Réflexion : Faire tout, tout le temps.

Iceman
, 21/09/2019 | Source : chez Iceman

Dans notre monde moderne et surtout urbain, grandes sont les tentations de toutes sortes pour consommer, se distraire, ne jamais avoir de « temps de cerveau disponible ». Au point de ne plus utiliser ce cerveau pour réfléchir à nos actes. Je me suis fait cette réflexion depuis longtemps mais cela apparaît encore plus clairement lorsque l’on… Lire la suite Réflexion : Faire tout, tout le temps.

Faire atterrir les Communs numériques - Lionel Maurel - Cerisy

mmorandi
, 20/09/2019 | Source : April


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Titre : Faire atterrir les Communs numériques. Des utopies métaphysiques aux nouveaux territoires de l'hétérotopie
Intervenant : Lionel Maurel
Lieu : Colloque « Territoires solidaires en commun : controverses à l'horizon du translocalisme » - Centre Culturel International de Cerisy (80)
Date : juillet 2019
Durée : 1 h 02 min
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Diaporama support de la communication
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : image de la première page du diaporama support de la communication - Licence Creative Commons CC0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

En lisant l’argument du colloque sur les deux premiers jours, je pense qu’il ne vous a pas échappé que l’ombre de Bruno Latour1 plane sur ce colloque. Ça se voit au titre du colloque : la notion de territoire, la notion de controverse typiques du vocabulaire de Bruno Latour et il y a cette interrogation sur le local et le global qui est revenue plusieurs fois, cette idée d’essayer de sortir de cette imposition dans laquelle on se trouve pris entre le local et le global et ça, ça correspond exactement aux propos de ce livre, c’est en filigrane dans ses travaux depuis le début, mais ça a surtout été mis en forme dans un format compact de ce livre Où atterrir ? Comment s'orienter en politique et ça me semble particulièrement intéressant pour reposer cette question des communs numériques.

Très rapidement, Bruno Latour dans ce livre nous explique que nous sommes pris depuis le début de la modernité dans une sorte de mouvement qui nous emmène du local au global. On en a parlé ce matin, par exemple avec l’AFD [Agence française de développement] : pendant longtemps le modèle du développement c’était d’aller dans une émancipation qui nous sortirait des attaches locales vers une modernisation qui nous emmènerait vers le global, donc vers l’universel, avec des vecteurs qui ont été, par exemple, le marché, vecteur d’une globalité universelle. Pendant longtemps, en fait, tout ce qui nous ferait revenir vers le local était jugé comme rétrograde, réactionnaire, ringard. Pendant très longtemps on a été pris dans cette opposition et il nous explique qu’aujourd’hui il y a une crise de cette manière de penser, qui est en partie et surtout liée à la crise écologique, qui nous fait nous rendre compte que ce qu’on nous a vendu comme étant le globe, le monde que nous devions atteindre, ne sera jamais atteignable, tout simplement parce que la Terre n’est pas assez vaste pour accueillir toutes les promesses de développement qu’on nous avait vendues comme étant l’aboutissement de la modernisation.
L’autre problème qu’il y a c’est que nous ne pouvons pas retourner vers le local non plus, parce que cette volonté romantique de revenir à une attache locale, telle qu’on nous la vend notamment dans certains courants de pensée très réactionnaires, est en fait une illusion parce que nous ne retrouverons pas, de toute façon, les attaches locales.

Il dit que face à ça il y a une riposte qui s’est faite jeu. Lui, sa bête noire, c’est Donald Trump, c’est ce qu’il appelle l’attracteur numéro 4 où, en fait, on a le hors-sol, c’est-à-dire que Donald Trump incarne, pour lui, celui qui refuse de voir les limites planétaires donc qui continue à développer sa politique de développement au maximum, donc qui est hors-sol, mais qui a quand même réussi à capter les aspirations réactionnaires de ceux qui étaient attirés par l’attracteur local. Et il imagine, en fait, que si on veut sortir de l’opposition et ne pas tomber dans le hors-sol, eh bien nous allons pouvoir, en faisant une sorte d’inverse de Donald Trump, nous faire attirer par un autre attracteur qu’il appelle le terrestre, qui est celui qui, justement, retrouve le sol, qui retrouve un sol ; qui retrouve le contact avec un territoire qui prenne en compte cette question des limites et qui ne refuse plus de définir son identité par rapport à un lieu, mais qui le fait de manière ouverte, qui ne le fait pas de manière fermée et qui essaye de se ré-attacher sur le sol. L’exemple qu’il donne souvent c’est celui de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes qui, pour lui, a été un exemple de lutte qui s’est territorialisée, sans se fermer, en prenant en compte cette question du terrestre, des limites de la terre.

La question que je voudrais poser c’est comment les communs, tels qu’ils sont conceptualisés aujourd’hui, se situent dans cette quadrangulation des attracteurs politiques. Ça, ça va rejoindre l’argument général du colloque. Il y a un très gros risque que la manière dont on nous présente les communs naturels, les communs dits naturels, soit attirée par l’attracteur local. Il y a une certaine tendance à romantiser cette vision des communs naturels, faire un retour aux pratiques traditionnelles – d’ailleurs j’ai beaucoup aimé l’intervention de Simenza2 ce matin qui nous a dit qu’eux ne sont pas dans cette logique-là, mais il y a une façon de vendre les communs naturels qui pourrait nous y pousser.
Les communs numériques, ce qu’on appelle les logiciels libres, Wikipédia, toutes ces nouvelles formes de communs qu’on trouve sur Internet, eux ont de très grandes chances et jusqu’à présent sont des figures du global ; c’est-à-dire Wikipédia encyclopédie mondiale de la connaissance, Internet qui va nous permettre d’abolir l’espace et le temps pour une diffusion immédiate des connaissances sur terre, on nous vend ça comme un cerveau global qui va permettre d’interconnecter tous les esprits de la planète.
Moi, ce que j’aimerais montrer c’est qu’en fait, pour s’orienter sur cette carte, déjà il y a quand même un très grand risque que les communs numériques finissent pas être attirés par le hors-sol. Je vous montrerai que, hélas, une des façons de les penser nous amène vers le hors-sol et moi j’aimerais savoir si on peut les faire atterrir, c’est-à-dire les faire se poser sur un sol mais au sens où Latour l’entend, un sol terrestre.
Donc c’est un peu le pari de cette intervention.

Là, il faut se plonger dans la manière dont on nous présente les communs en général. Les gens qui réfléchissent aux communs depuis dix ans adorent faire des typologies, ils adorent faire des cartographies et ils adorent ranger les communs dans des catégories. Exercice qui peut être utile, notamment ça a été utile quand Charlotte Hess parle des nouveaux communs ; c’est utile parce qu’elle ouvre des champs où la logique des communs peut s’investir, donc c’était utile.
Mais quand on fait ce genre de choses, on manie en général des sous-entendus, non questionnés, qui aboutissent à des résultats problématiques. Là j’ai mis une cartographie qui est faite par Michel Bauwens3 qui nous explique, en gros, que dans les communs il y a des communs matériels et immatériels, ou il y a des communs hérités ou produits, donc il arrive a une typologie. Il nous dit, par exemple, « un commun numérique est un commun qui est immatériel et produit, ce qui ne serait pas la même chose qu’un commun culturel qui lui serait hérité et immatériel, qu’un commun naturel qui est à la fois hérité et matériel, et qu’il y a des communs sociaux qui seraient, eux, matériels et produits ». Le gros problème de ce genre de typologie c’est que ça sous-entend implicitement qu’un commun numérique n’est jamais culturel ou qu’un commun numérique n’est pas social ou qu’un commun social n’est pas naturel et vous arrivez à un éclatement qui aboutit à des antagonismes.
Là aussi j’ai beaucoup aimé l’intervention sur Simenza ce matin parce que, vous voyez Simenza, c’est quoi ? C’est un commun naturel ? Non en fait. Ils nous ont dit que ce qu’ils avaient fait entre les paysans c’est de créer une association culturelle. C’est un commun qui ne serait pas numérique ? J’ai noté qu’ils ont quand même une activité sur Telegram où ils partagent des informations et qu’ils se coordonnent aussi avec ces outils-là. Et évidemment c’est un commun social. Donc vous voyez, cette manière de ventiler les communs est problématique dans ce qu’elle produit ensuite.
Et la plus grande distinction c’est quand même la distinction entre les communs matériels et immatériels. Cette distinction-là est particulièrement problématique, elle est particulièrement puissante.

Quand on lit la littérature des communs, vous avez même ce que moi j’appellerais, les juristes disent ça, une summa divisio, c’est-à-dire une grande séparation, Bruno Latour dirait un grand partage, entre ce qu’on nous vend comme des communs naturels et des communs de la connaissance. Et ça se décline. Un commun naturel on va vous dire que c’est un commun matériel, que c’est un commun tangible, environnemental, que c’est un commun territorial, un commun urbain. Et à côté de ça vous auriez des communs de la connaissance qui vont être des communs immatériels, intangibles, des communs de l’esprit, des communs informationnels ou des communs culturels.
Cette division est très problématique, en fait. Moi j’ai fini par arriver à la conclusion qu’elle était très problématique et ça rejoint tout à fait ce que Bruno Latour a essayé de dénoncer depuis très longtemps, notamment depuis son livre Nous n’avons jamais été modernes, le grand partage occidental de la pensée dualiste occidentale entre nature et culture ; c’est une sorte de reproduction de cette division-là qui est fondatrice dans notre manière de concevoir les choses.

Je vais repartir d’Elinor Ostrom4 et de Charlotte Hess avec qui elle a notamment construit la question des communs de la connaissance, en vous montrant qu’en fait c’est une distinction qui est erronée, y compris dans la manière dont Ostronm et Hess présentent les choses : c’est-à-dire qu’elles n’ont jamais dit ça. En ce moment il y a une chose que je trouve très dangereuse, moi j’appelle ça la vulgate des communs, c’est-à-dire qu’on arrive à une phase de diffusion de la pensée des communs qui, nécessairement, se traduit par des simplifications. C’est normal, parce que pour qu’une pensée se diffuse il faut la simplifier. Mais Elinor Ostrom c’est quelqu’un qui pense la complexité et c’est très dur de simplifier Elinor Ostrom sans aboutir à des réductionnismes et à des déformations.

Là je vais essayer de vous montrer qu’en fait, sur la question des communs de la connaissance, elles avaient une pensée très subtile, notamment dans Understanding Knowledge as a Commons ; c’est le livre qu’elles font paraître en 2007, qu’elles dirigent, c’est un ouvrage collectif et elles font l’introduction théorique. En fait, elles montrent que les communs de la connaissance ont une dimension matérielle ; c’est complètement intégré dans la manière dont elles systématisent ça et inversement – je ne vais pas pouvoir en parler mais ce serait extrêmement intéressant – c’est que même depuis Governing the Commons Ostrom montre que les communs matériels ou dits naturels sont aussi des communs de la connaissance. Elle ne fait pas du tout cette séparation, y compris pour les communs naturels.

Dans ma présentation j’ai mis des petites dates entre crochets, vous verrez, parce que la chronologie a beaucoup d’importance. Ce que je vais essayer de vous montrer c’est que cette leçon initiale d’Ostrom et Hess a été oubliée dans la manière dont nous avons pensé les communs de la connaissance et ça s’est fait recouvrir par une autre généalogie des communs, qui vient d’autre part, qui l’a recouverte si vous voulez, et il faut gratter un peu pour retrouver ce plancher-là qui est, à mon avis, très important. Ostrom et Hess disent même que les communs de la connaissance ont une dimension biophysique, ce qui paraît un peu étrange au premier abord.

Quand on va dans Understanding Knowledge as a Commons Ostrom et Hess utilisent le modèle classique qu’Ostrom utilise pour décrire les situations de communs qui s’appelle le modèle IAD, Institutional Analysis and Development, qui est le modèle qu’elle a forgé pour faire ses descriptions. Dans la colonne de gauche, vous voyez, on retrouve ces trois éléments : les caractéristiques biophysiques, les caractéristiques de la communauté et les règles en usage, ce qu’elle appelle les variables exogènes et c'est de ça qu’on a fait le fameux triptyque : un commun c’est une ressource gérée par une communauté avec des règles. Ça, par exemple pour moi, c’est vraiment la vulgate des communs, d’ailleurs ce n’est pas tout à fait ce qu’elles disaient. Elle appelle ça les caractéristiques biophysiques, les caractéristiques de la communauté et les règles en usage.

