Véganisme au quotidien : spécial chocolat !

Cette semaine, un spécial chocolat avec le test de 2 desserts industriels : De la mousse au chocolat et un eskimo glacé. Cela faisait quelques temps que je n’avais pas trouvé un nouveau produit digne d’intérêt dans les rayons d’un supermarché. Je suis d’abord tombé sur une nouvelle mousse au chocolat végétale proposée par …… Lire la suite Véganisme au quotidien : spécial chocolat !

« Libre à vous ! » diffusée mardi 18 juin 2019 sur radio Cause Commune - CHATONS - « Le libre fait sa comm' » - « In code we trust »

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet)..

Nous avons commencé par la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez qui était consacrée à l'usurpation d'identité numérique. Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui portait sur le Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) avec : Angie Gaudion de Framasoft, Denis Dordoigne d’INFINI et Christian Pierre Momon du Chapril. Nous avons poursuivi par la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni consacrée au thème du « retour d'expérience de l'animation d'un stand de l'April lors d'événements ». Nous avons terminé par des annonces diverses.

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Podcasts des différents sujets abordés

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

Programme de l'émission du 18 juin 2019

La vingt-neuvième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 18 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h.

Au programme :

Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Angie Gaudion de Framasoft
  • Denis Dordoigne d’INFINI
  • Christian Pierre Momon du Chapril
  • Noémie Bergez avocat au cabinet Dune
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Patrick Creusot, bénévole à l'April, à la régie

Références pour la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez

Références pour la partie sur les CHATONS

Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni

Références pour la partie sur les annonces diverses

Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 11 juin 2019


Bannière de l'émission

Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 10 juin 2019 sur radio Cause Commune
Intervenants : François Zaïdi - Noémie Lehuby - Christian Quest - Jean-Christophe Becquet - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 11 juin 2019
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

logo cause commune

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web, rendez-vous sur le site de la radio causecommune.fm et cliquez sur « chat ». Vous pouvez ainsi nous rejoindre sur le salon web dédié à l’émission.
Nous sommes mardi 11 juin 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’association est april.org, vous y retrouverez une page consacrée à l’émission avec un certain nombre de références que nous allons citer pendant l’émission et, évidemment, la page sera mise à jour après l’émission. N’hésitez pas également à utiliser le formulaire de contact ou le webchat pour nous faire des retours sur ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Je vous souhaite une excellente écoute.

Maintenant le programme de l’émission.
Nous allons commencer par la présentation d’un nouveau documentaire sur le logiciel libre intitulé LOL – logiciel libre une histoire sérieuse [LOL – Logiciel libre une affaire sérieuse ].
D’ici dix-quinze minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur OpenStreetMap, projet de cartographie qui a pour but de constituer une base de données géographiques libres du monde permettant, par exemple, de créer des cartes sous licence libre.
En fin d’émission nous aurons la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, président de l’April, qui portera sur les films libres de la Fondation Blender.
À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : On va vous poser un petit quiz comme depuis quelques émissions. Je vous donnerai les réponses en fin d’émission ou en cours d’émission. Vous pouvez proposer des réponses soit sur le salon web de la radio, soit via les réseaux sociaux.
Première question : lors de l’émission de la semaine dernière, le 4 juin, notre sujet principal portait sur Framasoft. D’où vient le nom Framasoft ? Je poserai aussi la question aux invités pour voir s’ils connaissent.
Deuxième question, en lien avec l’émission d’aujourd’hui : quel site web utiliseriez-vous pour trouver où boire votre bière préférée autour de vous ? Boire, évidemment, avec modération !

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Interview de François Zaïdi réalisateur du documentaire LOL - Logiciel libre une histoire sérieuse

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par la présentation d’un nouveau documentaire sur le logiciel libre intitulé LOL – Logiciel libre une affaire sérieuse avec François Zaïdi, réalisateur. Bonjour François.

François Zaïdi : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : C’est un nouveau documentaire. On a fait récemment une émission sur un autre documentaire qui est passé sur Arte. Première question : comment, en tant que réalisateur avec l’équipe qui a produit ce documentaire, tu es venu à t’intéresser à ce monde du logiciel libre ? Parce que tu es informaticien à la base ?

François Zaïdi : Absolument pas. Je revendique complètement ne rien y connaître ni en développement ni en logiciel libre. Moi je suis réalisateur, j’aime bien raconter des histoires, c’est mon métier. Effectivement, quand on cherche des sujets, on est venu à me parler de cette problématique des logiciels libres et c’est mon acolyte, Thierry Bayoud et sa femme Léa Deneuville qui sont mes auteurs, qui m’ont présenté ce sujet : le logiciel libre en tant qu’objet audiovisuel pour un documentaire.
Moi, comment dire, j’étais plutôt à l’aise avec l’informatique parce que ça va avec mon métier, les ordinateurs, depuis tout petit. Je connaissais le logiciel libre, je connaissais l’open source, mais c’était un peu des mots. Je connaissais la différence avec le logiciel propriétaire, mais finalement ce n’était pas une problématique en soi qui me paraissait dingue, mais ça m’intéressait quand même. On a gratté un petit peu le sujet et, à force de regarder, on s’est rendu compte qu’il y avait vraiment une problématique de société, qu’il y avait quelque chose qui allait bien au-delà de la technique, de l’informatique et que, finalement, même les gens qui n’utilisent pas l’informatique ou qui pensent ne pas utiliser l’informatique peuvent socialement être concernés par cette problématique-là.
Donc ils ont démarché tout un tas de personnes pour voir qui voulait bien intervenir et nous parler un petit peu de cette notion de logiciel. Je tiens à préciser que nous, sur la gestion, sur la conception du documentaire au départ, on n’était pas forcément arrêtés sur le logiciel libre. Moi personnellement, en tant que réalisateur et producteur, je ne connaissais pas forcément les tenants et les aboutissants de tout ça, mais la question m’intéressait parce qu’elle était digne d’intérêt – c’est un petit peu un truisme que je viens de faire, mais vous l’apprécierez. On a donc eu des intervenants, divers et variés.

Frédéric Couchet : Des intervenants informaticiens, des intervenants du champ politique ? Quels types d’intervenants vous avez interviewés ? Et combien, pour ce documentaire ?

François Zaïdi : On a tapé à pas mal de portes. Il y en a beaucoup qui sont restées fermées, notamment les tenants du logiciel propriétaire, finalement, qui n’ont pas souhaité venir. On a été très bien accueillis par la plupart de ce qu’on peut appeler le champ des tenants du logiciel libre, voire open source.
Du coup nous avons interviewé un petit peu moins de moins de 20 intervenants, 14 restent finalement dans le documentaire. Ce n’est pas juste un documentaire, il y a des parties d’originalité. Moi je viens de la fiction, j’aime bien raconter des histoires et on s’est permis quelques petites originalités. Par exemple il n’y a pas de voix off sur ce documentaire, c’est une suite de ce que vont nous dire ces intervenants.

Frédéric Couchet: C’est une suite des interviews des personnes qui ont été interviewées donc ?

François Zaïdi : Tout à fait. On fait une narration, on construit une narration grâce au montage sur sept points précis, particuliers. Au départ c’est plutôt construit sur ce qu’est l’informatique, c’est plutôt une vulgarisation, finalement, de l’informatique et du logiciel : qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ? Il y a quoi dedans ? Et ensuite, très vite, avec certains intervenants, on s’est rendu compte, et je pense que Thierry Bayoud et Léa Deneuville le savaient bien avant moi, qu’on allait rentrer sur quelque chose de beaucoup plus social, politique et géopolitique

Frédéric Couchet : Donc en fait Thierry et Léa s’attendaient à cette présentation un peu plus politique mais finalement pas toi.

François Zaïdi : Je soupçonne, oui.

Frédéric Couchet : Ça a été ta découverte en tant que personne, finalement.

François Zaïdi : Il faut dire que Léa et Thierry ont travaillé sur le documentaire bien avant que moi j’y arrive. Eux ont développé et ont écrit au départ ce documentaire et après ils m’ont présenté le projet pour que, du coup, je le mette en image, le réalise, le tourne.
Gigowatt Film, ma société qui produit le documentaire, est une toute petite structure. On n’a aucune connaissance avec les diffuseurs ; c’est vraiment une auto-production on est complètement indépendants, pour le coup, et c’est un objet audiovisuel un petit peu particulier. Je ne veux pas dire que c’est formidablement original, mais il y a une tournure assez particulière donc dans le fait qu’il n’y a pas de voix off, dans le fait qu’on a aussi utilisé beaucoup de vieux films pour mettre en parallèle les problématiques d’aujourd’hui.

Frédéric Couchet : Des vieux films de quoi ?

François Zaïdi : Des vieux films de cinéma.

Pierre-Yves Gosset : D’accord. OK !

François Zaïdi : Ce sont des illustrations assez allégoriques mais qui, finalement, nous montrent, au fur et à mesure du documentaire, que ces problématiques-là qui paraissent extrêmement modernes parce qu’elles sont numériques et que le numérique n’est pas si lointain par rapport à nos constructions sociétales, mais finalement ces problématiques-là se retrouvent dans un temps qui est beaucoup plus long. On a retrouvé, on s’en est étonnés, des films de plus d’un siècle qui, finalement, illustrent très bien des problématiques numériques actuelles. C’est rigolo. On les a utilisés.

Frédéric Couchet : Ce documentaire dure combien de temps ?

François Zaïdi : C’est un documentaire qui, à l’heure actuelle, fait 57 minutes

Frédéric Couchet : 57 minutes. Je précise que je n’ai pas vu ce documentaire, il y a une réservation de la surprise. Où est-ce qu’on va pouvoir le voir et à partir de quand ?

François Zaïdi : Le documentaire fait son avant-première privée le 20 juin prochain au cinéma CGR.

Frédéric Couchet : CGR, c’est dans Paris 20e.

François Zaïdi : Exactement, c’est Porte des Lilas.

Frédéric Couchet : Porte des Lilas.

François Zaïdi : J’insiste sur le mot « privée » parce que, à l’heure actuelle, on n’a pas encore le visa d’exploitation et l’avant-première nous permet de réserver la première pour, par exemple, un festival de telle ou telle qualité. L’avant-première va nous permettre de présenter le film à un certain nombre de personnes, ça va nous permettre d’avoir un certain nombre de retours. Il n’est pas exclu qu’on puisse faire un certain nombre de modifications, c’est peu probable, mais pourquoi pas, on est toujours ouverts à ça. Et puis également c'est une manière de montrer ce travail-là pour éventuellement intéresser un distributeur ou un diffuseur.

Frédéric Couchet : D’accord. Si les personnes qui nous écoutent sont intéressées pour assister à cette avant-première comment concrètement elles doivent faire ?

François Zaïdi : Le mieux c’est de nous contacter, de m’envoyer un mail par exemple à l’adresse premiere@gigowattfilm.com, g, i, g, o, w, a, t, t, f, i, l, m point com, c’est au singulier, premiere@gigowattfilm.com, vous m’envoyez un petit mot et on peut vous trouver encore une place ou deux. Il reste encore un certain nombre de places, donc si vous êtes intéressé par le documentaire c’est avec plaisir qu’on vous recevra.

Frédéric Couchet : On mettra l’adresse courriel sur le site de l’April en référence, donc n’hésitez pas à envoyer un courriel à François pour vous inscrire.
Le titre, petite explication sur le titre, donc LOL — logiciel libre une affaire sérieuse. LOL c’est un acronyme que la plupart des gens connaissent, qui veut dire le rire, l’amusement. Pourquoi le choix de ce titre ?

François Zaïdi : Ce qui nous a intéressés là-dedans — ce sont les auteurs qui sont venus avec ça —, c’est quelque chose qui a été dès le début. On travaille ce documentaire depuis trois ans et demi voire un petit peu plus, le premier tour de manivelle on l’a fait en janvier 2016, rendez-vous compte, ça fait trois ans et demi. C’est quelque chose qui est resté, ce titre. Donc LOL, effectivement, c’est l’émoticône, le smiley qui rigole. Et pour moi, enfin pour nous, ça symbolisait l’utilisation que la plupart des gens ont du numérique, quelque chose d’assez simple, d’assez facile : un téléphone, un smartphone, un Facebook, j’envoie une photo, des utilisations finalement assez légères. Et on s’est rendu compte et d’ailleurs on veut dire, dans ce documentaire, que nos utilisations informatiques sont finalement très, très sérieuses parce qu’elles impactent nos vies personnelles, dans des manières avec lesquelles même moi j’ai été surpris ; elles impactent également notre société ; elles impactent nos ministères ; elles impactent notre école ; elles impactent notre propre sécurité et la sécurité de nos États. Et on trouvait intéressant de mettre ça en parallèle. On trouvait intéressant que la plupart des gens qui ne connaissent pas le code, qui ne connaissent pas l’implication et les conséquences de leur utilisation numérique, qui sont finalement les prolétaires du numérique, eh bien ils ont le LOL, c’est le smiley. On a déjà une utilisation de l’informatique et elle n’est pas anodine, elle n’est plus neutre cette utilisation informatique et ça paraissait intéressant d’autant plus que LOL, voilà, j’allais y venir, LOL, si vous le décollez, c’est aussi un acronyme de logiciel libre. Et finalement, à l’image animée, c’est un titre qui passe très bien. Vous me direz ce que vous en pensez dans deux semaines Frédéric.

Frédéric Couchet : Effectivement parce que je n’ai pas vu le film, faisant partie des personnes interviewées, peut-être dans ceux qui restent en tout cas !

François Zaïdi : Oui, tout à fait, je confirme.

Frédéric Couchet : C’est un plaisir de découvrir ça au cinéma parce que, en plus, le cinéma est un lieu que j’aime beaucoup. On verra effectivement graphiquement à quoi ça ressemble. En tout cas je te remercie François Zaïdi.
Je vais rappeler que l’avant-première c’est au cinéma CGR qui est situé Porte des Lilas Paris 20e, que pour s’inscrire il faut envoyer un courriel à François. Vous retrouverez la référence sur le site de l’April parce que c’est une présentation privée. Nous espérons que vous allez trouver un distributeur pour ensuite diffuser ce film.

François Zaïdi : C’est vraiment notre souhait. Je reprends une seconde. Gigowatt Film est une toute petite structure. On a fait ce documentaire de très loin, c’est pour ça qu’on a mis quatre ans à le faire parce qu’on voulait le faire bien et que, finalement, on n’avait pas d’intérêt à le précipiter. Pour nous le documentaire a une valeur assez particulière, on en est très fiers. On verra le 20 juin si c’est à tort ou pas. En tout cas c’est quelque chose qu’on a fait avec nos tripes, qu’on a fait avec notre tête, beaucoup. On n’a pas toujours été d’accord, ça a provoqué beaucoup de débats et je pense que ça a enrichi ce documentaire, ce produit et effectivement, si on arrivait à trouver quelqu’un qui serait prêt à le distribuer voire à le diffuser, on serait vraiment extrêmement contents.

Frédéric Couchet : Eh bien appel lancé. On espère que les gens nous écouteront et pourront répondre à cet appel. Merci François Zaïdi , réalisateur de LOL — logiciel libre, une histoire sérieuse.

François Zaïdi : Une affaire sérieuse.

Frédéric Couchet : Une affaire sérieuse. Pourquoi je dis « une histoire sérieuse » ?

