MobiliZon : reprendre le pouvoir sur ce qui nous rassemble

Nous voulons façonner les outils que les géants du Web ne peuvent ni ne veulent créer. Pour y parvenir, nous avons besoin de votre soutien.

Penser hors des sentiers battus par les actionnaires

Pauvre MeetUp ! Pauvre Facebook avec ses événements et ses groupes ! Vous imaginez combien c’est dur, d’être une des plus grandes capitalisations boursières au monde ? Non mais c’est que les actionnaires ils sont jamais contents, alors il faut les arracher avec les dents, ces dividendes !

Nos pauvres petits géants du Web sont o-bli-gés de coder des outils qui ne vous donnent que très peu de contrôle sur vos communautés (familiales, professionnelles, militantes, etc.). Parce qu’au fond, les centres d’intérêt que vous partagez avec d’autres, c’est leur fonds de commerce ! Nos pauvres vendeurs de temps de cerveau disponible sont trop-for-cés de vous enfermer dans leurs plateformes où tout ce que vous ferez sera retenu envers et contre vous. Parce qu’un profil publicitaire complet, ça se vend plus cher, et ça, ça compte, dans leurs actions…

Cliquez sur l’image pour aller voir la conférence « Comment internet a facilité l’organisation des révolutions sociales mais en a compromis la victoire » de Zeynep Tufekci sur TED Talk

Et nous, internautes prétentieuses, on voudrait qu’ils nous fassent en plus un outil complet, éthique et pratique pour nous rassembler… ? Mais on leur en demande trop, à ces milliardaires du marketing digital !

Comme on est choubidou chez Framasoft, on s’est dit qu’on allait leur enlever une épine du pied. Oui, il faut un outil pour organiser ces moments où on se regroupe, que ce soit pour le plaisir ou pour changer le monde. Alors on accepte le défi et on se relève les manches.

On ne changera pas le monde depuis Facebook

Lors du lancement de la feuille de route Contributopia, nous avions annoncé une alternative à Meetup, nom de code Framameet. Au départ, nous imaginions vraiment un outil qui puisse servir à se rassembler autour de l’anniversaire du petit dernier, de l’AG de son asso ou de la compète de son club d’Aïkido… Un outil singeant les groupes et événements Facebook, mais la version libre, qui respecte nos sphères d’intimité.

Puis, nous avons vu comment les « Marches pour le climat » se sont organisées sur Facebook, et comment cet outil a limité les personnes qui voulaient s’organiser pour participer à ces manifestations. Cliquera-t-on vraiment sur « ça m’intéresse » si on sait que nos collègues, nos ami·e·s d’enfance et notre famille éloignée peuvent voir et critiquer notre démarche ? Quelle capacité pour les orgas d’envoyer une info aux participant·e·s quand tout le monde est enfermé dans des murs Facebook où c’est l’Algorithme qui décide de ce que vous verrez, de ce que vous ne verrez pas ?

L’outil dont nous rêvons, les entreprises du capitalisme de surveillance sont incapables de le produire, car elles ne sauraient pas en tirer profit. C’est l’occasion de faire mieux qu’elles, en faisant autrement.

Nous avons été contacté·e·s par des personnes des manifestations #OnVautMieuxQueÇa et contre la loi travail, des Nuits Debout, des Marches pour le climat, et des Gilets Jaunes… Et nous travaillons régulièrement avec les Alternatiba, l’association Résistance à l’Agression Publicitaire, le mouvement Colibris ou les CEMÉA (entre autres) : la plupart de ces personnes peinent à trouver des outils permettant de structurer leurs actions de mobilisation, sans perdre le contrôle de leur communauté, du lien qui est créé.

Groupe gilets jaunes sur Facebook : «Quelle que soit l'issue du mouvement, la base de donnée "opinion" qui restera aux mains de Facebook est une bombe démocratique à retardement ... Et nous n'avons à ce jour absolument aucune garantie qu'elle ne soit pas vendue à la découpe au(x) plus offrant(s). »

Cliquez sur cette image pour lire « Après avoir liké, les Gilets Jaunes iront-ils voter ? » d’Olivier Ertzschied.

Or « qui peut le plus peut le moins » : si on conçoit un outil qui peut aider un mouvement citoyen à s’organiser, à s’émanciper… cet outil peut servir, en plus, pour gérer l’anniversaire surprise de Tonton Roger !

Ce que MeetUp nous refuse, MobiliZon l’intègrera

Concevoir le logiciel MobiliZon (car ce sera son nom), c’est reprendre le pouvoir qui a été capté par les plateformes centralisatrices des géants du Web. Prendre le pouvoir aux GAFAM pour le remettre entre les mains de… de nous, des gens, des humains, quoi. Nous allons nous inspirer de l’aventure PeerTube, et penser un logiciel réellement émancipateur :

  • Ce sera un logiciel Libre : la direction que Framasoft lui donne ne vous convient pas ? Vous aurez le pouvoir de l’emmener sur une autre voie.
  • Comme Mastodon ou PeerTube, ce sera une plateforme fédérée (via ActivityPub). Vous aurez le pouvoir de choisir qui héberge vos données sans vous isoler du reste de la fédération, du « fediverse ».
  • L’effet « double rainbow » de la fédération, c’est qu’avec MobiliZon vous donnerez à vos événements le pouvoir d’interagir avec les pouets de Mastodon, les vidéos PeerTube, les musiques de FunkWhale
  • Vous voulez cloisonner vos rassemblements familiaux de vos activités associatives ou de vos mobilisations militantes ? Vous aurez le pouvoir de créer plusieurs identités depuis le même compte, comme autant de masques sociaux.
  • Vous voulez créer des événements réellement publics ? Vous donnerez le pouvoir de cliquer sur « je participe » sans avoir à se créer de compte.
  • Il faut lier votre événement à des outils externes, par exemple (au hasard) à un Framapad ? Vous aurez le pouvoir d’intégrer des outils externes à votre communauté MobiliZon.
dessin de MobiliZon par Devid Revoy

MobiliZon, illustré par David Revoy – Licence : CC-By 4.0

La route est longue, mais MobiliZon-nous pour que la voie soit libre !

