Youtube bannit les vidéos Blender.org parce qu’il n’y a pas de publicité

Google a banni les vidéos officielles de la fondation Blender de Youtube !

Le motif : La fondation n’a jamais activé l’option de monétisation sur leur compte Youtube. Donc Google n’a pas l’accord pour afficher de la publicité alors qu’il paie l’hébergement et la diffusion des vidéos.

Vous croyez que Youtube, c’était gratuit, c’est à dire sans contrepartie ? Et bien non, votre contenu est utilisé comme support publicitaire pour des annonceurs.

Ça serait cool de voir de la publicité pour 3DSMax avant chaque vidéo Blender, non ? :D

Le business de Youtube est malsain. Ses objectifs :

  • vendre du contenu obtenu gratuitement, illégalement ou à moindre frais (c’est marrant de voir les ayants droits se plaindre du tarif :D) comme support aux annonceurs
  • profiler les gens à partir de leur historique de visionnage
  • diffuser de la propagande auprès des profils qui intéressent les annonceurs

Il existe des alternatives comme le P2P pour diffuser le contenu. C’est à dire des échanges non commerciaux de pair à pair où l’on partage juste de la bande passante sans autre contrepartie. Un exemple est peertube.

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L'April participe à la Fête des possibles, du 15 au 30 septembre 2018

Image de la Fête des Possibles

Du 15 au 30 septembre 2018, nous participons avec plus de 120 autres organisations et réseaux de la transition à la Fête des Possibles (nouveau nom de la Journée de la Transition). Plus de 3 000 rendez-vous sont prévus en France et en Belgique pour rendre visibles les milliers d’initiatives locales qui embellissent la société et construisent un avenir plus durable et solidaire.

« C’est possible » est le mot d’ordre de la Fête. C’est possible de manger bio et à moindre coût, c’est possible de se déplacer au quotidien sans polluer, c’est possible d'utiliser des logiciels libres, etc.

Nous appelons les artisans et artisanes du changement, en d’autres termes celles et ceux qui agissent au quotidien, à organiser un rendez-vous pour valoriser leurs initiatives. Tous les formats d’événements sont possibles : atelier participatif, balade urbaine, repas partagé, rassemblement public…

Les rendez-vous 2018 peuvent d'ores et déjà être saisis sur le site de la Fête des Possibles.

Préparez dès maintenant votre événement et rendez-vous du 15 au 30 septembre dans toute la France et en Belgique pour découvrir et agir !

Voici une vidéo de présentation de la Fête des possibles (2 minutes 23 secondes).

Découvrez le site de la Fête des Possibles

La réforme du droit d'auteur éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture - Décryptualité du 17 juin 2018 - Transcription


Luc - Manu - Magali

Titre : Décryptualité du 17 juin 2018 - La réforme du droit d'auteur éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture
Intervenants : Luc - Manu - Magali
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : juin 2018
Durée : 16 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 24 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : GLAM camp NYC 2011 Wikimedia Commons, licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

La réforme du droit d'auteur met en danger internet. Décryptualité s'appuie sur la conférence de Nina Paley qui décrit brillamment ce qu'est la culture, pour dénoncer l'absurdité de ce que sont devenus le droit d'auteur et le copyright et sur ce qu'ils menacent de devenir.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 24. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Luc : Revue de presse.

Manu : Revue de presse : cinq articles principaux.

Mag : On commence par Numéro Magazine, « Portrait de l’artiste en hacker qui détourne les nouvelles technologies », par Ingrid Luquet-Gad.

Manu : Il semblerait qu’au Centre Pompidou ils sont en train de faire toute une exposition, où ils détournent, ils retournent des concepts à partir du hacker notamment. Donc il y a des choses ; il va peut-être falloir qu’on aille jeter un œil.

Mag : France Culture, « Que reste-t-il du logiciel libre ? », par Hervé Gardette.

Manu : Ça reprend toute une interview qu’il y a eue cette semaine avec pyg, le responsable de Framasoft.

Mag : Pierre-Yves Gosset.

Manu : Exactement. Je ne l’ai pas encore écoutée, il va falloir parce que c’est plutôt intéressant il semblerait, d’après ce que j’ai entendu. Et c’est France Culture, donc un gros média quand même.

Mag : RFI, « Software Heritage, la grande bibliothèque du logiciel », par Dominique Desaunay.

Manu : Un grand projet qu’on soutient et qu’on apprécie. Il y a des gens très motivés à l’Inria qui ont décidé de stocker tous les logiciels et notamment les logiciels libres, parce qu’on a légalement le droit de les stocker avec leur code source, pour l’avenir.

Mag : Numerama, « Open source : qui sont les bons élèves et les cancres parmi les géants de la tech ? », par Victoria Castro.

Manu : Ça parle des géants de la tech, c’est-à-dire les GAFA. Là ils en prennent six et ils essayent de lister, de faire un classement des plus sympathiques vis-à-vis du logiciel libre et des plus salauds.

Mag : Tu as dit GAFA.

Manu : Oui.

Mag : Et puis tu dis six ! Alors ?

Manu : N’est-ce pas. Alors ils ont aussi mis Oracle, par exemple, dedans et Microsoft bien sûr. Donc il faudrait voir comment l’acronyme se défend dans ce cas-là.

Luc : Les GAFAMO !

Manu : Un truc dans ce genre. Un truc un peu compliqué.

Luc : Oracle ne rentre pas la catégorie des GAFAM.

Manu : Traditionnellement non. Donc là ils parlent des géants mais, effectivement, Oracle est dans le classement tout en bas.

Luc : Ils vendent du service aux entreprises et des bases de données, etc. Les GAFAM sont plutôt orientées vers le grand public et prennent leurs données. Et Oracle, je pense, se contrefout des données des utilisateurs.

Mag : Mais c’est vrai qu’on a déjà entendu parler d’Oracle qui faisait soi-disant de l’open source et qui bloquait, qui fermait ses logiciels.

Manu : Il semblerait que ce soit considéré comme un trou noir de logiciels libres ; ils en utilisent plein en interne et ils en récupèrent plein, mais ils interdisent à leurs employés, semblerait-il, de contribuer au logiciel libre en tant qu’employés d’Oracle. S’ils veulent le faire, ils le font chez eux avec leurs adresses e-mail personnelles.

