Interdire la reconnaissance faciale (2/3) : quelles discriminations notre société est-elle prête à accepter ?

Hubert Guillaud
, 21/01/2020 | Source : InternetActu.net

La reporter Tech du New York Times, Kashmir Hill (@kashhill), vient de publier une longue enquête sur Clearview, une entreprise spécialiste de la surveillance, financée par le multimilliardaire libertarien Peter Thiel – qui est déjà à l’origine de Palantir (Wikipédia), un autre géant de la surveillance qui travaille pour les services de renseignements. On y apprend que Clearview a collecté sur le web 3 milliards de photographies provenant principalement des réseaux sociaux (mais également des portraits provenant de bases de données fédérales permettant d’identifier des personnes condamnées par la justice ou les portraits de titulaires du permis de conduire…) afin de construire un système de reconnaissance facial total (voir également la synthèse qu’en livre le journal Le Monde). Ce service, déjà utilisé par des centaines de services de police aux États-Unis et par des services de sécurité privés, peut servir à identifier un militant dans une manifestation , un inconnu dans le métro ou dans un centre commercial… Le projet de Clearview, on le comprendra aisément, mine totalement notre état de droit puisqu’il permet finalement aux services publics comme privés d’avoir accès à des données dont la collecte aurait beaucoup de mal à être autorisée. Tout comme Amazon le propose avec sa sonnette de porte Ring, nous sommes confrontés à un capitalisme de surveillance qui pose d’une manière aiguë la question de son contrôle démocratique. Comme le pointe le professeur de droit spécialiste de la vie privée à Stanford, Albert Gidari (@algidari), « sans une loi fédérale très stricte sur la vie privée [qui interdirait ces collectes massives d’images], nous sommes foutus ».

L'enquête de Kashmir Hill pour le New York Times

Réguler : oui, mais depuis quelles bonnes questions ?


Face à ces défis, la question de la régulation reste complexe. Aux États-Unis, un petit nombre de villes promulguent une interdiction de la reconnaissance faciale… Mais ce pourrait bien être insuffisant, explique le spécialiste en sécurité Bruce Schneier (blog, @schneierblog) dans une tribune pour le New York Times.
 

« Ces efforts sont bien intentionnés, mais l’interdiction de la reconnaissance faciale n’est pas la bonne façon de lutter contre la surveillance moderne. Se concentrer sur une méthode d’identification particulière donne une fausse idée de la nature de la société de surveillance que nous sommes en train de construire. La surveillance de masse omniprésente est de plus en plus la norme. Dans des pays comme la Chine, une infrastructure de surveillance est en train d’être construite par le gouvernement à des fins de contrôle social. Dans des pays comme les États-Unis, elle est construite par des sociétés afin d’influencer notre comportement d’achat, et elle est incidemment utilisée par le gouvernement » pour des objectifs de contrôle social.

Pour Schneier, la surveillance de masse moderne repose sur trois grandes composantes : l’identification, la corrélation et la discrimination. 

La reconnaissance faciale est une technologie qui peut être utilisée pour identifier des personnes à leur insu ou sans leur consentement. Elle repose sur la prévalence de caméras et sur le machine learning qui permet de faire correspondre les images des caméras avec des bases de données de photos existantes. Mais ce n’est qu’une technologie d’identification parmi d’autres. On sait identifier à distance des personnes par leur battement de coeur, leurs caractéristiques vocales ou leur démarche, voire lire les empreintes digitales ou les motifs de l’iris à plusieurs mètres de distance. Sans compter que nous pouvons également identifier des individus via leur utilisation de leurs téléphones, de leurs cartes de crédit ou des plaques d’immatriculation de leurs voitures… Quand ces technologies d’identification ne sont pas croisées entre elles pour améliorer encore un peu plus l’État de surveillance. 

Une fois que nous sommes identifiés, les données sur qui nous sommes et ce que nous faisons peuvent être corrélées à d’autres comme des données sur les déplacements, sur nos achats, sur nos navigations en ligne ou sur les personnes avec lesquelles nous échangeons. D’innombrables données (sur nos revenus, nos modes de vie, nos intérêts…) sont ainsi utilisées et recueillies par d’innombrables sociétés pour être analysées et vendues à notre insu ou sans notre consentement. Cette industrie des vendeurs de données, très peu réglementée, a pour but principal de nous afficher de la publicité selon nos profils et à l’avenir, promet d’être capable de nous traiter différemment lorsque nous entrerons dans un magasin, comme c’est déjà le cas lorsque nous visitons des sites web. 

Le fait qu’il n’existe pas actuellement de base de données complète sur les battements de coeur ou l’allure des populations ne rend pas moins efficaces ces technologies, souligne Schneier… Bien souvent, il importe assez peu également que l’identification soit liée à un nom. En fait, le problème demeure surtout celui d’une identification constante et permanente qui finit toujours par permettre une réidentification à un moment où un autre. 

Réglementer la surveillance nécessite d’aborder les trois étapes du processus, estime très justement Schneier. Or, interdire la reconnaissance faciale sera sans effet, si les systèmes de surveillance peuvent vous identifier grâce aux adresses uniques de vos téléphones mobiles. Pour Schneier, la bonne question à se poser consiste à définir les règles pour déterminer quand une surveillance à notre insu et sans notre consentement est permise et quand elle ne l’est pas. Nous avons également besoin de règles pour déterminer comment nos données peuvent être combinées avec d’autres, ou quand elles ne peuvent pas l’être (comme de règles pour savoir quand elles peuvent être achetées et vendues à notre insu ou sans notre consentement), et ce alors que les grandes entreprises du Net recueillent sur nous plus de données détaillées que n’importe quel État policier du siècle dernier n’était capable d’en recueillir. 

Enfin, nous avons besoin de savoir quand et comment il est permis aux entreprises de faire de la discrimination – puisque c’est bien ce qu’elles font ! Certaines formes de discrimination sont déjà protégées : il est ainsi interdit de faire de la discrimination sur la race et le sexe. Faut-il renforcer cette protection pour protéger de nouvelles catégories de personnes et lesquelles (comme les enfants, les plus démunis, certains niveaux de  revenus…) ?  

Pour Schneier, le débat sur la reconnaissance faciale risque de nous faire oublier l’essentiel. « Nous devons avoir une conversation sérieuse sur toutes les technologies d’identification, de corrélation et de discrimination, et décider à quel point nous, en tant que société, voulons être espionnés par les gouvernements et les entreprises – et quel genre d’influence nous voulons qu’ils exercent sur nos vies. »

Sur son blog sur Mediapart, le sociologue Laurent Mucchielli (@LMucchielli) posait également très bien ces enjeux. En posant des questions supplémentaires et très concrètes : qui est fiché par ces dispositifs ? Qui aura accès aux fichiers (et qui n’y aura pas accès) ? Où se croisent les données et comment ? Que feront très concrètement les petites mains et les grandes mains qui auront accès à ces données (« Quelle partie de la population serait fichée ? Et qui y aurait accès ? Voilà les deux problèmes. ») ? Ou, pour le dire autrement, comment tracer une ligne claire entre des technologies de surveillance circonscrites à la lutte contre le crime et des technologies de surveillance élargies au contrôle de la docilité de la population ?… Derrière ces questions, le sociologue pose très bien le risque du glissement permanent, de l’autorisation sans fin à collecter toujours plus de données pour améliorer le système. Pour lui, c’est assurément contre ces risques incessants d’évolution de législation dont nous devrions nous prémunir et nous garantir – pour autant que nous puissions graver dans le marbre de lois par nature changeantes la moindre certitude ! 

Couverture du livre de Biran Friedman UnwarrentedEn octobre, les professeurs de droit Barry Friedman (Policing Project et auteur de Unwarranted : Policing Without Permission (Sans garantie : faire la police sans permission, Farrar, Straus and Giroux, 2017, non traduit) et Andrew Guthrie Ferguson (@ProfFerguson), auteur de The Rise of Big Data Policing (La monté de la police par les Big Data, New York University Press, 2017, non traduit) condamnaient ainsi dans une tribune pour le New York Times, « la surveillance des visages » (c’est-à-dire l’utilisation de la reconnaissance faciale en temps réel pour trouver où se trouve quelqu’un), mais prônaient l’autorisation de « l’identification faciale » (pour que la police puisse identifier un criminel filmé par une caméra, et ce uniquement pour les crimes les plus graves).

Couverture du livre d'Andrew Ferguson The Rise of Big Data PolicingS’ils proposaient que la police puisse accéder à des bases de données contenant tous les visages et pas seulement ceux de criminels, comme le propose le dystopique Clearview, ils rappelaient néanmoins une règle d’or : l’identification des visages ne devrait pas être autorisée sans décision de justice et sans sanctions en cas d’utilisation abusive : « sans contrôle judiciaire, nous ne pouvons pas être sûrs que l’identification faciale est utilisée uniquement dans les limites autorisées ». C’est peut-être effectivement là un des problèmes majeurs de la reconnaissance faciale et de ces technologies : le fait qu’elles se déploient sans garantie aucune, dans des cadres par nature glissants, mouvants… et donc qui peuvent se révéler demain toujours plus dangereux qu’ils ne sont aujourd’hui. En tout cas, l’idée de regarder la question de la surveillance sous l’angle des discriminations qu’elle introduit, comme le suggère Bruce Schneier, est certainement un levier inédit pour en limiter le pouvoir.  

Hubert Guillaud

Émission #174 du 16 janvier 2020 – Parfa

bloguelinux@gmail.com (Patrick et Éric)
, 21/01/2020 | Source : BlogueLinux.ca

Émission #169 du 3 octobre 2019 – Le titre
Pour télécharger le fichier, faites un click-droit sur le lien ou l’image puis sélectionnez Enregistrer sous dans le menu contextuel

Téléchargement MP3 – [ 58 min 54 s | 34.0 MB ] 16 janvier 2020
Téléchargement OGG – [ 58 min 54 s | 42.3 MB ] 16 janvier 2020

AVERTISSEMENT! Ce podcast peut contenir du langage inapproprié ou vulgaire et peut ne pas convenir à tout le monde.

Animateurs: Patrick et Sandrine

Parfa

  • Expression utilisée au Québec qui veut dire : Parfait

La techno

Geekage personnel, revue de logiciels et distributions Linux, smartphone, gadgets et tout ce qui a trait à la technologie

Patrick

Nouvelle extension pour TT-RSS

Google Authenticator

  • SIM Swapping
    • Le terme désigne le fait de « voler » le numéro de téléphone portable de quelqu’un. Ça ne nécessite pas vraiment une grande expertise technique mais plutôt des habileté en ingénierie sociale. Dans les cas les plus courants de piratage par « SIM swapping », le pirate contacte le service à la clientèle de votre opérateur et essaye de se faire passer pour vous. Votre numéro est rattaché à une carte SIM : C’est la  petite puce dans votre téléphone qui vous identifie et vous permet de faire des appels, envoyer des SMS et de vous connecter aux réseaux 3G et 4G.
    • Le pirate va invoquer la perte, une malfonction ou le vol de votre carte SIM et va demander à activer votre numéro de téléphone sur une nouvelle carte SIM, que lui possède. Pour convaincre le service à la clientèle au bout du fil, il utilise des informations personnelles (date de naissance, adresse, numéro de client, etc.), qu’il a pu trouver sur Internet ou par d’autres moyens. Une fois l’opération réussie, le pirate peut alors recevoir à votre place des appels et des SMS qui vous sont destinés.
  • Google Autehticator 
    • est un logiciel permettant l’authentification en deux étapes, développé par Google. Le logiciel fournit un nombre de 6 chiffres que l’utilisateur doit donner lors de son authentification, en plus de son pseudo et de son mot de passe. Développé à l’origine pour les services Google (comme Gmail), le logiciel permet de s’authentifier sur des services tiers tels que LastPass, Discord ou Dropbox, Paypal, zoho mail, etc.
  • À la base, l’application est attachée à un seul appareil mais peut être configurée pour multiples appareils
  • Code actif pour 3 mois sur appareils reconnus
  • Fonctionne hors-ligne
  • https://play.google.com/store/apps/details?id=com.google.android.apps.authenticator2&hl=fr_CA 

Openpilot

  • openpilot est un système d’aide à la conduite open source. Actuellement, openpilot remplit les fonctions de régulateur de vitesse adaptatif (ACC) et de centrage de voie automatisé (ALC) pour les véhicules compatibles. Il fonctionne de manière similaire à Tesla Autopilot et GM Super Cruise. openpilot peut diriger, accélérer et freiner automatiquement pour les autres véhicules dans sa voie. 
  • Comment ça fonctionne
    • La plupart des voitures modernes utilisent plusieurs bus CAN (Controller Area Network) pour relier les différents modules de la voiture. Un bus CAN est exposé sur le port OBD2, d’autres se trouvent souvent cachés derrière des panneaux.
    • Openpilot peut utiliser un NEO ou un panda comme interface CAN. Étant donné que la plate-forme est ouverte, il serait facile d’ajouter le support pour OpenXC ou Kvaser ou CANBus Triple
  • Compatible aux systèmes assistés dans un véhicule avec un niveau 2 d’autonomie
  • 1 seule caméra vers l’extérieur et une intérieure qui analyse constamment le visage du conducteur
  • Contrairement à Tesla, ceci permet une conduite autonome sans limite de temps ; tant que le conducteur est attentif à la route, le système autonome restera actif
  • Lance des avertissement si votre attention se détourne de la route ou si le conducteur s’endort
  • Pas besoin de lignes dans la rue, ça détecte automatiquement les bordures de la rue ; fonctionne très bien dans des endroits où AutoPilot de Tesla ne peut même pas être activer
  • Ça vient aussi comma.ai Explorer qui permet de faire rejouer tous vos trajets et annoter les erreurs que le système aurait fait. Tous les informations ainsi que la télémétrie du trajet sont envoyés au serveurs de comma.ai pour permettre d’améliorer constamment le processus
  • Compatible avec la plupart des Hondas et Toyota sur la route ainsi que certains modèles Acura, Chrysler, , GM, Hyundai, Kia, Lexus, Subaru et Volkswagen. Une liste complète est disponible sur leur site : https://comma.ai/vehicles 
  • Le matériel complet coûte environ 1000$ et peut s’installer dans votre véhicule en 15 minutes
  • https://comma.ai/
  • https://github.com/commaai/openpilot
  • $7,000 Tesla Autopilot vs $1,000 Openpilot: Self-Driving Test!