Nous avons travaillé en amont pour poser des bases au projet, que nous vous présentons aujourd’hui sur JoinMobilizon.org. Au delà des briques logicielles et techniques, nous avons envie de penser à l’expérience utilisateur de l’application que les gens auront en main au final. Et qui, en plus, se doit d’être accessible et compréhensible par des néophytes.

Nous souhaitons éprouver ainsi une nouvelle façon de faire, en contribuant avec des personnes dont c’est le métier (designeurs et designeuses, on parlera très vite de Marie-Cécile et de Geoffrey !) pour œuvrer ensemble au service de causes qui veulent du bien à la société.

Le développement se fera par étapes et itérations, comme cela avait été le cas pour PeerTube, de façon à livrer rapidement (fin 2019) une version fonctionnelle qui soit aussi proche que possible des aspirations de celles et ceux qui ont besoin d’un tel outil pour se mobiliser.

Voilà notre déclaration d’intention. La question est : allez-vous nous soutenir ?

Car pour avancer vers la concrétisation de MobiliZon, et prolonger l’ensemble de nos projets, il n’y a pas de secrets : nous avons besoin de dons. Des dons qui, on le rappelle, restent déductibles des impôts (pour les contribuables français·es).

Pour notre campagne de dons de cette année, nous avons fait le choix de ne pas utiliser des outils invasifs qui jouent à vous motiver (genre la barre de dons qu’on a envie de voir se remplir). On a voulu rester sobre, et du coup c’est pas super la fête : on risque d’avoir du mal à ajouter MobiliZon dans notre budget 2019…

Alors si MobiliZon vous fait rêver autant que nous, et si vous le pouvez, pensez à soutenir Framasoft.

Faire un don pour soutenir les actions de Framasoft

 

La fabrique de l’éditeur : comment apprend-on un métier qui ne s’apprend pas ?

Quand on apprend le métier d’éditeur, on en passe par toute une phase d’apprentissages qui peuvent sembler rébarbatifs de prime abord : établir un compte d’exploitation n’a rien de glamour, ou en tout cas ce n’est pas plus glamour que d’apprendre à se servir d’Indesign ou d’intégrer les codes de typographie, pas plus que de se former au code informatique et d’élaborer des stratégies marketing. Mais comme tout cela fait partie du métier, eh bien on s’y plie, parce qu’il n’y a pas le choix : ce sont des basiques du métier.

Mais une fois cette phrase passée, une autre interrogation surgit – ou plutôt un autre conflit : comme après une crise de foie, on peut être tenté de rejeter ce qui sort des clous du métier stricto sensu et vouloir que le gavage cesse pour mieux se concentrer sur ce qui fait l’essence même du métier : les textes et les auteurs. C’est compréhensible : beaucoup d’apprenants n’ont pas envie de se former à Excel ou de s’intéresser au quotidien d’un graphiste ou d’un programmeur. Pourtant l’édition est un métier de synergie : c’est la conjugaison des talents qui fait la maison d’édition. L’éditeur y joue le rôle de chef d’orchestre. Il est le peintre qui organise les couleurs sur la toile. Mais passons sur cette phase, puisque tous les jeunes éditeurs en passent par là et qu’ils suivent globalement le même cursus.

Ce que je veux dire, c’est qu’on peut être tenté de ne s’intéresser qu’à son métier. Or il me semble qu’aujourd’hui, un bon éditeur est un éditeur qui s’intéresse à tout sauf à son métier (formulation un peu provocatrice, mais vous allez comprendre). Je crois que c’est d’ailleurs valable dans toutes les corporations. Nous vivons dans un monde où l’information n’a jamais été aussi facilement accessible : ces choses que je transmets lors de mes formations éditoriales, elles sont aisément trouvables sur le net, pour peu qu’on s’y intéresse un peu. N’importe qui peut se former de son propre chef, sans passer par une école : l’école est finalement là pour fournir un diplôme comme preuve de validation. Une marque de confiance, symbole d’un savoir censément acquis, une base commune à tous.

Mais les éditeurs pullulent : en fait, vous avez beaucoup plus de chances de devenir éditeur en montant votre propre maison d’édition qu’en étant embauché chez Gallimard ou Flammarion sur la base de vos compétences. Beaucoup de gens très talentueux cherchent le poste de leurs rêves sans forcément le trouver. Parce qu’au final, les profils se ressemblent.