Mag : BFMtv, « Pourquoi les mèmes sur Internet sont en danger », par Elsa Trujillo.

Manu : Ça reparle de l’article 13 d’une directive européenne en cours d’écriture. Donc un sujet assez important et l’April est vent debout ainsi que d’autres associations parce que c’est quelque chose qui pourrait vraiment être très embêtant pour tout Internet.

Luc : On en a parlé il y a quelques semaines. Le sujet est vraiment très important et c’est là, d’ici la fin du mois de juin, dans les jours qui viennent, que ça va se voter. Donc il y a dans cette campagne menée par tout un tas d’associations dont l’April, des incitations à écrire aux députés, à leur téléphoner, à les harceler, en leur disant « il faut arrêter les conneries ! » On en a déjà parlé mais on va en reparler cette semaine parce que c’est très important et c’est maintenant qu’il faut se bouger les fesses. Pour un petit résumé, ce projet de loi, là, qu’est-ce que ça va avoir comme conséquences ?

Manu : La plus essentielle c’est celle de mettre en place des filtres automatiques pour que chaque fois qu’on partage sur Internet des contenus, c’est pour ça que les mèmes sont mis en avant dans les articles et dans les médias.

Luc : Les mèmes il faudra nous expliquer ce que c’est pour qu’on comprenne.

Manu : Ce sont des contenus, mais des contenus très viraux qui vont être souvent diffusés entre chacun. C’est un peu du buzz, ce sont tous les petits trucs un petit peu marrants, les petits chatons, les trucs un peu rigolos.

Luc : Ouais. On prend une image un peu connue, on met un commentaire dessus.

Manu : On la détourne.

Luc : On prend un petit GIF animé, une petite séquence vidéo, on la détourne, etc.

Manu : Et donc tous ces mèmes sont super fun, sont super sympas ; ils sont diffusés en grande quantité. Eh bien là, si on met des filtres sur Internet, des filtres automatiques, par exemple sur YouTube et d’autres, eh bien les filtres vont regarder à chaque fois qu’on partage un contenu, ils vont regarder si ça correspond à un contenu déjà existant et protégé par le droit d’auteur et ils vont, en tout cas c’est la proposition, les bloquer.

Mag : Moi j’appelle ça de la censure, quand même !

Manu : Mais c’est carrément de la censure, mais c’est de la censure qui s’appuie sur des règles, sur des lois et sur le droit d’auteur. Les ayants droit ont l’air de pousser vraiment très fort pour que toutes les plates-formes de partage de contenus mettent en place automatiquement ces filtres.

Mag : Mais techniquement c’est impossible !

Manu : Alors même si c’est impossible, ça n’empêche pas qu’ils essayent de le faire.

Luc : Le problème qu’il y a derrière, c’est que c’est un traitement automatique. Donc c’est un filtre. Traditionnellement on a dans notre système juridique des institutions qui sont censées juger si c’est oui ou si c’est non, avec des humains qui sont censés faire preuve d’intelligence.

Mag : Je sens que tu vas parler de faux positifs !

Luc : Je vais parler d’abord de cette notion qu’on évoque très souvent qui est Code is Law, notion visionnaire qui avait été exprimée par Lawrence Lessig, donc un juriste, il y a de ça 20 ans je pense maintenant, à peu près, au moins.

Manu : Oui. Juriste américain.

Luc : 15-20 ans et qui là prend toute son ampleur. C’est-à-dire que peut-être le contenu en question ne méritait pas d’être filtré, mais comme c’est un robot qui l’a fait, de toutes façons ! Pff ! C’est lui qui décide. Donc du coup, on est dans une situation où le filtrage est fait.

Manu : Par l’architecture. La route est bloquée, il n’y a pas même moyen d’essayer, de toutes façons l’architecture bloquerait, en tout cas c’est le but du truc, bloquerait toutes les choses qui contreviennent théoriquement.

Luc : Voilà ! Mag tu avais raison, ce sont bien les faux positifs. Donc ça c’est un vrai souci et, en plus, ça pose un autre problème c’est que s’il fallait, effectivement, à chaque fois qu’il y a un contenu supposé illégal qu’on aille devant le tribunal, ce ne serait matériellement pas faisable.

Mag : Ça encombrerait les cours de justice qui sont déjà bien encombrées et donc, et donc c'est franchement totalement inutile !

Luc : En plus il y en a des milliards, ça coûte quand même de l’argent d’avoir un avocat, donc c’est juste pas possible.

Mag : Ça relancerait les avocats.

Luc : Oui. Alors voilà !

Manu : Ils ont besoin d’être relancés ? C’est nouveau !

Luc : Oui ! Ça les relancerait très fort !

Mag : Non ! Mais du coup, ils se retrouveraient confrontés à des sujets auxquels ils ne sont pas habitués, comme les licences, comme le droit d’auteur, peut-être que ça ne leur ferait pas de mal de poser les bonnes questions.

Manu : On sait qu’il y a des avocats qui sont un peu spécialisés là-dedans. On se rappelle, quand on parlait des brevets notamment, il y avait des gars qui, à chaque fois, mettaient en avant leurs compétences sur le sujet, c’est hyper pointu et ils sont assez rares finalement.

Luc : Le problème c’est que tu ne peux pas faire un procès à chaque fois que quelqu’un envoie un mème ou une image à la con sur Internet.

Manu : Mais si Monsieur ! C’est la loi Monsieur ! En fait, c’est pour défendre les revenus de ces ayants droit, ces pauvres ayants droit.

Luc : Non, non, après tu as des systèmes. Quand tu as trop d’infractions, tu prends par exemple les infractions de la route, il y a un système avec la police, etc., mais il y a quand même des systèmes de contestation. Quand on prend un PV, on peut écrire un recommandé en disant « ah non, vous vous êtes trompés. »

Manu : Mais là tu n’es pas en train d’envisager un système complet. On peut imaginer que ces filtres automatiques aient un petit système pour dire « oui, mais non, vous m’avez bloqué à tort ! »

Luc : Oui.

