L'immense erreur de l'Inde au Cachemire

Des soldats paramilitaires indiens montent la garde dans une rue déserte, le 8 août, pendant le couvre-feu à Srinagar, au Cachemire sous contrôle indien. (AP Photo/Dar Yasin)

Dans un geste étonnamment dangereux, antidémocratique et secret, le Premier ministre indien Narendra Modi et son gouvernement ont abrogé les articles 370 et 35a de la Constitution indienne par un décret présidentiel. Le gouvernement n'a pas réussi à impliquer toutes les parties prenantes dans l'État agité du Jammu-et-Cachemire avant de prendre sa décision.

Ce que l'on appelle la « Règle du Président » en Inde - la suspension du gouvernement d'un État et l'imposition d'un gouvernement central direct dans un État - a été imposée au Jammu-et-Cachemire en décembre 2018. Elle a servi de prétexte pour faire adopter discrètement cette dernière politique au Parlement.

Puisqu'il n'y a pas d'assemblée législative au Jammu-et-Cachemire, le gouvernement Modi et le ministre de l'Intérieur, Amit Shah, a intelligemment utilisé l'article 367 pour faire valoir que tout changement au statut de l'État pourrait être considéré comme légitime par décret présidentiel.

L'article 370 a été créé pour lier l'État du Jammu-et-Cachemire à l'Inde en 1947, après que Maharaja Hari Singh eut signé ce qui était connu comme une instrument d'adhésion. L'article a donné à la région une autonomie significative.

L'État pourrait avoir sa propre constitution, son propre drapeau et ses propres lois. New Delhi contrôle les affaires étrangères, la défense et les communications. L'article 370 stipule que l'article 1 de la Constitution indienne s'applique au Cachemire.

Toutefois, en vertu de la Constitution indienne, l'article 370 ne peut être modifié sans l'approbation de l'assemblée constituante. L'article 370(3) stipule que « … le Président peut, par notification publique, déclarer que le présent article cesse d'être applicable ou ne l'est qu'avec les exceptions et modifications qu'il peut spécifier et à partir de la date qu'il fixe, étant entendu que la recommandation de l'Assemblée constituante de l'État… est nécessaire avant que le Président ne procède à cette notification ».

Sans aucun avertissement, le parlement indien à New Delhi a augmenté les effectifs militaires, arrêté des représentants élus et effectivement emprisonné environ huit millions de Cachemiris. Le parlement indien a divisé l'État en deux territoires séparés de l'Union - le Ladakh, sans législature, et le Jammu-et-Cachemire, avec une législature.

Depuis l'adoption de cette mesure draconienne, le Cachemire est toujours bouclé, effectivement assiégé, avec une forte présence militaire et aucun signe de normalité. Cette évolution aura probablement des conséquences désastreuses pour l'Inde et la région.

L'Inde a depuis assoupli certaines restrictions imposées à la circulation au Cachemire, mais le téléphone et Internet restent coupés.

Action unilatérale

Cette décision récente a été prise sans délibération avec les représentants du Cachemire. La décision du gouvernement Modi de transformer un État en territoire d'union d'un seul coup unilatéral, sans demander l'approbation de tous les Cachemiris, a de sérieuses ramifications juridiques et posent des questions constitutionnelles.

La révocation de l'article 370 fait-elle du Jammu-et-Cachemire un État indépendant ? Et dans ce cas, fait-elle de l'Inde un occupant ? Parce que tant que l'article 370 était lié à la Constitution indienne, l'Inde pouvait toujours maintenir ses revendications légitimes au Cachemire.

En l'absence de cet article, il y a maintenant un point d'interrogation sur la revendication légale de l'Inde au Cachemire. Autre problème juridique auquel le gouvernement est probablement confronté: l'article 370 a été considéré comme une disposition temporaire qui n'a été modifiée ou amendée que par l'Assemblée constituante du Jammu-et-Cachemire. Cependant, cette assemblée a été dissoute en 1957, ce qui a eu pour effet de rendre permanent l'article 370 .

En 2018, la Cour suprême indienne a en outre déclaré que l'article 370 avait acquis un statut permanent, rendant son abolition presque impossible.

Sécurité

Deuxièmement, cette mesure terriblement mal conçue renforce les revendications du Pakistan au Cachemire. Il fait le jeu des groupes terroristes comme Hizbul Mujahideen, Lashkar-e-Taiba et l'unité locale d'Al Qaida, Ansar Ghazwat-ul-Hind, leur fournissant la cause idéale pour radicaliser la jeunesse cachemirie.


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En prenant ses propres citoyens en otage, le gouvernement Modi s'est retourné contre l'Inde en faveur des Cachemiris précédemment pro-Indiens. Du point de vue de la sécurité nationale, il s'agit là d'une mesure étonnamment mal avisée et épouvantable.

En outre, le gouvernement Modi a abrogé l'article 370 au motif que l'« intégration » du Jammu-et-Cachemire a pour objectif d'apporter la paix, la stabilité et la prospérité économique dans la région. Or, c'est tout le contraire.

Maintenant que le Cachemire est un territoire de l'Union de l'Inde, sera-t-il encore traité séparément du reste de l'Inde avec une présence militaire massive et continue dans l'État ? Les arguments en faveur de l'intégration, de la paix et de la prospérité ne peuvent être défendus par la force brute.

Mais c'est exactement ce que le gouvernement Modi a accompli. En ce qui concerne le développement, qui investira dans une région fortement militarisée ?

Le nationalisme hindou

Quatrièmement, la révocation de l'article 370 a toujours fait partie du manifeste du Parti Bharatiya Janata (BJP). Essentiellement, l'intention du parti de révoquer l'article 370 est de réparer les torts causés aux pandits du Cachemire, la minorité hindoue qui a été ethniquement nettoyée au début de l'insurrection du Cachemire contre le gouvernement indien qui a débuté à la fin des années 1980. Bien que les pandits aient tout à fait le droit de demander une réinstallation, cette intention vise à atteindre l'objectif insidieux de créer un État majoritairement hindouiste.

La révocation des articles 370 et 35a permettra maintenant à tout Indien de résider dans l'État. Cela pourrait modifier considérablement la démographie en faveur de la majorité hindoue de l'Inde.

Le fait de ne pas inclure les musulmans cachemiris dans les délibérations et les discussions sur la question s'avérera coûteux et aura probablement des conséquences catastrophiques pour l'Inde. Il n'y a aucune raison pour les musulmans du Cachemire de faire à nouveau confiance à l'Inde. La violence, la rébellion et une guerre avec le Pakistan sont, selon toute vraisemblance, possibles dans un horizon proche en raison de la dernière action de l'Inde contre les Cachemiris.

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Ayesha Ray ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

Cinq façons de devenir un consommateur responsable

Les consommateurs veulent adopter le développement durable, mais ils ont quand même besoin d’être guidés. Shutterstock

La plupart des gens veulent consommer de manière responsable, mais ont du mal à prendre les mesures nécessaires.

Selon l’entreprise d’analyse de données Nielsen, le développement durable serait la toute dernière tendance en consommation. Sa recherche indique que les ventes de chocolat, de café, et de produits de bain qui se réclament « durables » augmentent beaucoup plus vite que leurs équivalents conventionnels. Et pourtant, seuls 0,2 pour cent des chocolats et 0,4 pour cent du café se vendent avec une certification environnementale.

Comment traduire ce buzz de consommation durable dans des gestes concrets? Pour trouver une réponse, notre groupe a analysé 320 articles académiques publiés dans les revues les plus en vue dans le domaine des comportements de consommation. Ce qui nous a permis d’identifier cinq pistes permettant de faire évoluer les consommateurs vers des choix durables: il s’agit de l’influence sociale, des habitudes, les gestes individuels, les sentiments et la raison, et les aspects tangibles.

L’influence sociale

L’humain étant un animal grégaire, ils suivra les actions des autres, surtout en matière d’éthique. Quand les gens apprennent que leur voisin utilise moins d’électricité qu’eux, ils abaissent leur consommation.

Faire isoler sa maison, colmater les fuites d’air, hausser le thermostat en été et le baisser en hiver permettent de réaliser des économiser d’énergie et de faire baisser la facture. Shutterstock

Mais qu’en est-t-il lorsque un comportement responsable reste à instaurer? Par exemple, comment convaincre d’installer des panneaux solaires si personne d’autre ne le fait dans le quartier? Un « ambassadeur de marque » peut s’avérer précieux. Les tenants de l’énergie solaire qui ont installé des panneaux dans leur propre demeure ont réussi à convaincre 63 pour cent de résidents supplémentaires à acquérir et installer ces panneaux.