Déjà, dans un commun dit naturel, c’est plus compliqué pour elle parce que ce qu’elle appelle caractéristiques biophysiques ça se sépare en deux. Si vous prenez par exemple une forêt qui sert à une communauté pour s’alimenter en bois, elle va vous dire qu’en fait la forêt est divisée en deux : vous avez un système de ressources, c’est la forêt en tant qu’écosystème, avec les arbres qui poussent, etc., et ça produit ce qu’elle appelle des unités de ressources que les communautés d’usagers vont aller prélever ; les caractéristiques biophysiques c’est déjà un peu plus compliqué pour elle.
Mais pour les communs de la connaissance, Ostrom et Hess disent qu’on ne peut pas partir de ce présupposé-là ; il faut changer de modèle. Elles disent : « La nature complexe du savoir en tant que commun, que bien commun, exige une tri-distinction parce qu’il est composé à la fois d’éléments humains et non humains : infrastructures, artefacts et idées. Donc elles redéplient l’élément « caractéristiques biophysiques » qui est ici, et elles vous disent qu’en fait un commun de la connaissance c’est dans l’élément, on va dire ressources, ça se distingue en trois : vous avez les idées, les artefacts et les installations, facilities en anglais, qui se traduit plutôt par infrastructures. Donc vous avez un triangle qui est entre idées, artefacts et infrastructures.

Ça, dans la littérature sur les communs de la connaissance, personne n’en parle. D’ailleurs c’est même étonnant parce que dans Understanding Knowledge as a Commons elles en parlent, mais tous les autres qui écrivent dans le bouquin n’en parlent pas et je n’ai jamais vu vraiment de reprise qui prenait au sérieux cette tripartition. On dit c’est la ressource : le logiciel c’est la ressource ; Internet c’est une ressource.
Un peu avant Understanding Knowledge as a Commons Ostrom et Hess détaillent ça dans un article qui paraît en 2003. Pour bien comprendre ce qui se joue là-dedans, Charlotte Hess, en fait, c’est une bibliothécaire – vous savez que moi à la base je suis bibliothécaire –, je pense que ça a une certaine importance, d’ailleurs on a une bibliothèque ici. Qu’est-ce qu’elles veulent dire ? Elles veulent dire qu’un commun de la connaissance, ce qu’elles appellent de l’ordre des idées qui là, qui est l’élément immatériel - des idées, des informations, des données -, mais que ces éléments-là ne sont jamais séparables des artefacts.
Dans la bibliothèque vous avez des idées mais elles sont dans des livres qui sont des objets, qui eux-mêmes sont dans une bibliothèque qui est l’infrastructure. Ce qu’elles veulent dire c’est que ces trois éléments-là ne sont pas des choses qu’on peut séparer. C’est-à-dire qu’on peut les séparer conceptuellement, mais on ne pourra jamais les séparer, en fait, parce que ça forme un agencement, pour parler comme Latour, qui lui n’est pas séparable et qui forme un réseau.

Dans la pensée économique classique, les économistes ne font pas comme ça. Le tableau qui est là c’est le fameux tableau de la typologie des biens selon les économistes qui vient de Paul Samuelson5, etc. On vous dit : « Il y a des biens publics, des biens privés, des biens communs, etc. », et on vous dit toujours que la connaissance c’est un bien public, sous-entendu d’ailleurs que ce serait le bien public le plus pur de tous, le plus pur de tous les biens publics purs, parce qu’il est non-excluable et il est non-rival. Par exemple si j’ai une idée, je vous en parle, vous l’avez, moi je l’ai gardée, donc c’est non-rival, on peut la partager à l’infini, elle peut se répandre sur toute la terre. Et il est très difficilement excluable parce que les idées se répandent à la vitesse de la pensée.

Chez Ostrom et Hess, OK, elle reconnaissent ça, mais ça n’est qu’un des éléments d’un triptyque et, si vous regardez bien, je suis sûr que dans ce qu’elles appellent des artefacts qui sont en fait des objets, elle ne séparent pas les objets numériques et les objets dits physiques. C’est-à-dire que dedans elles y mettent les livres, les articles, les pages web, les bases de données et même les fichiers ; c’est-à-dire qu’un fichier qui contient des 0 et des 1, si vous voulez pour elles c’est un objet au même rang qu’un livre. Ça nous ramènera d’ailleurs à la discussion compliquée qu’on a eue hier sur papier versus numérique. Elles ne font pas vraiment cette distinction, pour elles c’est un objet. Et dans ce qu’elles appellent les infrastructures elles vont mettre une bibliothèque ou un centre d’archives, ce sont des infrastructures qui contiennent des objets, qui contiennent des idées, et elles vont mettre une bibliothèque numérique, une archive ouverte sur Internet, le réseau internet lui-même ou un réseau local.

D’ailleurs je ne sais pas si vous avez vu dans le titre, c’est un sous-titre de l’article, ils nous disent « idées, artefacts infrastructures », the ecological makeup ça veut dire « la composition écologique de l’information ». Ce cadre-là change beaucoup de choses, si vous voulez, quand on essaie d’analyser le numérique ou par exemple Internet. Là je vous prends un article qui a été écrit par Charlotte Hess toute seule, elle a aussi écrit seule, qui paraît en 1995, qui s’appelle The Virtual CPR, donc c’est Common Pool Resource, ce sont les biens communs au sens d’Elinor Ostrom, « Internet comme un commun local et global ». Cet article est très intéressant parce qu’elle explique qu’en 1994 elle était, en fait, la bibliothécaire, la documentaliste du projet du séminaire d’Elinor Ostrom, le fameux séminaire qu’elle avait à l’Université de l’Indiana et qu’elle avait été chargée par le séminaire de mettre en place un site internet avec les textes et la bibliographie du projet. On est en 1995, il n’y a même pas encore vraiment le Web à cette époque-là. Elle le fait en utilisant un protocole qui s’appelait Gropher6, qui permettait déjà de faire de l’hypertexte. Elle explique que pour elle c’est très compliqué. Elle se rend compte qu’une fois qu’elle a mis ça en place dans son université, elle fait crasher les autres ressources numériques que les autres centres de recherche avaient mises en place. Là elle se dit « mais en fait Internet ce n’est pas du tout un monde de l’illimité comme on nous l’a vendu, c’est-à-dire que ce n’est pas non-rival. Moi j’ai utilisé les ressources que l’université met en place et j’ai fait tomber les ressources des autres centres de recherche ». Elle se dit « en fait c’est très proche de ce qu’on a observé avec Ostrom dans nos approches des communs dits naturels ».

Comme elle utilisait déjà à ce moment-là la tripartition infrastructures, objets et idées, elle dit : « C’est quoi Internet ? C’est la machine que j’ai devant moi. Il y a un fil, je vais suivre le fil. Le fil va à un serveur. Le serveur a d’autres fils. Les autres ordinateurs du laboratoire sont reliés à ce serveur. Ce serveur-là est relié au système d’information de l’université ». Donc elle fait la carte du système d’information de l’université. Elle dit : « Il y a plusieurs serveurs qui sont ici et là dans tels bâtiments, ils sont reliés par des fils, etc. ». Elle dit : « Finalement ce réseau-là est relié à un réseau plus général qui est régional, qui est celui de l’Indiana en général, qui est structuré de telle et telle façon, et ce réseau est en fait un réseau qui est relié par des câbles au réseau des réseaux qu’est Internet » et elle fait une description qui n’a absolument rien d’immatériel. Elle suit des fils. D’ailleurs elle dit qu’elle aime beaucoup l’expression « autoroutes de l’information » de l’époque, la fameuse expression de Al Gore [vice-président des États-Unis, NdT], parce que ça lui permet de comprendre qu’Internet c'est cheminer avec des choses [image qui permettait à Charlotte Hess de saisir aussi Internet dans sa matérialité, indissociable d'un certain nombre d'objets, comme des ordinateurs, des câbles, des serveurs, etc, NdT]. Et elle finit par dire dans cet article que, pour elle, Internet ce sont quatre communs qui sont enchâssés : il y a un commun techno, une infrastructure technologique, techno infrastructure commons qui est le réseau tout à fait physique des machines, des serveurs, des câbles et des routeurs qui acheminent l’information. Elle dit, c’est assez amusant : « Il y a un commun budgétaire, parce que pour faire ça j’ai besoin d’argent qui est dans mon université » et elle dit : « Le budget de mon université c’est un commun finalement, et à tous les niveaux il y a besoin d’un budget, c’est un commun budgétaire ». Ensuite elle dit : « C’est un commun social parce que les gens qui utilisent ensuite cette ressource forment une communauté qui est un commun social » et seulement à la fin elle dit : « Oui, il y a un commun informationnel qui est l’information au sens des idées qui circulent sur le réseau ».
Elle imagine donc Internet depuis le sol, c’est-à-dire qu’elle est sur un sol, elle l’imagine dans sa matérialité et elle monte en généralité petit à petit en suivant le réseau qui se forme et le réseau au sens physique. Ce qui est intéressant avec cette vision des choses c’est qu’à ce moment-là, pour Charlotte Hess, Internet est à la fois global et local. C’est-à-dire que ce n’est pas un commun d’emblée global, il a une localité et il a une généralité qui progresse.
Ça c’est complètement latourien. Je ne sais pas si vous avez noté, moi j’ai noté ça, c’est un des gros acquis du colloque, Jean-Louis Laville [professeur du Conservatoire national des arts et métiers, NdT] nous a dit qu’il intégrait Elinor Ostrom dans l’évolution de la pensée critique ; il l’a raccrochée, justement, à l’école pragmatiste et il a dit : « Quelque part, Elinor Ostrom est latourienne ». En fait, depuis longtemps Latour nous dit que le numérique n’est pas du tout quelque chose qui nous fait passer du matériel au virtuel, c’est quelque chose qui nous fait passer du virtuel au matériel. Il dit : « Le Web rematérialise des choses qui étaient virtuelles. On peut suivre maintenant des appartenances, des échanges, etc. et rendre traçables les choses ».

Regardez toutes les discussions qu’on a eues tout à l’heure autour du café, ça c’est virtuel, c’est-à-dire que c’est évanescent au possible : ces discussions n’ont laissé aucune trace nulle part, elles se sont évanouies, à part dans notre mémoire ; ça c’est virtuel. Par contre, si vous faites la même chose sur Internet, tout ce que vous allez échanger va laisser une trace quelque part et cette trace n’est pas du tout virtuelle, elle est matérielle parce qu’elle est inscrite quelque part dans l’infrastructure physique. Vous allez être inscrit sur un processeur, vous allez être inscrit quelque part. Donc ce que fait Internet c’est, qu’au contraire, il matérialise les choses.

Là je vous ai mis à droite quelques schémas. Latour dans Nous n’avons jamais été modernes se demande ce qu’est que le local et le global et il prend l’exemple du chemin de fer. Il dit : « Est-ce qu’un chemin de fer, le réseau de chemin de fer, est-ce qu’il est local ou global ? » Il dit : « Il est toujours local, vous êtes toujours à un endroit du chemin de fer, vous êtes toujours sur les rails à un endroit, dans une gare ; il est toujours local ». Il dit : « Est-ce qu’il est global ? Non, il n’est pas global parce que vous ne pouvez pas aller partout en chemin de fer », d’ailleurs on le sent bien quand on va à Cerisy ; on ne peut pas aller à Cerisy en chemin de fer. Il dit : « La question ce n’est pas de savoir si c’est local ou global, la question c’est de savoir si le réseau est court ou long », donc le réseau s’allonge, il mettait en avant la question du branchement, mais le réseau n’est jamais global, il est toujours local.

Quand vous envoyez un mail avec Gmail, votre mail part aux États-Unis et il revient sous la mer pour être acheminé à quelqu’un. Même si j’envoie là un mail à zic avec une boîte Gmail, le paquet de données – d’ailleurs c’est une impulsion électrique – va partir jusqu’aux États-Unis et revenir jusqu’ici en fait. Et ça, ce n’est pas du tout quelque chose d’immatériel. Je vous ai mis la photo des câbles, ce sont des câbles énormes qui tiennent avec des gros piliers en béton sous la mer ; à côté, cette carte c’est la carte des zones blanches d’Internet en France. Tous les points rouges sont des points où, aujourd’hui, Internet ne passe pas. Ça aussi on le sent un peu à Cerisy, vous avez remarqué ! C’est-à-dire que oui, le réseau internet n’est pas global, il est toujours local, parce qu’il y a des zones dans lesquelles le réseau ne passe pas.