François Zaïdi : En fait, une affaire même à l’écrit, une affaire sérieuse c’est beaucoup plus lourd de sens qu’une histoire. On raconte une histoire, mais en fait c’est une affaire. Je veux vraiment insister sur le côté que moi j’ai découvert au bout de quelques mois d’interviews, sur l’aspect profondément géopolitique de la question du logiciel. Et je ne parle pas de la question du logiciel libre, je parle de la question du logiciel parce qu’au départ, et même à l’arrivée finalement, on s’est efforcés de ne pas prendre parti. Je voulais juste mettre une caméra en face de personnes qui m’ont expliqué ce qu’elles en pensaient, sans voix off, avec moins d’artifices – je ne dis pas qu’il n’y en pas parce qu’il y a du montage, forcément –, mais avec moins d’artifices pour avoir des points de vue qui étaient finalement assez différents, même dans les personnes qu’on a interviewées qui sont principalement issues du Libre, mais c’était assez différent les philosophies, mais toutes, toutes, absolument toutes sans exception nous disent qu’il faut faire extrêmement attention et que la question est extrêmement sérieuse, que c’est une affaire sérieuse, vraiment ! Et je voudrais les remercier ces 14 intervenants qui sont restés, dont vous Frédéric, je voudrais vraiment les remercier parce qu’effectivement sans eux, sans leur point de vue, on n’avait pas de film.

Frédéric Couchet : Merci François, bonne journée.

François Zaïdi : Merci beaucoup.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale choisie par l’un des intervenants qui suit. Le titre s’appelle In the desert, c’est Daniel Bautista et on se retrouve juste après.

Pause musicale : In the desert par Daniel Bautista.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Openstreetmap (State Of The Map France) avec Christian Quest Jean-Christophe Becquet et Noémie Lehuby

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter In the desert par Daniel Bautista, c’est en licence libre, les références sont sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez toujours la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur le site causecommune.fm partout dans le monde.

Nous allons poursuivre avec notre sujet principal.

[Virgule musicale]

Nous allons parler d’OpenStreetMap avec nos invités. Je vais commencer par présenter les personnes qui sont en plateau, donc Christian Quest, porte-parole d’OpenStreetMap France. Bonjour Christian.

Christian Quest : Bonjour.

Frédéric Couchet : Noémie Lehuby qui est contributrice à OpenStreetMap et également secrétaire de l’association OpenStreetMap. Bonjour Noémie.

Noémie Lehuby : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : Et normalement nous avons au téléphone Jean-Christophe Becquet qui est animateur de l’initiative Dessine ta ville et formateur autour d’OpenStreetMap. Bonjour Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Bonjour.

Frédéric Couchet : Tout le monde est là, c’est parfait. C’est une première émission sur OpenStreetMap parce que c’est un sujet tellement large qu’on fera évidemment plusieurs émissions. Les personnes qui écoutent régulièrement l’émission penseront, par exemple, à Wikipédia ; on a déjà fait deux émissions sur Wikipédia. Là c’est une première émission, une introduction. Je vais poser une première question dont la réponse doit être rapide, notamment pour les personnes qui ont le plus de passé, on va dire. C’est votre présentation individuelle, qui vous êtes ? On va commencer par Noémie.

Noémie Lehuby : Bonjour. Je suis Noémie Lehuby. Je suis contributrice OpenStreetMap depuis bientôt cinq ans je pense. Je m’intéresse principalement aux sujets autour des transports et de la mobilité, donc c’est aussi principalement sur ces sujets que je contribue à OpenStreetMap. Depuis quelques années, je m’investis dans l’association OpenStreetMap France qui fait la promotion du projet OpenStreetMap sur le territoire français et cette année je suis secrétaire de cette association.

Frédéric Couchet : J’ai oublié de préciser que tu es aussi cofondatrice de Jungle Bus, une cartographie des réseaux de transport.

Noémie Lehuby : Tout à fait.

Frédéric Couchet : Christian Quest.

Christian Quest : Moi j’ai démarré sur OpenStreetMap en 2009, donc un petit peu avant Noémie. Je suis un des fondateurs d’OpenStreetMap France qui est une association loi de 1901, qui fait la promotion du projet. Que dire d’autre ? J’ai été président de l’association, je fais plein de choses dans l’association, maintenant je m’occupe un peu plus de la partie technique, faire fonctionner des serveurs.

Frédéric Couchet : Et intervenir à la radio !

Christian Quest : Voilà !

Frédéric Couchet : Jean-Christophe Becquet.

Jean-Christophe Becquet : Contributeur aussi d’OpenStreetMap depuis 2011, j’anime une initiative qui s’appelle Dessine ta ville avec les collectivités de ma région dans les Alpes du Sud et je suis formateur logiciel libre à titre professionnel et notamment, du coup, autour d’OpenStreetMap.

Frédéric Couchet : Merci. Première question : c’est quoi OpenStreetMap ? Qui veut commencer ? Le porte-parole.

Christian Quest : Vu que j’ai commencé en premier ! En gros, on fait l’équivalent de Wikipédia sauf qu’on ne fait pas une encyclopédie, on fait un atlas du monde, tout simplement. C’est contributif, c’est ouvert à tout le monde en termes de contribution.
Quand on a démarré, le projet a démarré…

Frédéric Couchet : En quelle année ?

Christian Quest : En 2004. Le décollage réel où il a commencé à y avoir vraiment de la contribution c’est plutôt 2007/2008, et on est partis d’une carte blanche ; il n’y avait absolument rien exactement comme au début Wikipédia, il n’y avait rien. Et petit à petit on a complété, complété, complété.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc une cartographie. Si on fait par référence à Wikipédia, je suppose que c’est sous licence libre.

Christian Quest : Bien sûr.

Frédéric Couchet : Est-ce que c’est la même licence libre que Wikipédia ?

Christian Quest : Non. C’est une licence différente. Dans le passé on a utilisé une autre licence puis on a changé. Depuis 2012 on est sous une licence qui s’appelle l’ODbL, Open Database License. L’idée de cette licence c’est de protéger les données et la base de données. C’est un peu l’équivalent d’une CC BY-SA, si vous voulez, c’est-à-dire un partage à l’identique. L’important c’est que les gens qui utilisent les données participent aussi à leur mise à jour et à leur amélioration, d’où le choix de cette licence. Par contre c’est une licence qui ne protège que le côté base de données, pour l’aspect partage à l’identique, et ce que l’on fait avec cette base de données, des cartes par exemple, n’a pas besoin d’être sous la même licence : on peut mettre des cartes qu’on ferait avec les données de la base de données dans d’autres licences, ce qui permet beaucoup de réutilisations.

Frédéric Couchet : Ça c’est un point intéressant et on reviendra sur la réutilisation tout à l’heure. Noémie, est-ce que tu veux compléter cette introduction sur OSM, donc OpenStreetMap.

Noémie Lehuby : Oui. Je voudrais revenir un petit peu sur le côté collaboratif et participatif parce qu’effectivement, je pense qu’une des grandes forces du projet c’est sa communauté. Avant d’être un projet informatique de création de base de données c’est un projet de communauté et ce sont beaucoup de communautés de passionnés qui se retrouvent dans ce projet. On a avoir des cyclistes qui vont venir cartographier des équipements cyclables, des pistes cyclables, des parkings vélos, etc. On va avoir, je ne sais pas, des végétariens qui vont indiquer quels sont les restaurants qui servent des plats végétariens, et c’est un petit peu toute cette agrégation de passionnés qui fait qu’on a une aussi belle carte aujourd’hui.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Christophe est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?

Jean-Christophe Becquet : Je dis souvent qu'OpenStreetMap c’est une équipe dans laquelle chacun dessine sa rue, son quartier ; les quartiers s’assemblent pour faire des régions, les régions pour faire des pays et à la fin, au bout de 15 ans, on a une carte du monde.

Frédéric Couchet : C’est une bonne présentation.
On va quand même donner une information importante, le nom peut-être du site pour aller sur OpenStreetMap : openstreetmap.org.

Christian Quest : Voilà, c’est le site international. Il y a aussi openstreetmap.fr, qui est le site de notre association, qui fait la promotion du projet, mais le site, la grande porte d’entrée c’est openstreetmap.org.

Frédéric Couchet : On va parler de contribution tout à l’heure. On va commencer par la réutilisation même si, en fait, les deux peuvent être un petit peu mélangées. J’ai envie de vous demander, pour les personnes qui utilisent d’autres outils de cartographie, on ne va pas les citer, mais les gens voient lesquels ils utilisent, quels sont les intérêts d’utilisation d’OpenStreetMap que vous pourriez donner à la radio, un petit peu comme si vous étiez en soirée et que quelqu’un vous dit : « J’ai un itinéraire machin, je vais utiliser telle application privatrice » et vous lui dites « attendez, il y a OpenStreetMap » ? Des exemples d’utilisation. Christian Quest.

Christian Quest : Des exemples d’utilisation. La grosse différence qu’on a entre OpenStreetMap et des services qui commencent par exemple par un « G », c’est l’accès aux données qui permet à des développeurs de faire des applications ou des outils adaptés à une problématique bien particulière.
Noémie a cité par exemple les cyclistes. Pendant longtemps les cyclistes, au niveau de la cartographie, étaient un petit peu la cinquième roue du carrosse, il n’y avait pas vraiment de cartes qui leur étaient dédiées, il n’y avait pas vraiment de sites qui fonctionnaient, qui étaient destinés à cette population-là. Mais le fait d’avoir énormément de données sur la cyclabilité dans OpenStreetMap ça a permis, par exemple à une entreprise comme Géovélo, ce n’est pas le nom de l’entreprise, c’est une appli qui s’appelle Géovélo, de fournir vraiment un excellent outil pour les cyclistes.
C’est ça la particularité que l’on a quand on a accès à l’intégralité des données, pas simplement à des services qu’on vous offre sur des données. Le fait d’avoir cet accès complet permet énormément d’innovation et énormément d’usages qui, sinon, ne sont pas possibles parce que les services tout prêts, tout prêts mâchés, vous limitent dans votre imagination et dans votre innovation. Ça c’est une des grandes particularités. Ça me permet, par exemple, de faire une carte dédiée pour des pilotes de vol libre, de parapente ou de delta, parce que je vais sélectionner vraiment les informations qui sont utiles à ces gens-là. La particularité d’une carte c’est qu’elle est destinée, en général, à un usage. Vous n’allez pas du tout mettre la même chose sur une carte pour des chauffeurs poids lourd et des cyclistes. Un chauffeur poids lourd va vouloir voir les grands axes de circulation, là où il peut circuler, alors que pour un cycliste, au contraire, une autoroute c’est une barrière infranchissable : il n’a pas le droit de circuler dessus et il ne peut pas non plus la couper. Donc vous voyez la carte est une représentation du monde en fonction de ce que l’on veut faire.
Donc c’est très important d’avoir un accès libre à toutes les données qu’il y a en dessous.

Frédéric Couchet : D’accord. Noémie.

Noémie Lehuby : Effectivement, je rejoins pas mal ce que dit Christian. Je pense aussi qu’on a beaucoup parlé de cartes mais OpenStreetMap c’est effectivement une base de données. On peut faire plein de choses avec dont des cartes.
Par exemple sur ma thématique qui est plutôt le transport, on va pouvoir faire d'autres choses que des cartes. On peut aussi faire des plans schématiques, du calcul d’itinéraires, etc., et tout ça c’est possible justement parce que l’écosystème est ouvert, parce que la base de données est sous licence libre et parce que d’autres acteurs peuvent, du coup, l’utiliser, faire grossir cet écosystème idéalement avec des logiciels libres, mais ce n’est pas obligé.

Frédéric Couchet : Et on est, je suppose, indépendant du choix des algorithmes contrairement aux autres outils qui commencent par un « G » ou par un « W » pour certains. Finalement c’est la « porte ouverte », entre guillemets, à la liberté qui va dépendre avant tout des usages, comme vous l’expliquiez tout à l’heure.

Christian Quest : Oui. Tout à fait. Et on vise aussi une grande neutralité dans nos données On a par exemple des sujets, de temps en temps, de positionnement de frontière entre certains pays qui ne sont pas d’accord. Ou bien quel est le nom, par défaut, qu’on va faire apparaître sur une carte pour, par exemple, une ville comme Jérusalem. On va le mettre dans quelle langue ? Ce n’est pas évident. En fait dans notre base on a, je ne peux pas dire toutes les langues, mais si vous prenez le cas de Paris, je crois qu’il y a 250 langues différentes. On peut faire des cartes et des applications effectivement, Noémie a rappelé qu’on ne s’arrête pas aux cartes, qui ne sont pas limitées par la langue, etc.

Frédéric Couchet : Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Comme Noémie l’a dit OpenStreetMap c’est d’abord une base de données géographiques sur laquelle s’appuie tout un ensemble de services en ligne, ceux qu’on trouve sur le site openstreetmap.org mais aussi tout un tas d’autres. En fait, cette base de données libres et ses enjeux libres rejoignent les enjeux du logiciel libre qu’on défend à l’April, c’est-à-dire retrouver la maîtrise de son informatique, retrouver la maîtrise de ses données. Tout simplement, dans la base de données OpenStreetMap, si je constate une erreur, une manque, une information qui n’est pas à jour, eh bien comme dans Wikipédia, je clique sur le bouton « modifier », je corrige, je complète et dans l’instant la base de données est actualisée, complétée, améliorée. Je pense que ce caractère libre de la base de données OpenStreetMap est vraiment un enjeu important qui permet de retrouver la maîtrise de sa base de données.
Dans ma ville, Digne-les-Bains, la base de données OpenStreetMap est de qualité nettement supérieure à celle de ses concurrents propriétaires parce qu’il y a des contributeurs OpenStreetMap dans ma région. Donc aujourd’hui si on cherche un service public, un restaurant, une adresse à Digne, il vaut beaucoup mieux passer par OpenStreetMap que par les cartes propriétaires.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Là je regarde sur le salon web de la radio, je rappelle c’est sur causecommune.fm, vous cliquez sur « chat », il y a une question et une remarque. Je vais commencer par la remarque de un-oeuf-02, c’est son pseudo, qui nous dit : « Ce que j’aime avec OpenStreetMap c’est que l’on peut utiliser les données cartographiques même en étant hors-ligne. » Ça c’est la remarque, je vous laisserai réagir là-dessus et je vous donne l’autre question qui concerne plus OpenStreetMap France, qui est donc de PG : « Est-ce que l’association est dotée d’une équipe de cartographes ? » Déjà est-ce que vous voulez réagir sur la première remarque, sur le fait qu’on peut utiliser les données cartographiques même en étant hors ligne c’est-à-dire sans connexion internet, je suppose évidemment sur téléphone mobile, notamment. Noémie.

Noémie Lehuby : Oui, pourquoi pas. Oui, tout à fait, il y a plusieurs applications mobiles qui existent, qui reprennent justement ce principe. On peut citer par exemple OsmAnd ou plus récemment Maps.me et, effectivement, ce sont des applications qui font un peu tout ce qu’on attend d’une application mobile de cartographie. On peut se repérer avec son GPS, on peut regarder ce qu’il y a autour de soi, chercher des lieux, calculer des itinéraires, enregistrer son adresse préférée en favori, etc., et le tout, effectivement, va fonctionner hors ligne ce qui va permettre de l’utiliser par exemple à l’étranger si on n’a pas de réseau. Ça, effectivement, c’est une grande force d’OpenStreetMap qui est venue très tôt, ça fait assez longtemps que ces services-là existent. Moi, personnellement, c’est comme ça que j’ai découvert OpenStreetMap, c’est en utilisant une de ces applications pendant mes vacances à l’étranger que je suis tombée dedans.

Frédéric Couchet : Je vais compléter la remarque, toujours de un-oeuf-02, qui précise, « le manque – évidemment tout n’est pas toujours rose – ce qui manque, dit-il, ce sont les données de trafic routier en temps réel », par rapport à d’autres applications où il y a effectivement les infos de trafic. Christian Quest.