Car le comportement éthique des autres peut faire école. Lorsque les étudiants en gestion d’une université ont appris que les étudiants en science de la même université compostaient davantage qu’eux, ils ont plus que redoublé d’efforts.

Les habitudes

Pour évoluer vers une nouvelle habitude « durable », il faut d’abord perdre ses mauvaises habitudes. Ce qui est plus facile lorsque surviennent de gros changements de vie, tels qu’un déménagement, un mariage, ou le début d’un nouveau travail. Une étude démontre qu’à la suite d’un déménagement, les gens ont réduit de moitié ou presque l'usage de leur véhicule.

Une autre stratégie consiste à pénaliser les comportements délinquants, plutôt que de récompenser les comportements vertueux. Il se peut cependant que les gens retournent à leurs mauvaises habitudes si la pénalité est supprimée alors que le nouveau comportement n’est pas encore entré dans les mœurs.

Faire ses courses différemment permet de réduire la quantité de déchets envoyés à la décharge. Shutterstock

Afin de développer de nouvelles habitudes, il faut rendre l’action responsable facile à maîtriser, fournir des rappels ponctuels, offrir des incitatifs afin de permettre au gens d’initier ces nouvelles habitudes, et fournir une rétroaction en temps réel sur une longue période. Un survol des techniques de rétroaction démontre que lorsque l’on partage une mesure de la consommation énergétique en temps réel avec des usagers, leur consommation d’électricité baisse de 5 à 15 pour cent.

Les gestes individuels

Le développement durable est plus séduisant quand une personne en perçoit les avantages, si par exemple on souligne ses effets bénéfiques pour sa santé, ou encore la qualité d’un produit. En souligner l’efficience fonctionne également. Quand les gens réalisent que leurs actions comptent, ils font des choix plus verts.

Être consistant est tout aussi important. On aime faire coïncider nos paroles et nos gestes. Un engagement environnemental peut faire boule de neige vers d’autres actions et changements au fil du temps. Par exemple, si on isole sa maison, on aura davantage tendance à en débrancher les appareils électriques avant de partir en vacances.

De même, les consommateurs s’attendent à ce que les entreprises fassent preuve de consistance. Une étude menée auprès d’un hôtel ayant fait un effort visible dans le sens de l’environnement (en offrant des articles de toilette compostables) et ayant demandé à ses clients de réduire leur consommation d’énergie, a amené ceux-ci à réduire leur consommation dans une proportion de 12 pour cent. En l’absence d’efforts visibles, cette demande a été jugée hypocrite et la consommation énergétique a augmenté.

Il faut également considérer la perception que l’on a de soi. Nous opérons des choix conditionnés par ce que nous sommes et ce que nous voudrions être. Une étude a établi que favoriser l’environnement est parfois ressenti comme étant une valeur « féminine », ce qui pourrait pousser certains hommes aux valeurs traditionnelles à s’en détourner. Par contre, en présentant le combat environnemental comme un moyen de protéger et préserver la nature sauvage, l’écart de perception entre les sexes disparaît.

Sentiments et raison

Nos décisions sont parfois prises à l’improviste, poussées par l’inspiration du moment. Et parfois nous ne décidons qu’après de longues délibérations. Pour communiquer le message environnemental, il faut tenir compte à la fois du coeur et de la tête.

Un consommateur est à la recherche de sentiments positifs, comme la joie, la fierté, et le doux sentiment que l’on éprouve à faire le bien. Si le choix durable est ludique, c’est pour celui-ci qu’on optera naturellement. À l’inverse, les émotions négatives telles la peur et la culpabilité peuvent s’avérer efficaces, à condition de s’en servir avec modération. Mais les messages exagérément émotionnels et culpabilisants agissent comme un repoussoir, et pourraient être volontairement ignorés, ou même produire l’effet inverse de celui escompté (effet de réactance psychologique).

S’il est important de partager auprès des consommateurs des informations exactes et de les éduquer, il faut les présenter de manière à ce qu’ils s’y intéressent. Une étiquette qui indique le nombre de watts consommés par chaque ampoule aura peu d’impact sur les choix de consommation, alors qu’en étiquetant de manière à indiquer le coût sur 10 ans, on a permis de quadrupler les achats d’ampoules éco-énegétiques qui sont passés de 12 à 48 pour cent du total des ventes. Les labels écolo-énergétiques bien conçus constituent un moyen idéal de communiquer sur la durabilité aux consommateurs.

Les aspects tangibles

En règle générale, les gens se préoccupent peu de conséquences abstraites et lointaines. Il est donc essentiel de rendre tangible le concept de développement durable.

On peut communiquer sur les impacts locaux ou de proximité des actions pro-environnementales. Par exemple, comment faune et flore locales sont-elles déjà affectées par les changements climatiques?

Des exemples concrets peuvent également aider. On sera plus ému par les photos de la fonte d’un seul glacier sur un an que par un graphique illustrant la fonte de tous les glaciers du monde.

Pour arrimer l’échelle temporelle des consommateurs à celle de l’environnement, il faut projeter les consommateurs dans l’avenir. Selon une étude ou l’on demandait au gens d’examiner leur héritage (comment désirez-vous que l’on se souvienne de vous?), les personnes interrogées ont augmenté de 45% leur contributions à des oeuvres caritatives environnementales.

Afin de maximiser le virage du développement durable, il faut utiliser plusieurs stratégies à la fois. Par exemple combiner la pression sociale et les aspects tangibles. Essayez cette tactique en petits groupes afin d’en évaluer les effets. Si ça ne marche pas. Essayez autre chose jusqu’à trouver la combinaison gagnante, et généralisez cette approche.

C’est en travaillant ensemble que nous pourrons combler le « déficit vert » et passer de l’intention à la pratique.

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The Conversation

David J. Hardisty a reçu des fonds du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, ainsi que du Environmental Defense Fund.

Katherine White a reçu des fonds du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Une version préliminaire de sa recherche a été financée par Sitra, le fonds d'innovation finnois.

Rishad Habib a reçu des fonds du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et a été conseiller de Better Eating International, une organisation à but non-lucratif.

Amour et désir sur internet: les hommes ne sont pas prêts à se faire draguer par les femmes!

Sur l’application de rencontre Bumble, ce sont les femme qui décident. Mais les hommes sont-ils prêts pour cela? Wiktor Karkocha/Unsplash

De nos jours, quand survient l’appel de l’amour, du désir et tout ce qu’on y trouve entre les deux, les applications de rencontre paraissent être le seul moyen de rencontrer de nouveaux partenaires et de nouer une idylle.

Ce n’est pas le cas, bien entendu, mais les réseaux sociaux et la culture de masse nous submergent de messages sur l’importance de cette approche en apparence facile et efficace. En me basant sur ma propre expérience ainsi que sur une perspective académique de la sexualité, du genre et du pouvoir, cet article examine ce qui se passe lorsque les applications de rencontre échouent à remplir leurs promesses.

De nature technophobe, je n’avais jamais envisagé l’usage d’une application de rencontre. Mais ayant épuisé toutes les autres avenues, je me suis surprise à choisir des photos et à écrire mon profil d’usagère. J’ai choisi l'application Bumble car la rumeur courait qu’on y trouvait davantage d'hommes que sur les autres plateformes, et par son design emblématique mettant en avant des femmes qui initient les rencontres. Se définissant comme « 100 pour cent féministe », l’approche singulière de Bumble a attiré plus de 50 millions d’usagers, créant un gros buzz.

En tant qu’anthropologue dans le domaine médical, je m’intéresse à la sexualité, au genre, et à l’historique médical des travailleurs du sexe, des communautés autochtones, et de gens atteints du virus du SIDA. Ce n’était aucunement dans mes intentions d’écrire au sujet de mes expériences socio-sexuelles, mais dès que j’ai débuté mon voyage exploratoire au pays de Bumble, les mots sont venus tout seuls. L’écriture m’a aidé à gérer des événements bizarres, et mes connaissances en anthropologie m’ont suggéré que mes observations étaient à la fois uniques et opportunes.

Mais qu’est-ce que Bumble? Qu’est-ce que ça nous apprend sur le féminisme et le genre dans la culture de rencontres contemporaine?

C’est l’abeille qui fait tout le boulot

Fondée en 2014, Bumble se démarque par sa signature féministe, qui donne le contrôle aux femmes et soulage les hommes de la pression de devoir initier la conversation. Dans l’entrevue publiée dans Esquire en 2015, la PDG et cofondatrice de Bumble, Whitney Wolfe Herd, a expliqué qu'elle s'était inspirée du syndrome de la reine des abeilles :

“Chez les abeilles,, il y a une reine. C’est la femme qui décide et c’est une communauté réellement respectueuse. Tout fonctionne autour de la reine et des autres abeilles travaillant ensemble. C’est très fortuit.”