Cette vision-là, hélas, est recouverte par une vision hors-sol du numérique qui est très répandue. Par exemple on va vous dire : « Aujourd’hui le numérique permet de faire du cloud computing, de l’informatique en nuage », sous-entendu que nos données seraient stockées quelque part dans un nuage informatique.
Les gens qui s’intéressent au logiciel libre disent : There is no cloud, it's just someone else's computer, « il n’y a pas de nuage, il n’y a pas de cloud, c’est toujours l’ordinateur de quelqu’un ». En fait, nos données ne sont pas du tout stockées dans un nuage, elles sont stockées dans les datacenters de Google, de Facebook, qui sont des immenses hangars extrêmement matériels. Donc cette question de « on nous vend Internet comme quelque chose d’immatériel », en fait c’est faux. Il y a aussi tout le discours pour les plateformes. On vous dit : « Aujourd’hui les GAFAM – Google, Amazon, tout ça – ce sont des plateformes », et ça nous installe un imaginaire, une sorte d’entité qui planerait au-dessus du sol – j’ai mis une image de soucoupe volante géante –, mais c’est un peu ça qu’on nous vend. D’ailleurs elles-mêmes se comportent de cette manière-là, parce qu’elles projettent cet imaginaire pour se couper de toutes leurs attaches avec le sol, c’est-à-dire ne pas payer d’impôts, faire en sorte que le droit national ne s’applique pas à elles, etc. Et ça va même très loin, là je vous ai mis un projet de Google que j’aime beaucoup, qui s’appelle Google Loon. Vous savez, ils veulent faire le bien du monde, donc ils veulent que les Africains puissent se connecter à Internet et, pour le faire, ils ont imaginé d’envoyer de gigantesques bornes Wiki qui sont portées par des ballons et ils imaginent envoyer des flottes entières de ballons au-dessus de l’Afrique pour pouvoir donner accès à Internet aux Africains. Je soupçonne très fort ce projet d’avoir, en fait, un but très symbolique pour nous faire coire qu’Internet est une chose évanescente qui n’a plus aucun contact avec le sol et qui flotte dans l’azur de Mallarmé.

Maintenant revenons à Ostrom et aux communs de la connaissance.
Du point de vue d’Ostrom tout ça n’a pas de sens, parce que si on appliquait rigoureusement sa tripartition « idées, artefacts, infrastructures », et si on prenait au sérieux l’idée que ces trois éléments sont inséparables, on ne se permettrait jamais ce type d’analyse parce qu’on aurait toujours en tête notamment la dimension infra-structurelle.
Le problème c’est que, y compris dans la pensée des communs numériques, vous avez une certaine généalogie qui s’est construite complètement hors-sol. Je vais vous montrer d’où ça vient. Ça nous vient, en fait, d’un courant qui vient de Californie, qui a été un point central pour incuber tout ce qu'est la cyberculture, etc. Cette personne s’appelle John Perry Barlow, c’est quelqu’un d’extrêmement connu des activistes du numérique, c’est une sorte star de nos milieux – moi j’ai vénéré cette personne pendant très longtemps – qui est très connue pour avoir pondu en 1996 la Déclaration d’indépendance du cyberespace7, texte mythique. En 1996, le gouvernement américain commence à faire une loi sur les télécommunications qui est très menaçante pour les libertés numériques. En gros, ils considèrent qu’Internet c’est comme le téléphone, ils vont se donner des pouvoirs de régulation très puissants et John Perry Barlow, qui est un défenseur des libertés sur Internet, fait ce texte. Je vous ai porté un petit accessoire, c’est une anecdote mais c’est amusant. C’est une version de la Déclaration d’indépendance du cyberespace qui est un peu une relique sacrée. En gros, tous les membres de La Quadrature du Net8 ont ça, parce qu’on a un de nos membres qui adore faire de l’imprimerie, donc on a imprimé la Déclaration d’indépendance du cyberespace et tous les membres fondateurs ont reçu un exemplaire ; je l’ai mis au-dessus de mon lit, le l’ai lue…

Public : Tous les soirs ?

Lionel Maurel : Exactement ! John Perry Barlow est quelqu’un de très particulier : la première partie de sa vie il a été un cowboy, un vrai cowboy dans l’Ouest américain, dans le Wyoming, il élevait des vaches dans l’Ouest. Après, dans les années 60, il est complètement parti dans les communautés hippies et dans les communautés psychédéliques, il est devenu parolier du groupe de rock Grateful Dead et ensuite, seulement, il est devenu activiste numérique.
Vous allez voir que ce cheminement n’est pas complètement anodin. Je vous lis quelques passages de la Déclaration d’indépendance du cyberespace :
« Gouvernements du monde industriel, vous géants fatigués de chair et d’acier, je viens du Cyberespace, le nouveau domicile de l’esprit. Au nom du futur, je vous demande à vous du passé de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez pas de souveraineté où nous nous rassemblons. »
« Le Cyberespace est fait de transactions, de relations, et de la pensée elle-même, formant comme une onde stationnaire dans la toile de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas où vivent les corps. »
« Vos concepts légaux de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement, de contexte, ne s’appliquent pas à nous. Ils sont basés sur la matière, et il n’y a pas ici de matière. »
« Nos identités n’ont pas de corps, c’est pourquoi, contrairement à ce qui se passe chez vous, il ne peut pas, chez nous, y avoir d’ordre accompagné de contrainte physique. »
Et il termine en disant : « Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le Cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé auparavant. »
J’imagine que vous commencez à voir un petit peu le problème de ce genre de vision qui est très belle - c’est quelqu’un qui savait écrire -, mais qui est très problématique, si vous voulez, dans ce que ça véhicule comme image de la représentation du monde.

Pourquoi est-ce qu’il nous parle de cyberespace ? Pour John Perry Barlow, l’inverse du cyberespace c’est le meatspace. Le meatspace, pour lui, c’est la réalité, c’est là où nous sommes, là ici. Le meatspace ça veut dire l’espace de la viande ; ce n’est même pas l’espace de la chair, c’est l’espace de la viande. En fait, il a pris sa notion de cyberespace dans la littérature de science-fiction, notamment un roman de William Gibson qui a été crucial, qui s’appelle Neuromancer, c’est en 1984. Il y avait déjà Internet mais c’était très frustre et, à cette époque-là, William Gibson imagine qu’on se connectera à Internet en se connectant directement la prise dans le cerveau et que l’accès aux données se fera par une projection de l’esprit dans l’espace virtuel. John Perry Barlow adore cette vision des choses. Il dit : « À l’ouverture du cyberespace, l’humanité vit actuellement la plus profonde transformation de son histoire. En entrant dans le monde virtuel nous habitons l’information. En réalité nous devenons information. La pensée est incarnée et la Chair est faite Parole ». C’est extrêmement bizarre. John Perry Barlow détestait l’expression « autoroutes de l’information ». C’est pour ça qu’il a poussé le concept de cyberespace parce que, pour lui, c’était déjà beaucoup trop matériel et c’était aussi beaucoup trop susceptible de contrôle par l’État. Évidemment, quand vous câblez un pays tout entier comme voulait le faire Al Gore, ça va se faire par l’État et par les grandes compagnies de télécommunications ; vous avez besoin d’un investissement massif.

Un petit peu plus tard, et là vous allez voir qu’on retrouve le lien avec les communs, John Perry Barlow est en Californie, c’est le début de la mise en place de la Silicon Valley. Les industries du numérique s’installent là-bas et il y a une initiative qui va être mythique, qui s’ouvre en 1985, qui s’appelle The WELL, ça veut dire The Whole Earth 'Lectronic Link, « Les liens numériques de toute la terre », qui est, en fait, tout simplement un forum virtuel que la personne qui est là gauche a mis en place, qui s’appelle Stewart Brand9, extrêmement connu des milieux numériques et c’est une des premières communautés en ligne. Ce sont des gens qui se réunissent dans des forums pour discuter, tout simplement, et ils ont des échanges électroniques.

Ça a été une expérience refondatrice pour plein de gens, Barlow, des tas d’activistes numériques, mais aussi pour Steve Jobs, si vous voulez, les gens qui étaient là à ce moment-là. Un peu plus tard vous avez une personne qui s’appelle Howard Rheingold 10, qui écrit ce livre qui s’appelle The Virtual Community et, si vous voulez, tous ces gens-là ont baigné dans la culture hippie. Ce sont des gens qui avaient voulu refonder des communautés tout à fait physiques, qui voulaient sortir du système et qui ont voulu les refonder physiquement, qui ont voulu aller dans les marges et recommencer quelque chose. Ces communautés ont échoué même si, à un moment, il y avait plus d’un million d’Américains qui étaient partis, comme ça, dans les communautés hippies, ça a échoué et eux, quand ils découvrent The WELL, ils se disent « ça y est. On va pouvoir le refaire et on va réussir parce que ce qui nous gênait c’était la dimension physique des choses. On va pouvoir recommencer des communautés de l’esprit ». Plus tard John Perry Barlow écrit ce texte qui s’appelle Leaving the Physical World,, « Quitter le monde physique » et il dit : « Ça y est, les Communs, ou quelque chose du genre, avaient été redécouverts. À nouveau les gens des banlieues avaient un endroit où ils pouvaient rencontrer leurs amis au hasard. Ils avaient un endroit où leurs cœurs pouvaient rester, pendant que les entreprises pour lesquelles ils travaillaient brassaient leurs corps à travers l'Amérique. Ils pouvaient développer des racines qui ne pourraient pas être arrachées par les forces de l'histoire économique. Ils avaient un intérêt collectif, ils avaient une communauté. »
Le discours des communs réapparaît très fortement et, à ce moment-là, Barlow fonde une ONG qui s’appelle The EFF, Electronic Frontier Foundation11 qui est LA grande association. C’est un peu, toutes proportions gardées, la Ligue des droits de l’homme américaine pour la défense des libertés sur Internet. Et nous, on a créé en France La Quadrature du Net à l’image de cette organisation pour défendre les libertés. Et le mot « Electronic Frontier » vient du fait qu’ils imaginaient, en fait, que c’était la nouvelle frontière qui pourrait être indéfiniment repoussée, la frontière à conquérir qui serait indéfiniment repoussée.

À ce moment-là, ce qui se produit c’est que les gens qui travaillaient autour d’Ostrom se croisent et, en fait, ils se citent les uns les autres. Ostrom cite Barlow, Ostrom cite aussi cette personne qui s’appelle Marc A. Smith qui a écrit cet article vraiment très intéressant qui s’appelle Voices from the WELL où il analyse les échanges des gens qui sont dans le site, le forum, et le sous-titre est vraiment intéressant ça s’appelle The Logic of the Virtual Commons ; Virtual Commons c’est une référence à ce livre-là The Virtual Community et The Logic of the Virtual Commons est une parodie de Mancur Olson12, Logic of Collective Action qui est une des sources majeures d’Ostrom.

Là on est en 1992, Governing the Commons est déjà sorti, il sort en 1990, et Marc A. Smith applique les éléments de la théorie d’Ostrom à la communauté de The WELL. Il explique notamment qu’en fait c’est une communauté qui produit des biens collectifs. Il dit : « Il y a un bien social, un capital de connaissance et le troisième bien collectif c’est une communion », on est encore dans ce truc un peu spirituel qui habite ces gens et il dit : « C’est une production d’un bien collectif et, en fait, il y a des problèmes de passager clandestin » ; il applique Mancur Olson. Mancur Olson est connu pour ça, il a introduit la question du passager clandestin et il explique que tout l’enjeu de ces communautés c’est de se réguler pour réguler les passagers clandestins, en fait c’étaient des trolls qui perturbaient. Il fallait trouver des moyens de régulation des échanges pour éviter ça.

Le croisement entre ces deux traditions se fait à ce moment-là, au début des années 90. Ce sont des gens qui allaient dans les séminaires d’Ostrom, qui les croisent. J’ai beaucoup lu les notes de bas de page de ces articles et on voit qu’ils se citent les uns les autres.

