Facebook vs DOJ : Messenger dans la mouise ?

Chiffré de bout-en-bout, pas si sûr…

Dans le dernier épisode des « cryptowars », c'est au tour de Facebook de se retrouver opposé au gouvernement états-uniens, dans une affaire où il est, encore une fois, question de cryptographie.

Department of Justice - Coolcaesar - CC BY-SA 3.0

C'est l'agence Reuters qui révélait, hier, un conflit juridique opposant le Département de la justice (DOJ) et le géant des réseaux sociaux. D'après Reuters, dans une affaire qui n'est pas sans rappeler celle dans laquelle s'affrontaient le FBI et Apple, les autorités demandent en effet à Facebook sa collaboration pour l'interception des communications d'un suspect via l'application de messagerie instantanée Messenger.

La demande du DOJ porte précisément sur la fonctionnalité « voix » de la messagerie, c'est un point d'importance. Comme Apple avant elle, la société Facebook se défend d'être en capacité de répondre favorablement à cette demande, en avançant que les communications sur Messenger sont chiffrées de bout-en-bout.

En effet, il existe deux catégories de chiffrement. Dans le cas du chiffrement de « transport », les informations ne sont rendues confidentielles que pendant leur acheminement entre le client et le serveur, en « flux », et sont déchiffrées aux « extrémités ». Les opérateurs des serveurs ont alors accès « en clair » aux communications. Dans le cas du chiffrement dit « de bout-en-bout », seuls les participants à la conversation disposent des clés de secrètes utilisées pour le chiffrement. Les serveurs jouent alors le rôle de « passe-plat » et, à l'exception des métadonnées — qui parle à qui, à quelle heure, etc. — n'ont accès à rien. On pourra rétorquer que les métadonnées sont bavardes, ce qui est vrai,...

La CNIL, cette autorité indépendante

Lettre de la CNIL adressée à Anticor - Copie d'écran - CC
Lettre de la CNIL adressée à Anticor - Copie d'écran - CC

Le propre d'un autorité indépendante, c'est d'être... Indépendante. La CNIL a encore manqué une occasion de se démarquer. Saisie par Anticor à propos de l'utilisation du fichier des relations presse du secrétariat d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes pour faire la promotion d'un livre personnel de Marlène Schiappa, la CNIL a expliqué que tout cela relevait d'une erreur humaine. Merci captain Obvious, ce n'est pas une erreur d'un algorithme de deep learning mâtiné de Blockchain à la sauce réseaux neuronaux. Comme il s'agit d'une erreur humaine, et bien, il n'y a pas d'utilisation illégale d'un fichier nominatif. C'est un peu capilotracté, mais pour la CNIL, c'est une évidence. Marlène et Edouard Philippe ont dit que c'était juste une petite erreur humaine, donc ce n'est pas grave. Avis aux entreprises qui subiraient un contrôle de la CNIL : plaidez l'erreur humaine, elle clôturera son enquête.

Devinez qui va payer la guerre Trump/Erdogan ?

Rien ne change : les peuples

Mise à l'index par Donald Trump, la Turquie voit le cours de sa monnaie s'effondrer. Mais au delà des sanctions économiques et des hausses de taxes de part et d'autres, il y a un vrai souci qui se profile. Et in fine, ce sont les peuples qui vont morfler pendant que leurs dirigeants jouent à qui a la plus grosse (sanction).

Trump - Erdogan - D.R - D.R.

Tout est parti de l'arrestation en Turquie d'un pasteur américain, Andrew Brunson. Et Trump de décider que les relations entre les États-Unis et la Turquie, n'étaient «pas bonnes en ce moment». D'où une série de sanctions. Paf, un doublement des droits de douane sur l'acier et l'aluminium turcs importés aux États-Unis... Et c'est évidemment avec un tweet démontrant une fois de plus sa finesse intellectuelle que le président américain a annoncé ce qu'il croit être le coup de grâce face au dictateur turc. Derrière la guerre de communiqués et les hausses de droits de douane (Erdogan a répliqué avec des hausses sur 22 produits américains), se joue une course droit dans le mur pour la Turquie et un risque pour la monnaie américaine.