Windows 10

  • Sans commentaires

Sandrine

Réparation 3DS

Compilation de firmware OpenWRT

  • Préparation de Ubuntu pour la compilation :
sudo apt install build-essential libncursesw5-dev python unzip  
  • Obtenir le code source :
git clone https://github.com/openwrt/openwrt.git
cd openwrt
./scripts/feeds update -a
./scripts/feeds install -a
  • Configurer la compilation pour son router :
make menuconfig
  • Dans mon cas j’ai choisi :
“Target System” ⇒ “MediaTek Ralink MIPS”
“Subtarget” ⇒ “MT7620 based boards”
“Target Profile” ⇒ “Lenovo Y1”
LuCI  ---> Collections  ---> <*> luci
  • Compilation :
make -j 4
  • je copie le binaire qui se trouve dans ./bin/targets/…. selon notre router sur le router en utilisant scp
  • Ligne de commande dans le router pour appliquer mise à jour :
sysupgrade -v (le fichier binaire)

Installation d’un serveur MineTest sur ubuntu 18.04 LTS

  • Ajout des repo :
add-apt-repository ppa:minetestdevs/stable
apt update
  • Installation de minetest :
apt install minetest
  • Ajout d’un usager minetest :
useradd -mU minetest
  • Ouvrir le port firewall :
ufw allow 30000
  • Tester le serveur en tant qu’usager minetest :
su minetest
minetest --server
ctrl-c pour quitter
  • Configuration du serveur :
cd ~/.minetest
wget https://raw.githubusercontent.com/minetest/minetest/master/minetest.conf.example
mv minetest.conf.example minetest.conf
  • Dans le fichier minetest.conf on peut modifier le nom du serveur, la description, l’interface sur laquelle le serveur s’exécute, le port, etc
  • Pour lancer le minetest au démarrage du serveur fichier systemd :
[Unit]
Description=Minetest Server
After=network.target

[Service]
Type=simple
User=minetest
Group=minetest
WorkingDirectory=/home/minetest
ExecStart=/usr/bin/minetest --server
Restart=on-abort

[Install]
WantedBy=multi-user.target
  • Activer dans systemd
systemctl enable minetest.service
systemctl start minetest.service

Nous suivre et nous rejoindre

Émission #174 du 16 janvier 2020 – Parfa

bloguelinux@gmail.com (Patrick et Éric)
, 21/01/2020 | Source : BlogueLinux

Émission #169 du 3 octobre 2019 – Le titre
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Téléchargement MP3 – [ 58 min 54 s | 34.0 MB ] 16 janvier 2020
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  • SIM Swapping
    • Le terme désigne le fait de « voler » le numéro de téléphone portable de quelqu’un. Ça ne nécessite pas vraiment une grande expertise technique mais plutôt des habileté en ingénierie sociale. Dans les cas les plus courants de piratage par « SIM swapping », le pirate contacte le service à la clientèle de votre opérateur et essaye de se faire passer pour vous. Votre numéro est rattaché à une carte SIM : C’est la  petite puce dans votre téléphone qui vous identifie et vous permet de faire des appels, envoyer des SMS et de vous connecter aux réseaux 3G et 4G.
    • Le pirate va invoquer la perte, une malfonction ou le vol de votre carte SIM et va demander à activer votre numéro de téléphone sur une nouvelle carte SIM, que lui possède. Pour convaincre le service à la clientèle au bout du fil, il utilise des informations personnelles (date de naissance, adresse, numéro de client, etc.), qu’il a pu trouver sur Internet ou par d’autres moyens. Une fois l’opération réussie, le pirate peut alors recevoir à votre place des appels et des SMS qui vous sont destinés.
  • Google Autehticator 
    • est un logiciel permettant l’authentification en deux étapes, développé par Google. Le logiciel fournit un nombre de 6 chiffres que l’utilisateur doit donner lors de son authentification, en plus de son pseudo et de son mot de passe. Développé à l’origine pour les services Google (comme Gmail), le logiciel permet de s’authentifier sur des services tiers tels que LastPass, Discord ou Dropbox, Paypal, zoho mail, etc.
  • À la base, l’application est attachée à un seul appareil mais peut être configurée pour multiples appareils
  • Code actif pour 3 mois sur appareils reconnus
  • Fonctionne hors-ligne
  • https://play.google.com/store/apps/details?id=com.google.android.apps.authenticator2&hl=fr_CA 

Openpilot

  • openpilot est un système d’aide à la conduite open source. Actuellement, openpilot remplit les fonctions de régulateur de vitesse adaptatif (ACC) et de centrage de voie automatisé (ALC) pour les véhicules compatibles. Il fonctionne de manière similaire à Tesla Autopilot et GM Super Cruise. openpilot peut diriger, accélérer et freiner automatiquement pour les autres véhicules dans sa voie. 
  • Comment ça fonctionne
    • La plupart des voitures modernes utilisent plusieurs bus CAN (Controller Area Network) pour relier les différents modules de la voiture. Un bus CAN est exposé sur le port OBD2, d’autres se trouvent souvent cachés derrière des panneaux.
    • Openpilot peut utiliser un NEO ou un panda comme interface CAN. Étant donné que la plate-forme est ouverte, il serait facile d’ajouter le support pour OpenXC ou Kvaser ou CANBus Triple
  • Compatible aux systèmes assistés dans un véhicule avec un niveau 2 d’autonomie
  • 1 seule caméra vers l’extérieur et une intérieure qui analyse constamment le visage du conducteur
  • Contrairement à Tesla, ceci permet une conduite autonome sans limite de temps ; tant que le conducteur est attentif à la route, le système autonome restera actif
  • Lance des avertissement si votre attention se détourne de la route ou si le conducteur s’endort
  • Pas besoin de lignes dans la rue, ça détecte automatiquement les bordures de la rue ; fonctionne très bien dans des endroits où AutoPilot de Tesla ne peut même pas être activer
  • Ça vient aussi comma.ai Explorer qui permet de faire rejouer tous vos trajets et annoter les erreurs que le système aurait fait. Tous les informations ainsi que la télémétrie du trajet sont envoyés au serveurs de comma.ai pour permettre d’améliorer constamment le processus
  • Compatible avec la plupart des Hondas et Toyota sur la route ainsi que certains modèles Acura, Chrysler, , GM, Hyundai, Kia, Lexus, Subaru et Volkswagen. Une liste complète est disponible sur leur site : https://comma.ai/vehicles 
  • Le matériel complet coûte environ 1000$ et peut s’installer dans votre véhicule en 15 minutes
  • https://comma.ai/
  • https://github.com/commaai/openpilot
  • $7,000 Tesla Autopilot vs $1,000 Openpilot: Self-Driving Test!

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cd openwrt
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  • Dans mon cas j’ai choisi :
“Target System” ⇒ “MediaTek Ralink MIPS”
“Subtarget” ⇒ “MT7620 based boards”
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  • Compilation :
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  • je copie le binaire qui se trouve dans ./bin/targets/…. selon notre router sur le router en utilisant scp
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  • Ajout des repo :
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apt update
  • Installation de minetest :
apt install minetest
  • Ajout d’un usager minetest :
useradd -mU minetest
  • Ouvrir le port firewall :
ufw allow 30000
  • Tester le serveur en tant qu’usager minetest :
su minetest
minetest --server
ctrl-c pour quitter
  • Configuration du serveur :
cd ~/.minetest
wget https://raw.githubusercontent.com/minetest/minetest/master/minetest.conf.example
mv minetest.conf.example minetest.conf
  • Dans le fichier minetest.conf on peut modifier le nom du serveur, la description, l’interface sur laquelle le serveur s’exécute, le port, etc
  • Pour lancer le minetest au démarrage du serveur fichier systemd :
[Unit]
Description=Minetest Server
After=network.target

[Service]
Type=simple
User=minetest
Group=minetest
WorkingDirectory=/home/minetest
ExecStart=/usr/bin/minetest --server
Restart=on-abort

[Install]
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Décryptualité du 20 janvier 2020 - On ne supporte plus!

echarpentier
, 20/01/2020 | Source : April Audio

Écouter ou télécharger le décryptualité du 20 janvier 2020 (16 minutes 19 secondes)

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Décryptualité du 20 janvier 2020 - On ne supporte plus!

echarpentier
, 20/01/2020 | Source : April

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Revue de presse de l'April pour la semaine 3 de l'année 2020

echarpentier
, 20/01/2020 | Source : April

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Ballast] La part anarchiste des communs

✍ Édouard Jourdain, le .

[RTBF Info] Clap de fin pour Windows 7, l'occasion de passer à l'open source Linux?

✍ M.A., le .

[usine-digitale.fr] Que faire en cas de non respect d'un contrat de licence de logiciel?

✍ Pascal Agosti, le .

Bientôt un poste de travail entièrement libre au ministère des Armées ?

egonnu
, 20/01/2020 | Source : April

Le ministère des Armées a annoncé mener actuellement une étude pour s'équiper d'un poste de travail entièrement libre (système d'exploitation et logiciels de bureautique). Cette annonce est faite dans la réponse à une question écrite de la Sénatrice Christine Prunaud le 9 janvier 2020. Il s'agira, bien entendu, de traduire l'annonce en actes et le ministère donne, dans cette réponse, quelques signes encourageants. L'April souhaite la publication de l'étude une fois celle-ci finalisée et demande au ministère si le contrat Open Bar qui le lie à Microsoft a déjà été renouvelé pour la période 2021-2025

L'objet de la question de la Sénatrice Christine Prunaud porte sur la prise en compte du « critère de la maîtrise des codes sources » lors du possible, voire probable, renouvellement du contrat Open Bar entre Microsoft et le ministère des Armées. La sénatrice en profite pour souligner les conditions préoccupantes de passation du premier contrat et la « discrétion totale » sur son renouvellement en 2017 (pour quatre ans). Autant d'interrogations qui poussaient l'April a se demander si le ministère allait enfin entamer sa cure de désintoxication.

La temporalité de cette question, ainsi que la focale sur la « maîtrise des codes sources », n'est évidemment pas anodine puisqu'elle s'inscrit dans les suites de la publication, le 1er octobre 2019, du rapport de la commission d'enquête du Sénat sur la souveraineté numérique, commission par laquelle l'April avait été auditionnée, qui soulignait page 155 que « la lisibilité totale des codes sources des programmes informatiques pouvait être une des conditions essentielles de la souveraineté de l’État sur ses moyens numériques ».

Un changement de discours en faveur du logiciel libre

L'entrée en matière de la réponse peut permettre de douter que le ministère soit d'ores et déjà prêt à sérieusement entamer sa cure de désintoxication. Microsoft, seule, serait capable de fournir les prestations demandées : du logiciel Microsoft. Argument pour le moins tautologique, qui fait l'impasse sur le fait que ces logiciels ne sont pas les seuls à pouvoir répondre aux besoins, notamment en matière de bureautique, du ministère.

Cependant, un certain changement de ton semble s'opérer. S'il reste à traduire cela en actes, l'April y sera attentive, la réponse marque une évolution dans le discours vis-à-vis du logiciel libre. En particulier, la réponse ministérielle annonce « une étude pour s'équiper d'un poste de travail entièrement libre (système d'exploitation et logiciels de bureautique), sur le périmètre de son réseau internet dédié. »

Une étude pour s'équiper d'un poste de travail entièrement libre (système d'exploitation et logiciels de bureautique), sur le périmètre de son réseau internet dédié. L'accès au code source des solutions numériques est effectivement un facteur facilitant la maîtrise de ces solutions, dans une optique tant de sécurité que de souveraineté numérique.

Cette annonce fait écho à la réponse à une autre question écrite de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, datant du 24 août 2018, dans laquelle le ministère informait qu'« une feuille de route pour le ministère des Armées, indiquant à la fois le calendrier et les applications pour lesquelles il serait pertinent de passer au logiciel libre, sera établie courant 2018 ».

Si l'on oublie les réserves habituelles d'usage, « un coût global de risques et d'efficacité [qui doit être] comparables à ceux des grands éditeurs », le logiciel libre semble enfin reconnu dans le discours, non pas comme un modèle économique alternatif, mais, avec ses vertus intrinsèques spécifiques, comme une approche, pour ne pas dire une éthique, au développement logiciel. En particulier, le fait de pouvoir accéder aux sources du logiciel est reconnu comme un facteur de sécurité et un gage de confiance. Loin donc du fantasme d'une sécurité garantie par l'opacité des logiciels qui semblait être la norme jusqu'à il y a peu dans ce genre de réponse.

Mise à jour de la « politique logicielle » du ministère

Pour vanter son engagement vis-à-vis des logiciels libre, la réponse ministérielle indique que sa « politique logicielle », publiée en 2019 (en PDF), « prône l'ouverture aux logiciels libres », modulo les réserves évoquées de coût et d'efficacité.

Les objectifs de cette politique sont bien de favoriser l'interopérabilité par un recours aux standards, protocoles et formats d'échange ouverts, de garantir la souveraineté (tant sur la confiance que la sécurisation) numérique, de maîtriser et rationaliser les choix technologiques, de promouvoir le partage et la réutilisation des composants logiciels et d'exposer les ressources (données et services).

Notons ici que malgré l'annonce de l'accessibilité du document, il ne semble y avoir eu aucune publication officielle et nous n'avons obtenu aucune réponse à nos demandes de communication de mai 2019. Le seul document en notre possession date du 11 février 2019 et a été rendu public par le journaliste Émile Marzolf, travaillant pour Acteurspublics.fr. Il serait sans doute opportun de la part du ministère de communiquer le document via un canal officiel, pas seulement sur un site tiers/privé, comme celui de l'April.

La politique logicielle précédente remonte au 17 octobre 2006. Il s'agissait d'un document cohérent et intéressant, particulièrement sur les questions d'interopérabilité, qui marquait déjà un engagement vis-à-vis du logiciel libre, affirmant même que « le ministère de la Défense engage une démarche volontariste vis-à-vis des logiciels libres ». Cela n'aura malheureusement pas empêché la mise en place de la servitude volontaire à Microsoft.

Si la mention de cette « démarche volontaire » n'a malheureusement pas été reproduite dans cette nouvelle version, le fond du document semble toujours marquer un engagement vis-à-vis du logiciel libre. Le sujet y est d'ailleurs plus détaillé, notamment dans l'annexe III qui définit la notion et précise le fonctionnement des licences et des « modèles économiques ».

Une politique qui reconnaît, enfin, la valeur des communautés du logiciel libre

Une considération qui ressort de cette politique logicielle mérite en particulier notre attention.

Le rôle des communautés du logiciel libre est essentiel à la fois pour bénéficier de codes de qualité, maintenus, plus sûrs et améliorés en permanence, pour mutualiser les ressources et les expertises entre les services de l'État, mais également pour s'ouvrir vers l'extérieur. C'est un moyen de dynamiser les projets et de contribuer à leur pérennité.

Ce rapport au « rôle des communautés » n'est pas anodin et marque une reconnaissance importante qui semblait jusqu'alors loin d'être évidente. Particulièrement sur les questions relatives à la sécurité, enjeu fondamental pour le ministère des Armées.

Sur ce point d'ailleurs, à la lecture de la réponse ministérielle on pouvait regretter que la considération de « sécurité » soit limitée à la seule capacité d'accès au code source. S'il s'agit évidement d'une considération importante, l'intérêt ne se limite pas à la liberté individuelle d'accéder aux sources. Il est systémique. C'est parce que cette liberté est garantie à toutes et tous, en combinaison avec les libertés d'usage, de modification et de partage, qu'une communauté se forme et que la charge de cet « audit » est distribuée, améliorant le niveau global de sécurité du logiciel et la confiance qu'on peut lui porter. La « politique logicielle » établie par la DGNUM ne semble d'ailleurs pas dire autre chose.