Mais une ruche, c’est moins une sororité qu’un système injuste basé sur le genre. De la même façon que les abeilles travailleuses se tapent le gros du travail en prenant soin des larves et de leur ruche, les femmes « Bumble » décident de l’approche initiale en lançant invitation après invitation aux candidats potentiels. Les hommes « Bumble », tout comme les faux bourdons, attendent patiemment qu’on les contacte.

Tout comme les abeilles travailleuses, ce sont les femmes qui font tout le travail sur Bumble. Courtesy of Bumble

Au cours des cinq mois que j’ai passés sur Bumble, j’ai écrit 113 introductions distinctes, chacune d’entre elles impliquant non seulement du travail mais bien un saut dans l’inconnu. En voici deux exemples:

Salut X! J’aime vos photos, elles sont séduisantes et intéressantes. Ça doit être gratifiant d’être un coach personnel et d’aider les gens à atteindre leurs objectifs…

Hé! X. Tes photos sont sexy… Veux-tu qu’on entre en contact?

Va-t-il répondre? Vais-je lui plaire? Le fait de me mettre ainsi en avant ne m’a pas donné le sentiment de maîtriser la situation. Je me suis plutôt sentie fragilisée.

Bien sûr, il y a bien eu des moments d’excitation passagère, mais la plupart de temps, je l’ai passé à me demander s’ils allaient me répondre. Le taux de réponse a été de l’ordre de 60 pour cent, et je n’ai rencontré que dix hommes en cinq mois, avec un taux de « réussite » de neuf pour cent…

De ces dix rencontres, j’en ai noté quatre de très bonnes à excellentes, trois d’assez mauvaises, et trois quelque part entre les deux, genre pas terrible, mais pas envie de récidiver. Comme ce mec séduisant dont les bras me piquaient (car il se les rasait) et qui m’a fait valser dans ma salle à manger, tout en étant incapable de lacer ses souliers à cause de ses pantalons trop serrés! Ou celui qui me jurait mesurer 5’6", alors qu’il ne faisait pas, mais alors vraiment pas cette taille là…

La bulle du pouvoir au féminin

Mon voyage en amours numériques n’a pas été cette expérience libératrice et efficace à laquelle je m’attendais. L’écart entre le récit ensoleillé de Bumble et mes rencontres orageuses découle du caractère démodé du féminisme promu par l’application.

Le modèle de la-femme-qui-se-prend-en-main présuppose que nous vivons dans une bulle de pouvoir au féminin. Elle ne prend pas en compte le ressenti des hommes lorsqu’il s’agit d’adopter un mode passif en matière de rencontre. Cela crée des tensions entre les usagers. J’ai appris à mes dépens que malgré les avancées du féminisme, bien des hommes sont mal à l’aise lorsqu’ils doivent attendre qu’on les approche.

Certains hommes membres de Bumble envisagent le parti pris de l’application tel un hold-up qui permet aux femmes de s’arroger un droit qui leur appartient. Beaucoup d’entre eux ont émis des critiques nous accusant de nous comporter « comme des hommes », et j’ai été harcelée, sujette à des propos sexuels dégradants, ainsi qu’exposée à un langage violent par des hommes qui m’en voulaient, ou qui détestaient ce que je représente en tant que féministe.

J’en ai eu la confirmation par plusieurs des hommes rencontrés, qui voulaient discuter de leur malaise par rapport au pouvoir socio-économique et à l’initiative des femmes en matière de sexualité. Cela ne m’a pas seulement choquée, mais a nui à ma capacité d’établir des rapports significatifs par l’intermédiaire de Bumble.

Les mouvement #MeToo et Time’s Up continuent de souligner le chemin qu’il nous reste à parcourir avant d’atteindre l’égalité des genres. Mon parcours sur Bumble confirme hélas cette triste vérité, comme le font d’autres études traitant de la complexité des relations et des jeux de pouvoir entre les genres sur les applications de rencontre.

Faire usage d’une application de rencontre féministe dans un monde patriarcal, c’est compliqué et fascinant à la fois, en ce que cela révèle sur la sexualité, le genre, et le pouvoir à l’âge numérique. L’application Bumble doit faire une sérieuse mise à jour si elle veut vraiment encourager les femmes tout en faisant une place aux hommes, afin d’aboutir à des rencontres plus riches.

Je voudrais suggérer que l’on enlève les mentions « elle cherche » et « il attend » afin que les deux parties puissent se contacter dès qu’il y a compatibilité. On pourrait également proposer un questionnaire sur l’égalité des genres et le féminisme avant de mettre les participants en contact. Les rencontres numériques se feraient dans un fouillis équitable au lieu d’une cloche de verre.

Autre idée: Bumble devrait rafraîchir son récit afin de soutenir les désirs des femmes et une diversité de rôles, de façon à susciter plus d’acceptation chez les hommes. L’ajout d’un forum d’usagers pourrait permettre aux participants de partager leurs expériences de rencontres de façon sécuritaire et engageante.

Personnellement, je pense que plutôt que de dépendre exclusivement d’applications de rencontre, il vaut mieux combiner plusieurs méthodes. Cela signifie d’avoir le courage de suivre nos élans, que ce soit à l’épicerie, dans une exposition, ou dans le métro. C’est peut-être terrifiant, mais tellement plus excitant que de faire défiler un écran. Tentez votre chance!

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The Conversation

Treena Orchard a reçu des fonds des Instituts de recherche en santé du Canada pour des recherche antérieures.

Il était une fois... Leonardo DiCaprio

Dans Once Upon a Time...in Hollywood, Leonardo DiCaprio incarne Rick Dalton, un acteur sur le retour. © 2019 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH / Sebastian Reuter / Adam Berry / Getty Images for Sony Pictures /Madeleine Eger

Le film est sorti hier sur nos écrans français : Once Upon a Time… in Hollywood qui a été présenté lors du dernier Festival de Cannes marque la seconde collaboration entre deux artistes oscarisés : le réalisateur Quentin Tarantino, qui partagea la statuette dorée du meilleur scénario en 1995 avec Roger Avary pour Pulp Fiction, et le comédien Leonardo DiCaprio qui fut, « enfin » diront certains, adoubé en 2016 pour son rôle de Hugh Glass dans The Revenant, le survival d’Alejandro González Iñárritu.

Once Upon a Time…in Hollywood, dixième film de Quentin Tarantino fait jouer deux de ses anciens collaborateurs: Brad Pitt qu'il dirigea dans Inglourious Basterds, et qui apparaissait dans le film de Tony Scott adapté de son scénario True Romance; et Leonardo DiCaprio, principal protagoniste de Django Unchained.

Que dire de la carrière de cet acteur surdoué ? D'abord, qu'elle mit plusieurs décennies à être reconnue par l’Académie des Oscars, bien que riche de nombreux films cultes à l’instar de Gilbert Grape ou Titanic. Puis, qu'elle demeure une énigme : on y perçoit différentes marques, concernant l’impact artistique d’un comédien : conforme aux valeurs esthétiques de son époque d’activité pour ne pas dire « belle gueule »; un professionnalisme apportant pour chacun de ses rôles une véritable authenticité à l’écran; des choix parfois osés bien que rarement à contre-courant et enfin une véritable image de marque à défendre.

La fabrique à Oscars

L’Oscar du meilleur acteur, décerné depuis 1929, et l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, décerné depuis 1937, sont deux récompenses attribuées chaque année par l’Académie des Oscars à des comédiens de sexe masculin. Aujourd'hui ce genre de récompense peut être sujet à débats, en raison des questionnements actuels vis-à-vis du genre : pourquoi ne pas laisser concourir dans une même catégorie des artistes de genres différents? En 2014, Jared Leto gagnait l'oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour celui d'une femme transgenre. L'intitulé “Meilleur.e interprète dans un rôle féminin” aurait été bien plus approprié. En attendant, force est de constater que certains archétypes d'un autre genre demeurent depuis 90 ans quant aux lauréats des précieuses statuettes.