Premier point, le mur. Les banques turques, les entreprises du pays et l'Etat lui-même, sont depuis des années de gros emprunteurs en billets verts. Les obligations émises en dollars doivent être remboursées en dollars lorsqu'elles arrivent à échéance. Ce sera le cas pour un volume de 16 milliards de dollars avant la fin de l'année prochaine, indique Bloomberg.

Evidemment, si les banques, les entreprises et l'Etat avaient des difficultés pour rembourser leurs créanciers, cela se traduirait par des faillites et sans doute, une nouvelle crise financière grave. Devinez qui sera le payeur en dernier ressort ? Les peuples, comme toujours. Merci Donald. Merci Recep Tayyip.

Tweet de Donald - Copie d'écran - CC
Tweet de Donald - Copie...

Les débats Utopia de l’été

Intelligence artificielle, dérèglement climatique, effondrement, …

Vous pouvez participer en écrivant à contact@mouvementutopia.org

1 – Très bonne émission sur l’effondrement avec l’un de nos auteurs Renaud Duterme comme invité ( De quoi l’effondrement est-il le nom ? Aux éditions Utopia):

https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/effondrement-un-processus-deja-en-marche

2 – un lien vers le dérèglement climatique :

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/un-terrible-effet-domino-menace-de-transformer-notre-planete-en-une-etuve_126564
3 – un article du Monde en PJ « Créer du lien mais pas avec Zuckerberg »
Limite Le Monde 180807-1

4 – Un article sur l’IA et l’immortalité  :

un article de Laurent Alexandre … qui situe l’enjeu sur la possible disparition du corps biologique.

Il s’agit de scenarii bien sûr mais pas si dingue que cela compte tenu des sommes et des acteurs en jeu (les travaux d’Elon Musk par exemple sont très inquiétants ).

À côté , les transhumanistes (comme Laurent Alexandre ) apparaissent comme des modérés …

5 Écouter avec une appli qui lit les podcasts ou rendez vous sur internet

Les conférences sur des thèmes qui nous sont chers, avec des conférenciers que nous connaissons à Utopia
Risques d’effondrement, collapsologie, décroissance, état de notre monde , transition , comment se préparer à vivre cet état de choses...
À écouter durant votre pause estivale

https://www.presages.fr/

6. Une chronique de Corinne Morel Darleux dans Reporterre

Face à l’effondrement, fondons des alliances terrestres

https://reporterre.net/Face-a-l-effondrement-fondons-des-alliances-terrestres

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Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006, se prononce pour l’instauration d’un revenu de base

Muhammad Yunus, lauréat du prix Nobel de la paix 2006 et fondateur de la Grameen Bank [N.D.L.R. : institution de micro-crédit], est très préoccupé par l’intelligence artificielle (IA). Son appréhension porte sur les perspectives d’un chômage généralisé, les machines remplaçant la plupart des tâches traditionnellement humaines.

Muhammad Yunus

Comme quelques autres économistes et des prix Nobel, Yunus est arrivé à la conclusion que l’un des inconvénients de l’IA est la dévaluation de l’être humain, par rapport aux machines. Selon lui, cela privera de nombreuses personnes, encore plus qu’aujourd’hui, de la capacité de subvenir à leurs propres besoins fondamentaux.

Ainsi, conclut Yunus, un revenu de base universel doit être mis en place dès maintenant, avant que des algorithmes artificiellement intelligents ne commencent à traiter les êtres humains comme s’il s’agissait de « cafards ».