Christian Quest : Oui. Tout à fait. OpenStreetMap a vocation à décrire le monde, on va dire un monde un petit peu statique, une base de données géographiques mais relativement statiques avec des choses qui ont de la pérennité. Donc tout ce qui est très temporaire comme des travaux, des bouchons ou des accidents, effectivement ça n’a pas sa place dans la base OpenStreetMap.
Je vais faire une toute petite parenthèse : j’ai essayé de démarrer un projet qui s’appelle OpenEventDatabase pour venir combler ce manque et pour venir compléter OpenStreetMap en apportant des données qui, elles, sont localisées dans l’espace mais aussi dans le temps, donc avec des choses beaucoup plus liées au temps réel. Mais là, pareil, il va falloir qu’il y ait de la collaboration, il faut que tout le monde partage ses données en temps réel, ce qui n’est pas évident. Déjà, quand on a démarré, ce n’était pas évident pour les données cartographiques, mais alors pour les données en temps réel. aujourd’hui c’est encore considéré comme le petit trésor !

Frédéric Couchet : Ça me fait venir à l’esprit une question, j’ai une question, mais je vais la poser juste après. Je vais relancer la question sur OpenStreetMap France. Christian est-ce qu’il y a une équipe de cartographes au sein de l’association ?

Christian Quest : Il n’y a pas d’équipe, en tant que telle, de cartographes. Il y a beaucoup de gens dans l’association qui n’ont pas, non plus, une formation de cartographe. Il y a des gens qui collectent des données et qui les utilisent, mais, en fait, c’est assez décorrélé du côté association.
Ce qu’on essaye vraiment de maintenir dans l’association c’est d’être un point de contact pour, ça peut être des entreprises, ça peut être des médias, ça peut être des autorités qui veulent avoir un lien avec le projet OpenStreetMap parce que ce sont des centaines de milliers de contributeurs. Comment un média contacte des contributeurs ? C’est extrêmement compliqué. C’est entre autres pour ça qu’on a créé l’association et aussi pour organiser une conférence annuelle, pour avoir des serveurs, pour pouvoir faire fonctionner tout ça. On essaye de garder le côté association assez limité. Il n’y a que des bénévoles, il y a zéro employé, c’est très important de le dire, même au niveau international.

Frédéric Couchet : Même au niveau de la fondation ? C’est une fondation au niveau international ?

Christian Quest : Au niveau international il y a une fondation de droit anglais qui correspond à peu près à l’équivalent d’une association à but lucratif. Il y a un demi-employé, si je ne me trompe pas, qui s’occupe vraiment d’administratif. C’est tout. Tout le reste fonctionne avec uniquement des bénévoles, ce qui fait que le budget de l’association est absolument ridicule par rapport à d’autres projets. Quand on compare, par exemple,le budget…

Frédéric Couchet : Le budget le Wikipédia par exemple.

Christian Quest : Quand on compare, Wikipédia c’est plusieurs millions de dollars par an et la Fondation OpenStreetMap je crois qu’on doit être aux alentours de 200, 300 000 euros, c’est tout.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que quelqu’un veut compléter sur la partie réutilisation avant de parler de la partie contribution ? Jean-Christophe peut-être.

Jean-Christophe Becquet : Effectivement, avec les données OpenStreetMap, tout un chacun va pouvoir inventer, imaginer, comme le disait Christian, les services qu’il souhaite. Par exemple, si aujourd’hui vous venez en vacances à Digne-les-Bains et que vous allez à l’office de tourisme, vous demandez un plan de la ville, le plan de la ville qui vous sera donné c’est un plan qui a été imprimé à partir d’une extraction des données OpenStreetMap. Et si vous vous dites que vous voulez emprunter les transports en commun – il y a un petit réseau de bus à Digne, seulement cinq lignes – et que vous demandez le plan du réseau des bus, eh bien, de la même manière, le plan du réseau des bus c’est une extraction OpenStreetMap et chaque affichette que vous trouverez dans les Abribus pour vous indiquer les arrêts desservis par la ligne a été réalisée, effectivement, avec des données OpenStreetMap.
Donc on voit bien qu'OpenStreetMap, la base de données OpenStreetMap, est un véritable outil de production. Moi je travaille beaucoup avec les collectivités, donc j’emprunte mes exemples dans ce domaine-là, mais ça s’applique vraiment à tout type d’utilisateur puisque, aujourd’hui, des données géographiques c’est vraiment un sujet de convergence entre tous les domaines, tous les métiers. Je fais un petit peu d’enseignement, j‘interviens auprès d’étudiants en génie biologique et je leur fais des cours de cartographie parce que, aujourd’hui, quand on fait de l’agronomie et qu’on travaille sur des exploitations agricoles, on a besoin de cartographier des parcelles, des cours d’eau, des canaux d’irrigation. Donc on voit bien que c’est un sujet complètement transversal et le fait de disposer d’une base mondiale de données libres, ça va vraiment venir servir à tout le monde.

Frédéric Couchet : Très bien. On va passer à la partie contribution parce que tout à l’heure, dans l’instruction, le mot « collaboratif » ou « participatif » ou « contributif » a été évoqué et plusieurs fois on a parlé des personnes qui contribuent. La question que j’ai envie de poser, je me dis je suis sur une carte sur openstreetmap.org, tout à l’heure l’un de vous ou l’une de vous, je ne sais plus, a dit « on peut utiliser le bouton "modifier" pour ajouter une information », un peu, effectivement, comme sur Wikipédia. La question c’est : est-ce que c’est compliqué ? Est-ce qu’il faut des connaissances techniques ? Est-ce que quand on appuie sur ce bouton de modification il y a un éditeur qui nous aide ? Est-ce qu’on peut entrer n’importe quelle information ? Est-ce qu’on peut supprimer des informations ? Quelles sont les limites ? Quelles informations on peut indiquer ? Quelles sont les limites éventuelles et est-ce que, finalement, il faut être cartographe pour contribuer à OpenStreetMap ? Noémie.

Noémie Lehuby : Pas du tout. Il ne faut pas du tout être cartographe pour contribuer à OpenStreetMap, c’est complètement accessible. Le point de départ c’est d’aller sur openstreetmap.org et de cliquer sur « modifier » et là on a, effectivement, un éditeur web qui est disponible directement sur le site, qui permet de faire ses premiers pas très facilement. Donc de visualiser un petit peu les données OpenStreetMap, de voir à quoi ça ressemble et de faire ses premières modifications. Du coup, j’ai envie de dire que le seul prérequis pour commencer à contribuer dans OSM c’est de connaître son quartier, de connaître sa rue, de connaître un petit peu tout ce qu’il y a autour de soi et de se lancer.
J’irais même encore plus loin puisqu’on a déjà mentionné des applications mobiles, c’est que, aujourd’hui, dans des applications mobiles telles que Maps.me ou OsmAnd, qui sont basées sur OpenStreetMap, on a aussi la possibilité de faire des modifications. Donc de la même manière on va avoir un bouton « modifier » qui va apparaître et qui va permettre d’ajouter par exemple un commerce ou de modifier les horaires d’ouverture d’un restaurant. Contrairement à ce qu’on pourrait penser c’est très accessible et c’est très facile de faire ses premières modifications.

Frédéric Couchet : Un peu comme sur Wikipédia donc, c’est aussi simple techniquement.

Noémie Lehuby : Tout à fait.

Frédéric Couchet : Christian Quest.

Christian Quest : Il y a une grosse différence, par contre, c’est que aujourd’hui, pour contribuer dans Wikipédia, il faut être assez expert d’un domaine.

Frédéric Couchet : Oui, tu as raison.

Christian Quest : Alors qu’on est tous experts de notre quartier.

Frédéric Couchet : C’est effectivement une bonne remarque sur la différence importante.

Christian Quest : Ça fait qu’on peut très facilement contribuer en maintenant à jour des informations qu’on peut juste constater. Il y avait une autre partie dans ta question c’est : qu’est-ce qui a sa place dans OpenStreetMap et qu’est-ce qui n’a pas sa place ?

Frédéric Couchet : Qu’est-ce qu’on peut rajouter et qu’est-ce qui n’a pas sa place ?

Christian Quest : Qu’est-ce qui n’a pas sa place ? Tout à l’heure j’ai un peu parlé, par exemple, des choses qui sont très temporaires : des travaux, des choses comme ça.
Et puis on a quelques règles assez simples, par exemple il faut que ça soit vérifiable sur le terrain : il faut qu’on puisse aller sur le terrain et le vérifier ou bien avoir une source qui permet vraiment de vérifier. Il y a certaines choses qui ne sont pas vérifiables sur le terrain, par exemple la limite entre deux communes n’est pas tracée au sol, par contre on a des sources qui permettent d’aller vérifier. Et puis, autre chose, ce sont les sources d’information qu’on utilise : il faut qu’elles soient libres. Par exemple une des règles qu’on a, on n’a pas beaucoup de règles, on a une des règles qui est quasiment la numéro un c’est : on ne copie pas de cartes, parce que, en général, sur toutes les autres cartes que l’on peut trouver, sauf les cartes qui sont faites avec des données OpenStreetMap, mais là ce serait un peu le serpent qui se mord la queue, sur toutes les autres cartes, en général, il y a un copyright et on ne peut vraiment pas reprendre les informations qui sont sur ces cartes.

Frédéric Couchet : C’est une très bonne remarque parce que sur le salon web – aujourd’hui il y a vraiment beaucoup de questions – quelqu’un dont le pseudo est dans les Dansleslimbes – je vois qu’ils sont très imaginatifs aujourd’hui – pose la question : comment la licence d'OpenStreetMap peut-elle « interagir » entre guillemets avec des bases d’autres services, alors IGN, données d’entreprises ? Je crois que, en partie, tu viens un peu de répondre à la question, mais tu peux, évidemment, compléter.

Frédéric Couchet : En général c’est assez difficile d’utiliser les données si elles n’ont pas été mises au préalable sous une licence libre. Les données en open data, en France, sont largement utilisables dans le cadre d’OpenStreetMap, donc ça peut être une bonne source d’informations pour mettre à jour la carte, enfin la base de données.
On a d’ailleurs une source très importante qui nous a été ouverte depuis 2009 c’est le cadastre. Les services du cadastre nous ont autorisés à utiliser les plans cadastraux pour améliorer les données OpenStreetMap, ce qui nous a permis de compléter énormément de noms de rues, par exemple, sans forcément aller sur le terrain parce qu’on ne peut pas être partout et on n’a pas non plus des contributeurs partout.

Frédéric Couchet : Il y a pas mal de questions sur le salon web, mais on va faire une petite pause musicale et on poursuivra sur la partie contribution. Nous allons écouter Le chariot de Malik par Löhstana et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Le chariot de Malik par Löhstana

Voix off : Cause Commune 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Le chariot de Malik par Löhstana, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouvez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Nous allons poursuivre notre discussion, notre échange sur OpenStreetMap avec Jean-Christophe Becquet qui est au téléphone, Noémie Lehuby et Christian Quest qui sont sur place.
Je vais poursuivre avec quelques questions qui sont sur le salon web, je ne vais pas forcément pouvoir toutes les prendre. Il y avait une question sur la gestion des données personnelles avec notamment la contribution par position GPS, puisque juste avant la pause on mentionnait des applications. Ça me fait penser aussi à une question : par exemple est-ce qu’on peut rajouter sur OpenStreetMap l’adresse de personnes ou est-ce que c’est interdit ?

Christian Quest : Ça c’est une limite assez claire pour nous. On ne va pas mettre de données personnelles dans la base de données. On s’est même posé la question par exemple sur les cabinets de médecins : a-t-on le droit de mettre le nom du médecin, etc. ? Ça discute, de temps en temps, mais OpenStreetMap n’a pas vocation à devenir un annuaire, ce n’est pas ça. Ce qui est important c’est : j’ai besoin de trouver un médecin à proximité, donc il y en a un qui est là, quel que soit son nom, ce n’est pas le sujet. Il y a des annuaires pour ça.
Pour les données vraiment personnelles, ça n’a pas sa place dans OpenStreetMap, donc ça sera retiré si jamais quelqu’un rajoute ce genre de choses. Parfois ça arrive, par méconnaissance, par incompréhension du projet. On a eu, comme ça, parfois, des modifications qui n’étaient pas franchement souhaitables : quelqu’un qui met son carnet d’adresses. On lui a gentiment fait comprendre que tout le monde, du coup, y avait accès, que ce n’était pas possible, donc on a retiré les données.

Frédéric Couchet : C’est important, excuse-moi de te couper, parce que par rapport à Wikipédia, dans l’émission on avait dit que les gens peuvent faire des erreurs parce qu’on peut revenir en arrière, en fait c’est la même chose sur OpenStreetMap.

Christian Quest : C'est la même chose. Oui, tout à fait, c’est la même chose. On a un système, on appelle ça des reverts, on peut revenir en arrière sur une version d’un objet dans la base de données. C’est vraiment beaucoup plus structuré base de données que ne peut l’être Wikipédia. On va dire qu’on se rapprocherait plus de Wikidata, pour ceux qui connaissent Wikidata. Chaque objet a tout son historique accessible et on peut revenir en arrière et supprimer.
On peut aussi faire ce qu’on appelle des éditions, des rédactions, où là, même une version de l’objet n’est plus accessible. Typiquement quand il y a des données personnelles problématiques, on dira « oui, cette version de l’objet existe, mais tu n’y as pas accès ». Voilà. Ça c’est quelque chose de tout à fait géré, gérable et on fait très attention à ce genre de choses.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Christophe, tout à l’heure je crois que c’est Christian qui a parlé des vélos ou Noémie, je ne sais plus, c’est Noémie. Je crois que toi tu es un grand randonneur. Jean-Christophe. Christian ouvre les yeux, je parle à Jean-Christophe qui est un grand randonneur. Ma question c’est par rapport à la contribution, on vient de parler de contribution, en utilisant le bouton « modifier », en rajoutant une information, une contribution potentielle, j’imagine, c’est en utilisant un téléphone ou un objet GPS pour tracer des chemins notamment de randonnée.

Jean-Christophe Becquet : Oui. Tout à fait. En zone rurale, le GPS est encore un outil de contribution bien utile, parce que les sentiers de randonnée ne figurent pas forcément sur le cadastre, par exemple. Donc on peut effectivement commencer une randonnée, démarrer son téléphone en mode enregistrement de traces GPS. Ensuite, les outils de contribution à OpenStreetMap permettent d’utiliser le fichier qu’on obtient, qui est un fichier au format GPX, qui contient des points avec l’heure de passage à ce point et les coordonnées latitude, longitude et altitude également du point, pour tracer des chemins sur OpenStreetMap.
On peut aussi renseigner des chemins de randonnée sur OpenStreetMap en utilisant des données open data. Mon département, les Alpes-de-Haute-Provence, a libéré l’année dernière sous licence libre un jeu de données qui s’appelle le Plan départemental des itinéraires de randonnées pédestres [Plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée (PDIPR)] qui contient le tracé de tous les chemins entretenus, maintenus par le conseil départemental pour la pratique de la randonnée, du VTT, de la raquette et du ski de fond, etc. Donc ces données peuvent être utilisées pour abonder la base OpenStreetMap, tracer des nouveaux chemins, des nouvelles pistes de randonnée, de VTT.

Frédéric Couchet : Ça me fait penser, je vais changer de sujet, enfin je vais poser une question sur un sujet un petit peu différent et juste après on revient avec toi, Jean-Christophe, notamment sur le projet Dessine ta ville et le lien avec les collectivités. Si je me souviens bien, un usage important d’OpenStreetMap c’est lors d’incidents ou même d’accidents graves dans des pays, tremblements de terre ou zones de conflit, où là il y a une vraie réactivité qui n’est pas possible avec les autres outils privateurs. Est-ce que quelqu’un veut parler de ça rapidement ? Noémie, Christian.