Gageons que l'étude annoncée, pour un poste de travail entièrement libre, sera menée avec la rigueur que mérite la situation et qu'il s'agira d'un premier pas décisif dans la désintoxication à Microsoft. À l'instar de la Gendarmerie nationale qui a parfaitement réussi sa migration vers le logiciel libre1. Le ministère des Armées, comme l'ensemble des administrations, aura tout à gagner à s'engager dans une priorité effective au logiciel libre, en s'appuyant sur les communautés qui les font vivre.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 14 janvier 2020

mmorandi
, 20/01/2020 | Source : April


Bannière de l'émission

Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 14 janvier 2019 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Magali Garnero - Emmanuel Charpentier - Olivier Simon - Étienne Gonnu - Vincent Calame - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 14 janvier 2020
Durée : 1 h 30 min
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Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

logo cause commune

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Pourquoi la ville de Nancy considère que le logiciel libre est un vrai vecteur de transformation du service public en général et des collectivités locales en particulier ? Le livre consacré à Aaron Swartz, militant des libertés numériques et intitulé Ce qu’il reste de nos rêves. Quels sont les problèmes de la tentation de la réécriture ? Eh bien nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’association c’est april.org. Vous y trouvez une page consacrée à cette émission avec les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.

Nous sommes mardi 14 janvier 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct ou participer à la discussion, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous ainsi sur le salon dédié à l’émission.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme de l'émission.
Nous commencerons par une note de lecture du livre Ce qu’il reste de nos rêves de Flore Vasseur consacré à Aaron Swartz, militant des libertés numériques, décédé à l’âge de 26 ans le 11 janvier 2013.
D’ici dix à quinze minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur la politique « logiciel libre et données publiques » de la ville de Nancy, récente récipiendaire d’un label Territoire Numérique Libre de niveau 5.
En fin d’émission nous aurons la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame sur le thème de « la tentation de la réécriture ».
À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Notes de lecture du livre consacré à Aaron Swartz Ce qu'il reste de nos rêves de Flore Vasseur, par Magali Garnero et Emmanuel Charpentier

Mag : Salut à tous.
À l’occasion de la commémoration de sa mort le 11 janvier 2013, j’ai très envie de vous parler de Aaron Swartz, donc du livre Ce qu’il reste de nos rêves écrit par Flore Vasseur aux Éditions des Équateurs. C’est un livre qui est paru en 2019, donc c’est quand même assez récent, mais comme je ne pourrais pas avoir l’auteur avec moi, j’ai demandé à un connaisseur de venir. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Manu, tu es responsable de la revue de presse de l’April.

Manu : Et je suis informaticien par ailleurs.

Mag : Et de l’Agenda du Libre.

Manu : Oui, que j’ai codé dans sa version actuelle.

Mag : J’en profite, je te fais de la pub !

Manu : Ça ne peut faire de mal !

Mag : Aaron Swartz est né en 1986, il est mort en 2013 à 26 ans. C’est une vie très courte mais très, très riche.

Manu : Il vient d’une famille dans laquelle le père est informaticien.

Mag : Il a des frères tout aussi intelligents que lui. Il est brillant, c’est un élève surdoué — on va le voir par la suite — qui a fait énormément de choses.

Manu : Il a commencé à quel âge ?

Mag : À 12 ans il crée The Info Network. The Info Network c’est une encyclopédie, une sorte de prémisse de Wikipédia.

Manu : Oui, un peu en avance, mais déjà un début. Ça n’a pas pris à l’époque, effectivement il était un peu jeune, ça ne doit pas aider.

Mag : Peut-être aussi qu’il ne devait pas avoir les connaissances. À 12 ans on n’a pas le réseau que pouvaient avoir les fondateurs de Wikipédia. Mais déjà là, il est pour le partage des connaissances, la libre circulation des informations. À 13 ans il reçoit un prix, je ne vous dirai pas le nom du prix parce que c’est en anglais, mais, en gros, la récompense de ce prix c’est une visite au MIT [Massachusetts Institute of Technology].

Manu : Donc un endroit où il y a plein d’informaticiens. On pourrait même dire qu’il y a un nid et il va y rencontrer des gens importants pour sa vie plus tard.

Mag : Il y rencontre Lawrence Lessig.

Manu : Notamment, un grand défenseur du droit d’auteur, du domaine public plus précisément, qui est un des créateurs des Creative Commons, donc quelqu’un d’important.

Mag : À 14 ans, il participe au format RSS. C’est quoi le RSS ?

Manu : C’est quelque chose d’assez technique qui permet de s’abonner aux sites web pour avoir leur actualité. C’est très utile mais ça reste assez technique. Donc quelque chose qui a vraiment beaucoup aidé à partager de l’information sur Internet. À son époque, ça a fait vraiment fureur.

Mag : Et c’est toujours d’actualité.

Manu : C’est toujours d’actualité, même si d’une certaine manière ça a évolué, donc il y a d’autres choses.

Mag : À 15 ans il s’intéresse au droit d’auteur et aux licences des Creative Commons.

Manu : Justement créées par Lawrence Lessig, un ami à lui.

Mag : Un mentor.

Manu : Un mentor, on peut le dire.

Mag : En tout cas au début c’était son mentor et après, manifestement, les choses se sont inversées, ça vous le découvrirez dans les interviews du livre de Flore Vasseur.

Manu : Les Creative Commons c’est quelque chose qu’on peut utiliser quand on diffuse des contenus sur Internet notamment, et ça touche à peu près tous les contenus qu’on peut imaginer. C’est très à la mode, notamment aujourd’hui sur Wikipédia.

Mag : À 16 ans il rentre à l’université de Stanford.

Manu : Donc c’est plutôt jeune, mais c’est bien !

Mag : À 17 ans il devient ou il commence à devenir très actif dans Wikipédia. Forcément, vu que son encyclopédie n’a pas marché, autant être actif là où ça marche, Wikipédia, ça marche.
À 19 ans il rejoint les fondateurs de Reddit. C’est quoi Reddit ?

Manu : C’est une sorte de site où on partage des liens et où on discute. C’est un nid à trolls, c’est un forum gigantesque.

Mag : À trolls.

Manu : Il y a plein de trolls sur Reddit, c’est assez incroyable !

Mag : Des débats.

Manu : Des débats. Il y a plein de débats sur Reddit. C’est un milieu qui est très bougeant, ça remue dans tous les sens.

Mag : Je ne me couche pas tant que quelqu’un a tort sur Internet, c’est ça ?

Manu : Exactement. Ceci dit, il n’y est pas resté non plus.

Mag : Non, parce que Reddit a été racheté par Condé Nast et manifestement la politique a changé ce qui fait qu’il s’est barré.

Manu : Ce n’est déjà pas mal, il a quand même participé encore à quelque chose d’assez important sur Internet.

Mag : À 21 ans, il fait partie des membres du W3C et du RDF.

Manu : Le W3C [World Wide Web Consortium] c’est l’organisme qui gère un peu le Web, donc une grosse partie d’Internet tel qu’on le connaît aujourd’hui, c’est quelque chose de gigantesque, d’important.
RDF [Resource Description Framework] est un des formats qui est utilisé, qui est spécifié par le W3C, qui est en lien avec le RSS justement, donc quelque chose d’assez important qui est toujours utilisé aujourd’hui sur des métadonnées, globalement, et des formats de fichiers.

Mag : Tu vois, heureusement que tu es là !
C’est aussi à cet âge-là qu’il élabore le langage de balisage léger Markdown. Ça je sais, parce que je l’utilise.

Manu : Parce que tu l’utilises !

Mag : Quand je vais sur mon site internet j’utilise du Markdown pour dire « attention, ce texte sera en gras, en italique, il faut aller à la ligne, c’est un titre » et ainsi de suite. C’est quelque chose qui est extraordinaire le Markdown ! Et il a trempé là-dedans.

Manu : C’est un des créateurs et ce mécanisme-là est un des mécanismes qui est beaucoup utilisé dans les wikis, dans les outils comme Wikipédia, même si ce n’est pas toujours la même syntaxe. Il y a eu beaucoup de difficultés à mettre en place des syntaxes communes et aujourd’hui Markdown est l'une des syntaxes les plus utilisées quand on veut écrire à la mode wiki.

Mag : La classe !

Manu : Vraiment quelque chose de très important et assez incroyable parce qu’il y a beaucoup de ces syntaxes qui se sont battues les unes avec les autres.

Mag : Il continue. À 22 ans il participe à Tor2web. C’est un proxy http pour les services cachés de Tor. Déjà il va falloir que tu m'expliques ! Proxy, http et Tor.

Manu : On ne va pas forcément aller dans les détails. Tor c’est un outil pour être anonyme sur Internet, un outil en oignon, on passe par plusieurs couches et, grâce à toutes ces couches, au moins trois, c’est ce qui recommandé, on est supposé être à peu près anonyme si on ne fait pas d’erreur par ailleurs. Les proxys ce sont des intermédiaires par lesquels on passe. Donc développer des proxys pour aller sur le Web, c’est utile. Je ne sais pas si la brique en question est encore utilisée aujourd’hui, mais c’est quelque chose d’important qu’il a dû mettre en place pour faciliter la vie et pour rester anonyme sur Internet, donc quelque chose de fondamental.

Mag : Il s’investit aussi dans Watchdog, en 2008. En gros c’est de l’open data qui force plus ou moins les gouvernements à mettre des données en transparence, en libre accès.

Manu : Open data, ce qu’on en dit aujourd’hui, c’est effectivement quand les administrations partagent des données, les horaires de trains, des données sur les budgets, des choses comme ça, qui sont partagées, qui sont diffusées, c'est très utile notamment pour nous les citoyens, pour les entreprises et pour les autres administrations aussi. Donc oui, il a trempé là-dedans, encore !

Mag : Incroyable ! Mais pas que ça ! Il a aussi fait l’Open Library.

Manu : Ah ! Ça doit te plaire puisque tu es libraire.

Mag : Je suis libraire effectivement. L’Open Library c’est énormément de livres en libre accès. C’est-à-dire que tout ce qu’il a pu avoir sous la main il l’a envoyé et on peut y accéder gratuitement, librement.

Manu : Vraisemblablement des livres du domaine public.

Mag : Et il y en déjà pas mal !

Manu : Il y en a beaucoup et c’est un effort qui est louable parce qu’il faut les diffuser, il faut les reprendre et il me semble qu’il a fait ça notamment pour essayer de damer le pion à Google qui, lui aussi, avait des projets dans ce sens-là, mais ce n’était pas forcément des projets ouverts.

Mag : Déjà, en 2008, il se méfiait de Google !

Manu : Effectivement, il a senti qu’il y a avait des acteurs qui étaient trop importants, qu’il ne fallait pas leur laisser tout faire.

Mag : Bien sûr, nous on le connaît pour autre chose. Enfin, on le connaît !

Manu : En tout cas pour sa dernière affaire on va dire, son dernier combat.

Mag : L’affaire JSTOR.

Manu : En soi ce n’était pas la plus connue mais c’est effectivement la diffusion de journaux scientifiques.

Mag : Ce sont des jounraux qu’il est allé récupérer sur le site du MIT.

Manu : Et qu’il a ensuite diffusés sur Internet, mais, en tout cas, on ne lui avait pas donné la permission de le faire, donc c’était considéré un accès illégal et une diffusion illégale.

Mag : Il n’y avait rien qui empêchait de le faire. Le MIT était quand même reconnu pour garder ce genre de données ouvertes.

Manu : Oui, en interne, mais le fait qu’il les a diffusées ça a été à l’encontre de la politique officielle du MIT. Même si le MIT ne s’en est pas plaint officiellement, il y a quelqu’un qui lui est tombé dessus, un procureur des États-Unis qui l’a mis en accusation pour avoir diffusé et hacké des informations qu’il n’aurait pas dû mettre en partage sur Internet.

Mag : C’est un procureur des États-Unis, Carmen Ortiz, qui va porter plainte, va gérer l'affaire sachant que JSTOR n’a pas porté plainte et va menacer Aaron de 35 ans d’emprisonnement et, je crois, de un million de dollars, quelque chose de totalement loufoque comme somme !

Manu : C’était de la démesure et effectivement, certains considèrent que c’était devenu une forme d’acharnement judiciaire. Elle voulait vraisemblablement faire un exemple de Aaron Swartz qui était déjà très connu à cette époque, donc le mettre en face de ses responsabilités, on va dire, l’accuser. Lui faire plier l’échine aurait été un succès, on peut imaginer, pour cette procureur.

Mag : Il faut savoir qu’Aaron Swartz avait des problèmes de santé, que ce soit sa santé alimentaire mais aussi un peu psychique et il s’est pendu. Il s’est pendu dans le costume qu’il avait acheté pour aller au tribunal, donc il n’y a pas eu de jugement.

Manu : Il a mis fin à cette affaire, mais effectivement c’est sa vie qu’il a mise en jeu, c’est un peu dommage. On ne sait pas dans quelle mesure c’est l’affaire qui l’a poussé à cela, en tout cas aujourd’hui il est considéré un petit peu…

Mag : Comme un martyr. Allez, un martyr du Libre, eEn tout cas une figure incontournable du mouvement du logiciel libre, des droits d’auteur et de tout ce qui est licences et open source.

Manu : C’est un combattant du partage d’informations, du partage d’informations scientifiques, de la collaboration, de la mise en commun et des formats qui vont sous-tendre ces mises en commun. C’est quelqu’un d’important parce qu’il a marqué son époque. Il y a des pétitions qui ont circulé en sa mémoire, notamment contre la procureure. Lawrence Lessig continue à parler de lui assez régulièrement. C’est quelqu’un qui, malgré son jeune âge, a contribué de manière marquante à la vie d’Internet.

Mag : Il a marqué les esprits. Il y a plein de choses qui sont dites sur lui, même après sa mort. D’ailleurs on commémore sa mort.

Manu : Et on écrit des livres sur sa vie, sur sa courte vie.

Mag : On écrit des livres.
Ce que j’ai aimé dans ce livre, donc dans cette biographie, c’est qu’elle est écrite comme un roman. Pour ceux qui ne sont pas trop biographie, qui préfèrent les romans, n’hésitez pas à aller la lire parce qu’on suit vraiment toute son histoire. Il y a le témoignage de sa famille, il y a le témoignage de ses amis, de ses proches. Il y a aussi le témoignage de ses mentors puisque Lawrence Lessig y participe énormément, d’ailleurs c’est peut-être grâce à lui que cette biographie existe. C’est bien ficelé, il y a plein de références à l’actualité, donc on n’est pas perdu. Je trouve que c’est une manière très intelligente de nous prévenir et de nous sensibiliser aux dérives des GAFAM mais aussi des gouvernements puisque là, en l'occurrence, c’est le gouvernement qu’il s’est pris en pleine face notre Aaron Swartz. Il se sentait innocent et, malgré tout, les jugements, la pression, la prison puisqu’il a été arrêté, ça l’a mis dans un état qui l’a conduit au suicide.