Il appelle également à une législation qui peut encadrer l’intervention de l’IA dans la société, rappelant qu’il existe des lignes directrices pour de nombreux autres aspects de notre vie quotidienne, telles que la médecine, l’alimentation, l’ingénierie, etc. Cela ne dissuaderait pas le développement de nouvelles applications d’IA, mais seulement l’introduction de mécanismes de sécurité qui empêcheraient les créations d’IA de tuer des gens ou de prendre des décisions pour eux de manière abusive, par exemple. Si les humains ont créé ces technologies, alors ils peuvent et devraient les orienter vers des objectifs socialement positifs, comme la santé.

Selon Muhammad Yunus, le revenu de base sera un moyen important pour faire ressortir l’entrepreneur naturel en chaque être humain. Les hommes et femmes peuvent faire et feront beaucoup de choses, si les conditions s’y prêtent.

Yunus est convaincu, et sa Grameen Bank en est la preuve, que les gens n’ont pas besoin d’être des « mercenaires de tout le système », et que les écoles devraient créer des jeunes « prêts à la vie », plutôt que des jeunes « prêts à l’emploi. »


Traduction par Corentin Blanco d’un article d’Andre Coelho paru sur basicincome.org le 7 juillet 2018.

Crédit photo : Yunus negócios sociais (Brazil)

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En Ontario, l’arrêt brutal de l’expérimentation du revenu garanti fait des vagues

Le projet-pilote de revenu garanti en Ontario a été stoppé deux ans avant son terme, suscitant la réaction de chercheurs et conseillers du projet.

Le 31 juillet, le gouvernement ontarien récemment élu issu du Parti progressiste-conservateur du Canada (PC), annonçait la fin de l’expérimentation en cours d’un revenu garanti dans la province, reniant au passage la promesse faite lors de la campagne de mener le projet à son terme.

L’annonce subite a entraîné la colère de nombreux politiques, d’associations luttant contre la pauvreté, et même de participant·es à l’expérimentation. Mais Lisa MacLeod (Ministre des services à l’enfance et des services sociaux et communautaires), qui a fait l’annonce lors d’une conférence de presse, n’a rien concédé. Pour elle, parler de promesse non tenue est une « fausse nouvelle » puisque le parti n’a jamais mentionné dans son programme le maintien de l’étude-pilote. Mais ses déclarations n’ont pas convaincu tout le monde et certain·es se battent pour sauver le projet.

Parmi celles et ceux qui s’expriment contre la décision du PC figurent des proches de l’étude-pilote, comme les conseillers Hugh Segal et Kwame McKenzie, ainsi qu’un chercheur qui a préféré rester anonyme.

Un rapporteur du projet très remonté

Le gouvernement libéral du Canada avait nommé comme rapporteur Hugh Segal, ancien sénateur du Parti conservateur, au début du projet. Il avait alors chapeauté un rapport qui a ensuite servi de cadre à l’expérimentation.

Hugh Segal

Lorsque MacLeod a annoncé la fin prématurée du projet, Segal a publié en réponse un éditorial virulent dans le Globe and Mail, où il met en avant l’injustice faite aux actuel·le·s bénéficiaires : « Ces gens ont cru à la promesse qu’ils ne pâtiraient pas de participer à cette expérimentation. Ils ont été dupés. »

« Lorsqu’un parti politique donne sa parole – Comme Patrick Brown (alors leader de l’opposition) l’a fait en 2016, comme Doug Ford (leader du PC) l’a réitéré à travers son porte-parole lors de la campagne de 2018 – de laisser l’étude-pilote se dérouler avant d’en tirer les conséquences […], les participant·es en tiennent compte. »

Segal s’est aussi attaqué à l’argument du coût de l’expérimentation, avancé par MacLeod et le PC : « S’intéresser à la balance budgétaire est pertinent, mais honnêtement, c’est simpliste. On sait que la pauvreté a une influence négative directe sur la santé, l’accès aux soins, l’éducation, les addictions et les démêlés avec la police. Tout cela coûte des milliards à l’Ontario, chaque année. »