Qu’il s’agisse de Lionel Barrymore en avocat alcoolique dans A Free Soul (Clarence Brown, 1931), Paul Muni en Louis Pasteur dans The Story of Louis Pasteur (William Diterle, 1936), Laurence Olivier dans le rôle-titre de Hamlet (Laurence Olivier, 1948), Marlon Brando en boxeur retiré et docker criminel dans On The Waterfront (Elia Kazan, 1954), Jack Nicholson en illuminé meurtri dans One Flew Over the Cuckoo’s Nest (Milos Forman, 1975), Dustin Hoffman en génie autiste dans Rain Man (Barry Levinson, 1988) ou encore Tom Hanks remportant successivement la récompense pour son rôle d’avocat homosexuel atteint du sida dans Philadelphia (Jonathan Demme, 1993) et de jeune homme simplet dans Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994), l’existence d’archétypes prompts à être récompensés sitôt qu'un acteur les incarne à l’écran sonne comme une évidence. Et cette liste n’est pas exhaustive. Personnages en souffrance physique, mentale, sociétale, voir les trois à la fois, personnalités historiques ou encore rôles cultes issus de la littérature classique constituent les profils types des rôles oscarisables dans la catégorie du meilleur acteur. Cela s’applique également à la meilleure actrice. Et la récompense pour le meilleur second rôle demeure tout aussi balisée.

Une consécration pour celui qui fut boudé par l'Académie des Oscars, bien que nommé pour The Wolf of Wall Street (2014), Blood Diamond (2007), Aviator (2005) et Gilbert Grape (1994).

De Walter Huston en vieil aventurier comique dans The Treasure of the Sierra Madre (John Huston, 1948) au policier colérique et avide de justice campé par Sam Rockwell dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (Martin McDonagh, 2017) en passant par Jared Leto en femme transgenre junkie dans Dallas Byers Club (Jean‑Marc Vallée, 2013) et Joe Pesci en mafieux hors de contrôle dans Goodfellas (Martin Scorsese, 1991), l’Oscar du meilleur second rôle masculin a souvent été attribué à des acteurs incarnant des personnages hors-normes, tranchant souvent avec le caractère du principal protagoniste, et offrant une véritable diversité dans le champ culturel des œuvres en compétition. À noter cependant que Quentin Tarantino peut se targuer d’avoir permis à Christoph Waltz de récolter deux fois l’Oscar pour un même second rôle : son incarnation du colonel SS Hans Landa (Inglourious Basterds, 2009) et du dentiste King Schultz (Django Unchained, 2012) se différencient vis-à-vis de leur position quant à la morale du film, mais demeurent strictement les mêmes dans l’intonation et la gestuelle. Aux vues de ce type de constat, on peut se demander où se situe la filmographie de Leonardo DiCaprio.

L’après Titanic ou comment nager à contre-courant

Luttant en pleine nature après avoir été massacré par un ours furieux à l’instar de ces nombreux personnages que la vie a mis plus qu’en difficulté et dont l’impact culturel fut auréolé de la fameuse statuette, Leonardo DiCaprio obtient son Oscar en 2016 pour The Revenant. Dans le film, un plan épaule tout particulier montre Hugh Glass regarder fixement la caméra, comme s’il brisait le quatrième mur et adressait de façon mutique une ultime requête aux spectateurs et spectatrices : « Regardez comme je souffre, regardez comme j’ai froid, comme je meurs de faim et de fatigue : je le mérite mon Oscar bon sang ? ! ».

Mêlant le contexte des guerres indiennes au chemin de croix du trappeur Hugh Glass mis en lumière par Michael Punke dans l'ouvrage éponyme, The Revenant permet à DiCaprio d'incarner un homme seul face à la férocité de la nature et à la folie de ses semblables. Un véritable rôle à Oscar, finalement.

Fresque épique autour de la conquête des terres du Nord, The Revenant est un film qui brille, non seulement par son écriture et sa réalisation, mais également par l’incarnation de son principal protagoniste. Leonardo DiCaprio est un acteur investi dans chacun de ses rôles, allant parfois à l’encontre de son mode de vie : ne consommant pas de chair animale, il en a pourtant dévoré face caméra pour les besoins d’une scène de survie, à l’instar d’un Choi Min-sik qui, végétarien, n’a pas hésité à mâcher trois poulpes vivants pour l’une des scènes emblématiques du film Old Boy du cinéaste coréen Park Chan-wook.

“Je veux manger quelque chose de vivant”: cette réplique d'Old Boy renvoie à la nature profondément sauvage des personnages désireux de survivre, tout comme celui de The Revenant.

Au-delà de ce rôle et de sa récompense, la carrière du comédien fut impactée par deux rôles qui, ces dernières années, sont allés à contre-courant de son statut de bellâtre engagé et qui auraient largement pu être salués par ce fameux Oscar. En premier lieu, Django Unchained de Quentin Tarantino (2012) qui, comme dit précédemment, a valu la récompense à un Christoph Waltz opérant une redite de son rôle dans le précédent film du cinéaste hyperactif.

Scène iconique de Django Unchained dans laquelle l'antagoniste interprété par DiCaprio se lance dans un monologue sur sa vision des afro-américains. L'acteur s'est véritablement ouvert la main en frappant sur la table et la scène a été gardée lors du montage final.

Dans le long métrage, DiCaprio incarne un esclavagiste colérique et infantile répondant au nom de Calvin Candie, patronyme en référence non seulement à son comportement de gamin gavé de sucre, mais aussi aux jelly beans qu’il dévore par paquets. L’acteur a joué les amoureux dramatiques, les aviateurs mégalomanes (oscarisable, d’ailleurs) et les rebelles en tout genre, mais jamais un antagoniste aussi affreux, sale, raciste et méchant. Le personnage est un monstre historique dont la mise à mort est précalculée pour faire exulter le public conditionné depuis le début du film pour le haïr.

DiCaprio incarne un rôle qu'il n'aurait pas pu décrocher au sortir de Romeo + Juliet, lui qui avait décliné celui du yuppie cocaïnomane et psychopathe d’American Psycho et la tête d’affiche de Boogie Nights, la fresque de Paul Thomas Anderson sur l’industrie du porno. Le rôle de Candie est véritablement à contre-courant et, s’il n’était pas nécessairement récompensé, méritait davantage d’être nommé plutôt que celui, bien que sympathique, de Christoph Waltz dans la même œuvre.

Dans The Wolf of Wall Street, DiCaprio incarne Jordan Belfort, second rôle d'escroc notoire de sa carrière après Catch Me if you Can de Steven Spielberg. Intéressant qu'une chaîne YouTube de marketing partage cette scène en la titrant comme “inspirante”…

Un an plus tard, c’est sous la houlette de son cinéaste de cœur, Martin Scorsese, que le comédien se retrouve en compétition pour The Wolf of Wall Street, sorti en 2013. Face à lui, c’est Matthew McConaughey qui l’emporte avec Dallas Buyers Club, confirmant la règle selon laquelle, quel que soit le rôle endossé et la maestria avec laquelle il est interprété, c’est bien les compétiteurs qui font face à l’acteur lors de la même cérémonie qui décident de qui l’emportera.

Pourtant, l’adaptation sur grand écran de l’ouvrage autobiographique du courtier Jordan Belfort est une fois de plus un rôle à contre-emploi pour DiCaprio : il y incarne un personnage réel (oscarisable) ayant subi les affres de l’existence (oscarisable) et donnant en conclusion du long métrage d’environ trois heures (oscarisable) une leçon de morale (oscarisable) tout en se comportant à l’antithèse de ce qui fait sa personnalité publique.

Le roi Leo

L’antihéros du film de Scorsese est capitaliste à outrance, misogyne, passablement raciste, complètement drogué, accro aux festivités mondaines et se vante d’être particulièrement malhonnête. Mais ce qui fait le sel de l’interprétation de Leonardo DiCaprio, c’est bien la joyeuse malice avec laquelle il se laisse aller à la comédie, genre qu’il n’a que très peu voire pas du tout exploré depuis ses débuts : grimaçant, beuglant et gesticulant dans tous les sens, il fait preuve d’une justesse imparable pour ne pas tomber dans le cabotinage. Pourtant, l’Oscar lui échappe, un résultat qu’il est possible d’imputer à l’immoralité du personnage incarné qui, s’il est conforme à une certaine dénonciation du capitalisme, ne joue pas nécessairement la carte de la sympathie vis-à-vis d’une Académie sans doute désireuse de voir quelques modèles à suivre chez ses lauréats.

La scène des Lemmon de The Wolf of Wall Street est devenue instantanément culte: la prise de médicaments périmés par les personnages de Leonardo DiCaprio et Jonah Hill donne lieu à un moment d'anthologie dans lequel les protagonistes souffrent de démence et de paralysie, enchainant gag sur gag au plus grand dam de leur entourage.

