Afficher l’utilisation de votre GPU et CPU sous Linux

Je vous ai montré dans un précédent article comment afficher l’utilisation de votre GPU et CPU sous Windows. Nous allons maintenant faire la même chose sous Linux.

Si vous utilisez les drivers libres Mesa (si vous avez une carte graphique Intel ou AMD c’est le cas le plus souvent), vous n’avez rien installer.

Précédez juste votre commande de la variable d’environnement GALLIUM_HUD comme suit:

$ GALLIUM_HUD=fps,GPU-load,cpu,cpu0,cpu1,cpu2,cpu3 ./hon.sh

Cela affichera des graphiques en surimpression sur votre application pour chacun des indicateurs.

Vous trouverez la liste des indicateurs disponibles et de plus amples informations sur comment positionner les graphes à l’écran en tapant:

$ GALLIUM_HUD=help glxgears

C’est vraiment très complet !

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Pour un Conseil National du Numérique indépendant !

Le collectif SavoirsCom1 exprime ses plus vives inquiétudes à propos des conditions dans lesquelles s’opère le renouvellement des membres du Conseil National du Numérique (CNNum). Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat à l’économie numérique, a exprimé ses réserves à propos de la liste de membres présentée par la nouvelle présidente de l’institution, Marie Ekeland, et lui a demandé de lui faire de nouvelles propositions.

Cette décision du gouvernement fait suite à des pressions exercées sur le gouvernement pour s’opposer à la nomination au CNNum de la militante anti-raciste, essayiste et réalisatrice, Rokhaya Diallo et du rappeur et entrepreneur numérique Axiom.

Mounir Mahjoubi justifie son geste par le « besoin de sérénité pour travailler », « eu égard à l’ampleur des enjeux » que le CNNum aura à traiter.

Mais par cette intrusion politique dans la nomination des membres du CNNum, le gouvernement va au contraire gravement compromettre la confiance en cette institution et fragiliser ses conditions de travail, notamment dans ses relations avec les représentants de la société civile.

Le collectif SavoirsCom1 a plusieurs fois interagi ces dernières années avec le CNNum, notamment au cours du processus de consultation qui a précédé l’adoption de la loi République numérique. Le CNNum a joué un rôle important dans la réflexion autour du numérique, en ouvrant un espace où des propositions alternatives ont pu être examinées et relayées.

En utilisant sa capacité d’auto-saisine, le CNNum a également pu critiquer ouvertement l’action du gouvernement, au nom de la défense des libertés fondamentales, comme lors de l’adoption de la loi Renseignement ou dans l’affaire du méga-fichier TES. On peut regretter que le gouvernement n’ait pas tenu compte de ces avis, mais le CNNum avait au moins pu faire usage de son autonomie pour jouer un rôle dans le débat public.

Lors de l’adoption de la loi République numérique, des pressions s’étaient déjà exercées, de la part de sociétés d’ayants droit comme la SACD, pour inciter le gouvernement à reprendre en main le CNNum parce qu’il soutenait des mesures contraires à leurs intérêts. Le précédent gouvernement n’avait alors pris aucune mesure contre l’institution.

La sérénité des débats au sein d’une instance comme le CNNum tient à la civilité des personnes qui participent à ses travaux, et en aucun cas à la vigueur des opinions portées par ses membres. Les enjeux du numérique doivent être au contraire examinés sous forme de controverse à la lumières de toutes les tensions et les contradictions de la société.

Avec cette manifestation autoritaire, le gouvernement discrédite les engagements en faveur du « Gouvernement Ouvert » qu’il a pris dans le cadre de l’Open Government Partnership et à propos desquels un plan d’action 2018-2020 vient d’être annoncé. D’après les déclarations même de Mounir Mahjoubi, il aura suffi que « certaines personnes aient eu des doutes dans la communauté numérique » pour que le secrétaire à l’économie numérique demande une modification de la composition du CNNum qu’il avait pourtant validée quelques jours auparavant.

Cet épisode reflète aussi une faiblesse structurelle du CNNum qui n’est doté que d’un rôle consultatif et n’a pas un statut garantissant réellement son indépendance. Cet organe reste placé sous l’autorité directe de l’exécutif et si l’on s’en tient à la lettre des textes, Mounir Mahjoubi était dans son droit en demandant cette recomposition.