Le point de contact avec tout ça, qui est assez intéressant, ça va être la question de la propriété intellectuelle. John Perry Barlow déteste la propriété intellectuelle. Et pourquoi, en fait, il la déteste ? Il a écrit cet article que Ostrom cite qui s’appelle Selling Wine Without Bottles, « L’économie de l’esprit dans le Net global. » Il dit que le problème de la propriété intellectuelle c’est que ça nous oblige à faire avec les idées comme si elles étaient encore matérielles, c’est-à-dire qu’on avait enfin un moyen de communication qui allait nous permettre de transmettre des idées pures, sans support matériel. Il dit : « Si vous voulez les mettre dans la propriété intellectuelle, vous nous obligez à faire comme si le fichier que je pourrais donner à vous tous, je vais être obligé de le garder et je ne pourrai pas vous le prêter ». Donc la propriété intellectuelle, le droit d’auteur notamment, nous oblige à faire comme si les œuvres de l’esprit étaient encore encapsulées dans des choses matérielles. Il dit : « L’intérêt du numérique c’est justement de nous libérer de cette contrainte des supports matériels », donc on ne peut plus appliquer ces concepts économiques qui, pour lui, sont complètement dépassés, qui sont liés à l’âge industriel. Le droit d’auteur est né avec l’imprimerie, il est lié du contrôle des objets qu’étaient les livres et, plus tard, ça a été les disques, etc. Pour lui, c’est vraiment un vestige qui est lié au monde matériel et qui n’a plus aucun sens dans le numérique. Il écrit cet article en 1994 et, si vous voulez, le décrochement se fait là.

C’est une autre personne qui s’appelle James Boyle qui va être à l’origine de l’idée. Il écrit un livre très important qui s’appelle The Public Domain qu’il appelle Enclosing the Commons of the Mind, « Enclore les communs de l’esprit ». James Boyle est intéressant parce qu’il n’est pas Américain, il est Écossais et il amène avec lui toute l’histoire anglaise anglo-saxonne de l’enclosure des communs. Il écrit un article, aussi en 2003, qui s’appelle The second Encloser Movement, « Le second mouvement d’enclosure ». Il va nous dire que ce qui se passe avec la propriété intellectuelle sur Internet c’est exactement ce qui s’est passé avec la terre au début du 19e siècle, il y a eu une enclosure du commun et ce que ça enclot c’est une chose qu’il appelle The Public Domain, « le domaine public », qui est le domaine des idées libres. Il nous explique que ce que fait la propriété intellectuelle c’est la même chose que ce qu’ont fait les barrières autour des champs. Son but c’est de créer une mobilisation pour faire s’allier les gens qui combattaient l’extension du droit d’auteur, les gens qui combattaient l’extension des brevets sur les médicaments et aussi les gens qui combattaient l’extension des brevets sur les semences. Il dit : « Il faut faire une coalition de tous ces gens-là parce que l’ennemi c’est la propriété intellectuelle qui va enclore le domaine public ».

Le grand combat fondateur ça a été en 1998 ; il y a eu la loi Mickey Mouse. Mickey Mouse allait tomber dans le domaine public, c’est-à-dire allait devenir libre de droits et Dysney a fait une grande campagne pour allonger la durée du copyright américain. Ils ont réussi à la faire voter et ça a été un moment très traumatisant pour tous les gens qui se battaient pour les communs de la connaissance. À ce moment-là Boyle va nous dire « les communs de la connaissance ce sont des communs intangibles de l’esprit ». Ce qui est très intéressant c’est qu’il passe par une métaphore qui est physique, il nous dit : « C’est la même chose que la terre, c’est un domaine public, c’est un territoire ; en fait c’est un espace, c’est un territoire, mais c’est un territoire qui n’est pas de ce monde ». C’est-à-dire qu’on passe par une métaphore physique tout en projetant ce territoire-là dans un autre monde. C’est très courant. Vous lisez Saint Augustin, La Cité de Dieu, c’est exactement la même chose, c’est exactement le mécanisme, le mauvais côté de l’utopie. On imagine une réalité et on la projette dans un ailleurs.

À ce moment-là les communs de la connaissance se sont fait vaporiser, on les a projetés dans le ciel bleu mallarméen, là-bas, c'est-à-dire encore ici, et on a complètement oublié la leçon d’Ostrom qui nous incitait, au contraire, à les voir aussi dans leur matérialité.

Arrivent les gens qui vont commencer à faire du Libre et eux, en fait, le font parce qu’ils ont connu l’époque où il n’y avait pas de propriété intellectuelle applicable, notamment aux logiciels. Pendant très longtemps les logiciels étaient complètement libres au sens où il n’y avait pas de copyright qui pesait sur eux. Les informaticiens se les partageaient, ils étaient vraiment dans le domaine public de James Boyle, dans le domaine complètement libre de partage. Dans les années 1980 le législateur américain fait une loi qui dit : « Dorénavant les logiciels sont des œuvres qui sont soumises à copyright », donc énorme panique parce que ça allait surtout défaire les pratiques communautaires de partage de ces développeurs qui coproduisaient les logiciels. Leur idée, et c’est notamment Richard Stallman que je cite ici qui crée ce qu’on appelle les licences libres, la première c’est la GNU GPL13 qui est une licence, en fait, qui retourne le droit d’auteur : au lieu de poser des restrictions avec cette licence vous consacrez des libertés. Cette partie très importante de Stallman c’est : « Vous avez dit "propriété intellectuelle" ? Un séduisant mirage ». Il dénonce la logique fictionnelle de la propriété intellectuelle appliquée à des œuvres de l’esprit et, pour eux, c’est une manière de recréer le fameux domaine public que la propriété intellectuelle avait détruit. Ils disent : « On est en train de nous faire perdre ce domaine public qu’on avait. Nous allons le recréer nous-mêmes parce que tout ce que nous allons produire nous allons le mettre sous ces licences ».

Là vous avez une personne qui s’appelle Lawrence Lessig, un avocat. C’est l’avocat qui a essayé de faire tomber la loi Mickey Mouse devant la Cour suprême et qui a échoué. Il dit : « On ne peut empêcher la propriété intellectuelle d’avancer. Ce qu’on va faire c’est qu’on va recréer un domaine public avec les licences et notamment avec les logiciels, on va créer les logiciels libres ; ça rouvrira cet espace. » En 2001 il crée, avec les licences Creative Commons Licence Creative Commons, un prolongement qui permet d’appliquer ça à toutes les œuvres, les photos, les romans, les vidéos.

Le problème là-dedans – là je vais me montrer critique, j’ai défendu pendant dix ans les licences libres, donc je ne condamne pas du tout ça et ça reste crucial –, mais le problème de cette façon de faire – je vous ai mis des grands exemples de communs, tous les logiciels libres type Linux, Firefox, Wikipédia, OpenStreetMap et toutes les œuvres sous Creative Commons – si vous voulez c'est que la réponse apportée est purement immatérielle. C’est-à-dire que vous avez une attaque qui est faite du champ de la propriété intellectuelle – la propriété intellectuelle s’applique aux œuvres, c’est-à-dire la couche la plus immatérielle –, donc la réponse doit se faire dans l’immatériel, avec les licences. On va très vite considérer qu’est un commun numérique tout ce qui porte une licence libre ; c’est-à-dire qu’il suffit de mettre une licence sur un objet et vous avez un commun numérique. Or, si vous voulez, c’est beaucoup plus compliqué que ça. C’est-à-dire que ce n’est pas parce que vous mettez une licence libre sur un logiciel, par exemple, que ça en fait réellement un commun. Notamment dans les licences libres il n’y a rien sur la gouvernance : un logiciel libre peut absolument être entièrement géré par une entreprise privée, sans communauté. Donc il y a eu un réductionnisme juridique, si vous voulez.
Or, là aussi c’est très ambigu parce que Stallman, lui qui a inventé les licences libres, la légende raconte, mais c’est une légende qui est certainement vraie, qu’il les a inventées parce qu’il avait constaté que dans son laboratoire au MIT – il était chercheur en intelligence artificielle au MIT – il n’arrivait plus à réparer son imprimante, parce qu’en fait il n’avait plus accès au code source de l’imprimante et elle était tout le temps buguée, elle tombait tout le temps en panne. Comme il n’avait pas accès au code source, il ne pouvait pas la réparer. Donc il a l’idée des licences libres le jour où il tombe sur ce problème et il se dit « je vais créer des logiciels qui vont garantir qu’on aura toujours accès au code source pour pouvoir… » En fait, cette imprimante est tout à fait matérielle, c’est un objet tout ce qu’il y a de plus physique, si vous voulez, sauf qu’on a détaché…

J’en arrive là, en vous disant que si on veut faire atterrir les communs, eh bien il va falloir se souvenir de ce qu’on appelle le cadre ostromien, un cadre moniste, c’est-à-dire qu’elle ne séparait pas les ordres de réalité, et nous on est passé dans un cadre qui est dualiste : les communs numériques sont passés dans une sorte de façon de penser qui sépare les ordres de réalité. Bruno Latour a beaucoup écrit là-dessus, il appelle ça un processus de purification. C’est-à-dire que les humains sont tout le temps en train de faire ce qu’il appelle des assemblages avec des objets physiques, c’est ça qui crée des réseaux, mais on a des processus de purification qui nous rétablissent des ordres, des zones anthologiques, il appelle ça distinctes, et c’est exactement ce qui se passe avec notre pensée du numérique, vous voyez, on sépare les choses.

Quel est le problème dans cette vision des choses ? Vous allez dire tout ça est très évanescent, mais si on veut faire atterrir les communs numériques, l’atterrissage va être brutal. Pourquoi ? Parce que si on inclut à nouveau la couche physique, vous allez vous confronter à une réalité qui est beaucoup moins évanescente.

Vous avez cette personne qui s’appelle Éloi Laurent qui a écrit ce très beau livre qui s’appelle L’impasse collaborative où il dit : « On nous a vendu l’économie de la connaissance comme une économie de l'apesanteur », or, il dit : « L’économie n’a jamais été aussi pesante qu’aujourd’hui ». Il nous dit : « L’économie qu’on nous vend comme immatérielle n’a jamais été aussi matérielle qu’aujourd’hui ». L’idée comme quoi le numérique allait nous permettre de produire les choses avec moins de matière est, en fait, très, très fausse. Il explique, par exemple, que si on prend en compte réellement la consommation électrique des machines, Internet fait autant de gaz à effet de serre que le trafic aérien avec une croissance tellement forte que très certainement, en 2030, ce sera devenu la première activité source de gaz à effet de serre. Quand vous regardez une heure de vidéo en streaming c’est comme si vous laissiez votre frigo allumé pendant un an et si vous envoyez un mail avec une pièce jointe, vous produisez autant de CO2 que si vous faites bouillir une bouilloire. En fait, la consommation électrique d’Internet est très préoccupante. À ça, il faut ajouter les coûts de production des machines. Un ordinateur, là il doit peser peut-être deux kilos, en fait son poids réel est mille fois supérieur parce que pour faire cet ordinateur il faut arracher mille fois plus de matière au sol, notamment les fameux terres rares en Afrique, etc., ce qui a un impact extrêmement violent sur l’environnement – tous les métaux qui sont à l’intérieur – et, en plus de ça, en fin de course vous obtenez des déchets qui sont très difficilement recyclables ; on ne peut recycler à peu près que 5 % des déchets sur un ordinateur et évidemment on les envoie en Afrique, notamment au Ghana vous avez des montagnes de déchets.

Si on prend vraiment en compte la dimension terrestre du numérique au sens de Latour, on va toucher à des choses quand même très fondamentales. Et si on va même plus loin, vous vous rappelez de Perry Barlow, l’inverse du cyberespace c’était le meatspace, l’espace de la viande, mais si on prend vraiment en compte l’économie de la pesanteur on va arriver jusqu’à la chute des corps, mais des corps réels. Si vous vous rappelez, en Chine, il y a eu toute cette vague de suicides dans les usines de Foxconn qui assemblent notamment nos iPhones et les gens se suicident, très symboliquement je trouve, en se jetant du haut des usines. Là vous voyez que l’économie de la pesanteur reprend tout son sens ; c’est la pesanteur qui fracasse les corps au sol.

Autre chose qu’on oublie beaucoup mais que je trouve quand même très importante, vous avez vu récemment un numéro de cette émission sur YouTube qui est très intéressante qui s’appelle DataGueule, qui fait des montages avec des statistiques et, en fait, une requête sur quatre sur Internet vise un contenu pornographique et c’est 30 % des téléchargements. Donc l’espace de la viande, si vous voulez, il est… Je pense que ce n’est pas complètement anodin, c’est-à-dire qu’on nous a vendu ça comme une projection de l’esprit où la chair allait se faire parole, mais non ! En fait les humains projettent aussi leur corps, tout simplement, cette matérialité revient comme ça !