Que retiendra-t-on de Leonardo DiCaprio ? Une carrière précoce au côté de Robert De Niro dans This Boy’s Life en 1993, une consécration publique avec Titanic de James Cameron, une confirmation totale au travers de ses multiples collaborations avec Martin Scorsese dont Aviator fut en 2004 l’un des plus beaux exemples ainsi qu’une tendance à étoffer son catalogue de rôles en s’aventurant dans des contrées éloignées de l’ordre et de la morale. En définitive, qu’il soit un acteur acclamé pour ses prestations ou ses engagements civiques, celui qui refusa le pseudonyme américanisé de Lenny Williams demeure une valeur sûre du box-office sans pour autant sacrifier ses doléances artistiques prouvant par là même que, bien qu’il permette d’ajouter quelques zéros à son salaire, l’Oscar n’est pas nécessairement une fin en soi.

Une caricature signée Clément Osmont (Leitmotion - Musique de films) lors de la remise des Oscars.
The Conversation

Guillaume Labrude ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

Les universitaires sont de gros émetteurs de gaz à effet de serre. Voyagent-ils trop?

Les chercheurs sont friands de déplacements à l'étranger. Or, les transports contribuent de façon importante aux émissions globales de gaz à effet de serre. Shutterstock

Un article paru récemment dans la revue Science a fait grand bruit dans le milieu universitaire: il relate le cas de la professeure Kim Cobb, du Georgia Institute of Technology.

La chercheuse spécialisée en science du climat a calculé qu’en 2017, elle avait parcouru près de 200 000 km, surtout pour participer à des conférences – soit l’équivalent de 10 allers-retours Montréal-Beijing, ou cinq fois le tour du monde ! Elle s’est donc questionnée sur l’impact environnemental de ses activités professionnelles et a réduit de 75 pour cent la distance parcourue en avion l’année suivante.

Bien que son cas soit extrême, Kim Cobb ne fait pas exception. Les chercheurs universitaires sont souvent appelés à voyager pour participer à des conférences, des réunions, des comités ou pour effectuer des travaux de recherche. Une enquête que nous avons réalisée parmi les professeurs de l’Université de Montréal a permis de déterminer que ceux-ci parcourent en moyenne 33 000 km par année dans le cadre de leurs activités professionnelles, majoritairement par avion. Les stagiaires postdoctoraux et les étudiants aux cycles supérieurs voyagent aussi dans le cadre de leurs travaux de recherche et pour présenter leurs résultats, à raison de 13 600 km et 5 900 km par personne, respectivement.

Un impact environnemental non négligeable

Tous ces kilomètres parcourus pour la science laissent des traces. Les transports contribuent de façon importante aux émissions globales de gaz à effet de serre, qui sont en grande partie responsables du dérèglement climatique actuel. Le transport aérien contribue à lui seul pour près de 2 pour cent des émissions annuelles globales de dioxyde de carbone (CO₂) en plus d’émettre de nombreux autres polluants nocifs à la fois pour la santé et l’environnement. C’est aussi une des sources de CO₂ qui croissent le plus rapidement dans le monde : les émissions dues à l’aviation ont augmenté de plus de 75 pour cent entre 1990 et 2012, et elles continuent de croître à un rythme effréné.

Un congrès de cardiologues à Mannheim, en Allemagne. Tous ces kilomètres parcourus pour la science contribuent de façon importante aux émissions de gaz à effet de serre. Shutterstock

À l’échelle individuelle, le Canadien moyen émet, par sa consommation de biens et services, environ 13 tonnes de CO₂ par an. Or, à elles seules, les émissions résultant du transport aérien des professeurs de l’Université de Montréal atteignent en moyenne 11 tonnes de CO₂ annuellement par personne. Pour rester dans la moyenne canadienne des émissions, les chercheurs devraient donc réduire pratiquement à néant les émissions produites dans les autres sphères de leur vie, incluant leur alimentation, leur consommation d’énergie et leurs transports quotidiens – mission presque impossible.

Si l’on compile le CO₂ généré par tous les déplacements reliés à la recherche pour l’Université de Montréal (chercheurs, stagiaires postdoctoraux et étudiants aux cycles supérieurs), ceux-ci sont responsables de près de 40 % de toutes les émissions de CO₂ de l’université, un calcul qui tient compte de la consommation d’énergie sur le campus, des déplacements quotidiens du personnel et des étudiants, et de la production de la nourriture vendue sur le campus, entre autres.

Le cas de l’Université de Montréal n’est toutefois pas unique. D’autres universités, comme l’Université McGill ou l’Université de la Colombie-Britannique, ont fait cet exercice. Les résultats varient, mais une constante subsiste : les déplacements reliés à la recherche sont nombreux et responsables de l’émission d’une quantité importante de CO₂.

Pourquoi tous ces déplacements

Les chercheurs ont plusieurs raisons de voyager, mais la raison principale est liée à la présentation des résultats de recherche : 67 pour cent des voyages effectués par les répondants de l’Université de Montréal avaient pour but de participer à des conférences ou des séminaires, alors que 18 pour cent permettaient la tenue de travaux de recherche, le reste étant liés à des réunions, des comités ou autres rencontres.

Ces activités sont prisées par les universités et les organismes subventionnaires, qui valorisent le rayonnement international de la recherche. Cette internationalisation ne se limite toutefois pas aux chercheurs : les universités cherchent de plus en plus à recruter des étudiants étrangers et favorisent les échanges internationaux chez leurs propres étudiants, ce qui a aussi un impact environnemental non négligeable.

Une conférence scientifique à Varsovie, en Pologne. Les voyages sont prisées par les universités et les organismes subventionnaires qui valorisent le rayonnement international de la recherche. Shutterstock

Des déplacements rentables

Une question demeure : tous ces déplacements sont-ils rentables scientifiquement ? Le débat a été lancé en début d’année par des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique, qui ont évalué la productivité scientifique des chercheurs en fonction de la fréquence de leurs déplacements en avion. Le raisonnement est simple : plus les chercheurs voyagent, plus ils étendent leurs réseaux, plus ils disséminent leur recherche, plus ils ont du succès.

Les résultats surprennent : le nombre de voyages effectués n’influencerait que très peu la productivité des chercheurs. Une hypothèse qui pourrait expliquer ces résultats est que les chercheurs qui voyagent beaucoup auraient moins de temps pour effectuer leurs travaux de recherche et rédiger des articles pour les revues scientifiques. Autre constat : 10 pour cent des voyages rapportés auraient été faciles à éviter, puisqu’il s’agissait de voyages de moins de 24 heures qui auraient pu se tenir par vidéoconférence ou dont la distance ne justifiait pas un voyage en avion.

Existe-t-il des solutions ?

Certains chercheurs, comme Kim Cobb, ont opté pour un engagement clair visant à réduire leurs déplacements. Plusieurs, en particulier des spécialistes du climat, sont signataires de l’initiative No Fly Climate Sci, où ils s’engagent à voyager moins par avion entre autres en limitant leur présence à des conférences internationales pour favoriser des conférences régionales.

Certaines institutions ont également pris les devants. Par exemple, l’Université de Californie à Los Angeles exige une contribution de tous les chercheurs voyageant en avion pour compenser les émissions de CO₂ de leurs déplacements. D’autres, comme le Centre Tyndall pour la Recherche sur les Changements Climatiques en Angleterre, ont établi des règles claires pour valoriser les rencontres à distance, utiliser un autre mode de transport lorsque c’est possible, et combiner différentes activités professionnelles à l’intérieur d’un même voyage.

À l’Université de Montréal, pour l’instant, il n’existe aucune politique pour réduire les impacts environnementaux des déplacements académiques. Bien que plusieurs chercheurs interrogés souhaitent réduire leurs émissions, deux enjeux ont été soulevés par nos répondants : (1) la difficulté de payer pour la compensation carbone à même leurs fonds de recherche en raison des règles des organismes subventionnaires, qui ne permettent souvent pas ce type de dépense; (2) le manque d’accessibilité à des systèmes de vidéoconférence.

Enfin, il faut se demander si tous les chercheurs ont la même responsabilité ou la même capacité à réduire leurs émissions, ce qui renvoie à des questions d’équité. Par exemple, les chercheurs qui proviennent de la Nouvelle-Zélande ou de l’Australie peuvent difficilement trouver des moyens de transport alternatifs vers des destinations internationales. C’est le cas aussi des chercheurs qui proviennent de pays en développement qui ont avantage à présenter leurs résultats dans des conférences européennes ou nord-américaines. Les déplacements sont aussi essentiels pour les chercheurs en début de carrière qui doivent étendre leur réseau de contacts pour sécuriser un emploi permanent ou pour ceux dont les travaux de recherche nécessitent une présence sur le terrain.