Manu : Et qu’on puisse essayer de demander à quand même faire passer les contenus qu’on veut diffuser.

Mag : Ça me rappelle une photo qui avait été mise sur un site de réseau social, qui avait été censurée. Je vous rappelle, la photo c’était une petite fille qui levait sa jupe ou sa robe et on voyait un téton. La personne qui l’avait postée ne comprend pas pourquoi on lui a enlevé son contenu, le reposte et se fait bannir !

Luc : On lui dégage toutes ses photos, tout son compte.

Manu : Eh bien effectivement, si le filtre est un peu vache et qu’il y a une plainte, il pourrait te bannir. Après tout ce sont des entreprises privées. Oui, c’est vrai !

Luc : Tous les gens qui se sont fait dégager sur YouTube ou ce genre de choses, quand ils ont dit : « Hé, mais pourquoi ? », il n’y a personne en face. Pas nécessairement. Actuellement, juste maintenant au moment où on enregistre, il y a une histoire super marrante.

Manu : Ah ! De quoi il s’agit ?

Luc : Avec la fondation Blender ?

Manu : Ah ! La fondation Blender ?

Luc : On rappelle : Blender c’est un logiciel libre de 3D1, logiciel fabuleux. Il faudrait qu’on fasse une émission un jour là-dessus.

Manu : Fabuleux mais compliqué !

Luc : Compliqué, mais voilà, vraiment exemplaire dans son développement.

Mag : Ils font de très belles choses Big Buck Bunny, Sintel.

Luc : Ils font des choses superbes. Voilà ! Et ils ont d’autres films et leurs films sont sous licence libre également. Donc c’est vraiment le truc qui est fait pour être partagé, absolument.

Mag : Qu’on ne retrouve pas sur YouTube.

Luc : En fait ils ont leur chaîne YouTube.

Manu : Si, si, ils acceptent !

Luc : Et il s’avère que, aujourd’hui, il y a eu, des trucs qui ont été mis sur Twitter là-dessus par le type qui est à la tête de ce projet, eh bien quand on se connecte sur la chaîne YouTube de la fondation Blender, ils ont peut-être réparé à l’heure à laquelle on enregistre !

Mag : On leur souhaite !

Luc : Ça dit : « Ah ! Vous n’avez pas le droit de voir ce contenu dans votre pays », alors que c’est du contenu sous licence libre et que c’est l’archétype même du truc qui devrait être diffusé partout et jamais bloqué.

Mag : Mais c’est un DRM ça ! C’est un DRM2 qui dit : « Vous n’avez le droit de voir ce contenu dans ce pays-là ».

Manu : C’est une forme de… C’est un blocage.

Luc : Donc là on a la parfaite illustration que de toutes façons ils arrivent.

Manu : C’est un faux positif. C’est normal ?

Luc : C’est un faux positif, et de bonne taille en plus !

Mag : Là c’est extraordinaire ce que nous a fait YouTube : interdire une licence libre, interdire quelque chose qui est fait pour être partagé ! Il faut être très fort !

Manu : Mais en fait on ne peut pas garantir comme cela de base, que des contenus originaux ne vont pas être bloqués par exemple aussi, au nom d’un produit dérivé. Tu pourrais imaginer qu’il y a des gars qui dérivent quelque chose, qui sont très connus et qui vont te faire des blocages, parce que toi tu es l’original mais personne ne le sait.

Luc : On ne peut pas espérer, en fait, qu’un système automatique soit subtil. C’est juste pas possible ! Il y a un autre truc qui est également le fait que sur les liens qu’on peut mettre vers Internet, quand on veut mettre un lien par exemple vers un site ?

Manu : Eh bien normalement il va falloir demander, en tout cas c’est ce qu’ils proposent, il va falloir demander l’autorisation de pointer, de mettre ce pointeur, parce que, effectivement, mettre un pointeur ça peut en soi avoir une valeur pour les ayants droit et ils espèrent, c’est l’idée, en extraire des revenus.

Luc : Donc si tu veux faire un lien sur mon site, tu me payes !

Manu : Exactement ! Et ça c’est un peu la taxe typiquement Google parce qu’ils veulent que Google paye pour référencer tous leurs sites et faire pointer tous les résultats de recherche vers leurs sites.

mag : C’est d’autant plus stupide que si Google doit payer ce genre de choses-là, ils vont tout simplement arrêter de mettre des liens et plus personne n’ira sur leurs sites !

Manu : C’est une possibilité, mais si c’est au niveau européen, est-ce que Google peut se retirer de tout le marché européen et ne pas payer cette taxe ? C’est compliqué.

Luc : Le truc c’est que ça peut toucher n’importe qui. J’ai une page quelque part sur Internet où je mets tous les articles de presse qui m’intéressent. C’est une page qui est publique.

Manu : Eh bien les gens de la presse qui ont ces articles, et c’est l’idée, peuvent te demander de payer parce que tu as mis des liens qui pointent vers eux.

Luc : Voilà ! Tout ce truc-là moi me fait penser à une conférence de Nina Paley et là on sort du domaine de l’informatique pour aller dans le domaine de l’art, qui est une conférence qu’on retrouve notamment sur le Framablog3, le titre est en anglais mais la vidéo est sous-titrée, qui est Make Art Not Law, donc faites de l’art pas la loi et c’est assez brillant. Alors elle est radicale dans sa position, mais elle a tout un développement où elle dit qu’on est des …

Mag : Des machines à information, on récupère de l’information et on transmet de l’information.

Luc : Je ne suis pas sûr qu’elle dise machine mais en gros qu’on process de l’information, qu’à chaque fois qu’elle passe au travers de nous, on la modifie un petit peu et que c’est ça la culture. Et qu’à partir du moment où on a du copyright et des systèmes qui nous interdisent de, eh bien dans ce cas-là, ça bloque ce processus naturel et tout se met à stagner, etc., et donc du coup on arrête de créer, on arrête d’innover. Et que l’on soit dans la culture ou dans l’informatique, c’est cette même idée : dans l’informatique libre c’est qu’on partage le code, on partage la culture. Chacun se l’approprie, se la ré-exprime et c’est parfaitement naturel. Et aujourd’hui, on est dans un mouvement qui veut aller contre la nature des choses. Et du coup c’est très violent.