Christian Quest : Je peux un peu raconter : les premières mobilisations qu’on a pu avoir dans le cas de crises humanitaires, la première où il y a vraiment eu de la mobilisation c’était quand il y a eu le tremblement de terre à Haïti. Les cartes d’Haïti dataient des années 60, étaient sous format papier et il n’y avait absolument rien en numérique.
Il faut savoir que lorsqu’il y a des crises importantes comme ça, il existe une charte de l’espace qui fait que les premières images satellites qui sont prises par des agences spatiales dans le monde sont partagées, donc elles sont libérées. Ça permet, du coup, de réagir très vite et on peut, par exemple, tracer l’état des routes tel qu’il est après la catastrophe et pas tel qu’il était avant.
Je n’étais pas encore très impliqué dans OpenStreetMap au moment d’Haïti, par contre j’ai passé quelques nuits blanches à cartographier une bonne partie de la côte japonaise après le tsunami. On sait que ça a été utilisé par les secours sur place parce qu’ils avaient des informations qui étaient à jour dans leurs GPS tous les matins. Donc ils rechargeaient leurs GPS tous les matins pour savoir par où ils pouvaient passer, parce que là, le problème c’était comment circuler alors que tout le réseau routier de la côte avait été détruit.
Il y a eu plein d’autres cas. Il y a eu des cas aux Philippines avec le typhon Haiyan, il y a eu le tremblement de terre au Népal. Ça on a eu quelques échos dans les médias. On a des missions régulières, de ce type-là, qui sont déclenchées par une organisation qui s’appelle HOT, Humanitarian OpenStreetMap Team. C’est une structure dédiée qui s’est créée après Haïti pour gérer, justement, l’interaction avec les autres ONG. On est aussi intervenus en Afrique à la demande de Médecins sans frontières pour cartographier des villes où aucune carte n’existait. C’était au tout début des foyers d’Ebola et il y avait une suspicion. Médecins sans frontières devait intervenir sur place, nous a demandé « est-ce que vous pouvez nous aider à cartographier cette ville ? », c’est une petite ville de un million d’habitants, je crois. Les médecins sont arrivés avec le matériel et les cartes de la ville, alors que la ville n’avait absolument aucune carte.

Frédéric Couchet : Superbe. Noémie, est-ce que tu veux compléter là-dessus ?

Noémie Lehuby : Oui. C’est intéressant parce que ça nous permet de revenir un petit peu à ce qu’on disait avant sur les différentes manières de contribuer où, effectivement, on peut voir qu’il y a le fait d’aller sur le terrain et de cartographier parce qu’on connaît sa rue. Il y a ce qu’a mentionné Jean-Christophe de contribuer avec d’autres données qui peuvent être ouvertes. Et puis il y a aussi le fait de pouvoir contribuer à partir d’imageries satellites ou aériennes qui sont mises sous une licence compatible. Du coup, on a quand même une très grande variété de possibilités pour contribuer à OpenStreetMap, c’est aussi ça qui fait la richesse du projet c’est que ça se renouvelle énormément et qu’on va pouvoir cartographier de manières très différentes selon ses envies et ses motivations.

Frédéric Couchet : Très bien. Jean-Christophe, dans ton introduction tu as parlé du projet Dessine ta ville, si je me souviens bien du terme exact, donc pour impliquer notamment les collectivités. Est-ce que tu peux nous en parler en petit peu ?

Jean-Christophe Becquet : Le projet Dessine ta ville c’est une initiative qui comporte trois étapes, qui s’adresse effectivement aux collectivités locales.

La première étape c’est de sensibiliser les collectivités à OpenStreetMap, précisément ce qu’on est en train de faire dans cette émission. Donc en interne dans la collectivité, à destination des élus, des agents, expliquer OpenStreetMap, son fonctionnement, ses enjeux, répondre aux appréhensions qui peuvent se poser comme « si tout le monde peut éditer la base de données alors n’importe qui peut faire n’importe quoi ! » Donc expliquer comment la communauté OpenStreetMap se régule et se contrôle, comme l’a expliqué Christian à l’instant. Et puis sensibiliser en externe les habitants, les citoyens de la commune, les écoles, les organismes de formation, les associations. Organiser des conférences pour expliquer le fonctionnement d’OpenStreetMap par exemple à la médiathèque ou dans une maison de quartier.

Une fois qu’on a expliqué au plus grand nombre le fonctionnement, l’intérêt, les principes d’OpenStreetMap, on va essayer de mener des actions pour susciter la participation. C’est-à-dire encourager les personnes à contribuer à la base de données OpenStreetMap. Pour ça, la première chose que peut faire la collectivité c’est donner l’exemple. Par exemple la mairie de Digne-les-Bains a embauché il y a quelques années, pendant quatre mois l’été, une stagiaire dont la mission était de cartographier le réseau des bus de la ville dans OpenStreetMap. Et le fait que la base de données monte en qualité, monte en exhaustivité, ça rend plus facile ensuite la contribution pour aller corriger les petites erreurs, compléter les petites informations qui manquent, donc ça incite les personnes à contribuer.

Une autre manière d’encourager la contribution c’est de fournir des données en open data, la localisation des écoles, les services publics, les bâtiments accessibles au public.

Et une chose qui se pratique, un type d’événements qui se pratique beaucoup dans la communauté OpenStreetMap, c’est d’organiser ce qu’on appelle une cartopartie. Une cartopartie ça consiste à donner rendez-vous à un groupe de gens, en général sur une demi-journée ou une journée, et leur proposer de cartographier un quartier ou une thématique dans un quartier dans OpenStreetMap. Ça peut être une cartopartie générique où on dit aux gens de venir et chacun contribue sur la thématique qui l’intéresse. Ou alors une cartopartie thématique, par exemple à Digne on a organisé une cartopartie sur le thème du vélo, sur le thème de la cyclabilité, où on a cartographié les pistes cyclables, les équipements pour la maintenance des vélos, les garages à vélos, les sources d’eau potable pour remplir sa gourde quand on se déplace à vélo, et une cartopartie sur le thème de la santé où on a cartographié les cabinets médicaux, les pharmacies, les différents bâtiments du centre hospitalier.
Toutes ces contributions vont faire monter la qualité de la base de données en exhaustivité, en actualité, et vont rendre, à chaque fois, encore plus attrayantes les réutilisations. La réutilisation c’est la troisième étape de la démarche Dessine ta ville.
C’est d’abord sensibiliser, ensuite susciter la participation, enfin réutiliser.
Effectivement, quand on a une base de données qui a atteint un certain niveau de qualité on peut, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, utiliser cette base de données pour fabriquer des plans, des plans de villes pour le tourisme, pour les réseaux de transport en commun. On peut utiliser cette base de données en fond de carte sur son site web pour localiser les équipements publics, pour localiser les écoles. Et, d’un point de vue un petit peu plus technique, on peut intégrer la base de données OpenStreetMap dans son SIG. SIG c’est l’acronyme de Système d’information géographique, qui est un type service qui se répand de plus en plus dans les collectivités, qui utilise des outils permettant de cartographier, de géolocaliser tous les points du territoire. Aujourd’hui, une des problématiques des SIG c’est d’être alimentés en données. Pour ça la base de données OpenStreetMap est un trésor parce qu’elle est libre, donc on peut l’utiliser sans contrainte et, en plus, si on a mené des actions pour encourager la participation, on va avoir une base de données de très grande qualité en termes de complétude, en termes de fraîcheur, donc très intéressante, très utile pour le SIG de la collectivité.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Tu as parlé de réseau de transport, ça me fait penser que dans l’introduction de Noémie, j’ai cité Jungle Bus. C’est quoi Jungle Bus ?

Noémie Lehuby : Jungle Bus ça part d’un constat très simple, un peu triste, que la plupart des villes dans le monde n’ont pas de plan de transport et n’ont pas, de manière générale, d’informations voyageurs sur les transports qui y circulent et, un deuxième constat, c’est qu’avec OpenStreetMap on peut remédier à ça.
Effectivement, dans OpenStreetMap on peut cartographier des arrêts de bus, des gares, des lignes de bus, des trajets de bus, etc. Comme la basse de données est libre et réutilisable, on peut également, une fois qu’on a cartographié tout ça, s’en servir pour faire des plans de transport, des plans géographiques, des plans schématiques, des plans qu’on peut afficher sur les bus, pour faire des applications de calcul d’itinéraire, etc.
L’idée de Jungle Bus c’était ça, c’était de se dire allons cartographier les réseaux de transport pour lesquels les gens ne savent pas comment les utiliser, où passent les bus, etc.
Ça fait quelques années qu’on fait ça. On a eu notamment un gros projet à Accra, la capitale du Ghana, pour cartographier l’intégralité du réseau de transport de bus informels qui était d’environ 300 lignes. On a pu, ainsi, déployer les premières applications mobiles d’information voyageurs dans la ville. Du coup on a plusieurs actions autour de ça, que ça soit créer les outils pour permettre aux contributeurs de se saisir du sujet et de cartographier les données dans OpenStreetMap. Créer aussi les outils pour réutiliser les données, en faire des choses utiles pour les voyageurs et accompagner les collectivités locales qui en ont besoin, qui ont besoin de comprendre un petit peu comment OpenStreetMap marche ; accompagner aussi les contributeurs qui veulent faire ça bénévolement ou pas, etc. Il y a énormément de travail sur ce sujet-là parce qu’effectivement OpenStreetMap est une solution pertinente mais qui n’est pas forcément encore très connue des personnes à qui elle pourrait bénéficier.
C’est un beau projet dans lequel je m’investis depuis quelques années.

Frédéric Couchet : C’est Jungle Bus. Ça me fait penser que tout à l’heure j’ai fait un petit quiz, j’ai posé deux questions. Je vais répondre à la deuxième question. La question c’était : quel site web utiliseriez-vous pour trouver où boire vote bière préférée autour de chez vous, boire, je le répète, évidemment avec modération. Eh bien le site c’est OpenBeerMap, tout simplement. Vous cherchez sur un moteur de recherche, sinon c’est OpenBeerMap.github.io et c’est un projet qui a été lancé par Noémie il y a quelques années. Combien de temps ?

Noémie Lehuby : C’était en 2014, il me semble. Oui, tout à fait. C’était un petit projet que j’avais lancé à mes débuts dans OpenStreetMap. Je venais vraiment de commencer à ce moment-là et puis, en sortant d’un bar un soir, d’un bar qui n’était pas génial où j’avais bu une bière pas géniale, eh bien je ne suis dit que quand même ça serait vraiment pratique de pouvoir choisir son bar en fonction des bières qu’on y sert. Si vous êtes amateur de bière c’est sûrement quelque chose qui va vous parler, se dire que si on a envie de boire une bonne bière artisanale ou une bonne bière belge par exemple, plutôt que la bière…

Frédéric Couchet : La bière classique, quoi !

Noémie Lehuby : On va dire classique, qu’on ne va pas citer, on va juste dire classique. Voilà ! Du coup je me suis dit qu’OpenStreetMap ça pouvait être une solution pour ça, donc j’ai commencé à regarder un petit peu ce qu’il y avait dans la base de données. J’ai créé un petit site qui permet de visualiser effectivement les bars autour de soi et les bières pressions qui sont servies dans ces bars, puisque c’est une information qu’on peut mettre dans OpenStreetMap. Comme il n’y en avait pas beaucoup je suis même allée un petit plus loin, j’en ai fait un petit éditeur. Sur le site OpenBeerMap on peut aussi modifier les informations classiques du bar – son nom, ses horaires d’ouverture, etc., les horaires des happy hours, ce genre de choses – et bien sûr les bières pressions qui sont servies dans le bar. Ça fait depuis 2014 que le site existe. C’est un projet libre, bien sûr. Je l’ai initié, mais j’ai eu aussi pas mal de contributions sur la partie code en plus des très nombreuses contributions sur la partie données qui sont, du coup, directement reversées dans OpenStreetMap.

Frédéric Couchet : Christian, tu voulais ajouter quelque chose là-dessus ?

Christian Quest : Oui. Je pense que ce genre de choses est essentiel. Évidemment, sur une carte c’est très difficile de représenter tous ces détails et ça montre tout l’aspect base de données qui est essentiel à OpenStreetMap parce qu’on va pouvoir renseigner avec des détails incroyables. On n’a pas parlé, par exemple, de l’accessibilité. C’est aussi un projet qui est né très tôt dans l’histoire d’OpenStreetMap, c’est renseigner l’accessibilité pour les personnes handicapées. Il y a des villes qui se sont emparées du sujet et qui ont cartographié l’accessibilité des commerces, etc., en s’appuyant sur OpenStreetMap, sur des contributeurs, sur des personnes handicapées aussi. Ça permet aussi, quand on fait ce genre de cartopartie thématique, de remettre un sujet sur la place publique : organiser toute une série de cartoparties sur les transports, sur la santé, sur l’accessibilité, éventuellement sur les bières, ça remet le sujet dans la discussion.

Frédéric Couchet : Le temps file il faudra qu’en fin d’émission on parle rapidement de State Of The Map France, enfin rapide, je ne sais pas, mais j’ai deux questions. Une première : est-ce, que suite aux changements récents de facturation ou de tarification de Google Maps, vous avez vu un effet positif sur le fait que de plus en plus de sites allaient utiliser un fond de carte OpenStreetMap à la place de Google Maps ? Première question.
La deuxième question qui est un peu plus générale, pour finir là-dessus, ce sera plutôt : vous avez parlé des cartographies, une personne qui souhaite s’y mettre et qui ne veut pas s’y mettre seule, comment elle peut s’y mettre ? Est-ce que c’est OpenStreetMap France la principale source de références ? Est-ce qu’il y a des événements ? Comment elle s’y met ? Christian, vas-y.

Christian Quest : Je peux répondre sur la première question. Oui, on a constaté un intérêt évident pour OpenStreetMap. Beaucoup de gens qui s’appuyaient sur des solutions gratuites ont cherché, évidemment, des solutions gratuites de remplacement. J’ai écrit plusieurs articles à ce sujet-là pour dire que le gratuit, en la matière, ça a forcément des limites, parce que générer des fonds de carte et les servir comme on le fait, ça nécessite de l’infrastructure et ça a un coût. C’est dommage d’avoir laissé penser pendant des années que tout ça ne coûtait rien. C’est une forme de dumping qui pose quand même de sérieux problèmes.
Nous on a constaté, sur les serveurs d’OpenStreetMap France, une augmentation d’à peu près 110 % du trafic sur nos serveurs de fonds de cartes. Voilà ! On voit bien la corrélation en termes de dates avec l’été dernier et avec l’automne : il y a eu deux pics d’augmentation ; depuis ça n’est pas redescendu et ça ne va sûrement pas redescendre. Ça veut dire un petit peu plus de ressources à mettre en batterie de notre côté.
On a des gens qui nous aident on n’en a pas parlé. Ça vaut le coup quand même de dire qu’il y a des entreprises, il y a des collectivités, il y a des universités qui nous mettent à disposition du matériel. On a au moins deux grosses entreprises qui nous donnent un coup de main qui sont OVH et la Fondation d’entreprise Free, donc qui nous mettent à disposition des serveurs pour pouvoir faire tourner une partie de notre infra française. Et puis, de temps en temps, on fait des appels au don pour compléter, pour remettre à jour des machines.
Je vais laisser Noémie répondre sur la deuxième partie.

Noémie Lehuby : Sur la deuxième question. Oui tout à fait. La question c’était ?

Frédéric Couchet : Comment s’y mettre concrètement.

Noémie Lehuby : Comment s’y mettre concrètement. Ça dépend un petit peu de ses affinités. Si on a plutôt envie de s’y mettre en rencontrant des gens, je pense que le plus simple c’est de venir participer à des rencontres que les groupes locaux organisent ou à des cartoparties. Pour ça, je pense qu’un bon point d’entrée c’est le site de notre association, donc openstreetmap.fr, où on a une rubrique « événements » qui liste les réunions des groupes locaux. Il y a des groupes locaux qui s’organisent, qui se réunissent par exemple tous les mois pour faire un petit peu le point sur l’avancée de leurs projets respectifs. Et puis des cartoparties qui s’organisent qui peuvent être, comme l’a dit Jean-Christophe, ou bien des cartoparties thématiques ou bien des cartoparties généralistes mais limitées par exemple à un territoire. Ça c’est un bon moyen de se lancer en rencontrant d’autres contributeurs qui vont pouvoir vous tenir la main, vous expliquer un petit peu comment ça marche et vous accompagner pour faire vos premiers pas.
Si vous êtes plus aventureux, je pense qu’il faut commencer par aller sur le site openstreetmap.org, cliquer sur « modifier » et regarder un peu comment ça marche.
On a un wiki qui est notre bible, notre grosse source d’informations, qui explique un petit peu comment fonctionne le projet, comment fonctionne la base de données et qui est vraiment la référence. Et voilà ! Commencer à cliquer un peu partout et voir ce qu’on arrive à faire, ce n’est pas très difficile. Le plus difficile c’est de se lancer.