Bref, les impacts environnementaux des voyages académiques sont connus. Les solutions aussi. C’est aux institutions de déterminer maintenant comment les adapter à leurs réalités et aux chercheurs de les adopter.

The Conversation

Julie Talbot a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies.

Julien Arsenault a reçu du financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Les éléphants sont nos alliés dans la lutte contre le changement climatique

Les éléphants de forêts africains sont en voie d’extinction rapide. Si nous le protégeons, nous combattrons également le changement climatique. Shutterstock

L’extinction des éléphants de forêt d'Afrique pourrait aggraver le phénomène du réchauffement climatique. C’est ce qu’on peut apprendre d’une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Geoscience qui relie l’alimentation des éléphants à une augmentation de la capacité des forêts à stocker le carbone.

La mauvaise nouvelle, c’est que l'éléphant de forêt d'Afrique - plus petit et vulnérable que son cousin mieux connu, l’éléphant de brousse - est en voie d’extinction rapide. Si nous continuons à permettre son extermination, nous empirerons également le climat. La bonne nouvelle, c’est qui si nous le protégeons, nous combattrons également le changement climatique.

Ces pachydermes sont des animaux fascinants, et cela fait plus de 15 ans que je les observe. Ils sont intelligents, sensibles, et profondément sociables. Mais ce qu’il y a de plus remarquable chez eux, c’est assurément leur taille. C’est pour se protéger des prédateurs tels que lions et tigres qu’ils ont fait le pari d’évoluer jusqu’à atteindre cette taille dissuasive, même si elle reste plus petite que celle des éléphants de brousse.

En contrepartie, ils sont devenus esclaves de leur appétit. Les éléphants ont besoin d’une quantité massive de nourriture au quotidien, aux alentours de 5 10 pour cent de leur masse corporelle. Une femelle typique pesant trois tonnes peut manger 200 kg de matière végétale en une seule journée. Et pour une famille, le total peut dépasser une tonne par jour.

Les régions ou l’on trouve des éléphants de forêt d'Afrique sont indiquées en vert clair. Le Gabon, sur les côtes d’Afrique centrale, en compte le plus grand nombre. IUCN / u/DarreToBe, CC BY-SA

Ce n’est guère facile de trouver autant de nourriture, surtout dans la forêt tropicale humide, car les plantes qu’on y trouve contiennent de fortes teneurs en toxines afin d’éviter d’être mangées. Les éléphants passent leur vie à manger et à chercher à manger. Ce sont de véritables « estomacs sur pattes ». Les éléphants de forêt d'Afrique apprécient tout particulièrement les arbustes, les jeunes arbres, et les plantes qui poussent dans les nouvelles clairières en forêt. Ces nouvelles pousses croissent rapidement à la suite d’une perturbation et produisent moins de défenses chimiques. La densité de leur bois est également plus faible que celle des espèces d’arbres qui poussent plus lentement.

La façon dont les éléphants se nourrissent est tout aussi remarquable. Ils brisent d’abord les tiges et les branches, arrachent les lianes, déterrent entièrement les plantes, séparent les feuilles de leurs brindilles, etc. On remarque facilement leur passage car ils laissent un gros fouillis derrière eux.

L’impact des perturbations causées par les éléphants sur les réserves de carbone

Le nouvel élément clé de l’étude présentée par l’écologiste Fabio Berzaghi et ses collègues est l’inclusion de l’effet des perturbations causées par les habitudes alimentaires des éléphants dans un modèle informatique qui simule des processus démographiques dans l’écosystème des forêts. C’est une première. Les chercheurs ont découvert que les « perturbations des éléphants » - c’est à dire le fouillis qu’ils laissent derrière eux - a pour effet de laisser derrière eux moins d’arbres, mais de plus grande taille.

Les éléphants choisissent les arbres de densité faible, et de ce fait favorisent la dominance d’arbres matures, ce qui à terme résulte en une augmentation de la biomasse. Berzaghi et ses collègues ont réussi à valider les prévisions de leur modèle grâce aux données récoltées sur des parcelles forestières situées dans le bassin du Congo.

Les éléphants de forêt d'Afrique sont plus petits que leurs cousins vivant dans la savane, leurs défenses sont plus droites, et leurs oreilles de formes différentes. Sergey Uryadnikov / shutterstock

En évitant les arbres les plus grands et denses, les éléphants permettent à la forêt de capturer plus de carbone. Ces résultats sont lourds de conséquences, tant pour la préservation des éléphants que pour les politiques à adopter en matière de carbone. Les auteurs estiment que la disparition de ces pachydermes entraînerait une perte de l’ordre de 7 pour cent des stocks de carbone dans les forêts de l’Afrique centrale, soit un coût estimé de l’ordre de 43 milliards de dollars US en mesures de remédiation (sur la base d’un prix conservateur pour le carbone).

Bref, les éléphants de forêt sont nos amis dans la lutte contre le réchauffement climatique, et leur existence nous épargne des dizaines de milliards en remédiation.

Ils pourraient bientôt disparaître…

La situation des éléphants de forêt d'Afrique est particulièrement critique. Alors qu’on en dénombrait des millions, leur nombre se situe désormais à moins de 10 pour cent de leur potentiel. Durant la décennie 2002 à 2011, près de 62 pour cent des élépahnts auraient été abattus. Ceci serait principalement le résultat du braconnage afin de satisfaire à la demande asiatique pour l’ivoire, ainsi qu’à l’empiétement des humains sur leur habitat. Quelle tristesse que ce massacre qui est aussi un désastre écologique…

Action d’atténuation du changement climatique en République centrafricaine. GUDKOV ANDREY / shutterstock

La communauté scientifique reconnaît dans son ensemble que les éléphants de brousse (Loxodonta africana) et de forêt (L. cyclotis) sont des des espèces distinctes. Cependant, en raison de défis d’ordre pratique (comme par exemple une grande population hybridée), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui suit les espèces menacées, les a groupés. Le problème, c’est que la grande population d’éléphants de brousse dissimule la diminution draconienne du nombre de leurs cousins de la forêt.

Berzaghi et ses collègues soulignent l’importance de reconnaître les éléphants de forêt en tant qu’espèce distincte. Cela leur donnerait une place séparée sur la liste rouge de l’UICN. Ils seraient probablement classifiés « espèce menacée » - ce qui déclencherait des interventions et une importante réglementation.

Protéger les éléphants aide à combattre le réchauffement climatique

Berzaghi et ses collègues nous ont montré que les éléphants de forêts sont au service de l’écosystème en contribuant à la stabilité du climat dont nous bénéficions tous, y compris vous et moi qui ne mettrons jamais les pieds en Afrique centrale. Si nous sommes bénéficiaires du travail de conservation des éléphants, nous devrions également être responsables de ce travail. Les sociétés les plus affluentes doivent assumer une plus grand part de responsabilité afin de protéger les éléphants et autres espèces de la biodiversité tropicale dont nous sommes les légataires.

Nous avons beaucoup appris durant cette dernière décennie sur l’importance des éléphants et autres gros animaux dans le fonctionnement des écosystèmes. Il est temps d’utiliser ces connaissances. Berzaghi et son équipe ont fait la preuve de la corrélation entre une seule espèce et son impact climatique à l’échelle mondiale.

Tel qu’indiqué précédemment, nous, êtres humains, assassinons les éléphants et détruisons notre planète. La bonne nouvelle est que nous pourrions coordonner nos efforts et combattre le changement climatique en protégeant et en repeuplant les éléphants de forêts et leur habitat. Il s’agit d’un choix à faire qui me paraît évident.

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The Conversation

Ahimsa Campos-Arceiz a reçu des fonds de divers organismes gouvernementaux et fondations privées tels que Yayasan Sime Darby, Yayasan Hasanah, Wildlife Reserves Singapore, US Fish & Wildlife Services et quelques autres. Il est membre du Groupe de spécialistes des éléphants d'Asie de l'UICN.