En faisant le lien avec la volonté affichée du Premier Ministre de mettre fin à « l’hospitalisation de couloir » (lorsque le manque drastique de moyens contraint à soigner les gens dans les couloirs des hôpitaux), Segal avance qu’un revenu garanti pourrait réduire le besoin de soins car les personnes à faible revenus pourraient « manger mieux, avoir une vie plus saine et progresser sur les plans professionnel, éducatif et familial ». Il se désole qu’ « on ne saura jamais » si la mesure aurait bien eu ces effets positifs attendus.

Un docteur inquiet

Le docteur Kwame McKenzie, psychiatre et PDG du Wellesley Institute avait été nommé conseiller spécial auprès de l’étude-pilote par le précédent gouvernement d’Ontario. Il est, comme Segal, inquiet des conséquences pour les bénéficiaires de l’arrêt du projet. Le premier août, après l’annonce de la fin de l’expérimentation, il a déclaré s’être « levé ce matin très inquiet des effets sur la santé des participant·es. C’est une situation à haut risque ».

McKenzie a réitéré son inquiétude auprès de CBC Radio, insistant sur « la période stressante et difficile » vécue par les bénéficiaires, ce qui pourrait avoir des conséquences sur leur santé. Il a mis en avant le fait que de nombreuses personnes avaient « mis en route des projets d’envergure », pensant qu’elles bénéficieraient trois ans durant d’un revenu garanti. Selon lui, ces personnes ont aujourd’hui besoin de soutien financier (il recommande l’arrêt progressif du dispositif sur au moins un an) mais également de conseils afin de se projeter pour l’avenir.

Dr. Kwame McKenzie

Rejoignant ici aussi Segal, Kwame McKenzie pense qu’un revenu garanti pourrait aider le PC à réaliser certains points de son programme. Notamment améliorer les conditions de travail pour les plus bas salaires. Lorsqu’on lui demande son avis sur la politique de protection sociale de MacLeod, basée sur l’emploi, McKenzie reconnaît que « des emplois de qualité ont un effet très positif sur la santé » tout en pointant que des emplois précaires ont, eux, un effet sanitaire généralement négatif. Il poursuit en avançant qu’un revenu garanti aurait pu être un moyen efficace de progresser dans ce domaine, se lamentant que « désormais, on se saura pas ce qu’il serait advenu ».

Un chercheur déçu

Un autre chercheur de l’équipe scientifique du projet s’est exprimé anonymement auprès de CBC. Il réfute catégoriquement l’opinion de MacLeod, selon laquelle l’étude-pilote ne donnait rien :

« Il est impossible qu’on leur ait dit que l’expérimentation n’avait pas d’effet positif. Nous n’avons tout simplement pas encore assez de données pour savoir si ça fonctionne ou pas. »

Le chercheur a reconnu que des bénéficiaires s’étaient individuellement exprimé·es dans  les médias en qualifiant l’expérience de « très positive », mais il a souligné que ces témoignages ne sont pas généralisables : « Le but du suivi de l’expérimentation était justement de se détacher de ces déclarations individuelles et d’analyser scientifiquement les résultats dans leur ensemble. »

Si l’expérimentation avait été menée à terme, le groupe de recherche aurait évalué l’effet du revenu garanti dans de nombreux domaines, comme la sécurité alimentaire, le stress, le recours aux soins, l’accès au logement, l’éducation, et l’accès à l’emploi notamment. En analysant les résultats fournis par les 4 000 bénéficiaires du dispositif et en les comparant au groupe de contrôle.

Les résultats publics de l’étude-pilote étaient attendus courant 2020.


Traduction par Maxime Vendé d’un article de Kate McFarland initialement publié sur Basic Income News.