Mag : Parce qu’en plus, là, on ne parle plus de censure ; on parle d’autocensure : les gens ont peur de faire des choses qui les mettraient face à des ennuis et elle traite les ennuis de violence, d’amendes, de prison, de punition. Elle va assez fort. Elle est contre les licences, elle est contre le copyright. Elle n’est pas pour non plus pour les licences libres parce qu’elle les assimile à juste un combat parallèle au copyright ; elle voudrait juste qu’il n’y ait pas de licences. En gros tout est ouvert, tout est open. Tu dois adorer ça Manu !

Manu : Moi j’apprécie. Je pense que toutes ces règles qui sont des règles dites de propriété intellectuelle, donc le droit d’auteur, les brevets, le droit des marques, le droit des secrets, tous ces trucs-là sont des trucs absurdes qui ont été rajoutés souvent au 19e siècle, dont on paye le prix aujourd’hui. C’est un contrôle qui est vraiment horrible sur la culture complète.

Luc : On rappelle que les licences libres, mises en œuvre par Stallman et les gens avec qui il travaillait au début des années 80, ont été rendues nécessaires par le fait que l’informatique propriétaire est arrivée alors qu’avant c’était des trucs qu’ils partageaient entre universitaires et ils ne s’étaient pas vraiment posé trop la question des licences. Ils partageaient le code et c’était naturel. Donc ils ont été obligés de prendre une sorte de contre-mouvement. Et si le monde était merveilleux, effectivement on n’aurait pas besoin de licences, on partagerait.

Manu : Sachant qu’il y a des petits gars aux États-Unis qui adorent le droit d’auteur au point que, en ce moment même, il y a des discussions pour l’étendre.

Mag : Je ne suis pas sûre qu’ils l’adorent. Je pense qu’ils sont bien payés pour.

Manu : N’est-ce pas !

Luc : Oui. C’est un mouvement de lobbyistes qui disent : « Actuellement le droit d’auteur c’est jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur et en fait, ça ne serait pas mal de passer à 140 ans ! »

Manu : Oui, parce que vous comprenez, l’auteur il en a besoin !

Luc : Oui.

Manu : Pour produire des œuvres c’est nécessaire d’imaginer que 140 ans après la mort de l’auteur il puisse encore, eh bien recevoir l’argent.

Mag : Déjà 70 ans ça me perturbait, mais alors 140 ! Là on est carrément dans du vol public quoi ! On vole le domaine public des œuvres qui auraient dû y monter.

Luc : Jean-Michel Jarre qui, à part faire de la mauvaise musique !

Mag : Ah non !

Manu : Ah ! Tu es dur !

Luc : Si !

Mag : Tu connais les goûts de Luc.

Luc : A été chef d’un machin qui est, en gros, une sorte d’organisation, un petit peu la SACEM mondiale en quelque sorte, en tout cas une organisation qui les chapeaute, où ils discutent entre eux et il a dit : « Mais le domaine public devrait cesser d’exister. On devrait être propriétaire jusqu’à la fin des temps de ces choses-là. »

Mag : Ça me fait saigner les oreilles quand j’entends ça !

Luc : L’argument peut se tenir. Il dit : « C’est à moi ! »

Manu : C’est de la propriété. Dans son esprit, c’est de la propriété.

Luc : Est-ce que quelqu’un vient te voler ta maison ou à tes descendants parce que tu l’as achetée ?

Mag : Oui, mais on ne la démonte pas ta maison quand tu es mort. On n’est pas en train de l’enlever pierre par pierre pour la mettre dans ton cercueil ! Quoi ! Il ne faut pas déconner ! Elle a une vie ta maison, elle a le droit d’évoluer, de changer, de s’améliorer.

Luc : Oui ! Mais l’idée c’est que tu as cette propriété. C’est l’idée qu’il y a derrière et qui est difficile à démonter de dire « il l’a fait, il y a de la propriété, alors pourquoi on lui retirerait, etc. ? »

Manu : Parce qu’une fois qu’elle est dans notre esprit, elle nous appartient aussi. Les idées et les œuvres sont partagées et elles apparaissent comme des copies dans l’esprit de chacun. Et dire que cette copie appartient à quelqu’un d’autre, alors qu’elle est dans mon esprit, moi je suis Nina Paley, je trouve que c’est perdre de la souveraineté de mon esprit.

Luc : D’autant plus que tout ce contenu copyrighté, on n’a, pour une bonne part, pas choisi qu’il rentre dans notre esprit. Et ça, c’est quelque chose qu’elle fait remarquer également qui est très juste.

Mag : Elle parle des chants de Noël. Moi j’ai une autre chanson, Joyeux anniversaire qu’on se chante tous, à toutes les occasions et qui n’est pas dans le domaine public.[Dans le domaine public aux États-Unis et en Europe, suite à une action en justice4, NdT]

Manu : Droit d’auteur !

Mag : Voilà, qui a cette licence-là alors que c’est totalement rentré dans la tradition. Quoi ! Ça appartient au peuple !

Luc : Et puis depuis tout petit on mange ces trucs-là, on ne nous a pas demandé notre avis. Et donc, quelque part, ça doit nous appartenir et ça n’est que de l’information, on le rappelle. La maison, il n’y en a qu’une, elle est localisée, c’est de la matière. Les informations ne disparaissent pas quand on les partage et on ne parle pas du même objet du tout. Et une culture c’est quelque chose de vivant, c’est quelque chose qui s’approprie, qui se « re-digère », et c’est comme ça qu’on fait une société dynamique.

Manu : Et là, le droit d’auteur, ça devient quelque chose qui bloque la culture. Ça veut interdire la transmission au nom du droit ; alors ce ne sont plus les auteurs, ce sont les ayants droit, puisque les auteurs sont morts dans beaucoup de cas.

Luc : Et en plus de ça dans tous les systèmes quand on est dans le domaine de l’art – on ne va pas s’étendre dessus parce qu’on n’est pas experts de toutes façons disent –, mais aujourd’hui le système est très largement cassé ; je veux dire les gens qui écrivent des bouquins n’en vivent pas, à part une poignée de gens. Et pareil dans la musique, il y a une poignée d’élus qui ont gagné au loto.