Pour moi, ce qui différencie un éditeur, ou plutôt ce qui le sort du lot, c’est justement tout ce à quoi il s’intéresse en-dehors de l’édition : ce qu’il est, ce qu’il pense, son parcours, la manière dont les choses se sont enchaînées dans sa vie. Je n’aurais pas créé Walrus si je n’avais pas eu un ami développeur, si je n’avais pas fait d’études de cinéma, si je n’avais pas été libraire… C’est la conjonction de ces éléments qui font qu’à un moment, une identité ressort. Et c’est cette identité individuelle qui devra transpirer sur celle de la maison. Bien qu’il soit considéré comme l’un des maîtres du genre, Bradbury lisait très peu de science-fiction, ça ne l’intéressait pas vraiment : il préférait lire des essais scientifiques, des poèmes, de la sociologie… parce que c’est en sortant de son terreau originel qu’on développe une identité propre. Cela se fait naturellement.

Plus je donne ces cours d’édition, plus je réalise que la seule chose vraiment capitale pour devenir un bon éditeur, aucun formateur, aucune école, aucun manuel ne peut la transmettre. Cette chose, c’est le flair. Un éditeur est au croisement de plusieurs routes : la sienne d’abord, puis celle du monde qui nous entoure, des gens qui l’empruntent, des idées qui l’animent, des opinions qui s’y confrontent. C’est à l’embranchement de ces deux routes que se créent les livres.

Et la seule chose que je sache, c’est que le flair se travaille. L’intuition est avant tout une ouverture, une curiosité, qui se matérialise sous la forme d’une idée. Deux concepts se rencontrent et forment la possibilité d’un livre. Le métier de l’éditeur est alors de savoir de quelle façon et à quel moment. Cela ne s’apprend pas : cela se devine. C’est un sentiment d’urgence qui naît dans nos tréfonds. Il faut qu’un livre existe, parce que c’est le moment. Et quand cette excitation naît, c’est un moment de magie pure. Pour que le croisement s’opère, il faut de larges routes, des routes riches de sens, d’expériences et d’idées.

Les bases techniques sont importantes, je ne veux pas le nier puisque je les enseigne. Mais c’est pour mieux les oublier, ou du moins les transformer à sa propre mode. Je ne connais pas de meilleure manière de devenir un bon éditeur que de s’intéresser à tout, sauf aux livres (surtout à ceux des autres). Car l’essentiel, ce n’est pas comment on fait les livres, mais ce qu’on met dedans.

❤

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BD : Le Pacte de la Mer de Satoshi Kon (1990)

Aussi connu sous le nom de Kaikisen ou Retour vers la mer, c’est un des mangas majeurs des années 90. Mais on a tendance à trop l’oublier, comme son auteur, le regretté Satoshi Kon. J’ai découvert l’existence de ce monsieur lorsque j’ai visionné et lu « Perfect Blue », un film d’animation fabuleux dont je parlerai plus… Lire la suite BD : Le Pacte de la Mer de Satoshi Kon (1990)

Décryptualité du 10 décembre 2018 - Edge passe à chromium, quelles conséquences pour les navigateurs libres

Écouter ou télécharger le décryptualité du 10 décembre 2018 (15 minutes)

    Edge, le navigateur de Microsoft abandonne son moteur propriétaire maison pour adopter celui de Chromium, projet libre porté par Google. Quelles sont les enjeux d'une telle décision dès lors que l'immense majorité des utilisateurs utilisent des moteurs proposés par Google ?
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Pourquoi, dans les faits, il est désormais quasiment impossible de manifester

Brazil, c'est aujourd'hui

Avec le délit de "participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations", on peut désormais mettre en garde à vue une personne équipée de masque de protection contre les gaz lacrymogènes. Or, il n'y a plus de manifestations sans usage massif de ces gaz.

Pluie de gaz sur la place Saint-Augustin - Reflets

La manifestation de samedi 8 décembre qui devait voir débouler sur Paris des hordes de personnes ayant la volonté de "tuer", selon les mots de l'Elysée s'est finalement plutôt bien passée, si l'on tient compte du fait que lesdits meurtriers ne sont pas venus. Ceci dit, la manifestation a dégénéré. Pourquoi ?

Comme nous l'indiquions dans notre reportage sur la manifestation, le premier contact avec des gilets jaunes, en bas des Champs-Elysées, était jugé "pacifique" par les policiers qui étaient là pour empêcher les manifestants de s'approcher du palais de l'Elysée. Le périmètre de sécurité entourant le palais était très, très, large. Bref, les manifestants voulaient aller crier leur colère sous les fenêtres du monarque républicain. Cela leur était interdit. Au début, donc, tout allait bien. Les gilets jaunes demandaient aux policiers de les laisser passer. Refus poli mais ferme.

C'est un peu plus haut sur les Champs, un peu plus tard, que tout a commencé. Les policiers barraient l'accès aux Champs-Elysées par les rues perpendiculaires. Filtrage à l'entrée sur l'avenue, impossibilité d'en sortir. Quelques dizaines de gendarmes harnachés se sont retrouvés (comment, on se le demande bien) au milieu de l'avenue, sur un trottoir, coupés de leurs copains. Les manifestants se sont donc approchés et les ont conspués. Classique. La tension est logiquement montée. Les forces de l'ordre ne restant jamais isolées...

Commission copie privée

Voici l’argent récolté par la commission « copie privée » contre soi-disant le droit de faire des copies de choses qu’on a achetées sur d’autres médiums (téléphones, disque dur, CD) :

Souce : Conférence de Nextinpact

C’est assez affolant. Et on n’a pas accès à la source de la détermination du montant. Il suffit de 12 personnes représentant les ayants droits pour soutirer 279 millions d’euros en toute opacité.

Surtout quand on sait qu’en pratique les achats sont tournés en masse vers des produits à base de DRM et de streaming sans moyen de copie effective.