Christian Quest : Il y a autre chose qui est organisé, ce sont des mapathons. Là c’est plus orienté humanitaire, ça se passe en général en soirée et ça permet de découvrir comment compléter la carte dans un endroit, souvent très lointain, à l’aide d’images satellites. Donc on va cartographier par exemple les bâtiments, et rien que le fait de compter les bâtiments permet de savoir quelle est la population approximative dans une zone ce qui va permettre de savoir où positionner par exemple un dispensaire, ce genre de choses.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Christophe, en deux mots parce que le temps file, un petit mot sur la formation et plus précisément, peut-être, est-ce que tu peux nous dire deux mots sur les nouveaux programmes dans les lycées, notamment à partir de la seconde, parce qu’il y a OpenStreetMap qui est dans les nouveaux programmes ?

Jean-Christophe Becquet : Effectivement, à partir de la rentrée qui vient, dans le nouveau référentiel de compétences attendues dans les programmes de seconde, il y a la compétence « savoir contribuer à OpenStreetMap ». C’est une formidable opportunité pour la communauté OpenStreetMap parce que ça veut dire une masse gigantesque de contributeurs potentiels. C’est aussi une difficulté à gérer parce que ça veut dire qu’il va falloir accompagner, former les enseignants qui vont devoir transmettre cette compétence. Je pense que c’est vraiment un enjeu dans les années qui viennent de mettre en place des formations d’initiation à OpenStreetMap pour faire monter en compétences les contributeurs et surtout ceux qui accompagnent les contributeurs pour avoir des contributions de qualité.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Je vais laisser un dernier mot, mais alors 30 secondes, pour expliquer ce qu’est State Of The Map France et où ça se passe.

Christian Quest : State Of The Map c’est une conférence annuelle. Il y a une conférence internationale qui est organisée et, depuis plusieurs années, on organise aussi un State Of The Map France, c’est la conférence annuelle d’OpenStreetMap France, et cette année elle se déroule à Montpellier du 14 au 16 juin, donc ce week-end.

Frédéric Couchet : Ce week-end.

Christian Quest : On est en train de terminer nos présentations à l’arrache, comme d’habitude. En général on a plus de 200 personnes. On a 70 conférences enfin il y a vraiment beaucoup de choses.

Frédéric Couchet : D’accord. On encourage toutes les personnes à aller à cette édition ou à la prochaine, ou aux cartoparties locales qui sont organisées. Et pour répondre à la dernière question de PG sur le salon : travaillez-vous avec les scolaires ou autres publics pour les sensibiliser ? Je pense qu’avec ce programme de seconde des lycées vous allez avoir de plus en plus de demandes, donc vous y répondrez en fonction, évidemment, des moyens.

Christian Quest : Et ça a déjà été fait, il y a déjà eu des choses de faites, il y a eu des choses de faites récemment par exemple à côté de Metz.

Frédéric Couchet : Écoutez, super. C’était vraiment une première émission, vous avez compris en l’écoutant qu’on a abordé plein de sujets et qu’on pourrait parler de chacun des sujets pendant 30 minutes, une heure.
Je remercie les personnes qui sont intervenues : Jean-Christophe Becquet au téléphone, Noémie Lehuby et Christian Quest sur place et je vous souhaite une bonne journée.

Christian Quest : Bonne journée.

Noémie Lehubyt : Bonne journée.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter I need par Jahzzar et on se retrouve juste après.

Pause musicale : I need par Jahzzar.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Chronique « Pépites libres » sur des films libres de la Fondation Blender par Jean-Christophe Becquet

Frédéric Couchet : I need par Jahzzar, musique disponible en licence libre. Les références sont sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre, sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout dans le monde.
Nous allons maintenant aborder notre dernier sujet.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons maintenant aborder la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet eh oui, parce que Jean-Christophe Becquet, en plus de ses activités OpenStreetMap, est président de l’April. Bonjour Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Bonjour.

Frédéric Couchet : Aujourd’hui, je crois ce que tu souhaites nous présenter dans la pépite libre ce sont des films libres de la Fondation Blender.

Jean-Christophe Becquet : Oui, tout à fait. Peut-être commencer par expliquer ce qu’est Blender. Blender est un logiciel libre de modélisation, d’animation et de rendu en 3D.
Il est intéressant de se pencher quelques minutes sur son histoire. En effet, Blender était au départ un partagiciel, en anglais on parle de shareware, c’est-à-dire qu'il était disponible gratuitement dans une version limitée et qu’il fallait payer pour accéder à l'ensemble des fonctionnalités. Blender devient ensuite un logiciel gratuit, freeware en anglais. Et en 2002, une souscription est lancée afin de racheter les droits d'auteur de Blender pour un montant de 100 000 euros et d'en faire un logiciel libre, free software en anglais, sous licence GPL. Un article récent sur le site du projet, intitulé Blender is Free Software, célèbre cette liberté. L‘article explique : « Blender est libre pour toujours. Cette liberté, qui rend la licence GPL si puissante, est la raison pour laquelle c'est bien plus que de l'open source ».

Blender connaît un développement formidable depuis 25 ans. Le 2 février 2019, le créateur de Blender, Ton Roosendaal, a reçu le prix Annie Ub Iwerks de la Société internationale du film d'animation, ASIFA-Hollywood. Ce prix reconnaît les progrès techniques qui ont un impact significatif sur l’art ou l’industrie de l’animation. Un article de la licence professionnelle CoLibre titre : « Quand un logiciel libre reçoit enfin la reconnaissance qu’il mérite… ».
Depuis 2007, la Fondation Blender, qui pilote le développement du logiciel, héberge l'Institut Blender. Il s'agit du premier studio de production cinématographique et vidéo ludique libre. L'équipe, basée à Amsterdam, se consacre à la production de films et de jeux vidéos libres avec le logiciel Blender. L'originalité de la démarche réside dans le fait que tout le processus de création artistique, personnages, scènes, textures, est partagé sous licence libre.
Aujourd'hui, la Fondation Blender a publié une dizaine d’œuvres de grande qualité. Citons quelques exemples.
Le dessin animé Big Buck Bunny qui réjouira les enfants de tout âge.
Un autre court métrage, Cosmos Laundromat, raconte l'histoire d'un mouton dépressif sur une île déserte. Il rencontre un vendeur excentrique qui lui propose de changer de vie.
Enfin Spring, le dernier sorti, est une belle ode à la vie. Une jeune bergère affronte les esprits anciens pour permettre la venue du printemps.
Le générique de fin de tous ces films affiche une licence Creative Commons BY. C’est-à-dire qu’on peut les copier, les projeter dans toutes circonstances et aussi les modifier. C’est du cinéma libre !

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe pour cette présentation. On a déjà parlé un petit peu de Blender, notamment son historique que tu as rappelé, dans l’émission du 19 mars avec Jehan Pagès et Lionel Allorge. J’invite les personnes qui écoutent l’émission à réécouter le podcast si elles veulent avoir plus de détails. Je suppose que la production de ces films est aussi l’occasion de montrer les capacités de Blender, donc je suppose, c’est une question ouverte, qu’il y a un nouveau film à chaque nouvelle version de Blender peut-être.

Jean-Christophe Becquet : Effectivement c’était l’une des motivations, en tout cas initiales, c’était de produire des films d’animation pour montrer par la pratique les capacités du logiciel Blender, tester des fonctionnalités nouvelles. Effectivement, depuis 2007, la Fondation Blender sort environ un nouveau film tous les deux ans et chaque fois le défi c’est de mettre en évidence les nouvelles fonctionnalités du logiciel libre Blender.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu te souviens de la durée de ces films qui sont produits, c’est quoi ? C’est 50 minutes ?

Jean-Christophe Becquet : Ce sont des films très courts. Ce sont des courts métrages de l’ordre de 10 minutes ce qui, du coup, rend tout à fait possible et pertinente une projection dans un événement libriste, au début ou à la fin d’une conférence ou pendant une pause, on peut proposer la projection d’un film libre de la Fondation Blender. La licence le permet et le format de l’ordre de la dizaine de minutes rend ça possible dans un grand nombre d’événements.

Frédéric Couchet : C’est une excellente suggestion parce que souvent dans les pauses il n’y a rien qui est diffusé sur l’écran. Ça peut être l’occasion de diffuser quelque chose. J’ai vu hier, en préparant l’émission, le dernier-né, Spring, qui est une féerie sur la fin de l’hiver en montagne ; c’est absolument magnifique. De mémoire ça dure six ou sept minutes. On encourage évidemment toutes les personnes à regarder. Tous ces films sont disponibles sur le site de Blender ?

Jean-Christophe Becquet : Oui. Tout à fait. Il y a un site sur lequel on peut retrouver les vidéos de tous les films, en accès libre sous licence Creative Commons BY. Pour pouvoir télécharger les matériaux qui ont servi à la production des films, c’est-à-dire les modèles 3D, les textures, les personnages, il faut souscrire un abonnement auprès de la Fondation Blender de l’ordre de la dizaine d’euros par mois pour pouvoir accéder à l’ensemble des téléchargements, ce qui montre bien que libre n’est pas gratuit et que gratuit n’est pas libre. Ce sont vraiment deux notions différentes. Tous ces contenus, tous ces médias sont bien sous licence libre. Il n’en demeure pas moins que la Fondation Blender a fait le choix de rendre payant l’accès, c’est tout à fait possible et permis par des licences libres. C’est aussi une bonne illustration du fonctionnement des licences libres.
Les films, eux, sont accessibles librement et gratuitement dans leur version intégrale et en haute résolution sur le site de la Fondation Blender.

Frédéric Couchet : Écoute merci Jean-Christophe. Je précise qu’il y a des références sur le site de l’April, dans la page consacrée à l’émission que tu as mise à jour tout à l’heure. Je te remercie pour cette chronique et on se retrouve peut-être en juillet pour la dernière chronique avant la pause.

Jean-Christophe Becquet : Entendu. Ça marche.

Frédéric Couchet : Passe une bonne journée.

Jean-Christophe Becquet : Belle fin de journée. Merci. Au revoir.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission et nous allons finir par quelques annonces.

Annonces

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission et nous allons finir par quelques annonces.

On parlait tout à l’heure de collectivités et logiciel libre. Eh bien Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris a cosigné, notamment avec Jean-Christophe Becquet, décidément la star du jour, une tribune publiée dans Libération la semaine dernière intitulée « Logiciel libre, il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens. » Et nous avons eu récemment une émission avec Pierre Levy, qui travaille à la Direction des systèmes d’information de la mairie de Paris, pour parler notamment de Lutece, un projet libre développé par la mairie de Paris depuis les années 2000.

Mon collègue Étienne Gonnu, actuellement en régie, qui s’occupe aussi des affaires publiques à l’April, a des compétences multiples, car il interviendra jeudi 13 juin au Centre social et culturel Guy Toffoletti à Bagnolet, entre 19 heures et 21 heures, dans une table ronde intitulée « Le logiciel libre, une intelligence collective à grande échelle », c’est organisé par l’université populaire de Bagnolet

Ce week-end, si vous êtes à Montpellier il y a un événement OpenStreetMap, mais si vous êtes en région parisienne il y a un April Camp qui a lieu donc le samedi 15 et le dimanche 16 juin 2019 au local de l’April à Paris. C’est quoi un April Camp ? L’idée c’est de se réunir pendant deux jours entre membres de l’association et soutiens, pour faire avancer des projets, lancer de nouveaux projets ou simplement se rencontrer et discuter. Les projets peuvent être de nature technique, ils peuvent de nature communication ou très variés. Par exemple le dimanche il y aura un atelier sur la création d’un Jeu du Gnou inspiré du Jeu de l’Oie, en fait un jeu de sensibilisation autour d’un certain nombre de thématiques. N’hésitez pas à venir, toute personne est la bienvenue qu’elle soit membre ou pas de l’April, et quels que soient ses compétences. Vous pouvez passer quelques heures ou même les deux jours entièrement. Les références sont sur le site de l’April. C’est samedi 15 juin et dimanche 16 juin. Le local de l’April est dans le 14e arrondissement de Paris.
Vous retrouverez tous les autres événements liés au logiciel libre évidemment sur le site agendadulibre.org.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission, donc Jean-Christophe Becquet, Noémie Lehuby, Christian Quest. François Zaïdi. Aux manettes de la régie aujourd’hui Étienne Gonnu.
Un grand merci également à Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupe notamment et avec beaucoup de soin du traitement des podcasts.
Vous retrouverez sur le site april.org toutes les références utiles, ainsi que sur le site de la radio causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

La prochaine aura lieu en direct mardi 18 juin de 15 heures 30 à 17 heures. Notre sujet principal sera consacré au CHATONS, ce sera la deuxième émission consacrée au CHATONS. Je vais rappeler que le CHATONS c’est le Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Je précise que je triche, je l’ai écrit pour être sûr de ne pas me tromper !

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve donc en direct mardi prochain et d’ici là portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Musique : Dahmane El Harrachi – Best of (1980-2013)

Dahmane El Harrachi, c’est un peu l’artiste maudit de la musique Chaâbi, une sorte d’équivalent de Robert Johnson. Jamais connu de son vivant, ou si peu, c’est après sa mort qu’on a chanté ses chansons et ses louanges… Car en réalité, j’ai déjà parlé de lui lorsque j’ai fait un article sur le regretté Rachid… Lire la suite Musique : Dahmane El Harrachi – Best of (1980-2013)

Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2019

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Nticweb.com] Aux origines de l'Open Source

✍ Samir Roubahi, le .

[Developpez.com] Freelance: il n'a pas été payé, alors il a publié en open source le projet de son client,

✍ Michael Guilloux, le .

[Next INpact] Hadopi, putain 10 ans!

✍ Marc Rees, le .

[Global Security Mag] RGPD, un an après: 80% des consommateurs n'estiment toujours pas avoir le contrôle sur leurs données

✍ SUZE, le .

Analyse juridique de la loi « contre la haine en ligne »

Mise à jour : l’amendement n°CL206 ayant été déclaré irrecevable par les services de la commission des lois, il n’est plus accessible en ligne. Vous pouvez consulter notre proposition à l’origine de cet amendement, qui le reprenait en le simplifiant.

Le 19 juin, la commission des lois de l’Assemblée nationale examinera la proposition de Laetitia Avia « contre la haine sur Internet ». La Quadrature du Net a envoyé aux 72 membres de cette commission l’analyse juridique reproduite ci-dessous (aussi en PDF), qui traduit en droit nos analyses politiques publiées ces derniers mois pour appeler au rejet des pires dispositions de ce texte (relire notamment nos articles de février et de mai).

Lettre aux députés : PPL Avia, refusez les mesures inutiles et dangereuses

Mesdames, Messieurs les députées,
Membres de la commission constitutionnelle, de la législation et de l’administration générale de la République,

Vous examinerez mercredi prochain la proposition de loi « contre la haine sur Internet ». En l’état, cette proposition, et surtout son article 1er, ne permettra pas d’atteindre l’objectif qu’elle se donne mais renforcera uniquement les risques de censure politique.

La Quadrature du Net vous appelle à supprimer cet article 1er et à modifier la loi tel qu’exposé ci-après.

Nous vous appelons également à adopter l’amendement n°CL206, qui propose une solution plus efficace pour protéger les victimes d’oppression en ligne, forçant les grandes plateformes commerciales à devenir interopérables pour permettre à ces victimes de se libérer de leur environnement toxique.