Ce qui me paraît extrêmement important c’est de voir que comme tout ça est indissociable, c’est-à-dire ce qu’on appelle des communs numériques, celui qui est le plus important aujourd’hui c’est Linux14, le système d’exploitation libre et il est complètement lié à cette technostructure physique. C’est pour ça, d’ailleurs on en a parlé ce matin, que les grands géants du numérique de la Silicon Valley en ont fait un enjeu stratégique pour eux et contribuent à son développement. Par exemple la couche des serveurs, la fameuse couche du cloud qui serait immatérielle, tourne à 90 % avec Linux. C’est-à-dire que même les serveurs d’Amazon tournent avec Linux. Ce sont ces serveurs-là qui consomment le plus. C’est pareil sur nos téléphones. Si vous n’avez pas un iPhone vous avez un téléphone Android, Android a été fait à partir de Linux. Donc si vous voulez, dans tout ce qu’on nous vend, si on détache cet aspect matériel des communs numériques, on peut nous vendre ça comme quelque chose de formidable, etc., alors qu’en fait ils sont intrinsèquement liés à la technostructure physique. Il y a un très gros problème à ne pas l’intégrer.

Si on veut inverser la tendance, et je vais finir là-dessus, il faut repenser le numérique et les communs numériques, mais depuis le sol et depuis le corps et ça c’est extrêmement complexe. J’aime beaucoup ce qu’écrit Alain Damasio là-dessus ; il avait écrit un texte sur Lundimatin ; ce n’est pas anodin, il était allé à la Zad. Après un séjour à la Zad il écrit un texte sur le numérique, d’ailleurs on le voit, il est dans le plus beau des communs de la connaissance du monde, c’est la bibliothèque de Notre-Dame-des-Landes où j’ai eu l’occasion d’aller plusieurs fois. Il écrit ce texte et c’est un texte qui est très différent de ce qu’on lit sur le logiciel libre, parce qu’il écrit un texte qui s’appelle Matériel libre, vie libre ! Zadacenters & Rednet. Dans ce texte il essaye de repenser ce que serait l’émancipation réelle avec le numérique ; il nous dit : « L’émancipation partira de la terre et de la chair, mais elle sortira aussi du numérique. Et elle impliquera de se réapproprier toute cette chaîne logistique digitale aujourd’hui intégralement privatisée et aliénée : aussi bien les câbles et la fibre que les nœuds du réseau, les antennes, les VPN, les routeurs, tout autant que les centres de données, les datacenters. ». Et il dit qu'il faut qu’on fasse des « zadacenters » c’est-à-dire des centres de stockages des données mais autogérés et contrôlés par nous-mêmes.
Vous remarquerez d’ailleurs qu’il fait exactement la même chose qu’avait faite Charlotte Hess pour décrire ce qu’est Internet, c’est-à-dire qu’il repart du sol, il suit les câbles…

Il y a des gens qui font ça depuis très longtemps, qui ne sont pas les plus visibles dans le monde des communs numériques mais qui sont des gens très importants, ce sont les fournisseurs d’accès à Internet associatif, c’est-à-dire les gens qui tirent les câbles et qui proposent un accès à un Internet via des associations, parfois c’est à prix libre, parfois c’est à des prix très réduits, et leur but c’est de couvrir les zones où ne vont pas, justement, les grands fournisseurs d'accès à Internet parce qu’il n’y a pas de marché. Eux disent : « L’accès à Internet est un droit fondamental donc nous, avec des associations, nous allons tirer des câbles et nous gérerons nous-mêmes la couche physique du réseau. »
En France c’est assez important, il y a une fédération qui s’appelle FFDN15 [Fédération des Fournisseurs d'Accès à Internet associatifs] qui fait ça depuis longtemps et le plus gros fournisseur d’accès à Internet au monde est en Espagne, dans la région de Barcelone, c’est guifi.net16 ; ils ont implanté des milliers de routeurs wifi qui permettent d’avoir accès à Internet, à tel point qu’en fait c’est devenu un service public là-bas, c’est dans la région de Catalogne et c’est devenu vraiment quelque chose de très important. Il y a eu ça aussi à Detroit : quand la ville a subi le gros crash économique vous avez 40 % des gens qui ont perdu l’accès à Internet et ils ont recréé un accès à Internet via des associations.

Vous avez des gens comme Framasoft17, l’association Framasoft. À mon avis eux – là on va arriver à la question du « translocal » – sont dans cette logique-là parce qu’ils disent qu’ils combattent justement le cloud, cette idée du stockage dématérialisé des données, en disant que c’est un mensonge qui nous fait oublier cette couche matérielle, il faut qu’on s’en souvienne. Ils imaginent que, pour stocker nos données, on puisse passer par un collectif d’hébergeurs18 qu’ils imaginent comme étant des AMAP [Association pour le maintien d'une agriculture paysanne] du numérique, c’est-à-dire qu’à tout moment vous sachiez où sont vos données parce que vous allez avoir à faire soit à une association, soit même à une entreprise, ce n’est pas un problème nécessairement, mais vous aurez une personne que vous connaissez, que vous pouvez appeler et vous savez que vos données sont sur ses serveurs. Ils ont fait une charte dans laquelle ces gens-là prennent des engagements, notamment de ne pas utiliser les données personnelles, donc il y a respect de la vie privée, etc. Donc ça crée un Internet qui redevient « translocal » parce qu’il est fédéré, c’est-à-dire qu’au lieu d’avoir toutes nos données dans un nuage inaccessible, on les retrouve à un niveau qui est local et tous ces gens-là sont liés ensemble par cette fameuse charte qui est une promesse de non-usage des données. La différence c’est que là vous allez payer le stockage ; vous n’allez pas le payer cher, mais vous allez le payer parce qu’ils faut quand même qu’ils fassent tourner leurs machines alors que chez Google vous ne le payez pas.

Il y a d’autres gens qui font des choses intéressantes. Avec Philippe Eynaud et Laura Aufrère on est dans un projet sur les plateformes coopératives alternatives, c’est-à-dire des gens qui essayent de faire des alternatives à Airbnb et à Uber, qui luttent contre l’ubérisation. Ils essayent de voir ce que pourrait être un Airbnb alternatif, ça s’appelle Les oiseaux de passage, ou ce que pourrait être un Deliveroo alternatif, c’est CoopCycle ; ce qui est très frappant chez ces gens-là, je trouve, c’est qu’ils se construisent à partir du sol. C’est-à-dire qu’ils font des coopératives de livreurs qui sont dans une ville et ensuite ils font une couche logicielle par-dessus qui va leur permettre de faire leur activité. Les oiseaux de passage c’est ça aussi. Ils font des collectifs dans des villes, la première c’est notamment autour de Marseille. Vous avez des gens qui proposent des séjours et leur but c’est de faire découvrir le territoire aux gens qui viennent, avec des prix qui vont bien sûr être équitables, donc c’est nécessairement enraciné quelque part.

Pour aller plus loin, il y a des gens qui ont essayé de théoriser ça, notamment Michel Bauwens, avec une notion qu’il avance avec Vasilis Kostakis, qu’il appelle le « Cosmolocalisme ». La formule qui résume ça c’est « ce qui est léger est global, ce qui est lourd est local ». Il imagine ça tourné vers les coopératives de production de biens matériels ; il nous dit : « Aujourd’hui on peut utiliser Internet pour mutualiser les connaissances, mais tout ce qui se fabrique devrait être fait au plus proche dans les villes » dans ce qu’il appelle des micros fabriques, des sortes de fab labs. Et si vous avez quelque chose à fabriquer les plans et ce qui est couvert réellement par la propriété intellectuelle devrait être partagé en ligne, en accès libre et collaborativement, et ensuite la fabrication devrait se faire au plus proche dans les villes, dans ce qu’il appelle des fab labs, notamment avec des imprimantes 3D qui permettent de rematérialiser des objets à la demande. Il y a des villes, notamment Barcelone, qui rentrent dans une alliance qui s’appelle Fabcity où ils imaginaient relocaliser peut-être 40 % de la production matérielle ; ils ne l’ont pas fait. Si on poussait la logique jusqu’au bout ça pourrait.
Un exemple de ce « cosmolocalisme » des communs c’est cette initiative qui s’appelle L’atelier paysan. Ce sont des gens qui sont en SCIC [Société coopérative d'intérêt collectif], qui ont commencé, je crois, dans l’Est de la France et qui font du matériel pour les paysans qui font de la permaculture. Leur idée c’est de partager tous les plans sur Internet et de faire des ateliers où les paysans construisent eux-mêmes leurs objets pour se réapproprier le savoir-faire de construction. Les plans sont accessibles à tout le monde et vous allez avoir des gens qui vont faire des ateliers avec un modèle économique, au plus proche des paysans qui vont les refaire directement sur place. Michel Bauwens dit que ça ça préfigure ce qu’il appelle les coopératives ouvertes qui savent partager les actifs immatériels et qui gardent leur activité au plus proche.

Je vais terminer.
Je pense que la leçon de tout ça c’est de sortir de ce que j’appelle le prophétisme rédempteur lié à Internet. C’est quelque chose qui est très fort par exemple chez Jérémy Rifkin qui, il n’y a pas très longtemps, avait sorti un livre qui s’appelle La nouvelle société du coût marginal zéro, qui est un livre que j’avais trouvé intéressant sur plein d’aspects mais un peu problématique parce qu’il nous vend l’idée que le numérique va nous faire rentrer dans une société où tout échange va se faire à coût zéro. L’optimisation que permet Internet a montré que la dépense énergétique arrive à zéro, y compris pour la construction des objets. Il dit que même les objets ne coûteront presque plus rien à produire. Il nous dit : « Quand on arrivera là le règne des communs sera arrivé et le capitalisme s’effondrera de lui-même à cause d’une de ses contradictions internes. À force de vouloir chercher la productivité, il atteindra ce seuil de productivité et le capitalisme s’effondrera tout seul », et voilà tout va bien !
Parfois chez Michel Bauwens il y a un petit peu de ça ; je n’aurais certainement pas appelé mon livre Sauver le monde, par exemple. Je trouve beaucoup plus intéressante la vision que promeut cette femme, qui s’appelle Anna Tsing. Son livre est incroyable, c'est d’ailleurs un livre qui croise complètement les communs avec Bruno Latour, qui est très dans cet esprit-là, Le Champignon de la fin du monde. Elle avance une notion qu’elle appelle celle des communs latents et elle nous avertit en nous disant « les communs latents ne peuvent pas nous racheter », c’est-à-dire que « n’attendons pas des communs une rédemption. Notre monde va certainement s’effondrer – elle est dans cette logique-là – en tout cas notre mode de vie ne pourra pas être prolongé, n’attendons pas des communs de prolonger à l’identique notre mode de vie et de nous sortir des crises dans lesquelles nous sommes ». Et ça commence à atteindre des militants du numérique, y compris des gens qui sont très proches de moi, notamment à La Quadrature du Net, il y a quelqu’un qui s’appelle Félix Tréguer, qui est comme moi cofondateur de La Quadrature du Net, qui a écrit cet article dans Reporterre, qui nous a fait bizarre quand même parce que c’est un gros tournant. Il a écrit un article pour dire « nous avons essayé de penser Internet comme un outil d’émancipation, nous avons oublié le coût écologique que ça représentait. L’avoir oublié est une erreur majeure » et il dit : « Le seul moyen c’est de faire un Internet low-tech, c’est-à-dire de revoir complètement l’infrastructure. Et tant qu’on considérera que les libertés sont compatibles avec l’infrastructure extrêmement pesante, on se trompera en fait ».
Il y a d’autres personnes qui avancent aussi la notion de communs négatifs, qui est extrêmement intéressante je n’ai pas le temps de développer.

Donc je vais terminer là-dessus. On a un très gros travail, je pense, à faire. Tout ça a des implications. En tout cas ça m’a pas mal remué de faire tout ce cheminement et je pense que ça nous oblige beaucoup à revenir sur des choses.
Il faut arrêter de voir Internet comme une utopie numérique dans ce modèle dualiste qui le projette dans un pseudo-territoire qui est hors du monde. Il n’y a pas de hors du monde, c’est ce que dit aussi Latour : le hors du monde c’est le globe de la modernisation ;il n’existe pas. Il faut le faire réatterrir. Ça c’est une notion de Michel Foucault : il opposait à l’utopie à ce qu’il appelait l’hétéropie. L’hétérotopie est dans ce monde, mais elle a des règles qui lui permettent de fonctionner autrement. Michel Foucault dit : « On peut imaginer des utopies, mais on peut faire des hétérotopies » et ça, ça se fait avec des règles, en fait, et là on retombe sur Ostrom, la capacité de faire fonctionner des espaces réels avec des règles différentes ; là c’est le plus fort des communs la dimension instituante qui revient. Et pour ça, à mon avis, il faut faire une fusion entre la théorie d’Ostrom mais en la lisant sérieusement, c’est-à-dire en reprenant vraiment ce qu’elle disait, et la croiser avec les éléments de Bruno Latour, notamment la théorie de l’acteur réseau, qui prend jusqu’au bout en compte la dimension physique, notamment en intégrant ce qu’il appelle les éléments non-humains qui peuvent être aussi bien des animaux que des objets technologiques, les lieux, etc., comme des acteurs au sens propre du terme, dans une vision qui les mette à plat avec les humains.