L’exemple type de la transparence c’est ceci :

Ca dit aux moteurs de recherche de ne pas indexer le site afin qu’il ne se retrouve pas dans les résultats de recherche. Circulez, il n’y a rien à voir. Si vous cherchez à vous faire rembourser, car vous êtes professionnel et donc en avez le droit, ben tant pis.

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Être territoire

Born to Bike #2 | Sommaire

Quand nous faisons du vélo, nous travaillons les dimensions sportive, sociale, pilotage et esthétique (voir chapitre 1). Mais le vélo lui-même n’est-il pas un obstacle entre nous et la nature ? Un skieur pourrait se poser la même question au sujet de ses skis, un navigateur au sujet de son bateau, tous les aventuriers au sujet de leur équipement. Même les coureurs se la posent. Dans Born to Run, Christopher McDougall nous parle des adeptes de la course à pied minimaliste, notamment de Barefoot Ted, qui pensent que leurs chaussures les éloignent de la nature et qui choisissent de courir pieds nus ou avec des sandales. Alors, le vélo nous éloigne-t-il de la nature ? Avant de répondre à cette question, il me paraît intéressant de comprendre le choix de coureurs minimalistes.

D’après les recherches du professeur Daniel Lieberman menées à Harvard, quand on court avec des chaussures, le talon touche d’abord le sol, ce qui provoque un impact vertical qui remonte tout au log du corps avec une énergie deux fois supérieure à celle du poids du coureur. En revanche, quand on court pieds nus, on pose d’abord l’avant du pied, qui alors pivote jusqu’à ce que le talon touche le sol, ce qui réduit l’impact et minimise les risques de traumatismes : moins de problèmes à la voûte plantaire (j’ai souffert d’une fasciite plantaire), moins de problèmes aux genoux (j’ai eu ma dose de syndrome de l’essuie-glace), moins de problèmes aux hanches (j’ai eu droit à une belle inflammation du psoas iliaque)…

Si certains coureurs choisissent le minimalisme pour des raisons de santé, d’autres effectuent un choix philosophique. Par exemple, Barefoot Ted court pieds nus parce que les hommes courent pieds nus depuis deux millions d’années. Selon lui, quand on en revient à un mode de vie plus simple, plus originel, on est en meilleure santé, on est plus heureux, plus épanoui. Si Barefoot Ted a raison, je dois abandonner le vélo, car je n’ai aucune chance de travailler la dimension esthétique. Mais Barefoot Ted a-t-il raison ?

Le lien entre santé et bonheur me paraît évident. J’ai longtemps souffert de crampes intestinales, et je ne pouvais m’empêcher de gamberger, de croire que j’avais une maladie mortelle, tant bien même les médecins me disaient le contraire. À la longue, la douleur se communique du corps à l’esprit, et j’avais tendance à tout voir en noir. C’est d’ailleurs une des raisons qui m’a poussé à courir parce que la course en secouant l’intestin a tendance à le détendre. Je ne connais pas de meilleur massage.

Le début du raisonnement de Barefoot Ted est donc difficile à contester : la santé contribue au bonheur. Reste à savoir si le retour aux sources, autrement dit le minimalisme, contribue à la santé ? Les paléontologues ont découvert que l’espérance de vie humaine s’est effondrée au moment de la révolution néolithique quand nos ancêtres se sont sédentarisés, basculant d’un régime de chasseurs-cueilleurs à un régime d’éleveurs-cultivateurs qui impliquait une nourriture moins diverse et une plus grande proximité entre les hommes et les animaux, ce qui favorisait la propagation des maladies.

Si on s’arrête à cette constatation, on peut en conclure que la sédentarisation est mauvaise. On peut même généraliser en affirmant que toute forme de progrès technologique, l’urbanisme du néolithique étant une technologie, est mauvaise. Aller dans ce sens serait oublier que nous avons fait quelques progrès sanitaires depuis le néolithique. Aujourd’hui, l’espérance de vie est bien supérieure à cette des époques antérieures. Nous pouvons tourner l’équation dans tous les sens, nous sommes en meilleure santé que nos ancêtres. Ce qui ne veut pas dire que nous ne devons pas nous intéresser à leur mode de vie. Mais regarder vers le passé sous prétexte que ce serait nécessairement mieux est une démarche plus idéologique que rationnelle.

Homo habilis avant tout

Pourquoi se contenter de courir pieds nus ? Pourquoi ne pas dormir par terre, ne pas manger avec les doigts, ne pas renoncer au savon ? Où s’arrêter ? Les raisonnements de type « paléo » ont un corollaire implicite chez ceux qui les colportent : tout instrument technologique, même aussi simple qu’une chaussure, s’interpose entre nous et la nature, nous empêche de la saisir et de communier avec elle (alors, imaginez un vélo).

Ce point de vue extrême est facile à réfuter. Je porte des lunettes avec des verres progressifs ultralégers traités antireflet. Une belle prouesse technologique qui, loin de m’éloigner du monde, m’aide à mieux l’appréhender, à mieux le naviguer, à mieux l’apprécier. Pour rien au monde, je n’échangerais ma place avec celle d’un chasseur-cueilleur bigleux, qui d’ailleurs se serait à mon âge déjà fait bouffer par un tigre à dents de sabre.