Manu : C’est une vie marquante, courte. J’espère qu’on continuera à parler de lui régulièrement, il n’y a pas de raison qu’on l’oublie. En tant que martyr des libertés, c’est toujours important de parler de lui.

Mag : Je pense que tant que Lawrence Lessig sera vivant on parlera de lui. Il a vraiment été marqué par ce gamin qui réfléchissait et lui donnait des pistes de réflexion auxquelles il ne s’attendait pas forcément.
Avant de conclure, je voudrais parler un petit peu de Flore Vasseur. Flore Vasseur c’est une Française.

Manu : Donc l’autrice de la biographie.

Mag : L’autrice de la biographie. En 1999, elle est partie s’installer à New-York. Elle travaillait dans une entreprise de luxe. Elle a monté sa propre société de marketing. Et là paf ! Attentats du 11 septembre 2001. Elle ne doit pas être très loin des tours, on sent que ça la marque et elle va totalement changer de vie. Ces attentats c’est une sorte de déclic et elle change tout. Elle devient journaliste, chroniqueuse, elle quitte New-York, elle revient en France. Elle va commencer à faire des chroniques sur France Culture, sur Le Monde, sur Le Figaro, sur Le Journal du dimanche. Elle fait des articles sur pas mal de gens. Elle s’intéresse énormément aux lanceurs d’alerte qu’elle a connus quand elle a fait un documentaire, en 2016, sur la rencontre entre Lawrence Lessig, Snowden et Birgitta Jónsdóttir.

Manu : Qui ça ?

Mag : Birgitta Jónsdóttir.

Manu : Ce n’est pas facile !

Mag : Je ne suis pas sûre de le prononcer correctement en plus. Birgitta c’est une femme, Islandaise, qui a fondé le Parti pirate. Donc en 2010 elle fonde le Parti pirate, elle était très proche de Julien Assange de WikiLeaks, elle s’en est un peu éloignée après, elle prône les droits d’auteur, le partage de la connaissance, la liberté sur Internet, enfin c’est une femme bien. Elle a fait un documentaire sur la rencontre de ces trois personnes-là qui est fabuleux. Je vous conseille d’aller voir ce documentaire et même d’aller lire d’autres livres de Flore Vasseur parce que c’est quand même quelqu’un qui réfléchit, qui partage, et c’est intéressant de lui consacrer un peu de temps.

Manu : À priori elle défend des droits d’auteur logiques et bien délimités et pas des droits d’auteur un peu fous qui seraient défendus notamment par des procureurs qui ont envie de marquer le coup et d’obtenir une cible, d’obtenir une cible un peu forte.

Mag : Je propose qu’on s’arrête là. Merci Manu d’avoir joué les experts avec moi et merci à tous de nous avoir écoutés. Bye-bye.

[Transition sonore]

Frédéric Couchet : Nous avons écouté Magali Garnero et Emmanuel Charpentier, bénévoles à l’April, qui ont enregistré une note de lecture du livre Ce qu’il reste de nos rêves de Flore Vasseur consacré à Aaron Swartz, militant des libertés numériques. C’est aux Éditions des Équateurs, le livre a été publié en janvier 2019, il fait à peu près 400 pages et je vous encourage à le lire. Comme le dit Magali, ce livre, au-delà de raconter la vie d’une personne, est un livre sur une famille. Dans les pages consacrées à l’émission sur april.org et causecommune.fm j’ai également mis un lien vers une vidéo de Flore Vasseur, d’une dizaine de minutes, une interview vidéo publiée l’an dernier.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale ]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter La petite Britney par le groupe « 6 Février 1985 ». On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : La petite Britney par le groupe « 6 Février 1985 ».

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter La petite Britney par le groupe « 6 Février 1985 », une musique disponible sous licence Art libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer maintenant au sujet principal.

[Virgule musicale ]

Collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview d'Olivier Simon, directeur Nancy Ville Numérique

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur la politique de la ville de Nancy concernant le logiciel libre et les données publiques avec Olivier Simon directeur de Nancy Ville Numérique et je vais passer la parole à mon collègue Étienne Gonnu qui va animer cette discussion. Étienne c’est à toi.

Étienne Gonnu : Merci Fred.
Effectivement, pour cette rentrée 2020, nous avons décidé de consacrer deux sujets longs, donc aujourd’hui puis la semaine prochaine, le 21 janvier, aux collectivités qui œuvrent pour le logiciel libre et plus largement pour les libertés informatiques. Donc aujourd’hui nous avons le plaisir de recevoir par téléphone Olivier Simon directeur de Nancy Ville Numérique. Vous êtes bien avec moi Olivier ?

Olivier Simon : Oui. Bonjour à tous.

Étienne Gonnu : Bonjour. Effectivement, l’engagement de Nancy pour le logiciel libre, politiquement et concrètement a été démontré, c’est aussi pour ça qu’on a plaisir à vous recevoir. Déjà je pense qu’on peut citer par acte de transparence mais également parce que je trouve c’est significatif et que ça montre l’engagement de Nancy, le maire de Nancy, Laurent Hénart, qui est signataire, en 2010, au moment des Régionales, puis en 2014 au moment des Municipales, du Pacte logiciel libre de l’April, par lequel, à l’époque, on appelle les personnes candidates lors des élections à s’engager à promouvoir et à défendre le logiciel libre. Donc on a le plaisir de voir que monsieur Hénart, dans ses mandats, respecte et s’engage concrètement sur ce Pacte et puis, Frédéric l’a mentionné en introduction de l’émission, vous avez récemment été récompensé d’un label Territoire Numérique Libre de niveau 5, le niveau maximum, et vous êtes, en plus, la première collectivité à obtenir ce niveau 5. Pour préciser, le label Territoire Numérique Libre a été créé en 2016 à l’initiative de l’ADULLACT qui est l’Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres dans les administrations et les collectivités territoriales, label pour lequel l’April est membre du jury. C’est un label qui est destiné à mettre en valeur l’utilisation des logiciels libres, des systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises ainsi que l’usage des données publiques ouvertes, accessibles et réutilisables, ce qu’on appelle souvent open data. Vous avez donc eu le niveau maximal, félicitations à nouveau.

Olivier Simon : Merci beaucoup.

Étienne Gonnu : Peut-être, en quelques mots, est-ce que vous pouvez, justement, présenter les motivations de cet engagement ? Pourquoi est-ce que Nancy œuvre pour les logiciels libres ? Finalement pourquoi est-ce qu’elle a obtenu, selon vous, ce niveau 5 ?

Olivier Simon : Déjà c’est un honneur. C’était notre deuxième participation, l’année dernière nous avions obtenu le niveau 4 et on aura peut-être l’occasion d’y revenir, mais ces labels sont capitaux pour conduire une politique publique puisque c’est important de pouvoir s’évaluer et ce n’est pas tant le label qui était important, même si c’est facile à dire quand on a le niveau 5, mais c’était surtout les recommandations pour progresser qui étaient importantes.
Comme vous l’avez bien précisé Étienne, c’est vrai que monsieur le maire était signataire de la charte de l’April, ce qui a permis, dès son élection, dans le projet de ville, de voir apparaître le numérique en bonne place et à chaque fois la notion du logiciel libre à la fois dans le projet politique mais aussi dans le projet de l’administration. L’open source est synonyme de transparence, d’interopérabilité et de co-construction, de co-conception et c’est ça qui nous a aidés aujourd’hui à faire que le logiciel libre a complémentent transformé le management interne de la collectivité dans sa création, dans son suivi et son développement. C’est vrai que c’est une expérience réussie, ce sont plusieurs expériences réussies ; ce sont des rencontres d’acteurs du Libre qui portent des valeurs de transparence, de démocratie participative, de choses qui ont à la fois retenu une écoute forte de la part des politiques mais aussi de l’administration et surtout des administrés.

Étienne Gonnu : Très bien. Quand on a préparé l’émission, vous aviez fait une distinction que j’ai trouvée intéressante — vous pourriez d’ailleurs présenter ce qu’est un directeur Ville Numérique de Nancy —, vous précisiez que vous n’étiez pas directeur des systèmes d’information, DSI. C’est quelque chose qu’on juge important, auquel on était attentif lors de l’évaluation des différentes candidatures pour le label Territoire Numérique Libre, ces relations, on va dire, entre les élus et les équipes en interne, les équipes techniques et comment elles travaillent ensemble. Il m’a semblé comprendre que vous avez justement une position intéressante. Quel est le rôle du directeur Ville Numérique à Nancy ?

Olivier Simon : Le rôle du directeur Ville Numérique à Nancy. Déjà, on évolue dans un environnement particulier, Nancy c’est la ville centre d’une métropole, une métropole qui comprend 20 communes, sur un bassin de vie de 280 000 habitants et qui, depuis 1999, a pris la décision de mutualiser son service informatique, donc il y a une DSI mutualisée pour 19 des 20 communes. DSI qui a pour mission, traditionnellement, de mettre un environnement technique et technologique.
C’est vrai que lors de l’élaboration du projet numérique de la ville de Nancy, il a été convenu que la technologie devait se mettre au service de et non pas être au cœur. C’est vrai qu’à partir de là, tout naturellement, l’idée d’une direction du numérique qui est centrée sur les usagers et sur les usages, avec des particularités de droit à l’expérimentation, de droit à l’échec – on a essayé de ne pas trop en avoir mais quelquefois qui dit expérimentation dit retour en arrière par moments – a fait que, du coup, on a un mode de développement bien particulier et la DSI, elle, est un des partenaires parmi d’autres, c’est-à-dire qu’on l’associe sur des choix technologiques mais pas forcément sur des choix d’usage.
C’est vrai que la direction Nancy Ville Numérique que j’ai la chance d’animer, se situe directement au niveau du directeur général, je suis donc membre de l'équipe de direction, une équipe de direction resserrée puisqu’il y a sept personnes, qui est managée par un comité de pilotage présidé par monsieur le maire et l’adjoint au numérique, qui se réunit régulièrement. Ça veut dire qu’il y a des circuits de décision très courts, des circuits d’information très courts qui nous permettent justement de réagir vite sur des expérimentations.

Étienne Gonnu : En gros, de ce que vous nous dites, c‘est un sujet politique.

Olivier Simon : Absolument, c’est ça. Et c’est vrai que très souvent lorsqu’on intervient auprès de collectivités ou qu’on reçoit des collègues, il est clair qu’une des raisons de la réussite, en dehors du fait qu’on est probablement très intelligents, mais ça je ne suis pas sûr en fait, c’est surtout qu’il y a eu un portage politique très fort. C’est-à-dire que l’implication de monsieur le maire, l’implication du directeur général et l’implication de l’équipe de direction font que ça donnait du crédit à nos propositions, ça a été appuyé au plus haut niveau et ça permettait, ensuite, de donner du crédit à nos actions finalement.

Étienne Gonnu : Très bien. Dans tout ce que vous nous décrivez, en quoi, finalement, le logiciel libre répond ? Je n’ai pas besoin d’être convaincu, mais je pense qu'il peut être intéressant justement de montrer que le logiciel libre, j’imagine, arrive en conclusion comme un objet politique et répond à des aspirations politiques.

Olivier Simon : De plus en plus aujourd’hui, l’habitant a plusieurs soucis. Ça fait longtemps qu’on travaille dans ce domaine et on a vu les usagers et les habitants, les politiques et nos collègues fonctionnaires, changer de paradigme. Avant, à un moment donné, l’informatique c’était le tout puissant, on pouvait imposer les fonctionnements. Aujourd’hui ce n’est absolument plus le cas : on a des habitants qui sont éduqués, qui connaissent, qui ont l’habitude, finalement, de commenter sur telle ou telle plateforme des produits qui viennent de n’importe où, de les suivre au quotidien. Par contre, ce n’est pas forcément très évident de leur expliquer que quand ils viennent déposer une demande de permis de construire, ils mettent leur dossier dans une grosse boîte noire et ils doivent attendre deux mois pour une réponse.
C’est vrai qu’à partir de là, le mode de réflexion a été de dire « essayons de donner de la transparence, de donner des garanties et de rendre les choses faciles et interopérables ». À chaque fois qu’on a mis ces conditions immuables, on est retombés sur l’idée du logiciel libre qui présentait toutes ces qualités, c’est-à-dire ses garanties de transparence, ses garanties d’interopérabilité et aussi ses garanties d’indépendance parce que tout le monde a aujourd’hui le souci de ses donnés, en tous les cas un usager, lorsqu’il confie ses données à l’administration, il est exigeant. C’est vrai qu’il fallait qu’on puisse répondre au niveau d’exigence de nos usagers.

Étienne Gonnu : C’est intéressant. J’ai trouvé que c’était très intéressant quand on a préparé l’émission, justement vous avez évoqué un argument qui est de dire, en fait, que ce n’est pas seulement plus que du GAFAM et on n’est pas seulement dans une réflexion d’alternative aux GAFAM. C’est vrai qu’on entend souvent ces arguments qui ont certes une valeur, mais l’intérêt du logiciel libre va effectivement bien au-delà et il permet de développer des usages spécifiques, c’est ce que j’entends, en tout cas, dans ce que vous développez.

Olivier Simon : Tout à fait.

Étienne Gonnu : Je pense aussi que ça peut-être intéressant de revenir sur cette mutualisation, c’est justement un facteur très intéressant que permet le logiciel libre. Vous parliez de différentes communes qui travaillent effectivement de concert à développer des usages communs et des outils communs.

Olivier Simon : Oui, c’est ça. C’est-à-dire que dans l’intercommunalité, au niveau de la métropole du Grand Nancy, on va trouver la commune de Nancy qui fait 105 000 habitants, mais on va aussi trouver des communes plus modestes, avec des financements ou des niveaux d’organisation différents et, pour autant, chacune d’elles est contrainte par le code des marchés publics, des procédures d’achat très réglementées, sans rentrer dans le détail, mais c’est vrai que l’existence du logiciel libre permet effectivement très facilement de travailler ensemble, de paramétrer. Finalement on n’achète pas des licences, on achète de la formation, on achète de la prestation, on achète de l’accompagnement et, du coup, c’est quelque chose qui permet à tous de travailler ensemble.
On avait la joie ce matin finalement de préparer la réunion de lancement pour la métropole du Grand Nancy qui se lance dans le même système de gestion de relation au citoyen qu’on utilise depuis trois ans. En fait, ça permet d’ajuster des pratiques, de s’harmoniser et surtout d’avoir un management qui est concret, concrètement centré sur l’utilisateur. C’est-à-dire que trop souvent les outils qu’on a eus jusqu’ici étaient trop fixés, trop figés, et c’est vrai qu'avec le logiciel libre, eh bien on rencontre des prestataires qui sont tournés vers l’utilisateur et qui ne sont pas tournés vers leur chiffre d’affaires.

Étienne Gonnu : Ce qui m’évoque aussi un autre argument qu’on défend souvent lorsqu’on parle de logiciel libre et de collectivités : souvent on dit que les prestataires de logiciels libres sont beaucoup plus souvent inscrits dans le tissu économique local. Est-ce que c’est quelque chose que vous constatez également à Nancy ? Est-ce que vous travaillez effectivement de manière plus locale ?