A. Le champ personnel excessif du retrait en 24h

En droit, toute restriction de libertés, telle que la liberté de communication, n’est valide que si elle est strictement nécessaire à la réalisation de l’objectif qu’elle poursuit1Ce principe est le plus clairement exprimé à l’article 52 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute limitation de l’exercice des droits et libertés […] ne peuvent être apportées que si elles sont nécessaires et répondent effectivement à des objectifs d’intérêt général ». Ce principe a été intégré dans le contrôle réalisé par le Conseil constitutionnel : « toute mesure restreignant un droit fondamental […] doit être adéquate, c’est-à-dire appropriée, ce qui suppose qu’elle soit a priori susceptible de permettre ou de faciliter la réalisation du but recherché par son auteur » (« Le contrôle de proportionnalité exercé par le Conseil constitutionnel », Cahier du Conseil constitutionnel n° 22 – juin 2007)..

L’objectif poursuivi par cette PPL est de contenir la multiplication des discours de haine et de harcèlement survenue sur les grandes plateformes commerciales — Facebook, Youtube et Twitter. Pour ce faire, son article 1er exige le retrait en 24h des contenus signalés qui sont manifestement illicites, restreignant la liberté de communication tant de ces plateformes que de leurs utilisateurs.

Toutefois, cette obligation ne pèse pas seulement sur les grandes plateformes commerciales, à l’origine du problème, mais sur tout « opérateur » visé à l’article L111-7 du code de consommation et dont le nombre d’utilisateurs dépasse un seuil fixé par décret (qu’on nous annonce à 2 millions). En pratique, des sites sans activité commerciale tel que Wikipédia seront aussi concernés. Pourtant, leur modèle de modération qui repose sur une communauté bénévole et investie a su se montrer bien plus efficace pour limiter la diffusion de la haine et du harcèlement que les grandes plateformes commerciales. Ce constat n’est remis en cause ni par Mme Avia ni par le gouvernement.

Tout en restant perfectibles, les plateformes non-commerciales satisfont déjà largement l’objectif poursuivi par cette PPL. Pourtant, n’ayant pas de modérateurs professionnels, elles ne pourront en respecter l’article 1er et devront cesser leur activité devant la menace de sanctions inévitables. Cette restriction de leur liberté de communication est inutile et donc juridiquement invalide.

B. Un délai de 24h contre-productif

En droit, une mesure est invalide si elle restreint davantage de libertés que ne le ferait une autre mesure capable d’atteindre aussi efficacement l’objectif qu’elle poursuit2Ce principe découle de la jurisprudence du Conseil constitutionnel : « toute mesure restreignant un droit fondamental […] ne doit pas excéder – par sa nature ou ses modalités – ce qu’exige la réalisation du but poursuivi, d’autres moyens appropriés, mais qui affecteraient de façon moins préjudiciable les personnes concernées ou la collectivité, ne devant pas être à la disposition de son auteur » (article précité du Cahier du Conseil)..

En l’espèce, imposer un délai de 24h pour retirer un contenu manifestement illicite est susceptible de provoquer d’importantes restrictions de libertés, tel que le sur-blocage de propos licites ou le dévoiement de la mesure à des fins de censure politique. Ce délai fixe produit un autre effet nocif : il empêche les plateformes d’examiner en priorité les contenus les plus graves ou les plus partagés, car elles doivent traiter tous les signalements, même les moins graves, dans un même et unique délai.

À l’inverse, le droit actuel (la loi pour la confiance dans l’économie numérique de 2004, LCEN) n’exige le retrait des contenus manifestement illicites que dans un délai « prompt » : proportionné à la gravité du contenu, aux conséquences et à l’ampleur de sa diffusion. Ceci permet de traiter en priorité les situations les plus nocives, ce qui est bien plus efficace pour atteindre l’objectif poursuivi par la loi, tout en réduisant les risques de sur-blocage et de censure politique.

Par ailleurs, imposer un délai de 24h serait d’autant plus inutile qu’il est matériellement irréaliste : dans bien des cas, il ne pourra être respecté par aucune plateforme et ne sera donc pas sanctionné. Exemple sinistre mais probant, la vidéo de la tuerie de Christchurch a été dupliquée 1,5 millions de fois sur Facebook dans les 24h suivant l’attentat, au cours desquelles 300.000 copies auraient entièrement échappé aux outils de modération automatisés de l’entreprise, de l’aveu même de celle-ci3« Update on New Zealand », Facebook Newsroom, 18 mars 2019, https://newsroom.fb.com/news/2019/03/update-on-new-zealand. Cet événement a démontré l’incapacité structurelle des outils de modération automatisés à faire face à de telles menaces en 24h. La loi perdrait toute emprise sur le réel en exigeant l’inverse.

À l’inverse, le droit actuel a déjà pu s’appliquer concrètement contre un hébergeur ayant échoué à retirer en 24h un contenu illicite dans le cas où un tel délai était réaliste et où la situation le justifiait spécifiquement4Une affaire importante dans l’histoire de la LCEN est celle concernant la société AMEN qui, en 2009, a été condamnée par la cour d’appel de Toulouse pour ne pas avoir retiré dans la journée suivant leur signalement des écoutes téléphoniques diffusées par un des sites qu’elle hébergeait et concernant l’enquête judiciaire de l’affaire AZF. En 2011, la Cour de cassation a cassé cette décision car le signalement de ces écoutes ne respectait pas le formalisme stricte prévu par la LCEN. Toutefois, ce faisant, il est important de souligner que la Cour de cassation n’a absolument pas contesté qu’un délai « prompt » de 24 heures puisse correspondre à ce qu’exige la loi..

En conclusion, imposer un délai de 24h serait moins efficace qu’un délai apprécié au cas par cas, tel que prévu actuellement par la LCEN, car cela empêcherait de traiter les situations les plus graves en priorité tout en étant matériellement irréaliste, privant la loi de son lien au réel. Puisqu’une telle mesure restreindrait davantage de libertés que celles prévues actuellement par la LCEN, elle serait inutile et donc invalide.

C. Un délai de 24h favorisant la censure politique

En droit, le principe de la séparation des pouvoir exige que l’autorité qui poursuit les auteurs d’infractions (le pouvoir exécutif) soit distincte de celle qui constate ces infractions (pouvoir judiciaire) et que cette seconde autorité soit indépendante de la première5Garanti à l’article 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et à l’article 64 de la Constitution, un des principes fondamentaux de la séparation des pouvoirs est explicité à l’article préliminaire du code de procédure pénale comme « la séparation des autorités chargées de l’action publique et des autorités de jugement. ».

En l’espèce, le délai de 24h pour retirer les contenus est si court qu’il empêchera les plateformes d’examiner tous les signalements avec le même niveau de diligence. Dans ces conditions, elles n’auront d’autres choix que de réaliser un examen sommaire, ou un retrait quasi-automatique, des contenus signalés par leurs partenaires jugés les plus fiables. L’OCLCTIC, le service de la police spécialisé contre les infractions en ligne, sera vraisemblablement le premier de ces partenaires : Facebook ou Twitter seraient bien peu pragmatiques s’ils « perdaient du temps » à examiner les signalements de la police alors que des milliers de signalements à l’origine bien plus incertaine et complexe devront être examinés en urgence dans la même journée.

Ce pouvoir « de fait » de l’OCLCTIC a déjà été dévoyé à des fins de censure politique. Dernier exemple en date : en réponse à une demande CADA de La Quadrature du Net, la police a expliqué avoir signalé à Google le 13 janvier 2019 une image caricaturant Emmanuel Macron sous les traites du dictateur Pinochet. Dans les documents transmis, le signalement est enregistré dans la catégorie « injures et diffamations xénophobes ou discriminatoires »6Le signalement de la caricature de Macron sous les traits de Pinochet est documenté sur le site de La Quadrature du Net : https://www.laquadrature.net/2019/05/09/une-loi-contre-la-haine-anti-macron. Cette qualification, en plus d’être une aberration juridique, entre exactement dans le champ des infractions que la PPL Avia imposera de retirer en 24h.

En conclusion, l’article 1er de la PPL Avia, en exigeant d’évaluer la licéité des contenus signalés dans un délai de 24h, décuplera les risques de retrait de contenus signalés par la police qui, tout en étant licites, vexeraient le pouvoir exécutif. En pratique, cela permettra au gouvernement d’usurper l’autorité judiciaire, qualifiant lui-même les « infractions » contre lesquelles il prétend lutter et imposant cette qualification aux plateformes qui, menacées de lourdes sanctions, lui sont largement soumises et nullement indépendantes. Ce délai n’étant par ailleurs pas nécessaire, il est d’autant moins valide qu’il accroît sensiblement les risques de violation de la séparation des pouvoirs.

D. Une lutte illégitime contre les travailleuses du sexe

L’amendement CL93 déposée par Mme Avia propose de compléter la liste des infractions justifiant à l’article 1 de la PPL de censurer un contenu en 24 heures. Sont notamment ajoutées les infractions définies aux articles 227-23 et 227-24 du code pénale, qui punissent les faits « d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui » ou bien « de faire office d’intermédiaire entre deux personnes dont l’une se livre à la prostitution et l’autre exploite ou rémunère la prostitution d’autrui ».

Cet ajout pousserait encore davantage Facebook et Twitter à exclure activement de leurs plateformes les travailleuses du sexe ainsi que leurs groupes d’entraide, leur fermant une alternative au travail en extérieur où elles seraient exposées à bien plus de violences. Une telle proposition trahit l’objectif de cette PPL qui prétend défendre les victimes de violences et doit être rejetée.

E. La conservation des données renforcée, en violation du droit de l’Union

L’article 5 de la proposition de loi initiale (qui serait déplacé « après l’article 3 » par l’amendement CL112 de Mme Avia) propose d’augmenter la sanction des fournisseurs d’accès à Internet et des hébergeurs ne conservant pas les données de connexion de l’ensemble de leurs utilisateurs (adresses IP notamment), telle que fixée au 1 du VI de l’article 6 de la LCEN.

Dans son arrêt Tele27L’arrêt Tele2 Sverige AB, grande chambre de la Cour de justice de l’Union européenne, 21 décembre 2016, affaires C-203/15 et C-698/15, est commenté par notre équipe contentieuse à cette adresse : https://exegetes.eu.org/posts/tele2, la Cour de justice de l’Union européenne a déclaré qu’une telle mesure de surveillance de masse est contraire à la Charte des droits fondamentaux de l’Union et que seules des mesures de conservation ciblée sur des personnes soupçonnées peuvent être autorisées. La Quadrature a contesté la conformité de l’obligation française devant le Conseil d’État, dont le rapporteur public a reconnu l’absence de conformité du droit français au droit de l’Union et conduit le Conseil à transmettre des questions préjudicielles à la Cour de justice de l’Union européenne à ce sujet8Voir la décision du Conseil d’État transmettant les questions à la Cour de justice, 10ème – 9ème chambres réunies, 26 juillet 2018, affaire n° 393099, https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000037253929&fastReqId=1863567356&fastPos=1.

Dans l’attente de la réponse de cette dernière, la moindre des choses de la part du législateur serait de ne pas aggraver la violation par la France du droit de l’Union en renforçant la sanction de cette obligation inconventionnelle. Cet article doit être supprimé.

F. L’absence de garde fou à la lutte contre les sites miroirs

L’article 6 de la PPL Avia propose de permettre à la police d’ordonner aux opérateurs Internet de bloquer un site sur lequel est reproduit un contenu reconnu illicite par un juge. L’amendement CL121 déposé par Mme Avia précise que cette décision judiciaire interdit explicitement « la reprise totale ou partielle » du contenu concerné.

Cette précision ne limite en rien les graves risques de dévoiement de la mesure à des fins de censure politique. L’exemple donné plus haut de la vidéo de Christchurch en donne une illustration parfaite. Si un juge, doté des pouvoirs prévus par cet article 6, avait interdit « la reprise totale ou partielle » de la vidéo du massacre de Christchurch (hypothèse crédible), la police aurait eu toute liberté pour exiger le blocage de l’ensemble du site Facebook, dans la mesure où Facebook a été incapable de supprimer la vidéo, dont au moins 300 000 copies ont échappé à sa modération.

Mme Avia semble parfaitement ignorer cette réalité : il est impossible pour un hébergeur d’éviter que ses utilisateurs ne partagent la moindre copie d’un contenu interdit. Une poignée d’amateurs l’a parfaitement démontré en modifiant légèrement la durée, la couleur ou le son de la vidéo de Christchurch pour contourner presque entièrement les algorithmes de Facebook.

Si la « reprise totale ou partielle » d’un contenu était interdite par un juge, en application de cet article 6, absolument tout hébergeur serait virtuellement en violation de cette obligation du fait de certains des ses utilisateurs, sans qu’il ne puisse rien y faire. La police se trouvera seule à décider lesquels de ces sites seront censurés, entièrement libre de dévoyer ce choix arbitraire à des fins politiques. Hypothèse concrète : la police ne demanderait pas la blocage de la plupart des sites hébergeant un contenu interdit par un juge (tels que Facebook ou Youtube) mais exigerait le blocage de plateformes critiquant la politique du gouvernement et où un utilisateur malveillant aurait insidieusement publié le contenu interdit. Cette hypothèse est des plus crédibles lorsqu’on rappelle que l’OCLCTIC a déjà dévoyé de façon illégale ses pouvoirs de lutte contre le terrorisme pour tenter de censurer des plateformes d’extrême-gauche telles que Indymedia (voir le jugement du 31 janvier 2019 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, qui reconnaît cet abus de la police).

Une garantie classique contre cette dérive est le « principe de subsidiarité », prévu de façon imparfaite (mais prévu toutefois) à l’article 6-1 de la LCEN en matière de censure administrative des contenus terroristes et pédopornographiques. Ce principe veut que les pouvoirs publics demandent d’abord à l’hébergeur de retirer le contenu interdit. Ce n’est que dans le cas où celui-ci refuse clairement de coopérer, lorsque lui a été laissé un délai suffisant pour ce faire et que sa défaillance ne résulte que d’une faute lourde et manifeste, que son blocage par les opérateurs Internet peut être considéré.

Sans rendre les mesures de censure efficaces ou légitimes, cette garantie est la moindre des choses requises. Il serait inconcevable que la lutte contre la haine soit encadrée de moins de garanties que la lutte contre le terrorisme.

G. La disparition du principe de subsidiarité en matière de signalement

L’article 2 la proposition de loi initiale (qui serait déplacé « après l’article premier » par l’amendement CL97 de Mme Avia) propose de modifier le formalisme de signalement aux hébergeurs des contenus problématiques, tel que défini actuellement à l’article 6, 1, 5, de la LCEN.

La principale modification est que l’auteur d’un signalement ne doit plus justifier avoir contacté au préalable l’auteur du propos problématique pour lui demander de le corriger. La suppression de cette exigence constitue un autre renoncement au « principe de subsidiarité », pourtant au cœur du mécanisme de signalement de la LCEN.

Ce principe veut que les utilisateurs tentent de régler les situations problématiques d’abord entre eux, notamment pour dissiper les simples malentendus ou confusions qui auraient pris l’apparence du conflit. Ce n’est que lorsque cette tentative a échoué que la plateforme doit être contactée pour résoudre le conflit. Ceci permet à la plateforme de se concentrer sur les cas les plus graves sans être retardée par des cas que les utilisateurs auraient résolus plus efficacement eux-mêmes.

Exemple typique : une personne cite sur Twitter un propos haineux pour le dénoncer ; un tiers est choqué par ce propos et n’est pas certain s’il s’agit d’un propos original ou d’une citation critique ; plutôt que de signaler le propos à Twitter, qui peine déjà tant à traiter les très nombreux signalements qu’il reçoit, il serait plus efficace que le tiers contacte lui-même l’utilisateur initial, afin que celui-ci dissipe la confusion et corrige son message initial pour le rendre moins ambigu.