Mes lunettes bien que technologiques me rapprochent du monde comme les microscopes nous rapprochent de l’infiniment petit et les télescopes de l’infiniment grand. Si la technologie était une entrave à la création, nous n’aurions pas le cinéma, pas la photographie, pas la musique, pas la peinture, pas les jeux vidéo, pas même la littérature, car l’écriture est une technologie contre laquelle Aristote déjà s’insurgeait.

Grisés par les promesses d’un retour aux sources, nous ne devons pas oublier qu’avant d’être des Homo sapiens nous étions des Homo habilis, autrement dit des hommes habiles capables d’utiliser des outils de pierre. La technologie fait corps avec nous depuis l’apparition du genre Homo. Vouloir vivre sans technologie n’est pas humain.

Le Canigou au loin
Le Canigou au loin

En quete de la symbiose

Dans le Midi, entre Montpellier et Sète, avec mon VTT et mes copains, je grimpe dans le massif de la Gardiole. Nous remontons les pistes qui nous amènent sur le plateau venteux. Au sud, à nos pieds, s’étend l’arc bleu de la Méditerranée. Au nord, les montagnes du Haut Languedoc déroulent leur rempart violet. En hiver, par temps clair, nous apercevons à l’ouest la chaîne des Pyrénées dominées par le Canigou enneigé. Nous voilà partis dans les singles, sautant de marche en marche, crachant nos poumons dans les raidillons, reprenant de la vitesse quand nous dévalons un coupe-feu, avant de bifurquer sous une pinède et d’enchaîner des virages serrés entre les pins. Avec le soleil couchant, nous plongeons dans le canyon qui nous ramène vers chez nous. Après les entablements calcaires, nous rejoignons le cours asséché d’un ruisseau et nous glissons sous les arbustes.

Je vole au-dessus de la terre ocre, je ne ressens plus la fatigue, je ne suis qu’un souffle dans la fin du jour. Le temps paraît s’être arrêté, la descente immobilisée dans un instant infini. Je me confonds avec le canyon, avec chacune des branches qui se dressent sur mon passage, chacune des pierres qui deviennent les compagnes de ma descente plutôt que de se transformer en obstacle. Je suis un homme, en même temps un animal, je suis une force primitive, en même temps moderne, car je ne poursuis aucune proie, juste mon plaisir, et plus que mon plaisir, une expérience de communion avec la nature et mes copains, une expérience spirituelle qui donne à la vie une dimension épique.

J’oublie le vélo au-dessous de moi, j’oublie mes jambes et mon corps. Moi et mon vélo ne faisons qu’un, qu’un avec le canyon, qu’un avec les collines qui l’enserrent, qu’un avec l’ensemble du massif, qu’un avec l’univers. Dans le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc, Eugen Herrigel écrit : « L’archer cesse d’être conscient de lui-même en tant que personne appliquée à atteindre le cœur de la cible qui lui fait face. » L’archer devient l’arc, la flèche, la cible. Je deviens mon vélo (mon arc et ma flèche à moi), je deviens le terrain sur lequel je roule (ma cible à moi). Je suis unifié, un avec moi-même et le monde.

Le vélo n’entrave pas « l’expérience », il la rend possible et l’intensifie. Il en devient le vecteur, catalyseur d’une réaction dont la dimension spirituelle ne peut être niée. Je ne suis d’ailleurs pas surpris que mon ami cycliste le plus âgé, Jean, se soit mis au tir à l’arc. Il y a une proximité entre les deux sports, comme entre tous les sports qui mettent entre nous et le monde une technologie que nous devons apprivoiser, puis transformer en une extension de nous-mêmes jusqu’à l’oublier. Alors elle n’est plus une vitre opaque qui brouillerait notre vision, mais en même temps un microscope et un télescope, une loupe qui magnifie nos sensations et nos expériences. Mon objectif est de creuser cette dimension esthétique de l’existence.

Une demarche experimentale

Mais il ne suffit pas d’enjamber un vélo et de se jeter dans un canyon pour atteindre la symbiose homme-machine. Avant de me remettre sérieusement au vélo, chaque fois que je roulais j’avais des fourmis dans les bras et les pieds ainsi qu’une douleur lombaire. Mon vélo étant sous-dimensionné, j’en ai changé sans rien changer à mes difficultés.

Lorsqu’Olivier m’a entraîné avec ses copains dans les singles de la Gardiole, ils ont tout de suite jugé ma position bizarre. Jean a sorti ses outils, a repositionné mes poignées de freins pour qu’elles s’alignent avec mes bras et il a reculé mon chariot de selle tout en ajustant sa hauteur. Miracle, mes maux ont disparu. J’ai commencé à rouler plus longtemps et une autre douleur a surgi, une douleur familière des cyclistes, le mal aux fesses.

Au début, je me suis dit que c’était à cause du manque de pratique. Comme la douleur persistait, j’ai acheté un nouveau cuissard sans noter une réelle amélioration. On m’a suggéré de monter en gamme et ma douleur a diminué sans disparaître. J’ai fini par effectuer une étude posturale. Résultat : ma distance entre ischions, les deux os des fesses en appuie sur la selle, est de 117 mmm, il me faut donc une selle de 143 mm de large, mais vu la cambrure de mon dos, il vaut mieux une selle relevée sur l’arrière. Avec ma nouvelle selle, mon mal aux fesses s’est réduit à une légère inflammation au pli de la cuisse gauche, survenant lors des longues sorties.