Je terminerai en disant vous savez on nous a vendu le futur d’Internet, ce serait l’Internet des objets, parce que maintenant Internet va arriver dans les objets, tous les objets vont être connectés et ça va être formidable, mais on a oublié de penser les objets de l’Internet et, si on veut aller au bout, il faudrait, comme Latour, penser l’Internet des quasi-objets, c’est-à-dire des objets qui sont des acteurs comme les autres et penser cette couche d’infrastructure comme un acteur et le prendre réellement au sérieux. Je pense que c’est un programme de recherche qui s’ouvre parce ça nous obligerait.
J’ai juste l’intuition que mon avis est une piste à suivre…

[Applaudissements]

Retomber amoureux des librairies, une nécessité

Thierry Crouzet
, 20/09/2019 | Source : Thierry Crouzet

Édition #179 | Sommaire | Lire en ligne

À la fin des années 1990, en pleine bulle internet, j’étais si persuadé que le livre papier était mort que j’ai participé au lancement d’une maison d’édition électronique, Olympio, qui se voulait le YouTube du livre (YouTube n’existait pas encore). Quelques millions jetés par la fenêtre plus tard, le projet a capoté, mais je restais persuadé que l’avenir était au tout numérique, au moins jusqu’à ce que j’écrive J’ai débranché en 2011 et que je prenne un peu de recul.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les chiffres ne cessent de confirmer un mouvement de fond : les livres papier se portent de mieux en mieux alors que les ventes d’ebooks baissent (résultats pour le marché US, celui qui était l’avant-garde de la transition numérique dans l’édition). Pourquoi cette évolution ? Peut-être parce que trop de numérique tue le numérique et que nous avons besoin d’expériences physiques, la lecture papier en étant une. Peut-être surtout parce que les librairies reprennent du poil de la bête.

Dans un monde dématérialisé, virtualisé, dominé par la recherche éperdue d’une reconnaissance frelatée, elles redeviennent des lieux de rencontre, d’échange, de découverte. Alors que les librairies en ligne ne font que la promotion des best-sellers, par un effet amplificateur de leurs algorithmes, alors que les médias ont tendance à suivre le mouvement, parce qu’ils ne peuvent pas ignorer ce qui marche, alors que les prix littéraires consacrent le marché et non la littérature, les libraires continuent de lire, d’être curieux, de proposer leurs coups de cœur, et plus ils s’engagent, mieux ils se différencient de la concurrence, et mieux ils fidélisent une clientèle elle-même fatiguée du battage médiatique et des produits normalisés. En Angleterre, les éditeurs indépendants ne cessent de voir leurs chiffres d’affaires augmenter parce que des libraires de plus en plus fringants poussent leurs livres (je n’ai pas retrouvé la source).

Dans un monde dominé par les réseaux sociaux qui entretiennent entre nous des liens factices, les librairies nous permettent de nous retrouver, de nous toucher, de nous sourire pour de vrai. C’est con, mais nous avons besoin de chaleur humaine et j’ai toujours retrouvé du réconfort auprès des libraires, même si en tant qu’auteur la quantité de livres en vente me terrifie (je me demande souvent à quoi bon en ajouter un de plus).

Les librairies sont les hubs d’un réseau social de proximité. Elles maillent le territoire, elles court-circuitent le réseau business qui s’est imposé en ligne. Elles donnent davantage de chances aux auteurs de se faire entendre que les devantures numériques. J’en ai encore une fois la preuve avec mon dernier roman. Les retours viennent du terrain, de quelques libraires, que le plus souvent je ne connais pas. Ils ne viennent pas du haut de la pyramide, ils ne viennent pas de Google ou Facebook où désormais il est impossible de se faire entendre sans investir des fortunes.

Pour moi, c’est terminé le rêve de l’auteur indépendant, cette possibilité de tout faire moi-même, de l’écriture à la diffusion. C’est terminé parce que le réseau ne m’aide pas, au contraire, il me noie, il me broie, parce que je n’y claque pas assez de fric, n’y suis pas assez sulfureux, n’y publie pas assez de photos compromettantes et surtout ne passe pas assez de temps à flatter ceux qui pourraient être mes acheteurs. Il impose la surenchère, l’excès, le baroque, là où j’aime le minimalisme. Il est contre l’art et pour un business irresponsable.

Que quelques auteurs réussissent en ligne ne doit pas nous illusionner. Les plateformes ont besoin de mettre en avant quelques réussites pour cacher la vérité : pour la majorité, le net nous enterre prématurément, nous poussant à dépenser une énergie folle pour arracher quelques like. Les plateformes vont jusqu’à laisser fuser des articles comme celui-là, parce qu’elles savent que s’ils provoquent le buzz, cela prouvera leur honnêteté.

Alors que nous reste-t-il à faire, à nous autres lecteurs, à nous autres auteurs ? Nous rapprocher des endroits où il y a de la lumière dans les villes ou même les villages. Retourner dans les librairies, y rencontrer les libraires, d’autres clients, d’autres auteurs. Il nous faut vivre dans le monde que nous aimons et qui nous aime, et cesser de vouloir briller dans celui qui nous vole nos données personnelles pour les monétiser.

Non, je ne vais pas débrancher une fois de plus, je ne vais pas imprimer cet article et le faire circuler sous le manteau. Je continuerai à utiliser les outils numériques, continuerai à bloguer, à discuter sur les réseaux, mais sans illusion, conscient que même ces contenus ne peuvent se propager sans un lien fort avec le terrain, là où je n’ai aucun contact, là où les libraires interconnectent entre eux les amoureux de la lecture, là où Facebook limite mon horizon et me propose de payer pour l’agrandir.

Acheter en librairie, c’est un acte politique et artistique, une réaction à la centralisation croissante du Net, à la dictature des GAFAM. C’est s’opposer à une logique quantitative au nom d’une approche humaine et qualitative. Dans cette affaire, le livre numérique n’est pas en cause, c’est le modèle du Net d’aujourd’hui qu’il faut combattre, un modèle qui après nous avoir fait croire à davantage de liberté nous en retire tous les jours.

Quand la sécurité des banques impose de souscrire aux GAFAM sur son mobile - Décryptualité du 16 septembre 2019

mmorandi
, 20/09/2019 | Source : April


Administration de Pixabay

Titre : Décryptualité du 16 septembre 2019 - DPS2 - Quand la sécurité des banques impose de souscrire aux GAFAM sur son mobile
Intervenant·e·s : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 16 septembre 2019
Durée : 14 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 37 de l'année 2019
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : administration - Pixabay License Free for commercial use - No attribution required
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

DSP2, la directive sur les services de paiement entre en vigueur et donne lieu à des applis propriétaires accessibles uniquement depuis un store de GAFAM qui impose de choisir entre ses libertés informatiques et la facilité d'accès à son compte bancaire.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 37. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Luc.

Luc : Qu’a-t-on au sommaire ?

Manu : Une jolie revue de presse, relativement longue cette semaine.

Nolwenn : MacGeneration, « Apple membre d'une fondation pour la promotion de l'open source à Hollywood », un article de la rédaction.

Manu : Pas mal d’entreprises dont on va parler cette semaine et Apple en premier, les GAFA. Il se trouve qu’ils vont faire des choses qui semblent bien, promouvoir du logiciel libre pour être utilisé dans les studios de cinéma. C’est intéressant, mais ça fait toujours bizarre que ce soient des grandes boîtes comme Apple qui fassent ça.

Nolwenn : Le Monde.fr, « Ce que les «révélations Snowden» ont changé depuis 2013 », par Martin Untersinger.

Manu : C’est à l’occasion d’un livre de Snowden qui est en train de sortir en ce moment que l’on se rend compte de tout ce qui a été apporté par lui et sa sortie de la NSA. C’est considérable et, n’oublions pas, il est toujours bloqué en Russie, il ne peut pas sortir alors que pourtant il a demandé…

Luc : On est lundi 16 et il a à nouveau exprimé son souhait d’être accueilli par la France.

Manu : Il y a une ministre qui a dit oui.

Luc : La ministre de la Justice a dit oui. Une députée européenne de La République en marche a dit qu’elle était favorable aussi et, derrière, l’Élysée a fait : « Vous déconnez ! » Moi j’étais surpris parce que je me disais que la ministre n’a pas pu sortir ça de sa propre initiative, normalement un ministre ça obéit aux ordres !

Nolwenn : Ce n’est pas à un organisme indépendant de l’État de prendre cette décision ?

Luc : Oui ! Tu sais, l’indépendance c’est très relatif ! Qui les nomme ? Qui les paye ?

Nolwenn : tom's guide, « Huawei propose maintenant ses MateBook avec Linux », par Guillaume.

Manu : C’est un gros sujet international. Huawei, entreprise chinoise, est en quelque sorte poussée au banc des sociétés par Donald Trump ; il ne les aime pas.

Luc : Il les accuse d’espionner tout le monde.

Manu : On peut imaginer, effectivement, que ce soit peut-être le cas, parce que le dirigeant de Huawei est un ancien militaire chinois. N’empêche que ça fait beaucoup de mouvement au niveau des grosses entreprises, notamment ça veut dire que les logiciels faits par les Américains vont être de moins en moins utilisés par les Chinois, qui sont en train de se retrouver sur des logiciels libres.

Luc : On a failli le prendre comme sujet principal pour ce soir, mais finalement on s’est arrêtés sur autre chose.

Nolwenn : Numerama, « Bruno Le Maire refuse d'autoriser «le développement de Libra sur le sol européen» », par Julien Lausson.

Manu : Libra, c’est du logiciel libre, mais c’est quoi ?

Luc : C’est la cryptomonnaie de Facebook.

Manu : Ah oui, de Facebook ! Ça fait bizarre parce qu’il y a deux milliards d’utilisateurs potentiels derrière et ça fait plus que bizarre, ça fait peur aux États et l’État français a annoncé officiellement que jamais au grand jamais ce genre de monnaie ne fonctionnera sur le sol français ou européen.

Nico : Forcément ! Quand Facebook sort plein de conneries pour rentrer dans la vie privée des gens on laisse faire, sans problème, par contre dès qu’on touche à la monnaie de l’État c’est chasse gardée et là, ça mord !

Luc : La monnaie reste un truc très puissant. On peut aussi dire que constatant l’étendue des conneries faites par Facebook, leur laisser faire une monnaie ce n’est peut-être pas une bonne idée !

Nolwenn : Le Monde.fr, « Domestiquer les géants du numérique », un article de la rédaction.

Manu : On parle encore des entreprises, les GAFA toujours. Aux États-Unis, eh bien les institutions sont en train de regarder ce qui se passe dans ces grands monopoles, des monopoles de fait, et d’essayer un peu de les ouvrir aux marchés parce que c’est la théorie américaine, la théorie économique américaine, le marché est roi et il ne faut pas que des Google, des Amazon, puissent utiliser leur situation prédominante à leur avantage.

Luc : Il était temps de se réveiller !

Nolwenn : Next INpact, « La France affûte sa transposition de l'article 17 de la directive Droit d'auteur », un article de Marc Rees.

Manu : Je n’ai pas regardé en quoi elle était affûtée cette transposition, mais on sait que ça concerne le droit d’auteur et ça nous embête beaucoup dans le milieu du logiciel libre, parce que, simplement, ça met en place des systèmes de censure automatisée qui, en grande partie, sont gérés par les GAFA, encore une fois, et ça leur donne, de fait, du pouvoir.

Nolwenn : ZDNet France, « Microsoft organise la première conférence pour le sous-système Linux de Windows », un article de Steven J. Vaughan-Nichols.

Manu : C’est un incroyable sujet à trolls. On reparle encore d’une grosse entreprise américaine, Microsoft. Le sous-système, ce n’est pas une insulte, c’est simplement que maintenant Windows inclut de fait un noyau Linux. C’est un peu bizarre. Je pense qu’il y a des gens dans le monde du Libre qui sont très étonnés de cela et puis, n’oublions pas, la semaine dernière Richard Stallman était à Microsoft pour faire une conférence. Ça ne veut pas dire qu’il les aime, mais en tout cas il a accepté de discuter avec eux.
Le sujet de la semaine ?