Manu : Les grandes stars mondiales.

Luc : Et les autres donnent des cours de musique quoi !

Manu : Madonna utilise, j’imagine bien, le droit d’auteur, mais effectivement les petits groupes n’en recevront jamais rien.

Luc : Voilà. C’est l’argument. C’est toujours la création, la création ! Aujourd’hui les artistes tirent la langue très fort.

Mag : Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi les ayants droit réclament autant d’argent et de droits à l’encontre du reste de la population ?

Manu : Parce qu’ils ont l’impression de ne voler personne. Quand on vole le public, ce n’est personne. Il n’y a personne qui défend le public, il semblerait.

Luc : . Pour moi c’est une capitalisation. On est dans l’ordre du capital. C’est que c’est un nouveau terrain où on peut s’approprier des choses. Il y a le bouquin de Piketty Le capital au 21e siècle qui a fait un certain tabac, qui était assez connu et où il dit que le capital a repris beaucoup d’ampleur et qu’on est revenu au niveau qu’on avait au début du 20e siècle. Et pour moi, cette appropriation de la culture fait partie de ce truc-là. Et quand on dit culture, en plus de ça, on n’est pas uniquement dans le domaine artistique : le code c’est de la culture, enfin la technique, ce genre de choses, on n’a pas de valeur à faire, chacun a ses préférences, mais l’idée c’est que collectivement on s’appauvrit et on devient plus faibles quand la culture n’est pas diffusée et partagée.

Manu : Donc au nom du partage, eh bien il va falloir se battre contre cette directive, l’article 13, qui est en train d’être écrite, d’être proposée au niveau de l’Union européenne. Je crois qu’il suffit de la repousser de quelques semaines, parce que la présidence tournante va changer et que c’est la présidence actuelle de l’Europe qui est en train de pousser pour ce genre de directive. Donc juste quelques semaines ça va peut-être suffire à faire que ça tombe à l’as. On peut espérer.

Mag : En tout cas on croise les doigts !

Luc : Donc allez sur le site de l’April, c’est en bannière plein écran april.org5 et prenez quelques minutes de votre temps, au moins pour signer la pétition, éventuellement envoyer un petit mail.

Manu : Amical.

Luc : Amical. Il y a des propositions, des paragraphes proposés et si vous avez du bagout, vous n’avez pas peur du téléphone, appelez votre député !

Luc : À la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Produits Razer, un usage sous conditions

Si vous envisagez d’acheter un matériel Razer (clavier, souris, etc…) sachez que vous devrez accepter ces conditions de service et donner des informations privées pour avoir le droit d’utiliser leur logiciel de configuration du matériel sous Windows.

C’est fou.

Si on refuse, on a un clavier qui clignote de toutes les couleurs et n’importe comment (comprendre ça pique les yeux). Le passage est donc quasi obligé.

D’autant plus que le surcoût de ce genre de marques est justifié essentiellement par la possibilité de pouvoir configurer les couleurs et les touches macros. Choses impossibles sans le logiciel de Razer.

Dès que vous éteignez leur logiciel, le clavier se remet en mode psychédélique. C’est bien sûr fait exprès pour que Razer ait son mouchard actif.

Sous Linux, c’est un peu mieux, car il y a un driver open-source qui ne collecte pas vos données et qui permet de configurer les couleurs. Mais l’interface graphique est si pourrie que finalement, on s’en sort mieux à configurer les couleurs en Python. Un comble.

De plus, le logiciel Razer pour Linux ne permet pas de configurer les touches macro. Mais il y doit y avoir un outil générique pour faire ça je suppose.

 

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BD : The Best we could do de Thi Bui (2017)

Lorsque j’ai découvert le sujet de cette bande dessinée, je me suis dit qu’il me fallait absolument la lire. L’auteure entreprend, en effet, de retracer la saga d’une famille vietnamienne qui a trouvé refuge aux Etats-Unis. Je connais moi-même beaucoup de l’histoire de la famille de mon épouse, qui a des ramifications aux États-unis. Alors,… Lire la suite BD : The Best we could do de Thi Bui (2017)

Le dernier message de John Perry Barlow (1/2) : Du rock n’roll à l’activisme numérique

En février dernier on apprenait la mort de celui qu’on avait surnommé le « maire de l’internet », John Barlow. Pour ceux qui avaient vécu les premiers jours de la Toile, s’étaient battus avec les protocoles FTP et TelNet, avaient joué avec les navigateurs Mosaic et Netscape, ce décès avait des allures symboliques. Le temps des pionniers était véritablement passé.

Mais pendant ses ultimes semaines, Barlow avait mis la dernière main, en association avec Robert Greenfield (auteur de nombreux livres sur la pop- et contre-culture), à ses mémoires, Mother American Night : my life in crazy times qui sont parues ce mois de juin.

Des mémoires bien pleines, car Barlow a eu plusieurs vies. Dans les années 70, il signait les paroles des chansons de Bob Weir, l’un des guitaristes du Grateful Dead, ce groupe de rock psychédélique devenu l’icône du mouvement hippie. Bien des décennies plus tard, il a connu une seconde carrière, et s’est transformé en défenseur des droits sur le réseau.

Barlow a connu tout le monde, dans tous les milieux… Né dans une famille de propriétaires d’un ranch, il ne s’est pas contenté de fréquenter l’élite geek et hippie. Il a également traîné avec John Kennedy Junior, postulé pour un poste au sénat dans le Wyoming côté… Républicain, et fréquenté par là même le jeune Dick Cheney, qui allait par la suite devenir vice-président de George W. Bush. (Il décrit Cheney, comme l’une des personnes les plus intelligentes qu’il ait rencontré avec Bill Gates, mais précise toutefois qu’il s’est rendu compte, avec le temps qu’il s’agissait d’un « sociopathe ».)