Je me débrouillais avec ce désagrément, badigeonnant la zone sensible avec de la pommade protectrice avant le départ, puis au retour avec de la pommade réparatrice. C’est une fois en Floride que j’ai finalement découvert une solution à ce problème. Mes nouveaux copains cyclistes ont remarqué que mes chaussures étaient trop souples et que je perdais ainsi de la puissance. J’ai acheté des chaussures plus rigides et, dès la première sortie, j’ai constaté que mon inflammation avait disparu. La symbiose s’atteint peu à peu, pas à pas, par essais et erreurs.

Il va de même pour l’écrivain avec ses outils d’écriture, avec le langage lui-même, avec le skieur et ses skis, le tennisman et sa raquette, avec tous nos instruments. Ils commencent par nous entraver avant de nous augmenter. C’est parce que je connais ce processus que j’ai accepté les désagréments initiaux du vélo et que je m’évertue à les dépasser, pour avec lui me dépasser moi-même, et vivre des expériences qui sinon me seraient interdites.

La symbiose homme-territoire

Mais pourquoi faire autant d’efforts à régler mon vélo, pourquoi dépenser autant en cuissards, chaussures, pommades, en mille autres gadgets ? Pourquoi ne pas courir pieds nus, pourquoi privilégier l’approche technologique ?

Deux raisons. La première est d’ordre physiologique. Après des heures de vélo, je suis rincé, épuisé, mais je n’ai mal nulle part, surtout maintenant que mon problème de selle est résolu. Quand je courais trois fois par semaine, j’avais mal à toutes les articulations. J’éprouvais un mélange amour-haine pour la course, amour pour la liberté offerte, amour de pouvoir courir en ville comme dans la nature, amour de pouvoir courir autour de chez moi aussi bien que quand je suis en voyage, mais en même temps détestation de la souffrance inhérente pour moi à ce sport, la souffrance « articulaire ». Voilà qui m’a convaincu de basculer vers le vélo et de ne plus pratiquer la course à pied qu’en dilettante.

La seconde raison est plus profonde, plus vitale, au cœur même de mon projet Born to Bike. Quand je descends le canyon près de chez moi dans le Midi, je deviens le canyon, j’entre en symbiose avec lui et avec le territoire. C’est vrai à la course à pied comme à vélo. Mais il y a une différence de taille, ou de surface pour être plus précis. À vélo, je vais plus vite, plus loin, je peux parcourir mon environnement de manière quasi exhaustive, finissant par avoir une connaissance intime du territoire.

Là où je peux rouler, je me sens chez moi comme si j’y étais né. Dans le Lot-et-Garonne où je passe souvent mes vacances, j’ai parcouru plus de routes et de chemins que la plupart des autochtones. En Floride où je vis en ce moment, j’ai une connaissance plus détaillée de ce plat pays que la plupart des natifs, et même des cyclistes dont je suis sur le Net les trajectoires stéréotypées et répétitives.

Le vélo me permet d’oser, de prendre des embranchements inconnus et de les explorer aussi loin qu’ils mènent parce que dans tous les cas j’aurais la force de rentrer. Le vélo étend le cercle de mes pérégrinations. Il peut le faire de façon démesurée parce que je peux y charger une tente, un sac de couchage et de quoi me sustenter pour plusieurs jours, tout en gardant une grande légèreté grâce aux équipements modernes.

À vélo, je vais plus loin qu’à la course, je vais où les voitures ou les motos ne peuvent pas aller, ou n’ont pas droit d’aller, je m’approprie l’espace au point d’avoir le sentiment que j’en suis le démiurge. Je suis le dépositaire des traces que je laisse sur la carte. Je la signe, je la tague, je la fais mienne. D’autres peuvent recouvrir mes arabesques, les croiser, les faire déborder de ma zone d’exploration habituelle, me donnant envie de les suivre, et de les étendre à mon tour.

Il s’agit d’un jeu et, à la fois, d’une philosophie de vie dans une époque où notre rapport au monde s’effectue le plus souvent par écrans interposés. Grâce au vélo, je me sens être, je me sens exister, ancré à la terre, plutôt que projeté dans une dimension éthérée, un peu flottante, souvent désincarnée. Je suis un aborigène qui chante sur les pistes du monde pour mieux les voir et ne négliger aucune de leurs ramifications.

Même les cavaliers n’ont pas éprouvé ce sentiment, parce que les chevaux sont moins endurants que nous autres cyclistes (difficile de leur faire parcourir plus de 160 km en une journée, et surtout de recommencer le lendemain). Le vélo démultiplie la puissance mise en nous par l’évolution. Il est plus rapide que la course, mais pas suffisamment pour que nos yeux ne perçoivent pas les détails du territoire, surtout lorsque nous suivons des sentiers. Nous pouvons même ajuster nos coups de pédales pour une prise de conscience optimale, ce qui est plus difficile à la course. Le vélo est l’ultime instrument d’exploration et il n’a peut-être pas fini de nous surprendre : les vélos roulent même sur l’eau. Pourquoi ne pas en rester au canoë ? Encore cette question de temps, d’autonomie. Le vélo, c’est la course démultipliée, avec la juste vitesse pour percevoir. Une fois que le vélo est devenu une seconde peau, il transforme le territoire en terrain de jeu dont nous prenons possession avec une jubilation enfantine et une plénitude de moine zen.

En quête de la trace
En quête de la trace

L'extension du domaine d'existence

Au quotidien, nous utilisons le territoire : nous allons de chez nous au supermarché, de chez nous au métro, de chez nous à l’école ou au travail. Parfois, nous allons nous promener, mais le plus souvent selon des parcours convenus, organisés, balisés, que ce soit en ville ou dans la nature. Face à cet usage utilitariste du territoire, je tente un usage esthétique.