Les questions numériques sont cependant devenues si stratégiques qu’elles exigent une instance vraiment représentative et indépendante, qui pourrait par exemple trouver place dans la refonte du CESE (Conseil Economique Social et Environnemental ) envisagée par le Gouvernement.

Parler maintenant, doucement mais sûrement

J’ai été bien silencieux sur mon nouveau job, la faute aux nombreux sujets qu’un changement d’emploi entraîne. Je vais commencer à en parler maintenant, doucement mais sûrement. J’ai fourni une part importante d’efforts durant 4 mois pour conserver ce travail, ça a payé, je suis confirmé.

Ironiquement à présent que je suis sur Linux à bosser sur des projets/outils libres tous les jours, je parle moins technique ici. En réalité je désire fortement partager ce que j’ai appris, des trucs et astuces, l’utilisation de certains outils, un ou deux projets dont je me suis occupé. Cependant la quantité gargantuesque d’informations que j’ai dû assimiler et la nécessaire réorganisation du passage de sysadmin Windows à Ingénieur Système Linux m’ont valu d’être très occupé mais aussi dispersé.

Je souhaite toujours faire des articles de qualité, il ne m’est pas possible en ce moment de traiter un sujet précis correctement car j’en gère 10 simultanément. Je prends des notes et je creuse, beaucoup. Les Mémos vont exploser, tout vient à point à qui sait attendre.

Le prochain article ne sera pas ce que j’appelle réellement « technique » car je suis en pleine recherche/construction mais j’espère qu’il vous intéressera tout de même et que vous y trouverez des informations dignes d’intérêt.

Blog : La peur de l’ecriture

Je m’étonne souvent de la difficulté à demander à quelqu’un de rédiger une petite procédure toute simple ou faire un petit mail dans le milieu professionnel. Il y a plusieurs raisons à cela, pourtant et c’est à mettre en relation avec les résultats récents de l’enquête PIRLS. Dans mon milieu professionnel, il arrive souvent que… Lire la suite Blog : La peur de l’ecriture

Perso : Je vous prie de m’excuser

Je vous prie de m’excuser pour le billet La lumière s’est éteinte. Vous allez penser que c’est ridicule mais je n’oublie pas respect, confiance, responsabilité. Je vous dois des excuses et des explications.

Madame m’a fait une grosse frayeur et ça m’a remué. Je pense que ça va rester d’ailleurs. Femme me répétait qu’elle s’attendait au pire, qu’elle était prête… ça m’a remué. Finalement elle a quelques kystes et adénomes, rien de grave mais elle va avoir le droit à ce que je la sermonne tous les ans pour qu’elle aille se faire contrôler dorénavant. Donc un gros gros ouf de soulagement.

J’en profite pour rappeler à tous que lorsqu’on ressent des douleurs, une grande fatigue, la première chose à faire c’est de les écouter. J’ai parlé de l’écoute, la première personne à écouter c’est soi-même. Quand vous avez mal c’est votre corps qui vous dit que vous tirez trop sur la corde ou que quelque chose ne va pas. Ce n’est pas quelque chose qu’il faut remettre à demain, c’est une priorité haute qu’il faut traiter le plus rapidement possible. Un job vous pouvez le perdre c’est grave mais vous avez des chances d’en retrouver un. Votre vie, votre santé physique et mentale, c’est pas le même niveau. Dédicace à un abonné au Ciflox.

Je vous prie également de m’excuser pour le long silence d’un mois. Comme tout le monde une vie bien remplie, le petit malade, le boulot, très peu de temps et puis l’absence d’envie d’écrire liée aux doutes sur la santé de Madame.

Les mots sont parfois trop lourds à porter, on sous-estime leur poids, leur pesanteur. On les lâche souvent trop rapidement. Le silence à ceci de réconfortant qu’on ne s’endette pas dans des explications et des excuses pourtant nous devons, chacun de nous, maintenir un semblant de communication avec nos semblables.

Le meilleur ou le pire PapaPloum du monde ?