Olivier Simon : Non, on ne peut pas dire qu’on travaille plus sur l’aspect local, puisque, malgré tout, on a la quasi-totalité de la chaîne relation-usager qui est basée sur le logiciel libre et des logiciels qui communiquent entre eux. Le sujet local n’est pas un critère de choix. Par contre, ce qui est net, c’est qu’on voit maintenant dans nos relations avec l’université, dans nos relations avec les formations, beaucoup plus de stagiaires, le département de l’IUT de Nancy qui a développé une licence professionnelle logiciel libre, qui se rapproche de nous pour faire pas mal d’actions, des écoles d’ingénieur et ainsi de suite. Je dirais qu’on le verrait plutôt dans ce sens-là.
Par contre, sur les prestataires locaux ce n’est pas tout à fait le cas puisque, malgré tout, on cherche à avoir des solutions partagées avec d’autres collectivités de taille similaire.

Étienne Gonnu : Entendu. Puisqu’on parle aussi de mutualisation et ainsi de suite, il y a un aspect qui est important, qui est aussi au cœur de l’évaluation des candidatures pour le label Territoire Numérique Libre, qui est la question des données publiques ; il me semble que Nancy agit en ce sens. On peut rappeler l’enjeu : souvent on parle d’open data, c’est déjà rendre effectivement les données publiques qui sont d’ailleurs les données produites par les administrations, qui sont, de droit, accessibles au public, à n’importe qui et on doit être également en mesure de les réutiliser. Comment tout cela s’inscrit dans la politique Ville Numérique de Nancy ?

Olivier Simon : Là pour le coup, depuis trois ans, dans le cadre de ce projet de développement numérique à la ville on a désigné un DPO [Data Protection Officer], un Data Manager qui suit les données et on a fait le choix de prendre quelqu’un qui est issu du service des archives. C’est-à-dire qu’on a cherché, on a essayé de comprendre et on s’est dit que les personnes qui étaient les plus à même dans la collectivité à gérer les données, ce n’était pas les informaticiens, c’était les archivistes parce qu’eux ont une autre façon d’appréhender les données. Depuis trois ans maintenant, tous les projets numériques, dès le début, sont suivis par cette personne-là qui fait la cartographie au coup par coup et qui nous permet, à cette heure-ci, d’avoir déjà une première vision intéressante de nos données.
Depuis maintenant plus de six mois on a décidé de proposer à la métropole du Grand Nancy de mutualiser la création d’une plateforme commune. Donc la métropole a pris l’initiative de créer une plateforme open data commune et, pour ne pas déroger à notre règle, on a fait le choix d’une plateforme bien entendu libre ; la plateforme est faite par le prestataire Data4Citizen. C’était intéressant aussi d’avoir une plateforme open data libre. Cette plateforme est en train de se monter et sera mise à la disposition de l’ensemble des collectivités avec un rôle, j’allais dire un petit peu d’évangélisation que notre archiviste fait aujourd’hui dans les différentes communes de l’agglomération avec nos collègues de la métropole.

Étienne Gonnu : Quand vous dites « accessibles à différentes collectivités », j’imagine qu’elles ne seront pas seulement accessibles aux collectivités, vous voulez dire qu’elles seront réutilisables.

Olivier Simon : Oui, bien sûr, je me suis mal exprimé je vous prie de m’en excuser. Elles auront la possibilité de déposer leurs données, c’est-à-dire qu’on a rédigé un certain nombre de guides sur les données essentielles, sur comment travailler auprès des services pour que ce soit les services qui soient moteurs dans leurs dépôts de données. Elles auront la possibilité de déposer des données et, à la fois, la possibilité, bien entendu, de les utiliser ou de les consolider.

Étienne Gonnu : On sait aussi que c’est important que les données soient mises on va dire de manière propre, facilement accessibles, dans un format qui soit facilement réutilisable, notamment faciles à rechercher et je pense que c’est intéressant ce que vous disiez sur les archivistes. On imagine bien que quand il s’agit de rechercher sur des jeux de données et de données qui peuvent très importantes en nombre, très hétérogènes, avoir une plateforme qui permet de s’y retrouver facilement, donc une formation pour les personnes qui vont déposer ces données pour le faire de manière cohérente et rationnelle est effectivement un facteur important.
Du coup vous avez commencé à constater des usages intéressants de ces données qui se développent à partir de la société civile ou c’est encore trop récent ?

Olivier Simon : C’est encore récent. On parlait tout à l’heure du milieu économique, là, par contre, le milieu économique se manifeste très rapidement. C’est-à-dire qu’on a un certain nombre de startups locales, de pépinières d’entreprises, de choses comme ça, et là il y a beaucoup de demandes en particulier sur beaucoup de données cartographiques puisque même avant d’avoir la plateforme beaucoup de données ont été déposées sur OpenStreetMap pour rendre les données déjà libérées avant de disposer de la plateforme officielle. Là on a pas mal de startups qui se sont intéressées, qui utilisent nos données et qui en réclament d’autres, naturellement. Il y a en particulier beaucoup de demandes autour des différentes fréquentations de nos établissements culturels parce qu’il y a une société qui essaye de faire quelque chose autour de ce domaine-là. C’est dans la même lignée que le travail que je citais tout à l’heure au sujet de l’université, sur les formations, les stages et ce genre de choses.

Étienne Gonnu : Super. D’accord. Je vais revenir sur un terme que j’ai utilisé tout à l'heure, j’avais évoqué les GAFAM. Pour nos auditeurs et auditrices préciser qu’il s’agit d’un acronyme qui nous permet en général de nous référer à Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft et, plus largement, à toutes ces multinationales des technologies souvent privatrices.
D’ailleurs, de ce point de vue, il pourrait être intéressant d’avoir un retour d’expérience après plusieurs années maintenant : est-ce que, lors de la mise en œuvre de vos différentes politiques numériques, vous avez pu rencontrer des freins particuliers ? Est-ce qu’il y a des succès particuliers, des surprises, finalement des choses pour lesquelles vous aviez pensé devoir lutter qui, finalement, se sont mises en place de manière plus simple que prévu et qui ont été bien accueillies ? Que pouvez-vous en dire ?

Olivier Simon : Honnêtement, la première action forte qu’on a lancée c’est le choix de la gestion de relation au citoyen. Globalement, on l’avait résumée dans un premier temps à la mise en place de formulaires en ligne et de suivi des demandes. Ça a été fait sur la base d’une plateforme en logiciel libre et ça a été une vraie réussite du fait de la conduite du projet avec des ateliers et avec des résultats évidents. C’est-à-dire qu’en trois mois 60 démarches en ligne et très vite plus de 150 agents qui l’utilisent. Ça a été le succès. On dit souvent que ce genre de projet si, quand il démarre, il démarre par une success story, c’est assez facile.
Les freins sont venus, on les a, on en a encore malgré les réussites. Le premier vient de la culture informatique de notre DSI qui est basée sur du logiciel purement propriétaire, avec des applications classiques de comptabilité, de finance, d’urbanisme et là il y a une petite crainte, l’absence de sécurité – le logiciel libre n’est pas sécurisé – il y a des failles, des choses comme ça. Donc on a dû montrer, prouver, expliquer. C’est vrai qu’aujourd’hui ces freins-là sont tombés un peu les uns derrière les autres. Ils [La DSI] sont encore un petit peu réticents de temps en temps pour faire la maintenance, ils nous laissent, ils nous disent que si on a choisi on n’a qu’à se débrouiller, mais les mentalités avancent bien du fait du succès.
La deuxième difficulté qu’on a rencontrée, on migre la quasi-totalité de notre parc bureautique de la suite Microsoft vers la suite LibreOffice, ça représente quand même 800 postes. Là, il y a quand même dans l’inconscient collectif l’impression qu’on est en train de leur mettre une version à bas coût, que c’est parce qu’on veut gagner de l’argent. Il faut expliquer, accompagner. Je dirais que l’individu, tant que c’était des applications, ça ne l’a pas dérangé, lorsqu’on est sur la suite bureautique, on rentre presque dans l’intime. Là on a eu un peu plus de difficultés, l’accompagnement est un peu plus long. On pensait qu’un an nous suffirait pour faire cette migration, on est à 18 mois actuellement.

Étienne Gonnu : D’accord. Pour faire ces formations ce sont des choses que vous faites en interne ou vous faites appel à des compétences, des connaissances externes ?

Olivier Simon : Au début on est partis sur de l’externe pour la formation à LibreOffice et puis, assez vite, on a vu qu’il fallait un accompagnement beaucoup plus personnalisé. Donc dans ce cadre-là, maintenant on a embauché une personne qui s’est formée, qui accompagne, qui fait du coaching, qui anime des ateliers réguliers. On utilise aussi les technologies qui sont liées au brainstorming, à l’innovation, c’est-à-dire qu’on organise des petits-déjeuners du Libre, des ateliers réguliers, des sensibilisations, des tutoriels. C’est très classique, mais il y a un accompagnement au quotidien.

Étienne Gonnu : D’accord. Ce qui me semble effectivement essentiel. On commence à toucher à quelque chose d’extrêmement important et sur lequel je voulais qu’on passe un peu de temps, qui est justement cette notion de comment ça se passe en interne par rapport aux agents, dans l’accompagnement et vous avez commencé à l’évoquer. C’est quelque chose qu’on voit souvent dans les politiques d’accompagnement au changement, comme on les nomme souvent, qui sont fondamentales ; on voit que ça peut être difficile et que ça peut prendre du temps. D’ailleurs quelque chose qu’on nous oppose parfois, les politiques, les coûts cachés du logiciel libre. Vous avez d'ailleurs commencé par évoquer que c’est plus un déplacement des coûts, donc on voit bien que c’est un investissement.

Olivier Simon : Clairement. À aucun moment on a déployé l’argument coût dans les raisons du choix du logiciel libre. On ne souhaitait pas, on ne voulait pas que l’argument de dire « ce sont des solutions au rabais, forcément » soit utilisé. On ne voulait pas que ce soit utilisé, mais, en plus, ce n’est pas le cas. C’est simplement, comme vous l’avez dit, un déplacement des coûts, c’est-à-dire que l’argent qu’on ne met pas dans l’achat de licences, on le met dans l’acquisition de prestations d’accompagnement, dans la personnalisation et ça, ça fonctionne très bien. Je cite toujours le cas de la gestion de relation au citoyen, aujourd’hui on a 250 utilisateurs journaliers, qui sont dessus tous les jours, et on n’a pas fait de formation en tant que telle, on a animé des ateliers, beaucoup d’ateliers de personnalisation, des ateliers de gestion des workflows et on voit que l’appropriation s’est faite de façon naturelle et c’est bien plus facile.
On constate aussi c’est que comme on peut faire plus d’ateliers, comme on peut faire plus de choses, on remet les gens à niveau. L’arrivée de LibreOffice permet, par exemple, de reformer les gens à des fonctions qu’ils ignoraient. On a, dans une maison comme la nôtre où il y a 1300 agents, des gens qui sont arrivés en poste, qui se sont mis devant un ordinateur et puis qui ont fait avec ce que le voisin leur avait expliqué et ça tournait comme ça. L’arrivée de LibreOffice nous permet de les reformer, de leur remontrer ce qu’est un publipostage, un tableau dynamique croisé, des choses comme ça qui font qu’en plus ça s’accompagne d’une montée en compétence. On le constate pratiquement sur toutes les opérations qui ont été faites. La mise en œuvre de logiciels libres fait qu’on amène les gens à travailler entre eux, à reparler, à retravailler sur leur poste et leur mission, sur comment les logiciels doivent causer entre eux et on a une montée en compétence.

Étienne Gonnu : C’est très intéressant. Souvent on parle du logiciel libre comme d’un vecteur d’émancipation ou de développement des agents, et là on voit leur montée en compétence. Je pense que c’est plus valorisant en plus dans leur travail.

Olivier Simon : Parfaitement.

Étienne Gonnu : On pourra peut-être évoquer un peu plus en détail la question de l’acquisition au niveau politique et comment justement vous acquérez en priorité, j’imagine, du logiciel libre. Avant cela nous allons faire une courte pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons effectivement faire une pause musicale pendant cette passionnante discussion. Nous allons écouter Hard Country par Townhouse Woods. On se trouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Hard Country par Townhouse Woods.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Hard Country par Townhouse Woods, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Mon collègue Étienne Gonnu échange en ce moment avec Olivier Simon directeur de Nancy Ville Numérique sur la stratégie logiciel libre et données publiques de la ville de Nancy. Je leur repasse la parole.

Étienne Gonnu : Merci Fred.
Olivier, je pensais qu’il serait intéressant d’évoquer avec vous la politique d’acquisition. Comment vous acquérez du logiciel et comment vous faites en sorte d’acquérir plutôt du logiciel libre ? Est-ce que vous avez une procédure spécifique ou c’est dans le cahier des charges ?

Olivier Simon : Pour les gens qui ne connaissent pas, dans l’achat public on a une obligation de mise en concurrence donc réaliser des marchés publics. Ça veut dire écriture d’un cahier des charges, publication d’un appel d’offres et ensuite choix des prestataires sur des critères qui sont déterminés à l’avance.
Il est certain que lancer un appel d’offres en disant « je souhaite un logiciel libre » est un critère qui ne convient pas, on ne peut pas se permettre de faire ça. Donc comment on procède ? On procède finalement différemment aujourd’hui. La première phase c’est toujours une co-construction des besoins avec des groupes d’utilisateurs, des usagers lorsque c’est possible et lorsque le domaine le permet. Ensuite on élabore les besoins et on observe, on regarde un peu ce qu’il y a sur le marché. Une fois qu’on trouve un logiciel libre qui convient, on lance des appels d’offres non pas pour choisir le logiciel puisque, finalement, on vient de le choisir, mais plutôt pour chercher un prestataire qui va nous installer ce logiciel. C’est une procédure tout à fait légale qui nous permet d’être conformes à la législation. Ça le premier point.
Le deuxième point par contre dans ce cahier des charges, ce que l’on souhaite, on fait toujours l‘acquisition à la fois d’installation et d’accompagnement mais aussi des prestations de maintenance, c’est-à-dire que tous les logiciels que l’on a acquis font l’objet de contrats de maintenance pour assurer, j’allais dire, l’équilibre économique de notre prestataire, je devrais plutôt dire de notre partenaire.

Étienne Gonnu : C’est intéressant effectivement. S’il y a des juristes qui nous écoutent et sans rentrer dans les détails il y a un arrêt important du Conseil d’État qui justement précise ce que vous avez dit, c’est-à-dire qu’il dit très clairement qu’il est possible, pour une collectivité, de prendre un logiciel libre, et puisque c’est un logiciel libre, qui est librement accessible à tous, dont les spécifications sont connues, de faire un appel à prestation sur ce logiciel libre. En fait, finalement, on n’acquiert plus un objet, mais on va plutôt aller chercher de l’intelligence, chercher un savoir-faire.