VSD placé en redressement judiciaire

Georges Ghosn - Copie d'écran
Georges Ghosn - Copie d'écran
Le magazine VSD a été placé en redressement judiciaire pour une période de six mois le 6 août. Cette procédure de sauvegarde du journal intervient à peine plus d'un an après la reprise du magazine du groupe Prisma par le Libanais, aventurier de la presse, Gorges Ghosn. En juin 2018, le SNJ-CGT avait reproché à Prisma « de céder le titre à un fossoyeur, bien connu du milieu des médias, afin de ne pas le fermer et de ne pas avoir à assumer les conséquences d'un plan de sauvegarde de l'emploi. » Selon le syndicat, l'hebdomadaire a été cédé pour un euro symbolique, Prisma ayant en outre versé « près de 2 millions au nouveau propriétaire » afin que ce dernier puisse, entre autres, financer les clauses de cession des journalistes. Plusieurs sources disent se réjouir qu'un administrateur indépendant se penche enfin sur les comptes, car les ventes (environ 90.000 exemplaires chaque mois) devraient normalement permettre à VSD d'être à l'équilibre, voir de gagner de l'argent.

La Terre est plate

Et les violences policières n’existent pas

Peut-on fixer un seuil acceptable, légitime, de l’usage de la force publique ? À partir de quel niveau de violence, les forces de l’ordre mandatées par l’exécutif, deviennent-elles une bande de simples voyous ?

Les photos prise depuis l'espace le prouvent... - D.R.

Une chose est certaine, pour répéter comme ils le font, qu’il n’y a pas de violences policières en France, Emmanuel Macron, Édouard Philippe et Christophe Castaner ont, eux, fixé un seuil. Et pour eux, ce seuil n’est pas dépassé. Point barre. Mais cela reste flou. Seule certitude, le chiffre qui permettrait au trio de choc de l’exécutif de dire qu’il y a peut-être quelques violences policière se situe au delà de deux morts, de 315 blessures à la tête, de 24 personnes éborgnées et de 5 mains arrachées.

« La guerre c’est la paix ». « La liberté c’est l’esclavage ». « L’ignorance c’est la force ». Autant de phrases du roman 1984 que l’exécutif pourrait faire siennes. Ainsi, la France, répondant à l’ONU, expliquait-elle sans s’étouffer que :

« les forces de l’ordre déployées lors d’une manifestation le sont avant tout pour protéger la sécurité des manifestants. A ce titre, il faut rappeler que le lanceur de balles de défense (LBD) n’est pas utilisé en cas de manifestation, mais uniquement en cas d’attroupement, c’est à dire en cas de manifestation ayant dégénéré (aux termes du premier alinéa de l’article 431-3 du code pénal : « constitue un attroupement tout rassemblement de personnes sur la voie publique ou dans un lieu public susceptible de troubler l’ordre public »). A aucun moment le LBD n’est utilisé à l’encontre de manifestants même véhéments, si ces derniers ne commettent pas de dégradations. Mais alors, il ne s’agit plus de manifestants, mais de participants à un...

Technologies digitales : qu'en pensent vraiment les jeunes ?

Les jeunes face à leur téléphone. DisobeyAr/Shutterstock, CC BY-SA

Alors que les technologies digitales facilitent la croissance à la fois des organisations établies et émergentes, les facettes plus sombres de l'économie digitale commencent à émerger. Au cours des dernières années plusieurs pratiques peu éthiques ont été révélées, y compris la saisie et l'utilisation des données des consommateurs, des activités anticoncurrentielles, et des expériences sociales secrètes.

Mais que pensent de ce développement les jeunes qui ont grandi avec internet? Notre projet de recherche auprès de 400 natifs numériques de 19 à 24 ans, montre que cette génération aussi appelée _GenTech_pourrait bien être celle qui renverse la révolution digitale. Les résultats de notre recherche pointent vers une frustration et une désillusion sur la façon dont les organisations ont accumulé des informations consommateurs en temps réel, sans que ceux-ci n'en aient connaissance, et parfois même sans leur consentement.

Nombreux sont ceux qui comprennent que leur vie digitale a une valeur commerciale pour une variété d'organisations qui utilisent cette information pour le ciblage et la personnalisation des produits, des services et des expériences.

Cette ère d'accumulation en temps réel et de commercialisation de données sur les usagers a été baptisée le capitalisme de surveillance et est une nouvelle ère pour les systèmes économiques

L'intelligence artificielle

Un pilier central de la nouvelle économie digitale est notre interaction avec l'intelligence artificielle (IA) et les algorithmes d'apprentissage. Nos résultats montrent que 47% de la “GenTech” ne veulent pas que l'IA surveille leur mode de vie, leurs achats et leur situation financière afin de leur recommander des achats.

En fait, seulement 29% voient cela comme une interaction positive. Au contraire la plupart veulent garder l'autonomie dans leurs décisions et avoir la possibilité d'explorer de nouveaux produits, services et expériences, en toute liberté.

Le pendule de l'agence oscille entre l'individu et la technologie. Qui prendra le contrôle ? boykung/Shutterstock

En tant qu'individus de l'ère digitale, nous négocions constamment avec la technologie afin qu'elle prenne ou donne le contrôle. Cet effet de pendule reflète la bataille constante entre l'humain et la technologie.

Ma vie, mes données?

Nos résultats révèlent aussi que 54% de la “GenTech” s'inquiètent quant à l'accès qu'ont les organisations à leurs données, tandis que seuls 19% n'ont pas d'inquiétude sur ce point. Malgré le règlement Européen sur la protection des données introduit en mai 2018, ceci les concerne toujours, basé sur la croyance que trop de données personnelles sont dans la possession d'un petit groupe d'entreprises mondiales comme Google, Amazon ou Facebook. Environ 70% ressentent cela.

Récemment, Facebook et Google ont annoncé que la politique de confidentialité est une priorité dans leur interaction avec les usagers. Les deux entreprises ont dû faire face à une révolte publique envers leur manque de transparence en ce qui concerne la façon dont ils recueillent et stockent les données de consommateurs. Ça ne fait pas si longtemps qu'un microphone caché a été trouvé dans un des systèmes d'alarme de Google.

Google prévoie de proposer une fonction d’effacement des données historiques de localisation géographiques des usagers, des historiques de navigation et d'utilisation des apps, et d'étendre son “mode incognito” à Google maps et à l'instrument de recherche. Ceci permettra aux usagers de couper tout suivi.

Chez Facebook, il tient à cœur au PDG Mark Zuckerberg de repositionner la plate-forme afin d'en faire une plate-forme de communication dédiée à la protection de la vie privée, construite sur des principes comme les interactions privées, le cryptage, la sécurité, l'interopérabilité (la communication entre les App et les plates-formes qui appartiennent à Facebook) et le stockage de données sécurisé. Ceci va être un retournement difficile pour une entreprise qui compte sur son agilité à convertir ses informations sur les usagers en opportunités pour des publicités très personnalisées.

Facebook essaie de rétablir la confiance. PK Studio/Shuttestock

La confidentialité et la transparence sont un sujet d'importance critique pour les organismes d'aujourd'hui – à la fois pour ceux qui ont grandi en ligne, et ceux établis. Alors que les GenTech veulent que les organismes soient plus transparents et responsables, 64% pensent aussi qu'ils ne peuvent pas faire grand-chose afin de protéger leurs données. Le suivi en ligne est vu comme une part intégrale de la consommation digitale.

Malgré cela, de plus en plus, la révolte se prépare en dessous de la surface. Les Gentech veulent s'approprier leurs données. Ils les voient comme une marchandise de valeur, qu'ils pensent pouvoir utiliser dans les négociations avec les organisations. 50% d'entre eux partageraient volontiers leurs données avec les entreprises, s'ils obtenaient quelque chose en retour, par exemple une motivation financière.

Réorganiser la balance des pouvoirs

Les GenTech cherchent une relation transactionnelle avec les organisations. Ceci reflète un important changement d'attitude, d'un point ou l'accès gratuit aux plates-formes digitales constituait le “produit” (en échange de données), à maintenant vouloir échanger ces données pour des bénéfices spécifiques.

Ceci a créé une opportunité pour les sociétés qui cherche à donner le pouvoir aux consommateurs et à leur redonner le contrôle de leurs données. Plusieurs sociétés offrent maintenant aux consommateurs la possibilité de vendre les données qu'ils acceptent de partager ou de prendre part dans de la recherche rémunérée. Un nombre grandissant de compagnies rejoignent ce groupe, y compris People.io, Killi et Ocean Protocol.

Sir Tim Berners Lee, le créateur du web, a lui aussi recherché un moyen de déplacer le pouvoir, des organisations et institutions vers les consommateurs et les citoyens. La plate-forme Solid offre aux usagers la possibilité de prendre charge de l'endroit de stockage de leurs données, et de qui peut y avoir accès. C'est une forme de re-décentralisation.