Comme tous les enfants, mes enfants adorent recevoir des bonbons. Et les occasions ne manquent pas en fin d’année : Halloween, Saint-Nicolas, Noël, …  Le tout à multiplier par le nombre de parents, grand-parents, école, clubs, etc. C’est bien simple : il devient parfois difficile de justifier que Saint-Nicolas se déplace aussi vite d’un endroit à un autre. Et d’expliquer pourquoi il semble tellement tenir à engraisser une génération de futurs diabétiques…

Mais la particularité de mes enfants est que, s’ils adorent recevoir, ils consomment finalement très peu de sucreries. Nous les sensibilisons à la surconsommation et aux méfaits de la publicité depuis peut-être un peu trop jeune.

Les bonbons s’entassent donc dans un véritable tiroir au trésor qui déborderait à longueur d’année si PapaPloum n’allait pas de temps en temps assouvir son addiction au sucre.

Pour Saint-Nicolas cette année, j’ai franchi une étape de plus : au lieu d’aller acheter des chocolats, j’ai tout simplement été puisé dans le susdit tiroir et j’ai mis dans les souliers des friandises qu’ils avaient déjà reçues.

Ils ne se sont aperçu de rien et ont été enchantés.

Mais, malgré tout, ma conscience me tiraille…

Ai-je été le meilleur et le plus écolo PapaPloum-Nicolas ? Ou le pire radin qui aie jamais enfanté ?

Photo par Jessica S.

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Quand le libre se flingue lui-même

Pourquoi les plus fervents adeptes du libre ont-ils éprouvé le besoin de créer une monnaie libre comme la Ğ1 ? Il me paraît important d’interroger ce paradoxe pour comprendre l’évolution du Net et de la société en général.

Pourquoi un paradoxe ?

Je reviens au fondement : libre n’est pas synonyme de gratuit, puisque je peux par exemple libérer un de mes livres tout en le vendant (c’est le cas pour Le geste qui sauve). Il n’y a aucune contradiction entre libre et payant. C’est vrai, mais il ne faut pas se voiler la face : le libre implique aussi la gratuité. Si parfois je peux payer certains biens libres, je peux dans tous les cas les récupérer gratuitement (en vertu de la liberté 2/4). Je suis libre de payer ou non.

Payer si je veux, revient à donner si je veux. On passe d’une économie monétaire où tout se paye, à une économie du don, une économie primitive pas très efficace (on devrait dire une économie du cadeau comme me l’a fait remarquer Gégard Foucher). Voilà pourquoi au sein de cette économie du libre inefficace une monnaie libre apparaît.

Par ailleurs, avant l’apparition de cette monnaie libre, aucune création dite libre ne l’était réellement, puisque les créateurs ont dépendu durant leur travail des monnaies par principe non libres. Ainsi le libre apparaît dans un monde non libre par un mécanisme de bootstrapping : un peu de liberté gagnée permet d’en gagner un peu plus et ainsi de suite (c’est le principe des fusées à étages). Il est donc logique que la monnaie libre n’apparaisse que dans un second temps, pour soutenir des créations réellement libres.

Mais cette possibilité nouvelle de fixer un prix en monnaie libre revient à renoncer à la liberté 2/4 et de revenir au système où tout se paye, système qui a montré son efficacité. Sur les quatre libertés postulées par Stallman, il n’en subsiste alors plus que trois :

  • Liberté d’utiliser.
  • Liberté d’étudier.

  • Liberté de modifier (mais sans faire circuler).

En d’autres termes, le monde du libre en inventant une monnaie libre transforme les créations libres en créations open source.

Cette évolution me convient très bien. Les livres ont toujours été en open source : une fois que nous les possédons, nous sommes libres de les utiliser et d’accéder à leur code pour éventuellement le modifier. Le code d’un livre est bel et bien ouvert, sans que le livre ne soit nécessairement libre.

Du moment que tous les acteurs économiques reçoivent la monnaie grâce à un dividende universel, du moment qu’ils peuvent acquérir grâce à ce revenu les biens qui leur importent, nous n’avons plus aucune raison de maintenir la liberté de copier et de distribuer ces biens. Il est important de maintenir l’accès au code source pour garantir l’éthique des ressources, mais leur gratuité n’a plus aucun sens, au contraire elle les dévalorise dans une économie où la monnaie devient abondante et fluide (ce qui était déjà en partie le cas dans une économie où la monnaie était rare).