Olivier Simon : C’est ça. On fait un marché de prestation de service et non plus un marché d’acquisition de logiciel. Ce qui permet donc ensuite de mutualiser. Par exemple nos collègues du Grand Nancy ou d’une autre commune peuvent dire « on prend le même logiciel », simplement ils n’ont pas obligation de prendre le même prestataire, s’ils trouvent un autre intégrateur le problème n’est pas le même, mais du coup on peut se causer facilement. Ça c’est vraiment la solution qui nous permet maintenant d’avoir quelque chose de très fiable.
Mais j’insiste bien sur cette notion : on fait bien le choix d’avoir des logiciels avec des contrats de maintenance, c’est-à-dire qu’il faut qu’on continue à travailler ensemble, il faut qu’on continue à avoir une prestation et un travail de partenariat avec des rémunérations qui sont à la hauteur de nos demandes.

Étienne Gonnu : Est-ce que vous avez une politique de développement en interne ?

Olivier Simon : Non. Pour le coup on a peu de politique de développement. Plutôt, de façon très régulière, on fait développer des connecteurs, on fait développer des fonctionnalités qui, bien entendu, sont forcément remises immédiatement sur les forges, remises dans le domaine du Libre, mais nous n’avons pas de politique de développement. On est une toute petite équipe de cinq personnes et quelques stagiaires nous font des petits modules, des petites adaptations, mais sans grande ambition.

Étienne Gonnu : Les forges ce sont des espaces en ligne, des plateformes où on met les codes en ligne pour qu’ils puissent être réutilisés par d’autres et où, finalement, un logiciel va être développé de manière collaborative en ligne et c’est quelque chose d’extrêmement important pour le logiciel libre. Cette politique de remettre sur les forges c’est une vigilance que vous avez pour que les prestataires le fassent ou vous laissez faire les prestataires qui le font généralement ? C’est plus par contrat ou c’est une action volontaire ?

Olivier Simon : Non, il faut absolument que ça soit fait par les prestataires, c’est demandé et c’est demandé parce que c’est la notion des biens communs. Ça fait vraiment partie du cahier des charges et des contrats qu’on fait ensemble.

Étienne Gonnu : Vous parliez de nouvelles fonctionnalités. Comment les agents publics sont inscrits là-dedans ? J’imagine que ce sont eux qui font remonter des besoins ? Est-ce qu’il y a un processus, une procédure qui est mise en place pour ces remontées de besoins ?

Olivier Simon : Oui, clairement. On va remonter un petit peu d’un cran. Après avoir constaté tout le bénéfice qu’on tirait de ce fonctionnement par ateliers, de ces fonctionnements récurrents, on a souhaité développer ça sur l’ensemble des projets et assez vite la mission Nancy Ville Numérique a recruté un ingénieur innovation et cette ingénieure innovation, puisqu’il s’agit d’une jeune femme, accompagne l’ensemble des projets dans leur suivi en organisant des modules d’expression, de co-construction et de suivi de l’ensemble des applications, ce qui nous permet d’avoir des panels d’utilisateurs. Un exemple qu’on cite souvent parce qu’on est assez fiers de ça, sur les services en ligne on a un panel de testeurs d’accessibilité. Il s’agit d’une dizaine de personnes suivies par le Centre communal d’action sociale qui sont soit porteurs de handicap soit en situation de grande difficulté sociale et qui testent, de façon très régulière, nos services en ligne. Cela permet, en permanence, d’avoir des ateliers pour les modifications et de remonter ensuite à la société Entr’ouvert les difficultés qu’on rencontre soit sur les termes graphiques soit sur de simples libellés : des phrases trop longues, des termes inappropriés, du jargonnage y compris dans les formulaires, enfin des choses comme ça. On est intimement persuadés que c’est cette philosophie du Libre qui nous a amenés à basculer tout doucement vers ces techniques d’innovation permanente.

Étienne Gonnu : Innovation permanente. C’est intéressant, est-ce que vous pouvez développer sur cette idée ?

Olivier Simon : C’est-à-dire que maintenant tous les projets se font sous la forme de réunions de co-design, de co-construction, ce qu’on appelait finalement, il y a quelque temps, du brainstorming, mais avec des méthodes qui sont adéquates. C’est-à-dire que ce sont des groupes qui vont élaborer du maquettage, des possibles et qui, du coup, sur la base des logiciels dont on dispose, vont pouvoir imaginer de nouvelles fonctionnalités et ensuite les proposer aux différents concepteurs. Du coup, c’est vrai que le fait qu’un certain nombre d’usagers soit présents ou d’associations, finalement ça nous aide à être au plus près de l’usager et c’est vrai que la souplesse des éditeurs de logiciels libres, des concepteurs de logiciels libres, nous permet d’imaginer cela. C’est beaucoup compliqué à faire avec des logiciels propriétaires puisqu’il y a des enjeux économiques forts, il y a des choses comme ça qui font qu’ils ont leur roadmap sur des mois et ils ne veulent pas en bouger.

Étienne Gonnu : Ce que je trouve intéressant dans ce que vous dites c’est cette manière de se réapproprier cette notion d’innovation. C’est vrai que c’est un terme qu’on entend un peu à tout bout de champ et qui est un peu vidé de son sens. Cette manière de se le réapproprier collectivement, de repartir de la pratique des agents, du vécu des utilisateurs et des utilisatrices, je trouve que ça redonne du sens et ça montre aussi l’intérêt, ce à quoi répond le logiciel libre et comment ce sont des objets communs qui permettent une réappropriation collective d’un outil dont, finalement, on est tous dépendants dans nos relations sociales, dans nos relations avec les administrations et les collectivités. Donc je trouve que c’est très intéressant comme approche et ça répond bien, aussi, aux enjeux du logiciel libre.

Le temps file, on a pas mal parlé de ce qui se passe en interne. Vous aviez un peu commencé à évoquer l’aspect plus externe du coup, la relation avec les usagers, avec les administrés, et comment une politique Ville Numérique tournée vers les libertés informatiques s’inscrit du coup du point de vue de la relation aux usagers ?

Olivier Simon : Les usagers sont beaucoup sensibilisés, on communique pas mal sur la notion de logiciel libre et aussi sur la notion de transparence. C’est vrai qu’il y a un rôle. On s’est refusés à ce que notre projet s’appelle Smart City parce qu’on trouvait que c’était un terme tarte à la crème et, quant à être smart, on a préféré travailler sur la notion de smart citoyen. On s’est dit qu’avant de se lancer dans la Smart City il fallait peut-être déjà qu’on montre que nos usagers étaient assez compétents pour ensuite nous aider à définir ce qu’ils attendaient sur la Smart City. Dans ce cadre-là, un grand nombre d’associations – je pense essentiellement à l’Office des personnes âgées et à notre médiathèque-bibliothèque – font beaucoup d’initiations autour du logiciel libre. OpenStreetMap est souvent invité pour faire des cartoparties, des choses comme ça, donc une grosse sensibilisation dans ce domaine. Et aussi un rôle qu’on assume tout doucement, j'allais dire d’évangélisateurs au niveau de la région Grand Est puisqu’on fait pas mal d’évènementiel dont un gros événement – pour nous c’est important – une fois par an, qu’on appelle le Libre sur la Place, sur cette belle place Stanislas à Nancy. On réunit les acteurs publics, on est entre 150 et 200 personnes et on réfléchit. D’abord, un, on montre que c’est possible. En novembre dernier nous avions, par exemple, la Gendarmerie nationale qui est venue expliquer que c’est possible. Oui, c’est possible, ce n’est pas pour les petits, ce n’est pas pour les gros, c’est pour tout le monde, tout le monde peut faire. Et dire que plus on sera autour de ça, plus on va pouvoir fédérer, faire des groupes de plus en plus larges, plus loin on pourra avancer.

Étienne Gonnu : Vous parlez de cartoparties. J’ai l’impression que la notion de party est souvent utilisée dans les communautés du Libre, cette idée de travailler en commun. Je n’ai plus l’émission spécifique en tête, mais on avait fait une émission avec les personnes d’OpenStreetMap, il était question de ces cartoparties, on mettra le lien sur le site de l’April. Je pense que c’est une très belle illustration du travail en commun, qu’on pourrait développer si vous le souhaitez. J’imagine que les utilisateurs et les utilisatrices de cet outil qu’est OpenStreetMap se mettent en commun justement pour améliorer les cartes, améliorer finalement les cartes de leur lieu de vie.

Olivier Simon : C’est ça. Le dernier exemple en date c’est un conseil de quartier qui avait envie de créer des itinéraires de découverte d’un des quartiers qui n’est pas le quartier le plus touristique de Nancy, mais qui estimait qu’il y avait un certain nombre de jardins remarquables en arrière-cour et qui, par le biais d’une cartopartie, a établi des parcours de découverte avec l’aide de nos collègues d’OpenStreetMap. Et là on a vraie dynamique qui s’instaure et aussi une culture du collaboratif, c’est-à-dire comment on peut faire ensemble et ça c’est vraiment quelque chose qui, par la suite est bien plus. Ces mêmes personnes vont assez vite se proposer lorsqu’on veut travailler sur des nouveaux logiciels ou des nouveaux services.

Étienne Gonnu : Juste pour préciser, l’émission c’est celle du 11 juin 2019, l’émission 29, où nous avions reçu des personnes d’OpenStreetMap.
Vous parlez de cette culture du collaboratif, est-ce que vous avez senti un développement, une prise en main de ces sujets par la population de Nancy, une appétence qui se développe, des initiatives nouvelles depuis que vous menez ces politiques tournées vers le logiciel libre ?

Olivier Simon : On va trouver les usages traditionnels des réseaux sociaux, mais il y a plusieurs domaines dans lesquels, finalement, on fait des choses intéressantes. Il y a tout un travail autour des amis des musées, des associations des musées, sous l’animation de l’équipe des musées, mais il y a eu tout un travail au niveau de ce qui a été appelé un « Wikithon », c’est-à-dire une mise à jour de Wikipédia et de Wikimedia sur la description d’une grande partie des œuvres des différents musées. Du coup, ce sont des groupes qui continuent maintenant à travailler. Ils ont été formés avec les équipes du musée et maintenant ils viennent enrichir cette grande encyclopédie collaborative. On va trouver aussi les conseils de quartier, donc sept conseils de quartier qui, finalement, se sont auto-saisis de la plateforme de participation digitale qui, bien entendu, est une plateforme de logiciel libre pour s’en faire des dispositifs propres à eux. Aujourd’hui ils sont capables d’organiser des concertations, ils sont capables d’organiser justement des débats collaboratifs en prévision de leurs assemblées générales. On voit que c’est quelque chose qui s'étend : au fur et à mesure, que cette culture prend, c’est-à-dire qu’on a des gens qui ont envie de faire plus et qui imaginent des usages ; par exemple, pour les conseils de quartier, on n’y avait pas forcément pensé nous-mêmes, ce sont eux qui sont venus nous solliciter et c’était vraiment très intéressant.

Étienne Gonnu : Tout l’intérêt du logiciel libre !

Olivier Simon : Pour le coup, le fait que ce soit un logiciel libre, c’est simple à mettre en œuvre, on n’a pas de coûts supplémentaires, on peut leur mettre facilement à disposition, on n’a qu’à les accompagner en termes de formation et ça s’est très bien passé.

Étienne Gonnu : Ce sont de belles illustrations. Il nous reste quelques petites minutes. Est-ce qu’il y a un sujet particulier que vous souhaiteriez évoquer ou développer ?

Olivier Simon : Écoutez, j’en ai parlé rapidement. Aujourd’hui, pour les collectivités territoriales, il y a une grosse sollicitation de la part de grosses entreprises pour ce qu’on appelle la Smart City, surtout pour les collectivités territoriales de notre taille, des outils d’hypervision et ainsi de suite. Nous on trouve qu’on est à côté de tout ça, que ce n’est pas ça qu’il faut. que ce n’est pas de ça dont on a besoin.
C’est vrai qu’à côté du logiciel libre et d’un gros projet de transition écologique, aujourd’hui on travaille beaucoup, à travers le logiciel libre justement, sur la notion d’informatique et de numérique responsables. C’est vrai que sur la notion de responsabilité sur l’impact carbone du numérique, sur des choses comme ça, le logiciel libre en lui-même nous permet maintenant d’avoir un nouvel axe de travail sur le projet de transition écologique de la ville. À travers ça, du fait qu’on a des logiciels qui doivent maintenant non seulement être libres mais être aussi conformes à des règles d’écoconception, de consommation, d’interopérabilité, c’est quelque chose sur lequel on est très intéressés, on regarde de très près les travaux du nouvel Institut du numérique responsable. Le sujet du numérique et de l’open source à travers la notion d’écologie est un sujet qui nous paraît aujourd’hui très important et qui, quelquefois, est complètement oublié au profit des Smart Cities où on fait plutôt un concours de capteurs, dans la ville, de celui qui a inventé un nouveau capteur sans trop savoir ce qu’on allait faire, mais surtout content parce que personne n’y avait pensé.

Étienne Gonnu : C’est vrai que souvent, quand on entend parler de Smart City, vous parliez d’un terme tarte, je ne peux qu’être d’accord, c'est vrai que ça a un côté très marketing, vous parliez de capteurs, on voit une inquiétude grandissante parmi les personnes qui défendent les libertés informatiques.

Olivier Simon : Bien sûr.

Étienne Gonnu : Les Smart Cities s’inscrivent généralement plutôt dans des politiques sécuritaires, de contrôle, donc finalement on crée des villes assez aliénantes et complètement aplaties, déshumanisées. Réintroduire, avec ce que vous évoquez à fort juste titre, un numérique responsable mais qui appartient aux citoyens et aux citoyennes, qui appartient aux populations, me paraît non seulement intéressant mais assez fondamental. Quand on parle de responsabilité écologique et ainsi de suite ça veut peut-être dire, vous pourrez me corriger, un meilleur numérique mais peut-être aussi moins de numérique.

Olivier Simon : Bien sûr. C’est pour ça souvent que la notion d’hypervision… On a le même phénomène qu’on a eu à un moment donné sur les services informatiques. Une hypervision ! Pourquoi avoir une hypervision ? Déjà ce terme est bizarroïde, mais, en plus, pour quoi faire ? C’est en cela où, quand on explique qu’on a des smarts citoyens, des gens qui se sont appropriés des produits, maintenant on va pouvoir leur demander ce qu’ils veulent, comment ils veulent qu’on les utilise et, à ce moment-là, on va leur faire des choses qu’ils pourront contrôler et qui font bien ce qui est attendu. Et on est bien dans la définition de l’open source.

Étienne Gonnu : Ce projet c’est quelque chose que vous faites vraiment centré sur Nancy. Est-ce que vous essayez de faire à plus grande échelle peut-être avec d’autres collectivités ?