Illustration : CC BY-NC-ND 2.0 Jeff S. PhotoArt at HDCanvas.ca

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L’événement d’été du revenu de base, du 17 au 19 août à Craon en Mayenne

Le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) organise son « Camp de base » en Mayenne cette année. Pendant trois jours, du 17 au 19 août à Craon (à 3h de Paris), les sympathisants du revenu de base pourront se former et préparer collectivement des actions pour la rentrée.

Plusieurs parcours de formation seront proposés : relations publiques (apprendre à présenter le revenu de base à des élus, s’entraîner à la prise de parole en public, etc), communication (créer des affiches et des slogans, communiquer sur les réseaux sociaux, co-créer la prochaine vidéo du MFRB), action locale (présenter le revenu de base, organiser un événement, animer un groupe local, etc), vie interne du MFRB (présentation de la gouvernance partagée, formation aux outils numériques, etc).

Deux temps seront ouverts au public : 
• Vendredi 17 août à 21h : projection du film Jour de paye ! – Vers un revenu universel (Christian Todd), suivie d’un débat avec les membres du MFRB
• Samedi 18 août à 16h : projection du film Pourquoi nous détestent-ils, nous les pauvres ? (Michel Pouzol), suivie d’un débat en présence du co-réalisateur autour du thème « Le revenu de base, un outil de lutte contre la pauvreté ? »

Par ailleurs, une vingtaine de membres du MFRB se rendront à cet événement en vélo, dans le cadre du « Tour de base ». Ce voyage collectif de 450km, entre Tours et Craon, sera ponctué d’actions de rue dans plusieurs villes étapes pour faire parler du revenu de base.

INFORMATIONS PRATIQUES
Du 17 au 19 août 2018
Maison Familiale Rurale de l’Hippodrome (14 Route de Segré, 53400 Craon)
Site internet de l’événement


Contact presse
Camille Lambert
presse@revenudebase.info
06 20 50 08 72

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Expérimentations de revenu de base et féminisme : tour d’horizon historique

Des syndicalistes indiennes aux mères noires célibataires aux États-Unis, du projet canadien MINCOME au référendum suisse… Que peuvent nous apprendre les initiatives passées sur le potentiel impact du revenu de base universel pour les droits des femmes ?

Suite et fin de notre série sur revenu de base et féminisme : retrouvez le premier et le deuxième article sur notre site !

 

Les expérimentations : vers une remise en cause de l’ordre établi

Depuis les années 1970, diverses expérimentations plus ou moins proches d’un modèle de revenu de base ont fleuri à travers le monde. Malgré les nombreux biais que peuvent comporter ce type de projets, ceux-ci ont permis, par leurs résultats ou par les débats qui les ont entourés, d’en tirer d’intéressants éléments d’analyse.

 

L’expérimentation indienne qui s’est tenue entre 2011 et 2012 dans l’état du Madhya Pradesh a par exemple révélé une hausse de la scolarisation des jeunes filles, une plus grande implication des femmes dans la vie politique locale de leur village, mais également une hausse de leurs salaires, celles-ci se sentant plus en confiance pour le négocier.

 

Cela est peut-être dû au fait que ce projet était en partie coordonné par un syndicat de travailleuses, le SEWA [1], en partenariat avec l’UNICEF. Le projet a par conséquent connu un important leadership féminin et a obtenu des résultats intéressants en matière d’émancipation féminine.

L’expérimentation MINCOME qui s’est tenue de 1974 à 1979 dans la ville de Dauphin au Canada a également été intéressante, non pas tant sur les résultats, mais sur les réactions qu’elle a suscitées. En effet, les premières conclusions ont révélé une hausse du taux de divorces, ce que les médias et responsables politiques se sont empressés de relayer : le revenu de base entraînerait la destruction du modèle familial traditionnel. Ainsi, l’indépendance des femmes corrélée à leur autonomie financière constituerait un risque social à éviter. Ce rejet notable de la possibilité accordée aux femmes d’acquérir un plus grand pouvoir de décision sur leur vie conjugale est révélatrice du contrôle social sur leurs vies privées, tout autant que sur leurs vies professionnelles.