Pourquoi un parolier d’un groupe de rock en est-il venu à s’intéresser au Net naissant ? Les deux sont liés. C’est le Grateful Dead qui l’a conduit au Réseau. En effet, depuis des années, le groupe traînait derrière lui une tribu de fans qui les suivait dans tous leurs concerts, les « deadheads« , une communauté avec ses propres valeurs, ses propres rites, et qui s’était développée de manière tout à fait indépendante, presqu’une secte, à la grande surprise des membres du Dead. Barlow a voulu en savoir plus sur ces deadheads. Mais comment les observer dès lors que sa seule présence, en tant que membre du groupe, suffisait à modifier les attitudes ou les coutumes ? C’était une version anthropologique du principe de Heisenberg, note-t-il dans son livre. L’observateur modifie le comportement de la chose observée.

« Pourquoi ne vas-tu pas regarder les échanges sur le Net ?« , lui a suggéré une de ses amies. C’est ainsi, en consultant discrètement les groupes Usenet consacrés au Dead, qu’il a pu tranquillement se faire une idée des habitudes des deadheads. Et c’est aussi comme cela qu’il a découvert le Net. Par la suite, la vie de Barlow se lie à l’évolution du numérique. Il prend contact avec Apple (pendant la période où Steve Jobs a quitté la société), qui lui propose d’écrire une histoire de la compagnie. Il y renonce parce que : « si vous n’avez rien de gentil à dire, ne dites rien. » Et si l’ambiance de la firme à la pomme était aussi pesante, explique Barlow, c’est à cause de Jobs, bien que ce dernier ait cédé la place à John Sculley à cette époque. La raison qu’en donne Barlow est intéressante, parce qu’elle montre qu’au cours des années 80 la collusion entre le monde numérique et la contre-culture et le New Age était encore – ou déjà, selon le point de vue – très forte.


« À un moment donné, Steve avait demandé à tout le monde chez Apple de participer à Est, ce qui signifie Erhard Seminars Training, et de suivre ces cours destructeurs d’âmes qui avaient été créés par Werner Erhard pour transformer la façon dont les gens interagissent. Le but déclaré du programme était d’apprendre aux gens à s’exprimer naturellement plutôt que de suivre les règles, mais beaucoup de ces gens sont devenus d’encore plus gros connards qu’ils ne l’avaient été auparavant. » Et de conclure : « J’ai traité avec des gardes-frontières est-allemands beaucoup plus amicaux que la plupart des employés d’Apple. »

De fait, Est faisait partie de ces « thérapies » très à la mode dans les années 70, entre la bio-énergie reichienne, le cri primal d’Arthur Janov ou la Gestalt-thérapie de Fritz Perls. A noter qu’à la même époque environ, si l’on en croit les journaux de Jacques Vallée, Douglas Engelbart était lui aussi fasciné par Est et souhaitait y envoyer son équipe…

Peu importe ce que Barlow pense de Jobs, leurs vies finissent par se croiser lorsque Barlow devient rédacteur à NeXTWorld, un magazine consacré à l’ordinateur NeXT. Comme beaucoup à l’époque, il est fasciné par la grande qualité de cet ordinateur noir, qui préfigure les avancées technologiques des années suivantes. Mais il reconnaît aussi ses limites : « J’ai juste adoré cette machine. Bien que, comme Steve, elle avait des défauts vraiment flagrants. Mais contrairement à celles de Steve, les failles de NeXT ont été corrigées. »

Reste le grand œuvre de Barlow, sa défense des droits sur Internet, qui aboutira à la création de l’EFF (Electronic Frontier Foundation), l’ONG de protection des libertés sur internet, en compagnie de Mitch Kapor. La première rencontre entre Barlow et des hackers (qui opéraient sous les noms de Acide Phreak et PhiberOptic) n’a pas été immédiatement chaleureuse. Barlow accusant ces « pirates » de n’être rien d’autre que des petits voyous sans envergure. Ce à quoi Phiber Optik lui a répondu en uploadant l’ensemble de son historique de transactions financières sur le Forum. « J’ai traîné dans des bars redneck avec des cheveux tombant jusqu’aux épaules, je me suis retrouvé en garde à vue pendant un trip sous acide, et déambulé dans Harlem longtemps après minuit, mais personne ne m’avait jamais flanqué les chocottes comme Phiber Optik ce jour-là. »

Par la suite, sa rencontre avec le jeune hacker lui fait découvrir sa véritable personnalité : « Lors de cette conversation, ainsi que dans toutes les autres qui ont suivi, j’ai rencontré un gamin de dix-huit ans, intelligent, civilisé et étonnamment pétri de principes, qui avait l’air de ne vouloir faire aucun mal aux êtres humains ou aux données. »

Par la suite, Barlow sera mêlé de près à l’offensive gouvernementale connue sous le nom d’opération Sundevil, une gigantesque chasse aux hackers qui aboutit à la destruction et à la saisie d’une multitude d’ordinateurs, de disques durs et à la perte d’un nombre considérable de données d’individus ou d’entreprises qui n’avaient guère de rapport avec la piraterie informatique, mais avaient la malchance de se trouver dans les parages. Cette histoire a été racontée à maintes reprises, par Barlow lui-même dans son essai Crime and Puzzlement, mais aussi de manière très complète par Bruce Sterling dans son livre The Hacker Crackdown (malheureusement non traduit, mais disponible en ligne sur le site du MIT). C’est avec l’EFF que Barlow atteint la célébrité bien au-delà des milieux du rock n’roll, en devenant le prophète du numérique, avec son fameux texte de 1996, sa « déclaration d’indépendance du cyberespace« .

Barlow restera pendant vingt-sept ans vice-président de l’EFF. Durant ses dernières années pourtant, ses intérêts vont se diversifier. Il s’intéresse notamment à l’accès à l’eau potable. Puis, avec les affaires WikiLeaks et Snowden, il renoue avec la question de la liberté d’expression et participe à la création de la fondation pour la liberté de la presse.

Pour quiconque s’intéresse, non seulement au numérique, mais à l’histoire de l’Amérique en général, les mémoires de John Barlow sont un document indispensable et, aspect non négligeable, très agréable à lire. Mais le personnage reste une énigme. Comme l’écrit Jesse Jarnow dans Wired  : « aussi accessible et généreux que Barlow l’aie été dans ses écrits et dans sa vie – avec ses numéros de téléphone et le contenu de sa messagerie affichés publiquement – il reste encore insaisissable, et difficile à cerner dans Mother American Night. Au lieu de résoudre les contradictions apparentes de Barlow, le livre les présente presque comme une parabole. »

Reste donc, ce livre en main, à s’interroger sur les choix du personnage et sur son héritage, à l’époque de l’internet post-GAFA.