Olivier Simon : Non. C’est quelque chose qu’on essaie de faire à plusieurs collectivités parce que là, pour le coup, c’est nécessaire. On arrive sur des projets, sur des produits qui doivent rentrer dans le bien commun et, pour ce faire, on travaille ou on commence à travailler avec d’autres collectivités qui ont à peu près la même vision. En l’occurrence, on va en reparler très prochainement puisqu’on a une rencontre à Nevers la semaine prochaine. C’est vrai que par exemple une ville comme Nevers a des initiatives et a des idées qui sont très proches des nôtres et on se dit qu’il faut qu’on travaille ensemble aujourd’hui. Il y a des gros groupes aujourd’hui qui démarchent tous les maires de toutes les grandes métropoles pour leur proposer des solutions clés en main avec le contrôle de l’éclairage, pourquoi pas de la reconnaissance faciale ou des choses comme ça. Il faut qu’on puisse travailler différemment, mais tout en ayant, j’allais dire suffisamment de force pour pouvoir répondre aux attentes des élus qui veulent bien qu’on réfléchisse mais qui veulent aussi qu’on ait des résultats.

Étienne Gonnu : C’est sûr qu’il y a un marché qui se développe là-dessus avec des problématiques internes de respect des données personnelles, d’intrusion dans l’intimité des personnes. D’où la nécessité aussi que les pouvoirs publics s’investissent sur ces questions et un vrai rapport politique sur les usages que ça permet, sur l’intérêt de ces usages, pas seulement, finalement, en termes de praticité, sécuritaires, etc., mais ce que ça signifie politiquement, comment on se les accapare et comment on intègre les populations, j’imagine, dans ces décisions et dans la définition des usages pertinents.

Olivier Simon : Absolument.

Étienne Gonnu : Vous parliez de Nevers, on peut citer Nevers comme étant également labellisée Territoire Numérique Libre.

Olivier Simon : Oui, Territoire Numérique Libre niveau 4, avec des acteurs très forts.

Étienne Gonnu : Je vous avais interrompu, pardon, sur la capacité des populations à se ressaisir de ces sujets. Cela dit vous aviez déjà pas mal évoqué cette question.

Olivier Simon : Oui. Dans la notion d’informatique responsable, de numérique responsable, il y a aussi la notion d’inclusion numérique, c’est-à-dire que tous ces outils-là doivent aussi, toujours, donner le pendant numérique responsable et je ne l’ai pas dit, mais tout ce développement de services numériques et de mise en place ne s’est jamais fait ici au détriment de l’usage traditionnel, j’allais dire guichet, et c’est vrai que c’était une contrainte forte du maire de Nancy : aucun service ne se fait exclusivement en ligne. On peut faire pratiquement tous les services, toutes les démarches vous pouvez les faire en ligne, mais il n’y en a aucune qui se fait exclusivement en ligne et c’est vrai que derrière, pour nous, le média universel c’est le téléphone. C’est le téléphone, donc du coup il y a tout un travail qui a été fait pour que, lorsqu’il y a des choses qui doivent se faire en ligne, elles se font via le téléphone avec des intermédiaires, des médiateurs, des choses comme ça.

Étienne Gonnu : Très intéressant. Vous parliez de la notion d’accessibilité, on sait que c’est une question qui est difficile. Vous avez peut-être un mot rapide sur la question ?

Olivier Simon : Oui. Il y a la prise en compte permanente de l’accessibilité dans le respect des règles classiques. Il y a ces fameux testeurs d’accessibilité dont je vous ai parlé. Là c’est l’humain, c’est-à-dire qu’on a beau avoir des sites qui respectent le RGA niveau2, niveau 3, niveau or, niveau bronze puisque les choses évoluent au fil du temps.

Étienne Gonnu : Référentiel général d’accessibilité.

Olivier Simon : Ce sont des normes, Référentiel général d’accessibilité qui est un référentiel qui donne les règles techniques et technologiques pour qu’un site internet et tous les sites publics soient accessibles aux personnes en situation de handicap avec des couleurs, des conditions d’agrandissement, des choses comme ça. Nous on a donc ces fameux testeurs d’accessibilité qui se réunissent une fois par an ou deux fois par an et qui passent en revue tous les services en ligne, les nouveaux services, et qui nous disent des choses. On était très fiers de notre page de formulaires et j’ai toujours en tête cette personne qui nous a dit : « Moi je n’arrive pas bien à lire. Il y a trop de phrases, il y a trop de mots dans l’introduction de votre formulaire. Je n’arrive pas à lire, je ne comprends rien ! » Une fois qu’on a eu ce genre de personne, ça nous amène à réfléchir autrement et puis il y a un certain nombre de services sur l’accessibilité qui se sont mis en place, typiquement pour les personnes sourdes et malentendantes avec un service en ligne qui est carrément une prestation cette fois-ci. Les gens, lorsqu’ils appellent la mairie et qu’ils se déclarent en situation de défaillance auditive, passent par des médiateurs, par l’équivalent d’une visioconférence où là il y a des gens qui sont capables de signer, de lire la langue des signes ou le langage labial, donc lire sur les lèvres classiquement, et puis transcrire par écrit ou en oral à l’autre opérateur. C’est pour ça que je dis que le téléphone est central sur cet aspect-là. Par exemple on est très attentifs au nouveau dispositif proposé par l’État qui s’appelle Aidants Connect, qui est en cours de montage et sur lequel on essaye d’avoir une participation active, qui consiste à utiliser des médiateurs autorisés cette fois-ci à remplir des formulaires sensibles à la place de.

Étienne Gonnu : D’accord, C’est passionnant, mais je vois qu’on arrive vraiment sur les dernières secondes. Vraiment c’était passionnant, je vous remercie, je trouve très intéressant qu’on finisse cet échange sur la centralité du téléphone et de l’humain dans tout ce dispositif.
En tout cas Olivier, directeur Ville Numérique pour Nancy, un très grand merci à vous et je vous souhaite une très bonne journée. Merci d’avoir été avec nous.

Olivier Simon : Merci beaucoup. Au revoir.

Étienne Gonnu : Au revoir.

Frédéric Couchet : Mon collègue Étienne Gonnu échangeait avec Olivier Simon, directeur de Nancy Ville Numérique sur la stratégie logiciel libre et données publiques de la ville de Nancy. Évidemment le téléphone est aussi central à la radio pour faire notamment des interviews !

Nous allons passer une pause musicale avant le sujet suivant.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Juste a Smile par Emmanuel Saracco. On se retrouve juste après. Souriez, vous êtes sur Cause Commune !

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Juste a Smile par Emmanuel Saracco.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Juste a Smile par Emmanuel Saracco, disponible sous licence Art libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur causecommune.fm. Emmanuel Saracco est un libriste qui travaille pour la société Easter-eggs, que nous avons déjà reçue dans l’émission et avec qui, d’ailleurs, nous partageons des locaux. Si vous rencontrez un jour Emmanuel, offrez-lui une raclette, c’est un grand amateur de raclette.

Vous écouter l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème de « la tentation de la réécriture »

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, qui nous a rejoints dans le studio. Vincent, bonjour.

Vincent Calame : Bonjour.

Frédéric Couchet : Tu souhaites nous parler aujourd’hui de la « tentation de la réécriture ».

Vincent Calame : Oui. Je vais un peu décevoir nos auditeurs, en matière de tentation il n’y aura rien de sulfureux ou de licencieux dans ce que je vais raconter, nous restons dans le domaine de l’informatique, bien loin des œuvres de Satan s’acharnant sur le pauvre Saint-Antoine dans le désert.
Si la tentation dont je vais vous parler est bien innocente, il n’en reste pas moins que nombreux sont les informaticiens qui y ont été soumis à l’occasion de la reprise d’un site web ou de tout autre projet informatique qui avait été initié par d’autres qu’eux que, ce soit d’ailleurs dans un cadre militant ou dans un cadre professionnel.

Frédéric Couchet : En quoi consiste cette tentation ?

Vincent Calame : La tentation de la réécriture c’est de repartir de zéro plutôt que de corriger l’existant. En effet, reprendre un code existant ce n’est pas un exercice de tout repos. Il faut comprendre la logique de vos prédécesseurs, retrouver quel bout de code fait quelle action, tester des modifications en espérant que tout va continuer de fonctionner et parfois se plonger dans un logiciel, voire un langage inconnu ou tout du moins mal maîtrisé.
J’en ai fait récemment l’expérience, c’est ce qui m’a inspiré pour cette chronique, en intervenant en mode pompier, c’est-à-dire un peu dans l’urgence, sur la nouvelle version d’un site web auquel il ne manquait plus grand-chose pour être mis en ligne, mais dont le développeur ne donnait plus aucun signe de vie.

Frédéric Couchet : Ça arrive souvent qu’un développeur ou une développeuse disparaisse comme ça dans la nature ?

Vincent Calame : Ce n’est pas rare. J’ai déjà vu le cas trois ou quatre fois. Je pense que le monde associatif est particulièrement vulnérable à ce risque parce que, comme les budgets sont faibles la plupart du temps, on fait souvent appel à des prestataires indépendants et ce sont eux qui sont le plus susceptibles soit d’abandonner leur activité ou, à l’opposé, de se voir proposer des postes et des projets beaucoup plus intéressants et lucratifs que de faire un site web, donc ils ne donnent plus de signes de vie.
Le problème aussi, quand le site est fait par un bénévole, c’est qu’il peut se lasser au bout de quelques années et il va voir avoir. Dans ces cas-là il faut trouver une autre personne qui doit se pencher sur la question et celle-ci va devoir se plonger dans le code, souvent sans qu’aucune passation de témoin n’ait été faite.

Frédéric Couchet : Avant de poursuivre sur mes questions, ça me fait penser au fameux bus factor en informatique. Le bus factor c’est le nombre de personnes qui doivent passer sous un bus pour qu’un projet meure. Là c’est un bus factor de un, c’est-à-dire que s’il n’y a qu’une seule personne et que cette personne passe sous un bus, le projet est, en fait, quelque part mort.

Vincent Calame : Voilà. Je n’utilise pas l’image du bus. L'image que j'utilise c’est si jamais la personne a une crise mystique et part au Tibet dans un ashram, effectivement, ça revient au même.

Frédéric Couchet : Ton image est très bien ! Poursuivons ! Qui dit tentation dit évidemment danger d’y céder. En quoi est-ce dangereux de céder à la tentation de la réécriture ?

Vincent Calame : C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. On peut ne pas aimer la façon de coder de ceux qui nous qui ont précédé. Oui, on peut ne pas aimer le logiciel ou le langage utilisés pour gérer le contenu du site. Oui, on peut penser qu’on s’en sortirait mieux si on appliquait d’autres méthodes, en particulier les siennes. Pour autant, je crois qu’il ne faut pas présumer de ses forces et de son talent. La réécriture peut vous emporter très loin et, comme le diable est dans les détails, on peut facilement réécrire à 90 % un site, par exemple, mais tomber sur un os dans la dernière ligne droite. Bref ! Ce n’est pas une décision qu’il faut prendre à la légère et ça ne va pas être juste un simple caprice de développeur. Le problème c’est que c’est une décision d’autant plus tentante qu’elle sera encore plus efficace si elle est prise tôt.

Frédéric Couchet : Pour quelles raisons ?

Vincent Calame : Pour reprendre l’expression « quand il y a un site bancal, ça peut être un cautère sur une jambe de bois » : on bricole une solution, mais elle ne tient pas sur la durée. Bref, on perd du temps, on s’acharne et, au final, on lance la réécriture parce que c’est la seule solution pour le site, réécriture qu’on avait repoussée jusque-là. Donc on a perdu du temps. D’ailleurs c’est un peu le sentiment que j’ai sur le site sur lequel je travaille en ce moment. J’ai tout d’abord répondu à une série de demandes urgentes auxquelles je n’ai pas eu de difficultés à répondre, le code existant est tout à fait correct, je ne vais pas casser du sucre sur le dos de mon prédécesseur, mais juste avant la mise en ligne, j’ai reçu une dernière salve de commentaires, de suggestions de l’équipe en charge de la structure. La plupart sont assez bénignes, ce sont surtout des ajustements de mise en forme, de disposition d’éléments sur la page web, rien de bien méchant à priori. Mais en fait, certaines demandes se révèlent redoutables, parce que ce ne sera pas si simple d’y répondre vu, justement, la manière dont est organisé le code actuellement. Et surtout, ce que je ne sais pas, c’est si ces demandes sont réellement les dernières avant la mise en ligne.

Frédéric Couchet : Forcément non !

Vincent Calame : Forcément non, évidemment ! Au contraire, ce sont plutôt les premières d’une longue série, puisqu’une fois mis en ligne les gens vont vraiment se pencher sur le site et vraiment découvrir tous les petits problèmes. Si c’était réellement les dernières, quelques rustines pourraient suffire, mais comme ça risque de ne pas être les dernières, il faut réfléchir sérieusement à un plan B puisqu’après l’accumulation de solutions bricolées, de rustines, ne peut conduire qu’à un monstre informatique difficile à maintenir. Là, je pense que si je continue dans cette voie, pour le coup ce sera la personne qui me succédera un jour dans le développement du site, si je vais dans un ashram au Tibet par exemple, qui elle pourra légitimement dire, quand elle lira mon code, que j’ai fait n’importe quoi et que j’ai codé avec mes pieds. Bref ! Donc la grande question c’est réécrire ou ne pas réécrire un code. On a toujours cette tentation, on ne sait pas à quel moment on doit faire la bascule : est-ce qu’on se lance dans un projet encore plus délirant que simplement corriger ? L’expérience peut permettre de juger un petit peu, mais c’est parfois un coup de dés.

Frédéric Couchet : Ça peut être un coup de dés, peut-être que ça peut dépendre aussi de la découverte d’un nouveau langage, de l’évolution du langage de programmation et on se dit « finalement avec ce nouveau langage, en tout cas avec ce langage que je viens de découvrir, la réécriture du code est intéressante parce qu’elle va permettre peut-être d’être plus efficace, d’être plus rapide, plus modulaire », je ne sais pas. Ça peut être une des raisons qui peut pousser, à un moment, à réécrire ce code.

Vincent Calame : Oui. Parfois il est bon d’attendre, de regarder, de faire beaucoup de veille, de faire de la veille des autres cas et se dire que finalement le bricolage auquel on pensait peut être résolu de manière beaucoup plus élégante, de manière beaucoup plus maintenable par une nouvelle solution. Parfois aussi il est urgent d’attendre.

Frédéric Couchet : Le problème, comme tu dis, si on attend trop on se retrouve avec un monstre et personne ne veut se lancer dans la réécriture. Après, on se rend compte qu’il y a une personne qui maintient et c’est toujours la difficulté. On va dire que souvent les cordonniers sont les plus mal chaussés parce qu’à l’April on connaît ça sur un de nos logiciels. La question, comme tu le dis, c’est réécrire ou ne pas réécrire et céder à la tentation, comme disait Oscar Wilde, il faut des fois y céder, ou pas.
Dans ton expérience tu as souvent eu cette question-là ? Tu t’es souvent posé cette question-là ? Ou c’est juste récemment avec ce code-là ?