Il s’est avéré par la suite que cette donnée statistique était en réalité erronée, mais l’idée avait déjà frayé son chemin, et l’argument du divorce a été décisif dans la décision d’arrêter l’expérimentation avant son terme. L’analyse des résultats ne s’est faite que des dizaines d’années plus tard, grâce au travail de la chercheuse Evelyn Forget, qui a démontré que la pauvreté avait quasiment été éradiquée de la ville de Dauphin.

Une autre expérimentation, moins connue que les premières, est celle du Gary Maintenance Income Experiment, qui s’est tenue entre 1971 et 1974 aux États-Unis, dans l’Indiana. Ce projet s’est déroulé dans l’un des quartiers les plus pauvres de la ville de Gary, habité essentiellement par des familles noires, composées en grande partie de mères célibataires, ayant au moins un enfant à charge [2]. Près de la moitié des participant-e-s étaient des mères célibataires touchant un revenu ne dépassant pas la moitié du montant du seuil de pauvreté.

Ce projet a permis de réduire notablement l’extrême pauvreté, mais a aussi révélé une légère baisse de « l’effort laboral ». Par exemple, ces mères célibataires ont réduit leur temps de travail de 5 % [3] en moyenne, un chiffre malgré tout relativement faible.

 

Si personne n’a décidé d’arrêter de travailler complètement, cette diminution relative du temps de travail doit beaucoup aux types d’emplois sur lesquels comptaient les bénéficiaires du projet : il s’agissait majoritairement d’emplois mal rémunérés, peu formateurs et permettant peu d’évolutions professionnelles. Il s’agissait donc principalement d’emplois alimentaires peu épanouissants (lesdits bullshit jobs), lesquels sont en toute logique moins intéressants une fois la contrainte économique levée.

 

Cette expérimentation a finalement démontré que le revenu de base peut effectivement entraîner une réduction du temps de travail rémunéré (et en aucun cas son arrêt total). Ce qui peut s’entendre lorsqu’il s’agit d’emplois dont les conditions, la vocation ou la rémunération ne correspondent pas à nos besoins. Une vérité d’autant plus criante pour les femmes, qui ont toujours occupé les emplois les plus précaires : 70 % des travailleurs pauvres sont en réalité des travailleuses.

Avec un revenu de base, les femmes qui décideront de réduire leur temps de travail voire d’arrêter de travailler ne seront pas celles qui s’épanouissent dans leur vie professionnelle ou qui touchent un bon salaire. Ce sont celles qui n’ont pas de conditions de travail décentes, qui effectuent les tâches les plus ingrates, portant parfois même atteinte à leur intégrité physique : en France, 25 % des agressions sexuelles s’opèrent sur le lieu de travail, souvent en toute impunité puisque le lien de subordination et le risque de perdre son emploi réduisent leur capacité de réaction.

 

L’expérimentation de Gary a par ailleurs présenté d’autres résultats intéressants : diminution des cas de violences domestiques, amélioration des résultats scolaires, prolongation de la durée d’études, désendettement, etc.

 

Malgré tout, plusieurs défenseurs du revenu de base sont très réservés sur la question des expérimentations. De fait pour le philosophe Karl Widerquist, l’importance accordée aux expérimentations est à nuancer. Il l’illustre avec l’exemple de la pension de retraite : que serait-il advenu s’il avait fallu l’expérimenter avant de la mettre en place ? « Cela aurait certainement démontré que les gens épargnaient moins en prévision de leur retraite, partaient à la retraite plus tôt et se reposaient moins sur le sentiment de responsabilité familiale. » Une mesure qui aurait pu être vue comme trop coûteuse et peu rentable.