Luc : C’est Nicolas l’expert, de quoi s’agit-il ?

Nico : Tout de suite les grands mots. Il s’agit de la DSP2.

Luc : Délégation de service public.

Nico : Non. La directive sur les services de paiement1.

Luc : Rien à voir alors !

Manu : C’est un truc très récent dont tu nous parles en privé depuis déjà quelque temps parce c’est t’énerve !

Nico : Ce n’est pas que ça m’énerve, c’est qu’aujourd’hui je suis dans la merde à cause de cette directive-là et je pense qu’il y en a plein d’autres qui vont y passer dans pas longtemps.

Manu : De quoi il s’agit ?

Nico : En fait, il s’agit d’une directive qui a été décidée au niveau européen, qui a été votée quand même en novembre 2017, ça date depuis un petit moment. Ce sont les banques qui en ont marre de tous les problèmes de paiement, de fraudes à la Carte Bleue, de vol des données, des codes secrets et autres, donc ont décidé de durcir leurs règles et en particulier d’imposer l’authentification forte, donc la double authentification aux utilisateurs.

Luc : Du coup ça te met dans la merde parce que tu ne peux plus en voler, tu ne peux plus arnaquer les gens. C’est ça ?

Nico : Oui. Je ne peux même plus voler mon propre argent, en fait !

Manu : Il y a encore peu de temps, et encore pour l’instant, quand on veut faire des paiements sur Internet il y a du 3-D Secure, il y a des systèmes où on demande aux gens leur date de naissance, où on envoie un code SMS et on doit retaper ce code SMS ; ce sont les systèmes actuels qui sont en place. Donc ça, ça va évoluer, à priori, parce que c’est en train d’être mis en place, mais ce sont les banques donc elles ne vont peut-être pas y arriver.

Nico : Elles sont déjà complètement à la bourre. C’était censé être mis en œuvre le 14 septembre, c’était samedi dernier. Il y a quelques banques qui l’ont fait mais la plupart sont complètement en retard, donc elles ont réussi à gratter encore 18 mois supplémentaires pour y passer. C’est comme le RGPD [Règlement général sur la protection des données], un truc voté en 2017, applicable en 2019 et puis on verra éventuellement pour des sanctions en 2021.

Luc : Du coup, toi tu voudrais que ça arrive plus tôt ?

Nico : J’aurais bien aimé qu’ils fassent ça proprement parce que c’est vrai que ça part d’un bon sentiment, mais le diable est dans les détails et là, ils ont complètement foiré.

Manu : En gros, ils veulent s’assurer que les gens, quand ils payent par Internet notamment, ce sont bien les bonnes personnes qui ont le droit de payer qui vont le faire et pour cela ça va passer par quel genre de mécanisme ?

Nico : Ça impose, en fait, la double authentification.

Manu : C’est quoi la double authentification ? Déjà authentification c’est compliqué, on le sait !

Nico : La double authentification : en fait vous connaissez votre mot de passe, vous avez besoin le donner et ils ont besoin d’avoir un autre moyen qu’ils appellent soit la possession soit un attribut, en gros quelque chose qui soit propre à vous-même, ça serait de la biométrie par exemple. La possession c’est : est-ce que vous êtes détenteur de votre carte de paiement, de votre téléphone mobile, vraiment quelque chose de physique, matériel.
Du coup, la plupart des banques ont fait le choix de se baser sur les téléphones mobiles, d’intégrer ça dans leurs applications à elles, et c’est là que les ennuis commencent parce que les applications réclament des téléphones propriétaires avec du Google Apps dedans, avec tout plein de saletés. En tant que personne utilisant du logiciel libre, eh bien on ne peut pas utiliser ces applications-là et on se retrouve à la porte de nos propres comptes bancaires.

Nolwenn : Tu parles des gens qui utilisent le logiciel libre, mais les gens qui n’ont pas de smartphone, tout simplement, soit par choix, soit parce que, de toute façon, la technologie leur fait peur et ils se sentent complètement dépassés avec un smartphone. Qu’est-ce qui va arriver à ces gens-là ?

Nico : La même chose. Les banques disent : « Achetez un téléphone, passez au numérique, etc. »

Luc : Du coup ça touche quoi ? C’est-à-dire que quelqu’un comme moi qui veux accéder à ses comptes bancaires depuis son ordinateur et pas son téléphone ?

Nico : Ça touche ça, ça touche l’authentification. Tous les 90 jours minimum vous allez avoir l’authentification forte à passer, donc à chaque fois que vous vous connectez sur votre ordinateur portable, sur votre téléphone mobile ; ça touche aussi à chaque fois que vous allez faire un paiement en ligne donc avec votre numéro de carte bancaire. Il y a quelques exceptions qui ont été prévues genre les paiements mensuels toujours du même montant du coup ça passe sans problème jusqu’à avoir dépassé les 100 euros cumulés et là on va se taper une authentification forte. Sinon tous les paiements ponctuels en ligne, pareil.

Luc : Plus de 30 euros, je crois. C’est cela ?

Nico : C’est tous les paiements récurrents de moins de 30 euros, mais moins de 100 euros cumulés. En gros, si vous faites un paiement de 25 euros, eh bien au bout de trois-quatre mois vous allez avoir une authentification à remplir.

Manu : Donc quand je suis sur mon ordinateur, que je veux me connecter au compte de ma banque, je vais déjà rentrer mes identifiants, mais mon téléphone va vibrer à côté de moi et je vais devoir interagir en plus avec mon téléphone pour confirmer que je suis bien là, que c’est bien mon téléphone et comme ça mon ordinateur va s’ouvrir et va me permettre d’accéder.

Nico : C’est ça.

Luc : C’est un peu comme quand aujourd’hui on reçoit un SMS avec un code, sauf qu’au lieu d’envoyer ça par du SMS que tout le monde est capable de recevoir…

Nico : Ils sont passés par leur application.

Luc : Donc si on n’a pas cette appli, qui sera accessible sur le Play Store de Google ou comment ça s’appelle chez Apple ?

Nolwenn : L’App Store.

Luc : L’App Store d’Apple.Donc si on n’a pas ces applis, on ne pourra effectivement pas bénéficier de ces trucs-là et donc plus d’accès aux services, y compris sur son ordinateur ?

Manu : Ces applis, ce sont des applis comme il y en a plein, qu’est-ce qui m’empêche de les installer sur un téléphone libre, libéré, sur lequel je n’aurai pas un compte Google, sur lequel je n’aurai pas un accès au Play Store, ces choses-là, parce que, après tout, on peut installer des applications d’autres manières !

Nico : Oui. Sauf que ce sont plutôt des choix technologiques et des mauvaises pratiques de la part des banques. Pour avoir cette double authentification on a besoin d’une preuve de possession et ils ont besoin d’aller beaucoup plus bas dans l’accès au téléphone. Donc ils utilisent les briques privatrices de Google, les Google Apps qui sont installées sur la plupart des téléphones vendues sur le marché.

Manu : Pas les téléphones qu’on va dire libérés ?

Luc : Ils font la même chose chez Apple ?

Nico : Il y aura certainement la même chose chez Apple, mais là, quand on est chez Apple, on est chez Apple ! On n’a pas d’équivalent de LineageOS côté Apple.

Nolwenn : Une petite question qui me taraude depuis tout à l’heure : est-ce que c’est RGPD compatible ou pas ?

Nico : Je n’en suis pas encore là. C’est vrai qu’en passant par Google Apps, il y a de grandes chances que ça finisse quelque part dans la nature.

Nolwenn : Il n’y a pas seulement l’utilisation des Google Apps, c’est l’imposition d’utiliser un smartphone avec une application dédiée.

Luc : Parmi nous, qui n’a pas les applis Google sur son téléphone ?

Nico : Moi je ne les ai pas.

Nolwenn : Je ne les ai pas non plus.

Manu : Moi, j’ai !

Luc : Moi je ne les ai pas.

Manu : Voilà ! Donc moi je pourrai accéder à ma banque encore quelque temps, normalement.

Nolwenn : À priori je peux encore y accéder à la mienne mais apparemment ce n’est pas le cas de tout le monde.

Nico : Et tu avais eu de problèmes pour l’activer ! Il a fallu bricoler le téléphone pour réussir à faire fonctionner ça ; à la fin ça marchait. Moi, le 14 septembre, ma banque y est passée et je me suis retrouvé à la porte de mon compte. Je les ai contactés et ils m’ont dit : « On ne peut rien faire pour vous, vous n’avez qu’à acheter un nouveau téléphone. »

Manu : Ils ont essayé de t’en vendre un. Tu sais que les banques font ça des fois, ils ont essayé ?

Nico : Ouais. C’est une banque N26 en Allemagne qui ne vend pas de téléphones. Ils m’ont dit : « On ne peut rien faire pour vous ». J’ai été obligé de résilier mon compte, je n’avais mème plus accès. Ça devenait même assez marrant parce qu’ils me demandaient de prouver que j’étais moi, en me demandant des informations auxquelles je n’avais accès qu’en me connectant à mon compte, genre les cinq derniers paiements que j’avais faits, « mais je ne peux pas , je ne peux pas me connecter ! »

Manu : Il fallait t’en rappeler, la mémoire !

Luc : Du coup ils ont gardé l’argent ?

Nico : Ils vont me le rendre, j’espère. Mais on peut se retrouver du jour au lendemain…

Luc : Ça pose aussi la question de toutes ces applis souvent pour des services publics, qui sont des applis uniquement disponibles sur les Play Store et tous ces machins. On rappelle, quand on a un compte chez Google, on est nécessairement surveillé, c’est leur business modèle. On pourrait tout à fait considérer que le service offert par Google pour héberger, installer et maintenir toutes ces applications, donc leur Store, on le paye au travers de nos données personnelles. On ne leur verse par d’argent, mais ils se servent sur nos données personnelles pour financer le service. Donc quelque part on a des services publics qui sont financés par la pub et par des services associés chez Google.

Nico : Et puis c’est une situation qui va certainement empirer avec le temps. Là on parle des banques qui ont une contrainte réglementaire, mais la plupart des développeurs d’applications ne sont absolument pas respectueux de ça et on trouve de plus en plus de fonctionnalités qui ne sont disponibles que dans les applications mobiles. Si vous n’êtes pas capable d’installer leurs applications privatrices sur votre téléphone, eh bien vous n’avez plus accès à certaines fonctionnalités. Par exemple j’ai le cas de la Société Générale, là c’est encore une banque, mais vous ne pouvez pas contacter votre conseiller par le Net. Ils ont supprimé l’option, elle n’est disponible que dans l’application mobile. L’application mobile je ne l’avais pas, je ne pouvais pas l’installer. Impossible de contacter mon conseiller !

Manu : En théorie ils vont perdre des clients.

Nico : Oui !

Luc : Non, pas des masses. Ils vont en perdre quelques-uns, mais on n’est pas très nombreux à s’embêter à avoir uniquement des applications libres dans notre téléphone et à ne pas installer le Play Play. C’est absolument minoritaire, donc je pense qu’ils s’en foutent.

Nolwenn : Oui. Enfin une personne qui a juste un stupide phone et qui n’a pas envie de dépenser 400 ou 500 euros dans un nouveau téléphone dont elle ne va, de toute façon, pas savoir se servir, est-ce qu’on n’est pas, quand même, un certain nombre en France à être dans ce cas-là ?

Luc : Je pense qu’il n’y en pas tant que ça. Et, en plus de ça, je ne serais pas étonné qu’ils fassent le calcul de se dire que d’avoir des gens au téléphone et tous ces trucs de services qui coûtent cher pour entretenir une relation client, ça leur coûte finalement plus cher que ce que ces gens-là rapportent et se dire pfft ! OK ! On peut les perdre, on s’en fout !

Nico : Je me suis pas sûr que ce soit qu’on n’est pas si minoritaire que ça dans le cas des banques. On parlait de Huawei tout à l’heure, mais on a interdit à Huawei l’accès à Google Store, donc ils n’auront pas les Google Apps sur leurs téléphones. Ce sont quand même des marques de téléphones qui se vendaient plutôt pas mal

Manu : Quasiment numéro un au monde. Ils ont raté la place de peu.