Vincent Calame : Dans le cas présent, le problème vient du fait que c’est, en plus, la nouvelle version du site qui a le problème. Il y a déjà eu un investissement pour refaire une nouvelle version, donc là c’est un peu problématique parce qu’on se dit « on a investi de l’argent, c’est difficile de tout jeter ». Ce que j’ai plutôt rencontré c’est que quand il y a une tentation de réécriture on se dit effectivement, dans ce cas-là, on fait une nouvelle version du site, on reprend tout à zéro, on ne reprend pas uniquement le code, finalement reprenons le contenu, reprenons la structure, reprenons les objectifs du site. Au fond, quand j’ai été face à ce problème, c’est plutôt la position de dire « reprenons tout à zéro et pas seulement la partie informatique ».

Frédéric Couchet : D’accord. Merci Vincent. C’était la chronique « Jouons collectif » de Vincent calame, bénévole à l’April et dans d’autres structures. Vous allez avoir l’occasion de découvrir un peu plus Vincent, j’en parlerai tout à l’heure dans les annonces.
On se retrouve sans doute le mois prochain ?

Vincent Calame : Oui, avec plaisir.

Frédéric Couchet : On va passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Avec Vincent on parlait juste à l’instant de la création de nouvelles versions de sites web, ça tombe bien parce que dans les actualités à venir pour l’April, il y a trois sites web. Un site web qui va être consacré aux transcriptions que fait l’équipe Transcriptions et surtout Marie-Odile Morandi, la géniale bénévole qui fait des transcriptions pour l’April. Il y aura un nouveau site web pour l’April qui va justement être fait avec un nouvel outil de gestion de site web et dont on va revoir l’architecture, mais surtout il va y avoir un site web dédié à l’émission Libre à vous !. Si vous écoutez l’émission, si vous écoutez actuellement c’est que vous l’écoutez, ou si vous la découvrez plus tard dans un podcast, n’hésitez pas à nous indiquer ce que vous souhaiteriez trouver sur ce futur site. Sur les références sur april.org et causecommune.fm, dans les pages consacrées à cette émission, vous trouverez un lien pour faire des commentaires. Nous espérons mettre ce site en ligne au cours du premier trimestre 2020 donc assez rapidement.

Dans les nouveautés 2020 pour Libre à vous !, il y a la vidéo et nous allons notamment essayer de mettre en place des petites vidéos bonus, de deux trois minutes, des personnes qu’on invite et la première personne qui va se prêter à l’exercice c’est justement Vincent Calame. Nous allons enregistrer tout à l’heure la vidéo en lui posant deux-trois questions et nous mettrons en ligne la vidéo sur le site de Cause Commune et sur le site de l’April.

Dans les annonces plus classiques, il y a l’Apéro Parisien du Libre le 15 janvier 2020, c’est au Piano Vache, 8 rue Laplace dans le 5e arrondissement à Paris, c’est à 19 heures.
Jeudi 16 janvier, il y a la soirée de contribution au Libre à la FPH où Vincent a ses bureaux et contribue beaucoup au Libre. C’est 38 rue Saint-Sabin Paris 11e à partir de 19 heures.
Le même soir il y a la réunion du groupe Sensibilisation de l’April qui aura lieu exceptionnellement au local de l’April, 44-46 rue de l’Ouest dans le 14e arrondissement avec l’accueil à partir de 18 heures 30 ou 19 heures, je crois, en tout cas les informations sont sur april.org.
Nos amis marseillais du CercLL, CercLL d’Entraide et Réseau Coopérative autour des Logiciels Libres, organisent leur assemblée générale samedi 18 janvier 2020 de 16 heures à 19 heures au Foyer du peuple qui se situe 50 rue Brandis à Marseille. C’est un foyer qui accueille pas mal d’évènements, nous y avons d’ailleurs fait un April Camp l’an dernier, nous en ferons un nouveau sans doute l’an prochain [à priori 2e semestre 2020, NdT]. N’hésitez pas à rejoindre nos amis du CercLL ce samedi pour leur assemblée générale.

Tous les autres évènements vous les trouverez évidemment sur l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

L’émission se termine. Je remercie toutes les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Olivier Simon, Vincent Calame, Magali Garnero, Emmanuel Charpentier, mon collègue Étienne Gonnu qui non seulement a assuré le sujet long mais la régie en même temps. Grande première, bravo Étienne !
Merci également à Sylvain Kuntzmann et à Olivier Grieco qui vont traiter le podcast avant sa mise en ligne.
Vous trouverez sur le site de l’April, april.org et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm, toutes les références utiles concernant l’émission du jour et également les moyens de nous faire des retours pour nous indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes vos remarques et questions sont évidemment les bienvenues.

Nous vous remercions d'avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites connaître Libre à vous !. Faites connaître la radio Cause Commune.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 21 janvier à 15 heures 30. Notre sujet principal portera de nouveau sur les collectivités et le logiciel libre avec normalement les ville de Fontaine et de Voisins-le-Bretonneux.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 21 janvier 2020 et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Reconnaissance faciale

Gee
, 20/01/2020 | Source : Framablog

Aujourd’hui, Gee et ses grises bouilles nous causent de reconnaissance faciale, un sujet évoqué par le gouvernement entre le foie gras et la dinde de Noël comme si de rien n’était…

Sources :

Crédit : Gee (Creative Commons By-Sa)

Safe City à Marseille : Premier recours contre la vidéosurveillance automatisée de l’espace public

martin
, 20/01/2020 | Source : La Quadrature du Net

Nous venons de déposer, avec la Ligue des droits de l’Homme, un recours en référé devant le tribunal administratif de Marseille pour lui demander d’annuler l’installation dans la ville d’un dispositif de vidéosurveillance automatisée (appelé « vidéoprotection intelligente »). Ce dispositif, décidé par la ville de Marseille, prévoit la mise en place de nouvelles technologies de surveillance dans l’espace public qui, pour l’essentiel, relèvent d’une surveillance biométrique généralisée : détection de comportements anormaux, suivi de silhouettes ou d’individus, captations sonores…

D’autres dispositifs similaires sont déjà installés en France ou sont en train de l’être, le tout dans l’opacité la plus complète. Leurs promoteurs considèrent que le cadre juridique de la vidéosurveillance leur suffit. Au même titre que la reconnaissance faciale, qui n’est qu’une des nombreuses couches applicatives de la vidéosurveillance automatisée, ces dispositifs participent pourtant à la mise sous surveillance totale de nos villes.

La Technopolice continue de se déployer en France, et la vidéosurveillance automatisée (ou « vidéoprotection intelligente » selon ses promoteurs) [1] est une de ses principales émanations. Fondée sur l’utilisation d’algorithmes déployés sur un système de vidéosurveillance, ces dispositifs promettent de détecter automatiquement dans l’espace public des objets abandonnés, des mouvements de foule, des « comportements anormaux » (gestes brusques, maraudages, agression…), de faciliter le suivi d’individus (par la silhouette, la démarche…), ou de faire des recherches par « filtres » sur des images enregistrées (à partir de photos d’un individu qu’il s’agirait de retrouver dans les milliers de flux vidéos afin de suivre son parcours). Après la multiplication des caméras de vidéosurveillance sur le territoire français, plusieurs entreprises cherchent à vendre aux collectivités ce système de « vidéo intelligente ». Comme l’expliquent les industriels, l’intérêt consiste à « pallier le manque récurrent de personnel disponible pour visionner les images de vidéoprotection ainsi que la capacité de concentration de ces agents », de « de limiter leur travail à une simple confirmation d’alertes ». Il est même avancé que «  la vidéoprotection ne saurait être efficace sans un système auto-intelligent permettant de trier et filtrer les images à analyser, et ce à une grande échelle ». Depuis plus de 10 ans, la vidéosurveillance a déferlé sans but sur nos villes : il semble temps de la rendre opérationnelle à travers l’automatisation.

De tels dispositifs mettent gravement en danger nos droits et libertés. Ils accroissent considérablement la capacité des services de police à nous identifier et à nous surveiller en permanence dans l’espace public. Tout comme la reconnaissance faciale, ils entraînent un contrôle invisible et indolore de la population, considérée comme suspecte de facto. Construits dans l’opacité la plus complète, il est par ailleurs impossible de comprendre ce qu’ils détectent avec exactitude : que veut dire Thalès quand il parle de « comportement inhabituel » et de suivi de « personnes suspectes » ? Que sous-entend l’entreprise Huawei quand, dans la description de son projet à Valenciennes, elle laisse inachevée sa liste des cas d’alerte relevés par la machine ( « traitement intelligent de l’image avec détection des mouvements de foules, objets abandonnés, situations inhabituelles…  ») ? Enfin, le suivi de « personnes suspectes » comprend-t-il la reconnaissance de démarches, donnée extrêmement individualisante et qui est bien plus difficile à dissimuler qu’un visage ?

Des systèmes de vidéosurveillance automatisée sont pourtant déjà en place en France, à Valenciennes donc, mais aussi à Nice, à Toulouse, à La Défense et bientôt dans les Yvelines. D’autres projets sont sûrement en cours, mais les informations sont difficiles à trouver. Leurs promoteurs considèrent en effet que, dans la plupart des cas, ces nouveaux ajouts à la vidéosurveillance rentrent dans le cadre de la « vidéosurveillance classique » et n’ont pas à être rendus publics.

Marseille, ville-test

Dans le cadre de la campagne Technopolice, et à travers des demandes d’accès aux documents administratifs, nous avons appris qu’en 2015, la mairie de Marseille avait lancé un appel d’offres pour installer un de ces systèmes de vidéosurveillance automatisée dans sa ville et qu’en novembre 2018, ce marché avait été attribué à une entreprise. Croisée au salon Milipol, l’adjointe au maire de Marseille en charge de la sécurité, Caroline Pozmentier, nous a confirmé qu’il s’agissait du groupe SNEF, un intégrateur de solutions de vidéosurveillance basé dans la citée phocéenne. Nous avons fini par avoir communication de certains documents liés à ce marché, dont le « Programme Fonctionnel Technique final » qui détaille précisément ce que la mairie entend mettre en place.

Dans ce document, il est ainsi indiqué que « les opérateurs ne peuvent pas visualiser l’ensemble des flux » et qu’il « est donc nécessaire que la solution logicielle permette d’effectuer de façon autonome cette visualisation ». Parmi les fonctionnalités envisagées, se trouve le « traitement automatique de donnés (…) afin de détecter des anomalies/incidents/faits remarquables », la « détection d’anomalies non identifiables par un opérateur » et la « gestion de l’espace public, analyse des piétons/véhicules ainsi que des comportements ». On y retrouve les mêmes cas d’usage que dans d’autres systèmes : détection d’ « objets abandonnés », de « TAG » (graffitis) et de « vol/disparition/destruction de mobilier urbain ». Il est aussi précisé que l’outil doit aider dans le cadre d’affaires judiciaires et permettre de « faire des recherches à l’aide de filtres », l’un de ces filtres étant « individu (description, avatar, photo) ». Une dernière partie intitulée « Fourniture et intégration de fonctionnalités complémentaires » indique que la mairie se réserve la possibilité d’ajouter de nouvelles fonctionnalités dont la « détection sonore » (explosion, coup de feu…), la « reconstitution d’évènements » (comme le parcours d’un individu) ou la détection de « comportements anormaux » (bagarre, maraudage, agression).

Le mois dernier, dans un article de Télérama, le journaliste Olivier Tesquet révélait que le dispositif devait être installé à Marseille « d’ici à la fin de l’année 2019 » et que « la Cnil n’a jamais entendu parler de ce projet ».

L’étendue de ce projet, la description extensive de ses fonctionnalités et sa récente mise en place nous ont poussé à agir le plus vite possible.

Un recours contre la vidéosurveillance automatisée, premier du genre en France

Dans notre recours déposé lundi devant le tribunal administratif de Marseille, nous reprenons certains des arguments déjà développés dans notre recours contre les portiques de reconnaissance faciale dans deux lycées de la région PACA (un projet depuis entravé par la CNIL). Nous soulignons ainsi que la décision de la mairie de mettre en place ce dispositif n’a été précédée d’aucune analyse d’impact ou de consultation de la CNIL, contrairement à ce qui est prévu dans la directive dite « police-justice » qui encadre les pouvoirs de surveillance des autorités publiques dans l’Union européenne. Nous soulignons également que la vidéosurveillance automatisé n’est encadrée par aucun texte juridique alors qu’il s’agit d’un type d’ingérence dans la vie privée tout-à-fait nouveau, et bien différent de la vidéosurveillance « classique » : l’automatisation transforme la nature de l’ingérence induite par la vidéosurveillance. Les nouveaux équipements déployés à Marseille disposent en outre de capteurs sonores (ces mêmes capteurs sonores que dénonçait la Cnil dans le projet de Saint-Etienne). De manière générale, le système entier conduit à passer d’une surveillance « passive » à une surveillance « active »). Comme pour les lycées, nous avons aussi attaqué le caractère manifestement excessif et non justifié de la collecte de données.

Le recours démontre par ailleurs que la grande majorité du traitement de données qui est fait dans ce dispositif est un traitement de données biométriques, donc soumis aux dispositions spécifiques de la directive police-justice sur les données sensibles (dont l’utilisation est beaucoup moins permissive que pour les autres types de données personnelles). En effet, les données biométriques sont définies comme des données personnelles « résultant d’un traitement technique spécifique, relatives aux caractéristiques physiques, physiologiques ou comportementales d’une personne physique, qui permettent ou confirment son identification unique ». Or, comme l’a souligné le Comité européen de protection des données, une « identification unique » n’implique pas nécessairement de révéler l’état civil d’une personne mais, plus largement, de pouvoir individualiser une personne au sein d’un groupe, ce qui est bien le cas en espèce. Or, une fois la qualité de donnée biométrique établie, la directive police-justice exige une « nécessité absolue » pour les analyser. Ce qui n’est clairement pas le cas ici : d’autres moyens, humains, existent déjà pour analyser les images et mener les enquêtes.

Enfin, dans ce recours, nous détaillons pourquoi, en confiant à la SNEF et à ses algorithmes, l’identification, la catégorisation et la détection d’incidents, d’anomalies et de comportements suspects sur la voie publique (certains explicitement « non identifiables par un opérateur »), et en faisant de son outil une véritable « aide à la décision » pour la police municipale, la mairie a délégué à une entreprise privée une mission de surveillance généralisée de la voie publique. Ce qui, selon le Conseil Constitutionnel est contraire à « l’exigence, résultant de l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, selon laquelle la garantie des droits est assurée par une « force publique » ».

Encore une fois : d’autres dispositifs semblables sont actuellement déployés en France ou s’apprêtent à l’être : Nice, Toulouse, Valenciennes, La Défense… Nous vous invitons à réutiliser nos arguments pour multiplier les contentieux et tenir en échec l’expansion de la surveillance algorithmique de nos villes et de nos vies.

Rejoignez Technopolice.fr pour participer à la veille, l’analyse et la lutte de ces nouveaux dispositifs.

[1] Si les termes peuvent paraître proches, il est important de refuser de considérer un tel système comme « intelligent »