», avec Amarok de Savoir-Faire Linux

Le livre de Crypto.Québec, On vous voit

Steeve

TMUX

Robin

Le nouveau RoLLodQc

Surprise

Patrick

LE COEUR A SES RAISONS Le Bêtisier Intégral (1h !)

Sandrine

My Mate VINCE

Steeve

Un podcast sur la sécurité et le Hacking

Robin

Kro de la Bestiole – Du Goudron Dans l’Entonnoir

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Décryptualité du 24 septembre 2018 - La censure automatisée d'internet votée par le parlement européen

Écouter ou télécharger le décryptualité du 24 septembre 2018 (15 minutes)

    Les fameux articles 11 et 13 ont été votés par le parlement européens. Ces dispositifs liberticide ont également toutes les chances de ne pas atteindre les objectifs qu'ils visent.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Revue de presse de l'April pour la semaine 38 de l'année 2018

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 38

[Le Monde.fr] Linus Torvalds, l’emblématique fondateur de Linux, s’excuse d’avoir été insupportable

Par Morgane Tual , le samedi 22 septembre 2018. Extrait:
> Linus Torvalds, une personnalité majeure du monde de l’informatique, est réputé pour sa personnalité irascible et ses messages d’insultes.
Lien vers l'article original: https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/09/22/les-excuses-de-linus-torvalds-l-emblematique-et-caracteriel-fondateur-de-linux_5358713_4408996.html

Et aussi:
[ZDNet France] Linux: Linus Torvalds fait une pause pour corriger son attitude
[Developpez.com] Le projet Linux adopte à son tour le "contributor Covenant Code of Conduct"
[L'Informaticien] Code de conduite Linux: les développeurs sont-ils des «connards»?

[Génération-NT] Mounir Mahjoubi propose une liste d'alternatives aux grandes plateformes

Par Jérôme G., le samedi 22 septembre 2018. Extrait:
> Pour "s'ouvrir à la diversité technologique, pensez aux solutions alternatives." C'est le conseil du secrétariat d'État chargé du numérique avec la publication d'une liste forcément non exhaustive.
Lien vers l'article original: https://www.generation-nt.com/mounir-mahjoubi-alternative-grande-plateforme-actualite-1957437.html

Et aussi:
[LeMagIT] Secteur public: la mécanique de l’open source se grippe (un peu)

[LeMagIT] L'avenir du libre passe par la conversion des utilisateurs en contributeurs

Par Thierry Carrez, le vendredi 21 septembre 2018. Extrait:
> Sans contribution et engagement, pas de communauté et sans communauté, pas d’open source. Thierry Carrez, VP Engineering de l’OpenStack Foundation revient dans cette tribune d’expert sur la nécessité d’opérer un changement. Si aujourd’hui, l’open source est au cœur de l’innovation et motorise l’essentiel du logiciel, il est temps de franchir un cap: celui de la conversion des utilisateurs en contributeurs.
Lien vers l'article original: https://www.lemagit.fr/tribune/Lavenir-du-libre-passe-par-la-conversion-des-utilisateurs-en-contributeurs

[Numerama] Le développement de CLIP, le système d'exploitation souverain made in France, est ouvert à tous

Par Julien Lausson, le jeudi 20 septembre 2018. Extrait:
> En gestation depuis plus de dix ans, CLIP, le système d'exploitation souverain made in France, s'ouvre à l'open source. Désormais, n'importe qui peut participer à son développement.
Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/tech/419569-le-developpement-de-clip-le-systeme-dexploitation-souverain-made-in-france-est-ouvert-a-tous.html

Et aussi:
[L'Informaticien] CLIP OS passe en open source
[Programmez!] CLIP OS: un OS sécurisé en Open Source

[LeDevoir.com] La pertinence des «communs»

Par Laure Waridel, le jeudi 20 septembre 2018. Extrait:
> Alors que l’on entend de plus en plus parler de l’importance d’un changement de paradigme pour protéger l’environnement et réduire les inégalités, mais que ce genre d’idée est quasi absente de la campagne électorale, nous souhaitons faire connaître ici l’approche des communs. Il s’agit d’une invitation à penser autrement.
Lien vers l'article original: https://www.ledevoir.com/opinion/idees/537180/la-pertinence-des-communs

[Libération] Aucun algorithme, jamais, ne pourra défendre la démocratie

Par Olivier Ertzscheid, le lundi 17 septembre 2018. Extrait:
> Nous avons perdu la bataille contre les algorithmes en ce qui concerne la vie privée. Il faut aujourd'hui se battre pour limiter leur impact sur nos vies publiques et notre destin collectif.
Lien vers l'article original: https://www.liberation.fr/debats/2018/09/17/aucun-algorithme-jamais-ne-pourra-defendre-la-democratie_1679311

[Developpez.com] Copyright: le rapporteur Axel Voss dit être surpris par un article du texte adopté

Par Bill Fassinou, le samedi 15 septembre 2018. Extrait:
> Il y a deux jours, la directive sur les droits d’auteur dans l'Union européenne a été adoptée. Ce à quoi personne ne s’attendait, c’est que les eurodéputés, le rapporteur Voss y compris, aient pu manquer un article. C’est pourtant ce qui s’est passé. L’amendement 76, une disposition qui restreint le droit de filmer des événements sportifs, a été adopté apparemment sans qu’une réelle attention lui soit portée.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/224444/Copyright-le-rapporteur-Axel-Voss-dit-etre-surpris-par-un-article-du-texte-adopte-les-eurodeputes-ont-ils-examine-tous-les-aspects-de-la-reforme

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Macron et l’assurance chômage

Quand tu veux te débarrasser de ton chien…

Les négociations pour une réforme de l’assurance chômage doivent débuter sous peu entre le gouvernement et les « partenaires sociaux » pour faire faire 1,3 milliards d’euros d’économies annuelles à l’Unedic pendant 3 ans. Quand on sait comment se crée ce déficit, d’où viennent les bénéfices et quelles sont les prévisions budgétaires de l'Unedic, l'entourloupe est avérée.

Muriel Pénicaud, la force rouge d'Emmanuel : les chômeurs n'ont qu'à bien se tenir ! - Détournement sur Twitter - Twitter

Macron est un président très habile. Et la presse dans sa grande majorité, peu curieuse des réalités comptables de l'Unedic, lui déroule des tapis rouges. Pour la énième fois depuis le début de son mandat, le président ni gauche ni droite va donc encore enfumer la population afin de lui faire avaler une grosse pilule : celle de la "nécessaire" réforme des allocations chômage. En résumé : le déficit cumulé des caisses de l’Unedic est de plus de 35 milliards d’euros, il faut donc le faire baisser. Emmanuel Macron, via sa ministre DRH du Travail propose donc de faire faire des économies à l'Unedic, parce que bien entendu, quand on a une grosse dette il suffit de moins dépenser. Donc, moins indemniser les chômeurs, ou en moins grand nombre, ou moins longtemps ou différemment. Cette explication de comptabilité basique peut être comprise par un écolier de CE2. Et c’est bien le problème puisque la réalité est très différente de celle que donne à avaler le gouvernement français et la presse au public, jusqu'à aujourd'hui. Une réalité bien plus complexe à décrypter que ce que les connaissances d’un enfant de CE2 nécessitent.

Le pognon de dingue n’appartient pas à Macron ou à l’Etat… et pourtant…

Un premier point mérite d’être souligné pour les foules à qui on explique que le déficit de l’Unédic « c’est grave » : le pognon de dingue de la caisse d’assurance chômage n’est pas payé par des impôts ou des taxes, ce n’est pas un budget public mais une caisse...