Ce projet est chez moi une marotte. Dès l’ouverture publique d’Internet, j’ai joué à l’explorateur, remontant les liens pour aller à la rencontre des créateurs de contenus. Dans une deuxième phase, alors que le Net se recentralisait sous l’effet gravitationnel de Google, j’ai exploré les routes sociales qui nous interconnectaient. J’ai comparé cette méthode au nomadisme, un nomadisme hors des sentiers battus. J’ai même démontré que plus nous créons de liens entre nous, plus nous complexifions le monde, ce qui a pour effet de le rendre ingouvernable et donc d’augmenter nos libertés.

Dans une troisième phase, j’ai été déçu parce que nous n’avons pas utilisé nos outils numériques pour créer davantage de liens, mais pour tous vénérer les mêmes icônes sur YouTube ou Facebook, pour en faire des stars, donc des centres d’attractions, d’uniformisation, de conformation. Leur attraction est si grande que nos libertés peuvent s’en trouver réduites.

De quoi être effrayé. J’ai aussi enfourché mon vélo pour éviter ce piège, pour en revenir au territoire physique, à la bonne vielle cartographie, au réseau des chemins et des routes, qui a la propriété remarquable d’être décentralisé et même distribué, ce qui implique qu’il existe une infinité de traces pour relier deux points, sans la nécessité de passer par des points de contrôle.

Cette infinité me donne le vertige. J’ai parfois l’envie folle de parcourir toutes les possibilités, de voir tous les points de vues. Sous certaines lumières, à certaines heures, j’en éprouve une frustration douloureuse. Il me faut prendre la route, essayer des voies nouvelles, connecter des lieux à ma façon, ouvrir des sentes, y entraîner mes amis. J’ai l’impression que j’établis alors de nouveaux chemins pour la circulation sanguine sociale, que j’effectue un travail d’irrigation, installant des bypass en cas d’incident cardiaque. Chacune des traces, pour le coup partagées en ligne, est une possibilité offerte aux autres, une chance de se libérer des parcours stéréotypés, une chance d’éprouver des sensations neuves, cela parfois tout à côté de chez soi. Peut-être que tout commence par le territoire, s’y sentir libre avant de pouvoir étendre ce sentiment à tout l’espace existentiel. Faire du vélo avec art devient alors aussi politique.

Revue de presse de l'April pour la semaine 49 de l'année 2018

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 49

[acteurspublics.com] Bastien Guerry: “Le logiciel libre a besoin d’une vraie stratégie de mutualisation au sein de l’État”

Par Émile Marzolf, le vendredi 7 décembre 2018. Extrait:
> Le tout nouveau “référent logiciels libres” d’Etalab, Bastien Guerry, ancien entrepreneur d’intérêt général, explique à Acteurs publics comment le logiciel libre gagne du terrain dans l’administration et à quels défis il se heurte.
Lien vers l'article original: https://www.acteurspublics.com/2018/12/07/bastien-guerry-le-logiciel-libre-a-besoin-d-une-vraie-strategie-de-mutualisation-au-sein-de-l-etat

[ITforBusiness] Officiel: Microsoft Edge adopte Chromium et l’open source

Par Laurent Delattre, le jeudi 6 décembre 2018. Extrait:
> Microsoft annonce un profond changement de stratégie autour de son navigateur Web, Edge. Celui-ci ne disparaît pas mais adopte le moteur de rendu Chromium et une nouvelle philosophie de développement.
Lien vers l'article original: http://www.itforbusiness.fr/rss/item/10963-microsoft-edge-adopte-chromium-et-l-open-source

Et aussi:
[RTBF Info] Microsoft va se joindre à Google pour améliorer son navigateur

[The Conversation] Débat: L’«open science», une expression floue et ambiguë

Par Alexandre Hocquet, le mercredi 5 décembre 2018. Extrait:
> Qu’est-ce que la «science ouverte»? En quoi la science actuelle est elle «fermée» et que recouvre l’expression «ouvrir la science» comme l’indique le slogan des journées?
Lien vers l'article original: https://theconversation.com/debat-l-open-science-une-expression-floue-et-ambigue-108187

[Echo Sciences] Le FabLab, un lieu d’émancipation sociale: discours ou réalité?

Par Eléonore Pérès, le mercredi 5 décembre 2018. Extrait:
> Pour qui s’intéresse un peu à la culture scientifique et technique et à sa place en société, le terme FabLab ne doit pas être inconnu. Il résonne beaucoup dans la sphère de la médiation des sciences et dans les médias depuis quelques années. A travers les idées de “faire soi-même” et “d’apprendre en faisant”, les FabLabs sont souvent synonymes d’inclusion sociale et de capacitation (ou «empowerment»). Mais qu’en est-il de la réalité?
Lien vers l'article original: https://www.echosciences-grenoble.fr/communautes/le-master-cst/articles/le-fablab-un-lieu-d-emancipation-sociale-discours-ou-realite

[Journal du Net] A l'Open CIO Summit, la tentation open source des groupes toujours plus forte

Par Antoine Crochet-Damais, le mercredi 5 décembre 2018. Extrait:
> A l'Open CIO Summit, la tentation open source des groupes toujours plus forte Les DSI du Cac 40 mettent en avant le rôle des logiciels libres pour passer outre les technologies commerciales et propriétaires. Avec des indicateurs de résultats financiers à la clef.
Lien vers l'article original: https://www.journaldunet.com/solutions/dsi/1419552-open-cio-summit-l-open-source-un-levier-cle-d-innovation

Et aussi:
[silicon] Paris Open Source Summit 2018: le Cigref défend une approche hybride open source/propriétaire
[InformatiqueNews.fr] L’open source, alternative aux grands éditeurs
[cio-online.com] Adopter le logiciel libre sereinement mais résolument
[Les Echos] Open Source: un écosystème qui recrutera 8.000 personnes en 2019
[Programmez!] Grande enquête 2018: quelles perspectives pour le marché du travail dans l’open source?