Le libre selon Stallman était donc le premier étage d’une fusée menant à un deuxième étage se composant d’une monnaie libre (et de quelques autres ressources fondamentales qui doivent rester libres, les OS de la société), deuxième étage qui inaugure le troisième étage d’une société marchande irriguée par une monnaie libre.

Ce troisième étage a désormais décollé. Bien sûr, il ne s’est pas émancipé de la société monétaire traditionnelle. Pour le moment, les monnaies libres coexistent avec des monnaies non libres.

Lors des simulations avec le jeu Ğeconomicus, on constate que quand les deux systèmes monétaires interfèrent, les banques gagnent beaucoup moins que quand elles sont les seules à dispenser la monnaie. L’existence des monnaies libres devrait donc avoir un effet modérateur même sur les monnaies non libres. On peut aussi craindre que le système bancaire voyant ses ressources diminuer ne s’en prenne violemment aux nouvelles monnaies libres, poussant les états à les interdire, dans le but maintenir les privilèges de la noblesse de robe des financiers.

Quoi qu’il en soit l’histoire est en marche. Une économie reposant sur une monnaie libre garantit l’accès aux ressources que chacun juge nécessaires tout en bénéficiant de la puissance propre aux systèmes monétaires. Ce n’est peut-être pas encore le meilleur des mondes, mais nous voyons peut-être naître un système potentiellement réjouissant. Pour une fois, il ne s’agit plus de spéculation. L’expérimentation a commencé avec Ğ1 et libre à vous de la rejoindre.

Mes ebooks en vente

Je ne donne plus, je vends en Ğ1

Je ne crois plus au tout gratuit, aux contenus diffusés à tous les vents sur le Net dans l’attente que de généreux donateurs se manifestent. J’ai exprimé mes doutes depuis quelques mois, en même temps que je comprenais que nous ne faisions ainsi qu’alimenter le capitalisme cognitif. Nous avons rêvé de la société du don, en utopistes, sur la base d’intuitions. C’était une belle idéologie, mais une idéologie tout de même (notez que le théoricien de cette idéologie, lui, a toujours été payé pour prêcher sa théorie).

Après une vingtaine d’années de mise à l’épreuve, nous ne pouvons pas dire que le modèle fonctionne au-delà de quelques niches. Il ne faut pas tout jeter, loin de là. Par exemple, dans le Business to Business, notamment en informatique, c’est OK. Deux acteurs développent un bout de logiciel, ils le libèrent, échangeant leurs créations, ce qui leur permet d’avancer plus vite chacun de leur côté. Même les GAFAM utilisent ce mécanisme de don et contre-don.

C’est beaucoup plus compliqué dans le Business to Consumer. Par exemple, un écrivain qui diffuse son texte et attend une rétribution de ses lecteurs. Je ne nie pas que cette technique marche dans quelques cas, mais elle marche moins bien que le modèle traditionnel de la vente. Généralement avec le don, on ne récupère pas de quoi remplir son frigidaire, encore moins payer son loyer (j’avoue que la plupart des écrivains ne remplissent pas davantage leur frigidaire en vendant leurs livres, mais certains assez nombreux y parviennent… et d’ailleurs le don est souvent choisi par ceux qui ne parviennent pas à vendre, il n’est souvent qu’un pis-aller, pas toujours reconnu comme tel, tout est le problème).

Pourquoi alors ai-je défendu la société du don et le libre ? Parce que j’estime que nous ne devons pas limiter l’accès à la culture par des considérations financières. Mieux nous accédons collectivement à nos créations, plus nous augmentons notre intelligence collective, donc plus nous avons de chances de résoudre les problèmes complexes, à commencer par celui épineux du vivre ensemble. Je n’ai pas changé d’avis à ce sujet, mais je sais aujourd’hui que nous pouvons poursuivre cet objectif autrement.

J’ai vraiment compris les systèmes monétaires le jour où j’ai joué pour la première fois au Jeu de la Corbeille imaginé par Sybille Saint Girons, dont il existe désormais une variante plus complexe Ğeconomicus. Le principe est simple : on se rassemble à une vingtaine ou plus et on simule divers systèmes monétaires : le troc, le crédit mutuel, l’argent-dette (notre euro), ou même une monnaie libre comme la Ğ1 (prononcer « June »).