Nico : En tout cas ils sont dans le top 3 sans problème. Ça fait quand même beaucoup de terminaux. Il y a toutes les personnes avec des déficiences visuelles ou auditives ou autres qui ont du mal à utiliser les téléphones mobiles ; il y a toutes les personnes plus âgées qui n’ont pas du tout de téléphone et qui, aujourd’hui, fonctionnent uniquement dans les banques

Manu : En théorie elles pourront utiliser des tablettes qui sont quand même plus faciles d’accès notamment parce que l’écran est plus grand.

Nico : Ça reste compliqué pour beaucoup de monde au final.
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Luc : Peut-être que ce sont des gens qui vont de toute façon en agence donc ils se disent qu’ils ne vont pas les perdre.

Nico : Agences qu’ils suppriment de plus en plus. Maintenant toute opération en agence est facturée ; la mise en place d’un prélèvement SEPA c’est 3,50 euros en agence. Aujourd’hui vous avez le choix entre utiliser du logiciel privateur partout ou être un citoyen de seconde zone et payer plus cher pour avoir accès à tous les services, à galérer à trouver une banque. Avant on galérait pour trouver un PC portable et maintenant on galère pour tous les services.

Manu : Il va falloir trouver une banque qui fasse des services sympathiques, qui soient autant que possible libres. Il y a des services alternatifs par exemple dans l’électricité ou dans les accès à Internet, on en connaît, on en utilise. Peut-être que dans les services bancaires on pourrait trouver des acteurs qui soient plutôt de valeur.

Nico : Sinon on monte notre propre banque. Je pense que ça doit être faisable.

Manu : La semaine prochaine !

Nico : Ça sera peut-être un peu tendu quand même !

Luc : Tout de suite tu recules devant la difficulté. C’est un défi qu’on te lance. On se retrouve la semaine prochaine et tu nous présentes ta banque.

Manu : À la semaine prochaine.

Nolwenn : Salut.

Nico : Salut.

10 raisons de mettre ou remettre son gilet jaune

Le 21 septembre devrait marquer la "rentrée" du mouvement

Samedi 21 septembre, dans les rues, il y aura des gens en lutte pour le climat, des syndicats contre la réforme des retraites et des gilets jaunes. Tous ont des raisons d'y être... Tout le monde évoque une possible convergence des luttes.

Manifestation en mars dernier - © Reflets

1) La mort de Zineb Redouane, de Steve Maia Caniço ne doit pas nous laisser indifférents.

L'IGPN a montré ses limites et ressemble plus à une machine à blanchir les membres des forces de l'ordre qu'à un service d'enquête indépendant. Le Canard Enchaîné a montré par exemple que la police judiciaire qui enquête désormais sur la mort de Steeve Maia Caniço met à mal la version de l'IGPN :

Au mieux, c’est une erreur ; au pire, un mensonge... Dans son « rapport de synthese », rendu public le 30 juillet par Edouard Philippe et Christophe Castaner, l’IGPN, la police des polices, ecrit, au sujet de Steve Maia Canico, disparu la nuit de la Fete de la musique et retrouve le 29 juillet noye dans la Loire : "Le telephone de la personne disparue declenchait un dernier relais telephonique a 3 h 16 le 22 juin 2019." Sous- entendu : soit le telephone n’avait plus de batterie, soit le jeune homme etait tombe a l’eau avec son mobile, qui avait alors cesse d’emettre. Dans cette hypothese, sa chute se serait donc produite plus d’une heure avant l’intervention musclee des forces de l’ordre sur le quai Wilson, a Nantes – manœuvre destinee a faire cesser la musique.

Pas de chance, la PJ a consulté toutes les données téléphoniques concernant Steeve et son portable a continue d’emettre jusqu’a 4 h 33... soit treize minutes apres le debut de l’intervention policiere... Il "bornait" encore à cette heure là. C'est à dire qu'il se révélait aux tours...

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (24 septembre 2019) - OpenStreetMap - Bénévalibre - Montpel'libre

fcouchet
, 19/09/2019 | Source : April

24 Septembre 2019 - 15:30
24 Septembre 2019 - 17:00

Photo d'illustration de l'émission

La trente-septième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 24 septembre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traitées sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Notre sujet principal portera sur OpenStreetMap (projet de cartographie qui a pour but de constituer une base de données géographiques libre du monde) avec Christian Quest, porte-parole d'OpenStreetMap France. Au programme également : la chronique « Le Libre fais sa comm' » d'Isabella Vanni avec une interview de Montpel'libre et une présentation de Bénévalibre, logiciel libre pour faciliter la gestion et la valorisation du bénévolat dans les associations, avec Laurent Costy (vice-président de l'April, co-animateur du groupe de travail Libre Association et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC).

Si vous souhaitez poser une question en direct, pendant la diffusion de l'émission, vous pouvez appeler le 09 50 39 67 59 ou vous connecter sur le salon web).

Écouter le direct mardi 24 septembre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

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Les archives de l'émission

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Littérature : Généalogie du mal de You-jeong Jeong (2018)

Iceman
, 19/09/2019 | Source : chez Iceman

Cela aurait pu s’intituler « Dans la tête du tueur », tant ce roman sud-coréen fait appel à l’introspection chez le personnage principal. Voilà une manière bien originale de faire un thriller, non ? Yujin, vingt-six ans, se réveille un matin dans l’odeur du sang. Jusqu’à ce jour, c’était un fils modèle qui se pliait à toutes… Lire la suite Littérature : Généalogie du mal de You-jeong Jeong (2018)

Projet bikepacking : Grand Tour de l’Hérault

Thierry Crouzet
, 18/09/2019 | Source : Thierry Crouzet

Born to Bike #38 | Sommaire | Lire en ligne

En commençant à renseigner la carte des traces bikepacking VTT en France, j’ai découvert le très appétissant tour de Charente à VTT, puis je me suis dit pourquoi ne pas faire la même chose dans nos autres départements. Alors je m’attaque à l’Hérault, et j’espère que Patrick Lamarre, Jaywai Jaywai et les autres bikepackers du coin m’aideront à préciser cette trace et à la tester au printemps prochain.

Voici comment je m’y suis pris pour ma première ébauche.

  1. Pour la partie nord, j’ai utilisé le parcours de la Grande Tarversée de l’Hérault, que j’ai par endroits croisé avec la Via Toulosana et ma trace Meditérranée-Atlantique à la hauteur de la Salveta sur Agout.
  2. Pour la partie ouest, de la Salveta à la mer, j’ai utilisé encore une fois un bout de la grande traversée, mais le reste a été calculé par Komoot. Il faudra par la suite recouper cette trace avec celles des vététistes du coin et leur demander conseil.
  3. Pour le bord de mer, je suis en territoire relativement connu, surtout entre Agde et Palavas. Sur cette partie les possibilités sont nombreuses, je me suis tenu assez près de la côte, bien que les meilleurs chemins VTT soient parfois un peu en retraits.
GTH 1.0 sur Komoot
GTH 1.0 sur Komoot

Cette première ébauche présente déjà des statistiques intéressantes avec 76 % de chemins et singles et seulement 16 % de routes, la plupart étant minuscules, le tout pour 550 km et 8 000 mètres de D+ (stats Komoot). À titre de comparaison, le tour de Charente offre 65 % de chemins et singles, 30 % de routes, pour 667 km et 7 000 mètres de D+ (le dénivelé annoncé est de 10 500 mètres, donc bien supérieur à celui calculé par Komoot).

Volet pratique (pour les geeks)

On me demande souvent d’expliquer plus en détail les différentes bidouilles pour ainsi créer des traces, celle-ci m’ayant en l’état demandé un après-midi de travail. En attendant une improbable vidéo, voici une esquisse de tutoriel.

Tout d’abord comment j’ai créé et met à jour la carte de France.

  1. Depuis le menu de Google Map/Vos adresses, je choisis l’option Cartes. Je peux ouvrir une carte existante ou en créer une, option disponible en bas de la liste des cartes.
    Gestionnaire de cartes
  2. Une fois une carte créée et nommée, je peux y créer des calques et dans ces calques je peux importer des traces au format GPX ou KMZ (l’option d’importation ne s’affiche que si le calque est vide).
    Un calque vide
  3. Une fois une trace importée, je la fais glisser dans un calque où je stocke toutes mes traces (le nombre de calques est limité à dix). Cette méthode d’archivage me permet de superposer des centaines de traces, donc de voir apparaître des boucles nouvelles. Goggle Map est l’un des seuls services de cartographie offrant cette possibilité.
    Superposition de traces

  4. Chaque trace peut être colorée, illustrée, commentée (j’indique la source de la trace si je n’oublie pas).

  5. Quand j’ai besoin d’une trace ou de plusieurs pour créer de nouveaux parcours, je les exporte (menu trois points verticaux situé à droite du titre de la carte). On peut exporter la totalité de la carte ou un calque en particulier. Pour exporter un choix de traces, je les déplace dans un calque vide (j’ai toujours un calque tmp dans mes cartes). L’exportation s’effectue en KMZ.
    Exportation en KMZ

  6. Pour utiliser les traces exportées dans un logiciel ou un GPS qui ne gère pas le KMZ, je les convertis avec GPS Visualizer, qui en prime ajoute les informations d’altitude.

Voici maintenant comment je concocte une trace type GTH.

  1. Je crée une nouvelle carte sur Google Map, j’y importe les traces qui m’intéresse, comme je l’ai fait pour ma trace Méditerranée-Atlantique.
  2. J’importe aussi la trace des limites du département de l’Hérault.

  3. Sur Komoot, je bouche les trous entre les traces et exporte les fichiers en GPX, avant de les importer dans Google Map (en orange).
    Réseau de traces

  4. Quand mon réseau dessine le parcours désiré, j’exporte ma carte Google en KMZ et l’importe dans Garmin Base Camp.

  5. Pour mieux travailler sur Base Camp, je lui ajoute la carte OSM de la France. L’installation n’est pas intuitive. Sur Mac, je décompresse le fichier téléchargé, puis l’installe avec Garmin MapManager (Fichier/Installer la carte…).

  6. Sous Base Camp, je peux alors coudre mes traces pour créer la trace désirée.

  7. Une fois la couture terminée, je transfère la trace à mon GPS ou l’exporte en GPX, pour l’importer dans Google Map et la partager.

La trace sous Base Camp
La trace sous Base Camp

Bénévalibre, un logiciel libre de gestion du bénévolat au service des associations

ivanni
, 18/09/2019 | Source : April

Image de Bénévalibre

Lancement officiel, le 15 septembre 2019 lors du Grand Déj' des associations à Dijon, de Bénévalibre, logiciel libre développé pour faciliter la gestion et la valorisation du bénévolat dans les associations.

Bénévalibre est une application web qui permet en quelques clics de renseigner le temps passé pour chaque association dans laquelle on est engagé⋅e bénévolement.

Que ce soit pour appréhender le dynamisme de ses bénévoles ou pour témoigner d’une activité importante auprès de ses financeurs, la mise en valeur du bénévolat est un besoin de plus en plus pressant pour les structures associatives : d'où la volonté d'un groupe d'associations de faire développer un outil ad hoc pour y répondre.

En tant que logiciel libre, Bénévalibre appartient aux personnes et aux structures qui l’utilisent : il peut donc être librement utilisé, téléchargé, étudié, modifié et redistribué. Dans une logique de décentralisation, vitale à l’heure où nos données sont convoitées et concentrées par les grandes firmes du web, il sera possible pour qui le désire, moyennant quelques compétences techniques, d'installer sa propre instance.

Bénévalibre est un projet porté par le Crajep (Comité Régional des Associations de Jeunesse et d’Éducation Populaire) de Bourgogne‐Franche‑Comté, avec le soutien financier de la région Bourgogne‐Franche‑Comté et de la Fondation du Crédit Coopératif, en partenariat avec l’April et Framasoft. L’application a été développée par la SCIC CLISS XXI.

Bénévalibre est un logiciel libre voulu par des associations et fait pour les associations et leurs bénévoles. N’hésitez pas à tester l’application et à la promouvoir autour de vous !

Visiter le site du projet

Accéder directement à l'application Bénévalibre

Richard Stallman démissionne de la direction de la Fondation pour le Logiciel Libre

fcouchet
, 18/09/2019 | Source : April

Le 16 septembre 2019, Richard Stallman, fondateur et président de la Fondation pour le Logiciel Libre, a démissionné de ses fonctions de président et du conseil d'administration.

Cette démission fait suite à la publication d’échanges liés aux conséquences de l’affaire Jeffrey Epstein au MIT (université et institut de recherche américain). Le journal Le Monde explique cette affaire.

L'April prend acte de cette décision et continuera de travailler avec la Fondation pour le Logiciel Libre comme elle le fait depuis sa création.