Rémi Sussan

Dead cells aura une version Linux

Je vous avait déjà parlé de ce jeu vidéo rogue/metroid/castlevania.

Et bien sachez que Steam propose depuis hier une version Linux. Je viens de tester, elle marche au poil (et reprend ma sauvegarde Windows). C’est encore tout frais. Il faut pour l’instant activer le canal « BETA » pour récupérer l’exécutable Linux.

Pour décrire le jeu : vous jouez un personnage en 2D dans des niveaux générés aléatoirement, vous trouver de l’or et des armes sur le chemin. La difficulté s’accroît à mesure que vous progressez. Si vous mourrez, vous recommencez tout au début du jeu ! A la fin de chaque niveau, vous pouvez investir dans des bonus que vous garderez éternellement malgré la mort, ce qui vous donne un petit coup de pouce pour les essais suivants.

La jouabilité est superbe car basée sur l’esquive et la connaissance des réflexes des ennemis. Si au début, vous pouvez bourriner, plus vous progressez et plus l’erreur vous est fatale.

Les niveaux sont générés aléatoirement et il y a plétore d’armes à trouver sur votre route.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2018

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 24

[Numéro Magazine] Portrait de l'artiste en hackeur qui détourne les nouvelles technologies

Par Ingrid Luquet-Gad, le jeudi 14 juin 2018. Extrait:
> Algorithmes, codage, datas, hardware… comment les artistes détournent-ils les nouvelles technologies? C'est la question vertigineuse à laquelle répond une double exposition au centre pompidou, avec l'artiste japonais Ryoji Ikeda en invité d'honneur.
Lien vers l'article original: http://www.numero.com/fr/art/japonais-ryoji-ikeda-portrait-hacker-artiste-invite-honneur-centre-pompidou-nouvelles-technologies

[France Culture] Que reste-t-il du logiciel libre?

Par Hervé Gardette, le mercredi 13 juin 2018. Extrait:
> Microsoft vient de racheter la plateforme de création collaborative de logiciels Github. Est-ce vraiment une bonne nouvelle pour le logiciel libre? Et quelles conséquences pour les utilisateurs? La philosophie du libre a-t-elle gagné ou s’est-elle fait manger?
Lien vers l'article original: https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/que-reste-t-il-du-logiciel-libre

Et aussi:
[ZDNet France] Rachat de GitHub par Microsoft: une victoire pour la fondation Linux

[RFI] Software Heritage, la grande bibliothèque du logiciel

Par Dominique Desaunay, le mercredi 13 juin 2018. Extrait:
> La plupart des activités humaines dépendent exclusivement des programmes informatiques qui permettent, par exemple, aux internautes de consulter leurs réseaux sociaux ainsi que de surfer sur n’importe quelle page web. Des logiciels fragiles qui contrairement aux hiéroglyphes gravés dans la pierre peuvent s’altérer avec le temps et disparaître à jamais. C’est la raison pour laquelle les informaticiens de l'Institut national de recherche en informatique et en automatique ont développé une immense bibliothèque en ligne dénommée Software Heritage.
Lien vers l'article original: http://www.rfi.fr/technologies/20180613-internet-informatique-software-heritage-patrimoine-bibliotheque-logiciel

Et aussi:
[les-infostrateges.com] Software Heritage: une bibliothèque au service de l'archive universelle des logiciels
[Industrie et Technologies] Software Heritage: les logiciels ont leur bibliothèque d'Alexandrie

[Numerama] Open source: qui sont les bons élèves et les cancres parmi les géants de la tech?

Par Victoria Castro, le mardi 12 juin 2018. Extrait:
> Tout le monde dit aimer l'open source, mais qu'en est-il vraiment? Nous avons dressé un classement de 6 géants de la tech, du plus grand sympathisant de l'ouverture au plus propriétaire d'entre eux.
Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/politique/328556-open-source-qui-sont-les-bons-eleves-et-les-cancres-parmi-les-geants-de-la-tech.html

[BFMtv] Pourquoi les mèmes sur Internet sont en danger

Par Elsa Trujillo, le lundi 11 juin 2018. Extrait:
> L'article 13 d'un projet de directive européenne sur le droit d'auteur entend limiter drastiquement la réutilisation de contenus protégés.
Lien vers l'article original: https://www.bfmtv.com/tech/pourquoi-les-memes-sur-internet-sont-en-danger-1468454.html

Et aussi:
[Usbek & Rica] Adieu mèmes et parodies? Pourquoi «l’article 13» menace Internet
[RTL.fr] Un projet de loi européen voté le 20 juin va-t-il changer la face du Web?
[Konbini France] Les gifs et les mèmes sont-ils en danger de mort?

Voir aussi
Sauvons le partage de code! Appel à signature de la lettre ouverte «Save Code Share»
Campagne "Save Your Internet" (agir avant le 20 juin 2018)

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Conférence et stand de la Fédération FDN à Pas Sage En Seine (PSES) 2018 !

La Fédération FDN sera bien présente à Pas Sage en Seine cette année !

La conférence associative qu'on ne plaisante plus revient avec le mot d'ordre « faites preuve de curiosité » du 28 juin au 1er juillet 2018. 

En plus d'un stand qui sera tenu par les membres locaux de Franciliens.net, une conférence de quota_atypique, la présidente, est prévue. Elle aura lieu le samedi 30 juin, à partir de 11h en salle cinéma. La conférence a pour titre « Tisser le fil avec lequel est fait la société – ou pourquoi monter des FAI associatifs » et reviendra sur le projet de société qui motives les membres de la Fédération FDN.

Sauf problème majeur, les conférences font l'objet d'une captation vidéo.

C'est une bonne occasion pour découvrir la Fédération et ceux qui la font bouger au quotidien !

Pour plus d'informations :

 

Que reste-t-il du logiciel libre ? Nous !