La suppression de ce principe de proportionnalité dessert l’objectif de lutte contre les propos oppressifs, car surchargerait inutilement les plateformes de signalements qui auraient été plus efficacement traités autrement. L’article 2 de la proposition de loi initiale doit être supprimé.

H. L’interopérabilité, une solution plus efficace que la répression

Les mesures restrictives de libertés sont d’autant moins nécessaires, et donc valides, si le législateur pouvait adopter d’autres mesures qui, ne limitant aucune liberté, permettraient de se rapprocher davantage de l’objectif poursuivi. L’objectif de cette PPL n’est pas de sanctionner les auteurs de propos haineux mais uniquement de limiter la façon dont le public, et plus particulièrement les victimes, y sont exposées.

Comme vu ci-avant, le délai de 24h est contre-productif pour atteindre cet objectif. Son inefficacité résulte du fait qu’il ne cherche à traiter que les symptômes et non les causes. Or, deux des causes du problème que la PPL souhaite résoudre peuvent être efficacement traitées par le législateur.

1. Deux causes

Première cause : le nombre de personnes réunies sur les plateformes commerciales géantes facilite les stratégies de harcèlement, plaçant les victimes à portée immédiate de leurs oppresseurs. Leur taille est si importante qu’elle empêche toute modération crédible : Facebook ne pourra jamais embaucher assez de modérateurs pour ses 2 milliards d’utilisateurs revendiqués et ses outils automatisés ont prouvé leur inefficacité intrinsèque avec l’événement de Christchurch.

Seconde cause : Mme Avia dénonce elle-même le « lien pervers entre propos haineux et impact publicitaire : les personnes tenant des propos choquants ou extrémistes sont celles qui « rapportent » le plus, car l’une d’entre elles peut en provoquer cinquante ou cent autres. Sous cet angle, l’intérêt des réseaux sociaux est d’en héberger le plus possible »9Rapport visant à renforcer la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet, Karim AMELLAL, Laetitia AVIA, Gil TAÏEB, remis au Premier ministre
le 20 septembre 2018, https://www.gouvernement.fr/rapport-visant-a-renforcer-la-lutte-contre-le-racisme-et-l-antisemitisme-sur-internet
. Ce que nous appelons « culture du buzz » ou « économie de l’attention » est au cœur du modèle des grandes plateformes commerciales, dont la raison d’être est de capter l’attention du plus grand nombre de personnes possible, le plus longtemps possible, afin de leur afficher de la publicité.

D’après Youtube, 70% des vidéo visionnées sur la plateforme le sont sur recommandation de son algorithme10« YouTube’s AI is the puppet master over most of what you watch », Cnet, 10 janvier 2018, https://www.cnet.com/news/youtube-ces-2018-neal-mohan. Guillaume Chaslot, ancien employé de l’entreprise, explique que cet algorithme favorise avant tout les vidéos regardées le plus longtemps, indépendamment de leur contenu ou de leur réception par le public (pouces bleus et rouges). En étudiant ces recommandations, il constate que l’algorithme favorise les contenus agressifs, diffamants, choquants ou complotistes : « C’est comme une bagarre dans la rue, la plupart des gens s’arrêtent pour regarder, quasiment tout le monde réagit »11Guillaume Chaslot a notamment donné un entretien à ce sujet dans le numéro 5 de la revue Vraiment, paru le 18 avril 2018.. Par leur effet sidérant, ces contenus retiendraient efficacement notre attention. Pour être mieux référencées, les vidéastes se retrouvent implicitement incités à en produire.

Twitter provoque une situation similaire : le fonctionnement de son « fil d’actualité », la brièveté des messages qu’il impose ainsi que ses mécanismes de citation favorisent l’invective, le buzz, le conflit, tout en rendant quasiment impossibles les propos d’apaisement et de compréhension qui peuvent rarement se tenir en 280 caractères. Quant à Facebook, pour séduire les annonceurs, il se vante directement d’être capable d’altérer l’humeur de ses utilisateurs en manipulant leur « fil d’actualité »12« Des utilisateurs de Facebook « manipulés » pour une expérience psychologique », Le Monde, 30 juin 2014, https://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/06/30/des-utilisateurs-de-facebook-manipules-pour-une-experience-psychologique_4447625_4408996.html, ce qui permet de faire naître les attentes et angoisses propices à la publicité tout en faisant rester les utilisateurs plus longtemps.

2. Une solution

Ces deux sources de mal-être (la taille ingérable des plateformes et leur culture du buzz) contribuent sensiblement au ressenti de « haine en ligne » contre lequel la PPL Avia entend lutter, sans toutefois rien proposer pour le résoudre efficacement. Une solution législative concrète serait de permettre aux utilisateurs de ces plateformes d’en partir : aujourd’hui, partir de Facebook ou de Twitter implique de ne plus communiquer avec toutes les personnes (famille, amis, soutiens) qui s’y trouvent. De nombreuses personnes sont donc contraintes de rester dans ces environnements toxiques, propices aux conflits et au harcèlement, car le coût social à payer pour s’en libérer est trop important.

Pour faire disparaître ce coût et permettre aux victimes de se protéger librement, la loi devrait obliger les grandes plateformes commerciales à devenir « interopérables » : qu’elles permettent à leurs utilisateurs de communiquer avec les utilisateurs d’autres plateformes similaires (dans le cas de Twitter, par exemples, ces « autres plateformes similaires » pourraient être les milliers de services utilisant le logiciel de micro-blogging décentralisé Mastodon). Ces autres plateformes, déjà nombreuses, offrent des règles de modérations variées et, ainsi, adaptées aux besoins et envies de chaque personne, allant de lieux « sanctuaires » ou non-mixtes à des espaces de discussions libres moins strictement modérés. Chaque personne peut librement choisir le type de modération correspondant à ses besoins.

D’un point de vue technique, respecter cette obligation serait facilité par les nombreux développements récents en matière de réseaux sociaux décentralisés, que ce soit de la part des acteurs du logiciel libre (GNU Social, Mastodon, Plemora, PeerTube…) ou des organisations internationales de normalisation, tel que le W3C (World-Wide Web Consortium) ayant publié en 2018 un protocole pour réseaux sociaux décentralisés, « ActivityPub ».

L’amendement n°CL206 propose d’imposer cette interopérabilité aux grandes plateformes commerciales, offrant aux victimes d’oppressions en ligne davantage de liberté pour se protéger. Nous vous vous appelons à l’adopter.

References   [ + ]

1. Ce principe est le plus clairement exprimé à l’article 52 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute limitation de l’exercice des droits et libertés […] ne peuvent être apportées que si elles sont nécessaires et répondent effectivement à des objectifs d’intérêt général ». Ce principe a été intégré dans le contrôle réalisé par le Conseil constitutionnel : « toute mesure restreignant un droit fondamental […] doit être adéquate, c’est-à-dire appropriée, ce qui suppose qu’elle soit a priori susceptible de permettre ou de faciliter la réalisation du but recherché par son auteur » (« Le contrôle de proportionnalité exercé par le Conseil constitutionnel », Cahier du Conseil constitutionnel n° 22 – juin 2007).
2. Ce principe découle de la jurisprudence du Conseil constitutionnel : « toute mesure restreignant un droit fondamental […] ne doit pas excéder – par sa nature ou ses modalités – ce qu’exige la réalisation du but poursuivi, d’autres moyens appropriés, mais qui affecteraient de façon moins préjudiciable les personnes concernées ou la collectivité, ne devant pas être à la disposition de son auteur » (article précité du Cahier du Conseil).
3. « Update on New Zealand », Facebook Newsroom, 18 mars 2019, https://newsroom.fb.com/news/2019/03/update-on-new-zealand
4. Une affaire importante dans l’histoire de la LCEN est celle concernant la société AMEN qui, en 2009, a été condamnée par la cour d’appel de Toulouse pour ne pas avoir retiré dans la journée suivant leur signalement des écoutes téléphoniques diffusées par un des sites qu’elle hébergeait et concernant l’enquête judiciaire de l’affaire AZF. En 2011, la Cour de cassation a cassé cette décision car le signalement de ces écoutes ne respectait pas le formalisme stricte prévu par la LCEN. Toutefois, ce faisant, il est important de souligner que la Cour de cassation n’a absolument pas contesté qu’un délai « prompt » de 24 heures puisse correspondre à ce qu’exige la loi.
5. Garanti à l’article 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et à l’article 64 de la Constitution, un des principes fondamentaux de la séparation des pouvoirs est explicité à l’article préliminaire du code de procédure pénale comme « la séparation des autorités chargées de l’action publique et des autorités de jugement. »
6. Le signalement de la caricature de Macron sous les traits de Pinochet est documenté sur le site de La Quadrature du Net : https://www.laquadrature.net/2019/05/09/une-loi-contre-la-haine-anti-macron
7. L’arrêt Tele2 Sverige AB, grande chambre de la Cour de justice de l’Union européenne, 21 décembre 2016, affaires C-203/15 et C-698/15, est commenté par notre équipe contentieuse à cette adresse : https://exegetes.eu.org/posts/tele2
8. Voir la décision du Conseil d’État transmettant les questions à la Cour de justice, 10ème – 9ème chambres réunies, 26 juillet 2018, affaire n° 393099, https://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000037253929&fastReqId=1863567356&fastPos=1
9. Rapport visant à renforcer la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur internet, Karim AMELLAL, Laetitia AVIA, Gil TAÏEB, remis au Premier ministre
le 20 septembre 2018, https://www.gouvernement.fr/rapport-visant-a-renforcer-la-lutte-contre-le-racisme-et-l-antisemitisme-sur-internet
10. « YouTube’s AI is the puppet master over most of what you watch », Cnet, 10 janvier 2018, https://www.cnet.com/news/youtube-ces-2018-neal-mohan
11. Guillaume Chaslot a notamment donné un entretien à ce sujet dans le numéro 5 de la revue Vraiment, paru le 18 avril 2018.
12. « Des utilisateurs de Facebook « manipulés » pour une expérience psychologique », Le Monde, 30 juin 2014, https://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/06/30/des-utilisateurs-de-facebook-manipules-pour-une-experience-psychologique_4447625_4408996.html

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April le 20 juin 2019 à la FPH (Paris 11e) - accueil à partir de 18 h 30

20 Juin 2019 - 18:30
20 Juin 2019 - 20:30
Logo du groupe de travail Sensibilisation de l

Le groupe de travail Sensibilisation ?

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois à la Fondation pour le Progrès de l'Homme (Paris 11e), à l'occasion de la Soirée de contribution au Libre organisée par Parinux. La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu le jeudi 20 juin 2019 . Horaires : de 18h45 à 20h30 (accueil à partir de 18h30). Adresse : FPH-Fondation pour le Progrès de l'Homme, 38 rue Saint-Sabin, Paris 11e. Arrêt de métro : Chemin Vert (ligne 8) et Bréguet-Sabin (ligne 5). Pour tous les détails et vous inscrire, rendez-vous sur le pad.

Plus d’ambitions climatiques !

L’émergence du numérique, ce choc culturel auquel nous nous intéressons dans Binaire, peut également être interprétée comme un choc environnemental pour la planète : en quelques décennies, nos smartphones, nos ordinateurs ou encore le web ont déjà consommé beaucoup d’énergie et de ressources. Beaucoup, et de plus en plus… Françoise Berthoud, Jacques Combaz et Kevin Marquet sont membres du Groupement De Service EcoInfo : « Pour une informatique éco-responsable ». Ils signent ici une tribune proche de celle publiée sur le site de la Société Informatique de France (SIF). Antoine Rousseau

À l’échelle mondiale, les technologies du numérique sont responsables d’environ 4 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), soit plus que celles engendrées par l’aviation civile ! Le secteur du numérique a aussi un taux de croissance particulièrement important (+8 % par an), et est responsable d’environ 10 % de la consommation électrique mondiale, tout cela sans compter les objets connectés et les systèmes embarqués que l’on retrouve par exemple dans l’électroménager ou les moyens de transport.

Ses impacts directs sur le changement climatique sont donc largement significatifs et en très forte croissance.

L’urgence climatique tend à focaliser notre attention sur les émissions de GES ; toutefois, l’extraction et le raffinage des métaux puis la production des composants nécessaires à la réalisation des équipements électroniques ainsi que leur recyclage, lorsqu’il n’est pas fait dans les règles de l’art, sont aussi des sources considérables de pollution : métaux lourds (cuivre, nickel, zinc, étain, plomb, arsenic, gallium, germanium, indium, mercure, sélénium, thallium), phtalates (plastifiants), solvants, composés chimiques perfluorés, dioxine, furane et autres métaux ou composés chimiques sont déversés directement dans le sol, les eaux ou polluent l’air. Ce type de pollution est local, contrairement aux GES qui ont un effet global. Pour autant, leurs impacts sur la qualité de l’air, des sols, et de l’eau ont de graves répercussions sur la santé des populations locales et contribuent à l’effondrement de la biodiversité.

Le développement des technologies numériques participe aussi de manière importante à l’épuisement de certaines ressources. De ce fait, au rythme actuel de production, les réserves seraient par exemple de 15 ans pour l’étain, de 16 ans pour l’or, de 20 ans pour l’argent, ou encore de 39 ans pour le cuivre, même si ces estimations doivent être prises avec précaution puisqu’elles ne tiennent compte que des réserves connues et ne considèrent pas les futures découvertes, les améliorations technologiques, ou les évolutions économiques. Malgré tout, et en dépit des progrès techniques, leur extraction finira par demander trop d’énergie, ce qui est illustré par la figure ci-dessous pour le cas du cuivre. Jusqu’à récemment, l’amélioration technologique a permis une augmentation continue de l’efficacité énergétique d’extraction (d’environ 1 % par an), et ce malgré la diminution en concentration du minerai de cuivre dans les exploitations. Du fait de limites physiques inhérentes aux processus d’extraction, cette tendance est en train de s’inverser et et la quantité d’énergie nécessaire à l’extraction du cuivre devrait s’envoler d’ici la fin du siècle selon certains spécialistes [1]. Ce schéma s’applique à plus ou moins long terme à toutes les ressources minières, ce qui limitera tôt ou tard nos capacités d’extraction.

Figure 2 : L’énergie nécessaire à l’extraction du cuivre devrait augmenter considérablement [1]

Le recyclage représente un espoir pour amortir l’épuisement des ressources, mais actuellement les taux de récupération des métaux dans les appareils électroniques sont faibles et ne dépassent pas 20 % pour les plus simples à recycler. Les porter à 80 % (et même à 100 % !) permettrait de retarder cet épuisement dans le contexte de demandes en croissance exponentielle observé actuellement, mais pas de s’inscrire dans un processus d’économie circulaire..

Figure 3 : Gain de temps permis par un fort taux de recyclage

Les besoins des technologies du numérique en ressources naturelles sont aussi sources de problèmes socio-environnementaux : exploitation de la population locale dans les mines, conflits d’accès à l’eau ou aux ressources elles-mêmes, conflits armés, etc.

La transition numérique nous promet la « dématérialisation » de produits ou services, mais la réalité montre des effets de « rematérialisation » importants qui peuvent limiter, annuler, voire inverser les bénéfices : par exemple, on estime que la mise en place de factures électroniques est néfaste d’un point de vue des émissions de GES à partir du moment où 35 % des factures sont imprimées par les usagers. De plus, les commodités introduites par les technologies numériques tendent aujourd’hui à multiplier la demande en services ou en produits, participant ainsi indirectement à l’accroissement de notre empreinte environnementale. Plus généralement, un des impacts sociétaux majeurs du numérique est son rôle dans l’accélération des échanges et des procédés de production. Par exemple, le numérique rend possible le trading haute-fréquence, facilite la gestion de l’approvisionnement en flux tendu, ce qui accélère les processus de production et incite à des modes de livraison rapides.