 

De l’importance du traitement politique et médiatique

« La difficulté ne réside pas tant dans le fait de concevoir de nouvelles idées que d’échapper aux anciennes » (John Maynard Keynes)

Si certains arguments s’opposant au revenu universel sont tout à fait entendables, il est intéressant de noter la logique paternaliste que peuvent avoir certains d’entre eux. De fait, il est possible de faire un parallèle avec les débats qui avaient fait rage autour du droit de vote des femmes, tout au long du 20ème siècle.

Les argumentaires opposés au droit de vote des femmes [4] peuvent se résumer de la manière suivante :

  • L’argument de la liberté trop dure à gérer : « les femmes feront les mauvais choix », « elles voteront comme leurs maris », «  la politique est trop violente pour elles. »
  • L’invocation de la nature, voire de la volonté divine : «  il est dans la nature des femmes de rester au foyer, de prendre soin des enfants », « Dieu leur a assigné une place et il est mieux pour elles de s’y tenir. »
  • Les craintes : « qui s’occupera des enfants ? », « qui fera le ménage ? »
  • La décrédibilisation  : par des campagnes publicitaires dépeignant des femmes hystériques, des hommes dépassés, des enfants abandonnés.

Aujourd’hui, dans le contexte des débats autour du revenu de base, il est intéressant de retrouver cette même logique, constatée notamment lors de la campagne contre le revenu universel lors du référendum organisé en Suisse en 2015 sur ce sujet :

  • L’argument de la liberté trop dure à gérer : « il faut protéger les gens de la paresse et de l’oisiveté en les faisant travailler », « ils ne sauraient pas quoi faire de leur temps libre. »
  • L’invocation de la nature, voire de la volonté divine : « c’est dans notre nature de travailler. »
  • Les craintes  : « qui fera le sale boulot ? », « qui paiera pour ceux qui ne font pas l’effort de travailler ? » (NB : à ce sujet, il est intéressant de noter que ce type d’arguments se retrouvait déjà lors des débats sur l’abolition de l’esclavage, pour justifier le maintien de l’asservissement d’une partie de la population).
  • La décrédibilisation : campagnes publicitaires des hommes obèses avachis sur leur canapé à boire de la bière en regardant la télévision.

 

Plus généralement, l’affranchissement des individus et la conquête de libertés réelles ont souvent suivi le même processus : d’abord un rejet par des arguments paternalistes voire infantilisants, une invocation de la nature humaine, voire de la volonté divine, puis une prise de conscience impliquant un long travail sur les mentalités pour aboutir, à terme, à un changement structurel dans nos sociétés.

 

D’après Philippe Van Parijs, le revenu de base entraînerait mécaniquement une redistribution des revenus des hommes vers les femmes. Ce qui semble finalement assez cohérent, puisque l’objectif consiste à aboutir à une meilleure répartition des plus hauts vers les plus bas revenus.

Les expériences passées ont démontré que le revenu de base permettait une plus grande sécurité économique par son inconditionnalité et par son versement individuel. Finalement, ce qui semble poser encore problème dans son acceptation, c’est l’émancipation et la liberté de choix qu’il peut permettre pour l’ensemble des individus, peut-être plus particulièrement pour les femmes.


[1] Self Employed Women Association

[2] K. Widerquist / The Journal of Socio-Economics 34 (2005) 49–81 63

[3] Findings from the Gary Income Maintenance Experiment : Testimony Before the House Committee on Ways and Means (Kenneth C. Kehrer, 1977).