Malgré mon relatif silence de ces derniers mois, je continue à écouter des podcasts et impossible de ne pas réagir à l’émission Du grain à moudre passée sur France Culture, intitulée "Que reste-t-il du logiciel libre ?"

Commençons par dire qu’une analyse en a déjà été faite par Cyrille ; je reprends son analyse en intégralité, car elle est perdue au milieu de beaucoup d’autres choses :

C’est assez terrible, c’est presque douloureux. Les intervenants sont Amaelle Guiton Journaliste à Libération, Bernard Ourghanlian directeur Technique et Sécurité à Microsoft France, et Pierre-Yves Gosset délégué général de Framasoft. C’est terrible parce que lorsque Bernard Ourghanlian explique que le logiciel libre a gagné, parle avec facilité de l’époque propriétaire de Microsoft comme étant révolue, évoque le cloud, on a tout à fait compris que ce n’est pas le libre qui a gagné mais Microsoft. C’est terrible parce qu’Amaelle Guiton met le doigt exactement là où ça fait mal en rappelant que les libristes étaient tous sur Github et que gueuler parce qu’une plateforme propriétaire est achetée par une autre boîte propriétaire c’est tout simplement ridicule. C’est terrible parce que le message de PYG qu’il essaie de placer au niveau philosophique ne passe pas, parce que lorsque le journaliste qui se met dans la position de celui qui ne sait pas fait remarquer que d’utiliser un logiciel propriétaire avec du suivi, du service, c’est franchement plus rassurant, il n’y a rien à répondre. C’est terrible parce qu’on comprend que le logiciel libre a remporté la guerre technique à savoir qu’un code confronté à un ensemble de personnes, interne au projet ou extérieur c’est la meilleure manière de renforcer le code, mais que les idées qui sont derrières sont soufflées au profit de l’efficacité. C’est terrible parce que l’émission est tellement pointue qu’il n’y a que ceux qui connaissent le sujet qui peuvent la comprendre, ce sentiment de plus en plus palpable que l’informatique s’éloigne de l’utilisateur final quand le ministère de l’éducation nationale fantasme une nation de développeurs.

Cyrille s’ennuie un peu dans sa tour d’ivoire de blogueur abandonné par tous (moi y compris), il ne m’en voudra donc pas de le titiller un peu et de reprendre les critiques qu’il aime poser sur les billets de Cascador à savoir un manque de profondeur dans l’analyse. Par ailleurs, Microsoft ne parle jamais de logiciel libre mais d’open source (et encore, pas open pour tout le monde, sinon ça se saurait). Sinon, je partage son point de vue catastrophique du résultat de cette émission, mais il faut pousser plus loin l’analyse.

On avait une très bonne journaliste qui connait le milieu hacker (mais parle malheureusement de Richard Stallman au passé) et une pointure du milieu associatif légitimé par les nombreuses actions de Framasoft face à un seul représentant du monde propriétaire ; ils auraient pu n’en faire qu’une bouchée et pourtant même avec un animateur compatissant envers le logiciel libre, ils se sont tollés comme pas permis. D’abord en restant peu compréhensibles envers le grand public et ensuite en n’abordant pas les points cruciaux et fondamentaux de l’intérêt du libre vis-à-vis du propriétaire lavé à la lessive open source.

Il faut dire que le gars de chez Microsoft avait préparé ses cartouches et sachant qu’il serait attaqué, a joué finement le côté pacifiste enthousiaste, on a été des méchants, mais on est devenu gentil. Personnellement, le sujet Github, je m’en balance complètement sachant que je ne suis pas codeur et qu’il y a eu un précédant avec SourceForge. Comme le dit bien Amaëlle Guiton, difficile de comprendre pourquoi les développeurs continuent à se centraliser dans des structures propriétaires. Ce n’est donc ni le premier, ni le dernier événement de ce genre.

Par contre, dans sa grande amabilité, le gars de chez Microsoft a donné la raison pour laquelle ils ont mis autant d’argent sur une structure si peu rentable. Ils ont loupé le tournant de l’informatique mobile, ils reconnaissent que leur OS est trop pourri pour les serveurs au point de préférer utiliser du Linux, ils ont vu arriver les réseaux sociaux sans comprendre ce qui arrivait mais c’est bien là qu’ils ont choisi d’attaquer. Laissant à Facebook et Google tous les aspects vie privée et monétisation des données personnelles pour le marketing, ils misent désormais tout sur les profils professionnels (rachat de LinkedIn) et les compétences de développement grâce au vivier représenté par GitHub. Comme il le dit, l’important ce n’est pas le code mais les interactions entre les développeurs et le fait que la plate-forme est devenue pour eux plus parlante qu’un CV par leurs participations et commits sur différents projets. Ils sont pris au piège s’ils veulent avoir un avenir professionnel dans le milieu. Et que les libristes à la petite semaine s’en aille en fulminant, il n’en a cure, ceux-là ne travaillent de toute façon pas pour des projets bankable.

Mais revenons au sujet du débat, que reste-t-il au logiciel libre ? Quand l’animateur rétorque aux libristes que certes c’est difficile de quitter Windows par le poids des habitudes, mais alors, il est aussi difficile de quitter un logiciel libre comme Firefox si on s’y est trop habitué, il aurait pu être pertinent de dire que pas tant que ça puisque Chrome a tout balayé sur son passage et surtout, il aurait été intéressant de parler d’interopérabilité. Quitter un logiciel propriétaire, c’est aussi difficile parce que les formats sont fermés et c’est bien pour ça que la suite Office de Microsoft reste la référence en entreprise.

Enfin, pourquoi ne pas parler de la liberté des données quand les géants du web vantent les bienfaits du cloud. On nous vend du service tout en gardant nos données qu’on leur donne bien volontiers et sans possibilité de redevenir acteur de ce qui nous appartient. Comment est-ce possible que des défenseurs aguerris du logiciel libre n’est pas pu au moins évoquer ces avantages même s’ils ne sont pas forcément à la portée de tous ?

Bref, une émission malgré tout très instructive pour les connaisseurs puisqu’elle renseigne sur les intentions de l’openwashing tout en mesurant la faible capacité de réaction en face.
Mais avant de vouloir sauver le monde, si on laissait déjà ceux qui sont motivés se sauver eux-mêmes ?