Le Solid POD (Personal Online Data storage – stockage personnel de données en ligne) est un lieu sécurisé sur un serveur sécurisé, ou sur serveur personnel privé. Etant donné que les données sont stockées de façon centrale et non par le développeur d'une App ou sur le serveur d'une organisation, les usagers peuvent choisir de donner à un App l'accès à leurs données personnelles. Nous considérons que ceci est potentiellement un moyen de laisser les individus reprendre le contrôle à la fois de la technologie et des entreprises.

Les GenTech se sont rendu compte que la réalité de la vie branchée a d'importantes conséquences sur leur vie privée et commencent à se rebeller, tout en questionnant les organisations qui ont montré peu de préoccupations et continuent à appliquer des pratiques exploitantes.

Ces signes de révolte ne sont pas surprenants. GenTech est la génération qui a le plus à perdre. Ils font face à un futur entrelacé de technologie digitale, à la fois dans leur vie personnelle et privée. Avec de plus en plus de pression sur les organisations afin qu'elles deviennent plus transparentes, il est temps pour les jeunes de faire un pas en avant.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

Les bébés peuvent-ils apprendre deux langues en même temps? You bet!

La recherche contemporaine remet en question l'idée selon laquelle une exposition précoce à une seule langue est préférable. À Montréal, la moitié de la population parle anglais et français. Shutterstock

Les gens disent souvent que les bébés sont comme de petites éponges en raison de leur capacité à apprendre différentes langues rapidement et facilement.

Pourtant, une grande partie des premières recherches sur l'acquisition du langage se sont concentrées sur les jeunes enfants qui n'apprennent qu'une seule langue. Ce choix était guidé par l'hypothèse implicite que l'apprentissage d'une langue est la façon habituelle et optimale d'apprendre à parler.

Cette idée était si forte que plusieurs se sont demandés si le fait d'exposer les bébés à plus d'une langue pouvait être trop par rapport à ce qu'ils sont en mesure d'absorber. Certains se sont même inquiétés du fait que l'exposition à plusieurs langues puisse amener de la confusion et entraver le développement de la parole et du langage chez les enfants.

Les recherches des dernières années brossent un tableau différent. Les chercheurs en acquisition du langage reconnaissent maintenant que de plus en plus de bébés grandissent dans des familles parlant deux langues ou plus. Selon Statistique Canada, en 2016, 19,4 pour cent des Canadiens ont déclaré parler plus d'une langue à la maison, comparativement à 17,5 pour cent en 2011.

La recherche remet clairement en question l'hypothèse selon laquelle l'exposition à une seule langue est nécessaire pour optimiser l'acquisition précoce du langage.

Au Laboratoire de perception de la parole chez les nourrissons, à l'Université McGill, nous étudions comment les bébés font leur premiers pas dans l'acquisition de leur langue maternelle ou d'une autre langue.

L'acquisition du langage

Bien avant que les bébés puissent prononcer leurs premiers mots, leur cerveau fait déjà beaucoup d'efforts pour apprendre le language. Notre recherche s'est attardée à l'une des premières étapes d'acquisition du langage : savoir reconnaître le début et la fin des mots pour être en mesure de les isoler dans une phrase.

Avant même que les bébés ne commencent à parler, leur cerveau acquièrent déjà plusieurs compétences dans un ordre bien établi. (Shutterstock)

Reconnaître le découpage des mots est difficile, car les gens font rarement une pause entre chaque mot lorsqu'ils parlent. En tant qu'adultes, nous pouvons sans effort isoler les mots dans notre langue maternelle. Cependant, nous perdons souvent cette capacité lorsque nous entendons une langue étrangère.

Les bébés doivent acquérir cette même compétence pour leur langue maternelle. Apprendre à isoler les mots est une compétence essentielle pour élargir son vocabulaire. Plus on acquiert cette capacité tôt dans la vie, plus riche sera notre vocabulaire ultérieurement.

Alors, comment font les bébés ? Heureusement qu'il y a une cohérence entre les règles de constitution des mots dans les différentes langues. En y étant exposés suffisamment, les bébés finissent par trouver et utiliser ces règles pour reconnaître les formes ou unités de mots dans leur langue maternelle.

Les mots dans différentes langues

Les mots sont formés différemment selon les langues. Prenons l'anglais et le français, les deux langues officielles du Canada.

En anglais, chaque syllabe d'un mot est prononcée avec un accent ou un ton différent. Par exemple, si vous dites un mot de deux syllabes en anglais, vous allez probablement prononcer la première syllabe plus longtemps, plus fort et avec une voix plus aiguë. La plupart des mots à deux syllabes en anglais suivent ce modèle (par exemple, BA-by, HAP-py, BOT-tle).

Les bébés qui ne sont exposés qu'à l'anglais peuvent détecter cette règle - les syllabes accentuées signifient probablement le début d'un mot - et ils peuvent utiliser cette règle pour isoler des mots dans une conversation. Cependant, les bébés qui ne sont exposés qu'au français ne le font pas.

C'est parce que le français est une langue rythmée par les syllabes, où chaque syllabe d'un mot a une longueur presque égal. Les syllabes ne sont accentuées que lorsqu'elles tombent à la fin d'un mot ou d'une phrase (par exemple, donne-moi un ca-DEAU).

Néanmoins, comme l'accent tonique ne constitue pas une règle uniforme pour distinguer les mots dans la langue française, les francophones doivent se fier à d'autres règles pour trouver les mots dans la conversation.

Des recherches ont montré que les adultes francophones et les bébés suivent la cooccurrence des syllabes dans les mots. Par exemple, ils pourraient noter que la syllabe « ca » est souvent suivie de « deau », donc « cadeau » serait probablement un mot.

Bébés bilingues

Les règles ci-dessus sont utiles pour les bébés qui n'apprennent qu'une seule langue, car ils peuvent se concentrer sur l'apprentissage d'un seul ensemble de règles. Par exemple, nous savons que les bébés qui n'apprennent que le français ou l'anglais peuvent utiliser les règles ci-dessus pour isoler les mots dans leur langue maternelle avant leur premier anniversaire.

Comment le bilinguisme se manifeste chez les nourrissons

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Mais il semble que les bébés qui apprennent le français et l'anglais en même temps doivent composer avec des règles contradictoires. S'ils devaient se concentrer sur les accents toniques, une syllabe accentuée marquerait-elle le début du mot, comme c'est souvent le cas en anglais ? Ou est-ce qu'elle signifierait la fin de l'expression ou de la phrase, comme dans la plupart des cas en français ?

Pour relever ce défi, les bébés nés dans un environnement bilingue doivent savoir s'ils entendent le français ou l'anglais. Mais est-ce trop difficile ou déroutant pour eux ?

L'exemple montréalais

En gardant ces questions à l'esprit, nous avons récemment mené une expérience à Montréal, où plus de la moitié de la population parle à la fois le français et l'anglais.

Nous avons observé des bébés exposés aux deux langues dans le cadre d'une tâche visant à reconnaître des mots, et nous les avons comparés à leurs pairs exposés à une seule langue. L'expérience a porté sur 84 bébés âgés de huit à dix mois. Nous avons choisi des bébés apprenant uniquement le français, des bébés apprenant uniquement l'anglais et des bébés apprenant les deux langues en même temps.

Comme nous nous y attendions, les bébés unilingues français et anglais pouvaient reconnaître les mots dans leur langue maternelle, mais pas dans l'autre langue. De façon impressionnante, les bébés bilingues étaient sur un pied d'égalité avec leurs pairs monolingues en ce qui concerne le découpage des mots en anglais et en français au même âge, même si les langues diffèrent considérablement. De plus, les bébés bilingues qui entendaient les deux langues parlées par le même parent semblaient mieux réussir dans cette tâche.

C'est un exploit impressionnant étant donné que les bébés élevés dans les deux langues doivent apprendre deux systèmes de langage différents dans le même délai que les bébés apprenant une seule langue. C'est certainement une progression d'apprentissage, mais même les jeunes enfants peuvent dire quand ils entendent deux langues.

Ces études fournissent une preuve supplémentaire que, s'ils sont suffisamment exposés, les bébés nés dans un environnement bilingue, en tant qu'éponges, peuvent évoluer également dans les deux langues. Des études récentes suggèrent que cette exposition à plus d'une langue modifie même la structure du cerveau de manière à rendre le traitement cognitif plus efficace.

Cela pourrait même être favorable aux enfants atteints de troubles du spectre de l'autisme . Nos recherches se poursuivront sur la façon dont nous parlons aux bébés bilingues afin de mieux soutenir le processus d'apprentissage des langues.

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The Conversation

Adriel John Orena a reçu une subvention du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).

Linda Polka a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).