[4] Pour un revenu de base universel. Vers une société du choix (Editions du Détour, 2017)

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Masse Monétaire € Août 2018 : au delà des 12 000 milliards € … le RSA s’enfonce

La BCE vient de publier les données concernant la masse monétaire euro. M3 € s’établit à 12 134 milliards d’euros (record de tous les temps !) pour 300 millions de citoyens, soit 40 447 € / citoyen

M1, M2, M3 € Août2018

M1, M2, M3 € Août2018


En comptant les créances et bons du trésor dans la double masse monétaire, nous pouvons calculer les données relativistes correspondantes d’une monnaie libre de mêmes paramètres :

  • csym = 8 / ev = 10 % / an
  • M/N = 2 * 12 134 000 / 300 = 80 893 € / citoyen
  • DU = c*M/N = 8089 € / an /citoyen = 674 € / mois / citoyen = 22,47 € / jour / citoyen

Une masse monétaire libre, équivalente en masse et comprenant un même nombre de membres serait donc établie sur le fondement symétrique dans l’espace-temps d’un dividende universel (inconditionnel et cumulable) de même ampleur.


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Le RSA sous les 9%

Evolution du RSA Français, non inconditionnel et non cumulable, soumis à la distorsion du « Grand Fossé », depuis l’an 2000 et en % de la double masse monétaire, revalorisé à 545,45 € / mois en Septembre 2017, il bat son précédent plus bas historique de tous les temps à 8,90 % / an de la double masse monétaire (précédent record : 9,07% / an en Mars 2018) :

Le RSA en % de 2*M3 € Août 2018

Le RSA en % de 2*M3 € Août 2018

Le bilan de la BCE arrose à grandes eaux certains citoyens de la zone € à plus de 8 % / an …

Ceci est le QE même, le « Quantitative Easing », l’émission monétaire qui passe du secteur bancaire privé vers la banque centrale, les deux équipes qui se passent la balle de l’émission de cette monnaie non-libre de manière cyclique, sur longue période (relativement à l’espérance de vie humaine).

L’évolution du bilan de la BCE 1999 – 2018 :

Bilan de la BCE Août 2018

Bilan de la BCE Août 2018

Répartition du capital de la BCE inchangé depuis 2014, mais qui devrait … bientôt (à échelle 2 ans) subir des changements suite au « Brexit »…

Répartition du capital de la BCE 2014 - 2015

Répartition du capital de la BCE 2014 – 2016

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Affaire Benalla : 1,7 millions de tweets, excusez du pneu

Du gonflage russophile et du dégonflage en marche

Les militants et responsables politiques En Marche se sont jetés, telle la vérole sur le bas clergé, sur une « analyse » faisant état du « gonflage » de l'affaire Benalla sur Twitter par des comptes « russophiles » anormalement actifs.

Rare image de l'affaire Benalla dans son milieu naturel - KOS - Domaine Public

C'est BFMTV qui a ouvert le feu, le 1er août, à propos du « gonflage numérique », artificiel, dont aurait fait l'objet l'affaire Benalla sur Twitter. D'autres ont bien sûr embrayé dans la foulée, par exemple à l'Opinion qui n'hésite pas à titrailler sur « l'activisme de la « russosphère » », où à l'AFP, qui préfère en ces temps de canicule parler d'inondation.

Certains militants ou responsables politiques En Marche en ont bien sûr profité pour sous-entendre que l'engouement du public pour l'affaire Benalla était une construction de Moscou, à l'instar de Benjamin Griveaux. En effet, le porte-parole du gouvernement « juge positive l'initiative » de Frédéric Lefèbvre, patron du mouvement de centre-droit « Agir la droite constructive », qui demande à la commission d'enquête du Sénat de faire la « lumière » sur la « manipulation attribuée aux comptes russophiles ». Outre le fait qu'il soit cocasse d'aller demander aux vénérables sénateurs leurs éclairages sur un quelconque sujet ayant trait à Internet, on rappellera à toutes fins utiles à MM. Lefèbvre et Griveaux que les audiences des commissions d'enquête sur les chaînes d'information en continu ont été des records. À moins qu'ils n'envisagent que les équipes de BFMTV ou LCI aient été infiltrées par les séides du Kremlin, il faudra bien se rendre à l'évidence : cette affaire intéresse nombre de nos concitoyens.

Mais revenons à nos moutons. À...