Sans remettre en cause les apports réels des technologies numériques dans la société, participant à notre confort et finalement notre bien-être, il est important de garder à l’esprit les coûts environnementaux associés (pollution, destruction des écosystèmes, réchauffement climatique, etc.). Le devenir des impacts environnementaux du numérique dépendra des technologies qui seront développées et adoptées (5G, véhicules autonomes, réalité virtuelle, intelligence artificielle, internet des objets, blockchain, etc.) et des comportements de consommation. Les politiques mises en place pour influer sur ces deux aspects revêtent ainsi un intérêt capital ; elles sont pourtant encore embryonnaires voire inexistantes.

Alors que la tendance est loin d’être à la sobriété numérique, ne devrions-nous pas aussi questionner la notion de progrès par rapport à la question environnementale ? Ces questions de responsabilité et d’éthique scientifique sont plus que jamais d’actualité, et en tant qu’informaticiens nous ne pouvons pas les éluder dans un contexte où les innovations techniques ont presque systématiquement une dimension numérique.

Françoise Berthoud (CNRS), Jacques Combaz (CNRS) et Kevin Marquet (Inria)

[1] : O. Vidal, conférence dans le cycle « Comprendre et Agir », INRIA ,2019

Khrys’presso du lundi 17 juin 2019

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.

Brave New World

Soutenir

Mobilizon : dernière ligne droite de l’appel de fonds (linuxfr.org)

Encore un petit effort pour Mobilizon, un outil libre et fédéré qui nous permettra de sortir nos événements de Facebook !
Des musiciens : dooonnnez dooooonnez, doooonnnez pour Framasoft... Mobilizooooonnnns-nous...

Spécial France

Spécial Gilets Jaunes

Spécial GAFAM

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les autres trucs chouettes de la semaine

Deux personnages prennent le café. Le personnage de gauche dit : Décidément, c'est fou, tout ce qu'il se passe en une semaine !- la personne de droite répond : Si tu en veux encore plus, clique sur ma tasse !

Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

Au sommet du Ventoux à 82 ans

Born to Bike #29 | Sommaire | Lire en ligne

Depuis que je fais du VTT avec la bande de Balaruc-les-Bains, il m’arrive de rouler avec Jean. Chaque année nous devons fêter son anniversaire au sommet du Ventoux, chaque année nous annulons pour une raison ou une autre, cette fois, pour son quatre-vingt-deuxième anniversaire, nous nous sommes attaqués au géant de Provence.

Jean est un petit sarment de vigne anguleux, au nez aquilin et au regard clair, souvent en tenue bleue sur son VTT bleu. Ancien militaire, il conserve un côté péremptoire. Quand il a décidé quelque chose, ça doit se faire quand il l’a décidé et comme il l’a décidé, ce qui nous entraîne souvent dans des voies sans issue, dont il n’accepte de se détourner que quand l’évidence s’impose à lui après s’être d’abord imposée à tous, ce qui est la conséquence de son caractère jusqu’au-boutiste, un acharnement qui implique une forme éblouissante, presque surnaturelle.

Pour Jean, renoncer c’est mourir. Alors il continue de vivre comme il l’a toujours fait, niant la vieillesse qui en cloue beaucoup d’autres dans un canapé ou les précipite prématurément dans la tombe. À soixante-quatorze ans, le 27 août 2011, il est devenu le plus âgé galérien du Ventoux, escaladant quatre fois dans la même journée le mont mythique du Tour de France, réputé un des plus durs, parce que sans répit de la base au sommet, tantôt si brûlant que l’oxygène semble manquer, tantôt glacial quand le mistral n’en démord pas. Au matin du 15 juin 2019, quand nous nous retrouvons à six heures du mat pour prendre la route de la Provence, Jean reste le plus âgé détenteur de ce record.

Les galériens du Ventoux
Les galériens du Ventoux

Au départ, nous sommes huit. Gérard, dit le Boss, le cadet de Jean de dix ans, son plus fidèle compagnon de route, fait preuve d’un humour infatigable, la seule arme efficace contre la rigidité de son ami. Nicolas est le jeunot du groupe, loin d’être trentenaire, pendant qu’Yves, Thomas, Alain, Franck et moi sommes plus ou moins engagés dans la cinquantaine.

Les quatre routes, la Forestière en vert
Les quatre routes, la Forestière en vert

Il est six heures, le jour se lève sur Balaruc. Jean s’impatiente. Pas question d’être en retard, mais il prend le temps de nous rassembler pour un briefing de mission. Il déploie un croquis du Ventoux où il a tracé les quatre façons d’atteindre le sommet par la route : la voie la plus exigeante part de Bédoin et suit la D974 (en rouge) ; sur le versant opposé, la D974 s’achève à Malaucène, second départ (en marron) ; le troisième étant situé à Sault, l’escalade s’effectuant via la moins abrupte D164, qui rejoint la D974 au chalet Reynard, à quatre kilomètres du sommet (en violet) ; enfin, celle que Jean a choisi pour nous, la Forestière, part de Bédoin, quitte la D974 après huit kilomètres, avant d’emprunter une ancienne route transformée en piste, qui coupe le massif vers le nord, pour rejoindre la voie de Malaucène (en vert).

Il est huit heures quand nous arrivons à Bédouin, envahi par un peloton de Hollandais en cuissard noir et maillot orange. Ils sont au moins trois cents à chanter et brailler pendant que nous nous préparons. Je n’avais pas imaginé que le Ventoux était devenu un lieu de pèlerinage.

Nous prenons la D974 bien après les Hollandais, menés par Jean, qui déjà nous coupe en deux groupes, laissant derrière en grande conversation Le Boss, Franck, Yves et Thomas. La route s’élève gentiment entre pavillons et champs jusqu’à une épingle qui signe le début véritable de l’ascension, avec tout de suite un beau 10 %, de quoi se mettre en jambe. Jean peste contre les retardataires. « Ils n’ont pas profité de là où c’était facile, maintenant que ça commence, ils sont déjà loin. »

À l’entrée de la forêt, un premier Hollandais se dandine devant nous sur son vélo de course. Nicolas prend la tête, avec l’envie d’en découdre. Alain, qui a déjà souvent escaladé le Ventoux, lui conseille de s’économiser. Reste que nous nous approchons inexorablement du Hollandais, alors que nous avons décroché Jean et que Thomas nous rejoint. « Ils roulent trop lentement derrière, ça me casse les jambes. » En montagne, c’est une histoire de rythme. Il est parfois difficile de pédaler moins vite que son allure de croisière, voilà pourquoi nous nous éparpillons sur la route.

Les Hollandais ne font pas mieux. Ils agonisent un à un sur le bas côté, jusqu’à ce que nous en trouvions une bonne cinquantaine rassemblés à un point de ravitaillement dressé pour eux, avec un gros panneau : « Drinkpost ». Une organisation parfaite.

Avec nos VTT, nous montons à 7 km/h de moyenne, sans nous faire mal. Après 8 km, nous nous arrêtons à l’embranchement de la Forestière pour attendre les retardataires, Thomas d’abord, puis Jean, puis Le Boss, Yves et Franck. C’est un peu comme à ski : les derniers ont toujours moins de temps pour se reposer. « Maintenant, c’est chacun pour soi, nous dit Jean. On se retrouve au sommet. »

Thomas, Alain, Jean et Nicolas au départ de la Forestière.
Thomas, Alain, Jean et Nicolas au départ de la Forestière.
La Forestière
La Forestière

Nicolas, Alain, Thomas et moi prenons la tête. Très vite le ciel se couvre, nous craignons que l’orage annoncé pour le début d’après-midi ne soit en avance, ce qui nous pousse à presser un peu l’allure pendant que Thomas fait l’élastique derrière nous. L’asphalte se craquelle, puis disparaît, ne subsistant qu’en plaques éparses que nous visons pour profiter du meilleur rendement. Les pourcentages sont moins rudes que sur la D974, mais nous parlons peu, n’échangeant que quelques informations. « 700 m escaladés, température 17°, 800 mètres, température 16°… » Quand nous nous arrêtons pour nous ravitailler, Thomas nous rejoint et ne s’arrête pas, continuant à son rythme. Après une chasse qui me paraît interminable, nous le rattrapons, puis le déposons. Le ciel s’obscurcit de plus en plus. J’ai remis mes manchons. L’orage est proche.

« 1 150 m d’ascension. » Après deux heures de pédalage environ, nous quittons la Forestière et rejoignons la route asphaltée de Malaucène, moment où Nicolas plante une attaque pour me laisser sur place alors que je menais le train depuis un bon moment. Alain lui emboîte la roue, puis le dépasse et le lâche. Au-dessus de nous se dresse le mont Chauve avec son fanal tout en haut d’une mer de cailloux où la route trace un Z.

Le sommet
Le sommet

Je ne change pas de rythme et peu à peu me rapproche de Nicolas que je rattrape à 3 km du sommet. Je le double et commence à l’entendre gémir derrière moi. « J’ai tenté un coup de bluff, ça n’a pas marché », me dit-il. Je continue avec Alain en ligne de mire. Pas le temps de regarder le paysage, sombre, humide, menaçant, tout juste celui de sourire aux photographes qui nous mitraillent puis nous tendent leurs cartes de visite pour que nous leur commandions des photos commémoratives. Un cycliste avec un vélo de course se porte à ma hauteur. « C’est un Epic ? » me demande-t-il en désignant mon VTT. J’approuve. « J’en ai un aussi, un S-Works », précise-t-il avec fierté.

Chez Specialized, les S-Works sont les modèles haut de gamme, à 10 000 euros. Le gars grimpe avec un Tarmac S-Works, encore 10 000 euros, il y a plus économique comme passion. Aux États-Unis, ils disent que le vélo est le nouveau golf, une façon parfois ostentatoire d’afficher son niveau social. Je n’ai pas le temps de discuter de ce point avec mon bref compagnon de route, car avec sa machine poids plume et ses pneus de 28 mm il ne me laisse aucune chance de lui prendre la roue.

Ma config pour cette sortie, pas de sac à dos
Ma config pour cette sortie, pas de sac à dos

Mes yeux ne quittent pas l’asphalte gris clair, que je longe à raz du bas-côté de cailloux blancs. Je ne vois même pas la borne annonçant le dernier kilomètre. Tout juste si j’entends les roues libres des cyclistes lancés à fond dans la descente vers Malaucène. Alain n’est qu’à une centaine de mètres. Je ne suis pas à fond, mais je n’ai pas le courage de me défoncer pour le rejoindre. À ma place, Jean se serait arraché les tripes, par orgueil, par esprit de compétition, moi, je ne fais pas du vélo pour me prouver quelque chose, mais pour éprouver le monde, pour ressentir la camaraderie se nouer entre nous, tant bien même nous sommes seuls dans notre effort.

Un dernier virage, je suis presque surpris d’arriver au sommet, Alain me photographie, je découvre une foule immense le long de la rampe finale, des applaudissements au fur et à mesure que les grimpeurs en finissent, comme pour une étape du Tour. L’orage s’est éloigné, les nuages blancs se craquellent pour laisser percer le soleil, mais dès qu’ils reprennent le dessus il fait froid, pas plus de 12° et un bon vent nous balaie sans que nous trouvions à nous abriter. Mine de rien, nous sommes à 1909 m d’altitude. Mon temps : 2 h 31.

Alain au sommet
Alain au sommet
J'en termine
J'en termine
Nicolas au sommet
Nicolas au sommet

Très vite, Nicolas arrive. J’achète à boire, je lorgne sur les saucissons, mais résiste à la tentation. L’attente commence. Thomas déboule une quinzaine de minutes plus tard. Nous avons froid malgré nos coupe-vents et nos pulls. Jean arrive cinquième, une quarantaine de minutes après nous. Il est fier, resplendissant, confiant. « Même pas fatigué, j’ai monté à mon rythme. » Il l’a fait, encore une fois. Il parle déjà le refaire à vélo de route durant l’été, et nous lui jurons de l’accompagner. Il nous faut encore attendre nos trois derniers amis une quinzaine de minutes, Yves et Franck étant restés en compagnie du Boss, tenté à chaque mètre de rebrousser chemin. Mais tout le monde est là, tout le monde est heureux.

Jean dans la montée finale
Jean dans la montée finale
Le Boss, Franck et Yves au sommet
Le Boss, Franck et Yves au sommet

Je tremble de froid quand nous attaquons la descente. Nous quittons immédiatement la D974 pour nous engager sur la ligne de crête balisée par des bâtons rouge et bleu. Nous voilà à surfer un roulis de cailloux où nos roues ont envie de se planter dès que nous freinons trop fort. Jean se couche. « Je me suis un peu tordu la cheville. » Mais rien ne l’arrête. Nous plongeons vers les pistes de ski qui dominent le chalet Reynard, notre prochaine étape.

La ligne de crête
La ligne de crête

Le sentier se divise en deux, une voie reste en ligne de crête pendant qu’une autre dévale vers la vallée. Avec Nicolas et Alain, nous choisissons la voie du bas, nous retrouvant sur un parcours aménagé VTT avec des virages relevés et des sauts. Plus personne derrière. Nous nous arrêtons. Franck et Thomas nous rejoignent. Ils ne comprennent pas pourquoi Jean, Le Boss et Yves ne les ont pas suivis et ont continué tout droit. « Jean n’a rien voulu savoir. »

Nous enchaînons les virages et les sauts jusqu’aux remontées mécaniques, puis rejoignons la route et nous arrêtons devant le chalet. Il fait soleil, mais les nuages sombres enveloppent le sommet du Ventoux. Cinq minutes, dix minutes, quinze minutes. Où sont-ils ? Sur mon téléphone, je regarde la carte avec les sentiers VTT du coin. Je comprends que nos amis ont pris la direction de Sault. Nous téléphonons à Jean. Lui aussi a compris son erreur. « Nous sommes allés trop loin, trop bas, il nous faut remonter. » Ils nous rejoignent vingt minutes plus tard, sans vraiment sourire.

Pas le temps de boire un verre ou de déjeuner, nous craignons la pluie. Nous nous engageons à vive allure dans la combe Nègre, un sentier encaissé où nous filons entre zones caillouteuses et tapis moelleux de feuilles mortes, assez flippants, car ils peuvent cacher des obstacles traîtres. Plus question de se perdre. À chaque embranchement, nous nous rassemblons, consultons la carte.

Déjà nous nous félicitons, nous réjouissant de la journée lumineuse que nous sommes en train de vivre. Une petite ascension de rien du tout, nouvelle descente à fond de train avant d’atteindre le village de Saint-Estève, puis de retrouver la D974. Ne voilà pas que Jean nous attaque dans la descente. Qu’à cela ne tienne, nous le poursuivons et dévalons à fond de roue libre jusqu’à Bédoin, où il fait soleil alors que devant nous le massif du Ventoux est noir, le sommet toujours invisible. Nous reviendrons, c’est sûr, j’espère durant longtemps pour fêter les anniversaires de Jean.

Je suis époustouflé par sa vitalité, mais il me suffit de consulter le classement des cinglés du Ventoux pour constater qu’il n’est pas le seul à posséder ce don. En 2014, à 86 ans, Link Lindquist a gravi trois fois le Ventoux dans la même journée. J’ai toujours entendu dire « le vélo, ça conserve » et j’en ai la preuve. C’est encourageant, une belle leçon de vie. Jean n’a cessé de nous répéter : « Il ne faut jamais s’arrêter. » Bien sûr, la volonté ne suffit pas, il faut aussi passer à travers les gouttes, mais reste qu’il n’y a aucune raison de renoncer à ses rêves, jusqu’au bout. Nous avons fêté l’anniversaire de Jean, et finalement c’est lui qui nous a fait un cadeau, en nous montrant le chemin d’une vie pleine.

Notre route
Notre route

PS : L’ascension via la Forestière aurait été parfaite en gravel, mais la descente impossible, donc le VTT était le bon vélo pour moi.