[ZDNet France] La Commission européenne privilégie le logiciel libre

Par Thierry Noisette, le lundi 03 décembre 2018. Extrait:
> Le CNLL, qui fédère 300 entreprises en France, rappelle les débats sur la préférence aux logiciels libres, rejetée par le gouvernement époque Hollande.
Lien vers l'article original: https://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/la-commission-europeenne-privilegie-le-logiciel-libre-39877511.htm

Et aussi:
[ChannelNews] La commission européenne marque une préférence explicite pour le logiciel libre

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Le Parlement européen s’opposera-t-il à la censure sécuritaire ?

Le 12 décembre, le Parlement européen votera le « rapport sur les observations et les recommandations de la commission spéciale sur le terrorisme ». S’il est adopté, ce texte, sans avoir l’effet d’une loi, recommandera l’adoption de mesures prévues dans le règlement de censure antiterroriste : la sous-traitance de la censure aux géants de l’Internet et le contournement des juges nationaux (lire notre dernière analyse).

La Quadrature du Net envoie aux députés du Parlement européen le message suivant, leur demandant de voter le rejet de ce rapport :

Chers députés du Parlement européen,

Le mercredi 12 décembre prochain, vous voterez le « rapport sur les observations et les recommandations de la commission spéciale sur le terrorisme ».

Ces recommandations prônent des mesures sécuritaires absurdes qui porteraient atteinte aux libertés fondamentales. De manière plus précise, ce rapport prône l’adoption des mêmes mesures que celles prévues dans le règlement de censure antiterroriste, qui sera débattu dans quelques semaines au Parlement : la remise en cause du chiffrement de bout en bout, la délégation de la censure aux géants de l’Internet et le pouvoir donné aux polices européennes de contourner les juges nationaux (points BD, BH, 47, 113 et 125). Pour l’ensemble de ces raisons, nous vous demandons de voter le rejet de ce rapport.

Utilisant le prétexte de la lutte contre la radicalisation en ligne, ces mesures suggérées par le rapport et inscrites dans le règlement de censure antiterroriste imposeront de nouvelles obligations à l’ensemble des acteurs de l’Internet : hébergeurs de site, de blog et de vidéo, forum et réseaux sociaux, sites de presse, fournisseurs de mail et de messagerie, etc.

Alors que la Commission européenne et les gouvernements européens ne démontrent de façon étayée ni l’efficacité ni la nécessité de ces obligations pour lutter contre le terrorisme, vous souhaitez imposer aux acteurs d’Internet d’agir sur des contenus dont la dangerosité n’aura été évaluée par aucun juge et ce dans des délais extrêmement courts.

Ces obligations sont porteuses de graves dangers pour l’ensemble de l’écosystème numérique européen. En effet, les moyens économiques, humains et techniques requis pour exécuter les obligations envisagées sont tout simplement hors de portée de la quasi-totalité des acteurs : très peu sont ceux qui seront en mesure de répondre 24h/24h, 7j/7 et en moins d’une heure aux demandes de retrait de contenu provenant de n’importe quelle autorité d’un État membre de l’Union. De la même manière, les mesures de surveillance et de censure automatisées que les autorités nationales pourraient imposer en vertu du texte seront totalement impraticables.

Ainsi, pour se plier à ces nouvelles contraintes, les acteurs économiques de petites et moyennes tailles ne pourront que sous-traiter l’exécution des demandes de retrait et la censure automatisée aux quelques grandes entreprises qui, en raison de leur puissance financière, seront capables de les prendre en charge, Google et Facebook en tête, cette sous-traitance étant porteuse d’une dépendance économique et technique gravement préjudiciable à l’économie numérique européenne.

Quant aux acteurs associatifs et collaboratifs à but non lucratif, ils n’auront d’autres choix que de cesser leurs activités.

Ce règlement appauvrira donc radicalement la diversité numérique européenne et soumettra ce qu’il en reste à une poignée d’entreprises qui sont déjà en situation de quasi-monopole et dont il faudrait au contraire remettre en cause l’hégémonie (lire notre dernière analyse).

Enfin, ce règlement conduirait à une surveillance généralisée de nos échanges en ligne et une censure privée et automatisée de l’information.

Pour l’ensemble de ces raisons, La Quadrature du Net, avec 58 autres acteurs de cet écosystème et défenseurs des libertés fondamentales, avons déjà demandé à Emmanuel Macron de renoncer à son projet de règlement de censure antiterroriste.

Nous vous demandons donc de rejeter ce rapport pour mettre dès maintenant un frein à cette volonté absurde de déléguer la censure de l’Internet aux géants du Web et de permettre à toutes les polices de l’Union européenne de contourner les juges nationaux.

Les parlementaires qui refuseront de protéger les libertés fondamentales et l’écosystème numérique européen seront affichés publiquement.