À chaque partie, le constat est sans appel : le troc, avec don et contre-don, fonctionne mal. Peu d’échanges s’effectuent, l’économie n’est pas vivante. Nous avons pourtant rêvé de mettre en place un tel système sur le Net. C’était une erreur, d’autant que les GAFAM ont phagocité nos créations.

Pour autant, l’argent-dette n’est pas la panacée. Le jeu le montre. Si l’économie est vivante, elle engendre des inégalités, tout en enrichissant démesurément les acteurs financiers, pendant que les plus pauvres endettés jusqu’aux oreilles finissent en prison. Vendre en euros, c’est de fait se placer dans ce système efficace, mais humainement primitif.

On peut donc jouer avec des monnaies alternatives, et notamment la Ğ1, la première et unique monnaie libre à ce jour. C’est une cryptomonnaie reposant comme Bitcoin sur la technologie blockchain, mais les similitudes s’arrêtent là. Quand vous rejoignez la Ğ1, vous touchez tous les jours un revenu de base, avec lequel vous pouvez commencer à échanger (le minage est rémunéré, mais ce n’est pas de cette façon que se fabrique la monnaie).

Au cours des parties, l’économie Ğ1 est tout aussi dynamique que l’économie argent-dette, mais les inégalités sont réduites, d’autant que cette monnaie décentralisée fonctionne sans banque. Par ailleurs, comme tous les acteurs reçoivent un revenu de base, ils peuvent l’utiliser pour accéder aux biens ou connaissances qui leur paraissent indispensables.

Je peux donc vendre mes livres en Ğ1 et si vous les achetez avec votre revenu de base, c’est un peu comme si je vous les donnais. Simplement, votre revenu de base étant limité, vous ne pouvez accéder à l’ensemble des livres vendus en Ğ1, mais seulement à ceux qui vous paraissent importants (et que vous avez le temps de lire). Une subtile équation est ainsi résolue : le libre accès n’empêche pas la vente. C’est un progrès gigantesque, tant conceptuel que philosophique, et qui pourrait avoir des répercussions dans toute la société. L’utilisation d’une monnaie de type Ğ1 encadre l’abondance propre au Net sans pour autant raréfier les ressources.

J’ai donc décidé de vendre tous mes ebooks en Ğ1 à partir d’aujourd’hui. Je fixe arbitrairement le prix à 50 Ğ1 par livre. J’ajusterai ce prix au fil des semaines en même temps que de plus en plus d’acteurs économiques rejoindront Ğ1.

La Ğ1 repose sur une toile de confiance. Pour rejoindre la monnaie, vous devez être certifié par cinq de ses membres qui doivent vous connaître, ainsi affirmer que vous existez vraiment. Rendez-vous sur le site de Duniter, la technologie à la base de Ğ1 pour en apprendre plus. Des apéros monnaies libres sont régulièrement organisés un peu partout.

Si vous voulez acheter mes livres en Ğ1, voici ma clé publique :

7aEmtqUnNz46g6TL7HamVZ1uDb5yMrdu3Dr1MHGjCy32

Si nous sommes amis, si nous nous sommes déjà vu IRL, je peux vous certifier. Lisez d’abord la licence Ğ1.

Duniter

Les compteurs, intelligents ou débilitants ?

Paris, le 15 décembre 2017 - Nous publions ici sous forme de tribune, un extrait de l'intervention de Philippe Aigrain, membre fondateur de La Quadrature du Net, lors d'une table ronde à l'Assemblée nationale le 14 décembre 2017 sur le thème des compteurs intelligents. La vidéo de cette table ronde organisée par la commission des affaires économiques et l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) est disponible sur le site de l'Assemblée nationale.

Depuis quarante ans que je participe aux débats sur les enjeux sociétaux des techniques, une situation m’est devenue familière. Des personnes ou plus souvent des organisations développent une solution technique pour tenter d’optimiser un certain paramètre (par exemple le lissage des pointes de consommation d’électricité, mais ce n’est qu’un exemple parmi des dizaines). Pour obtenir les fonds nécessaires au déploiement de cette solution, ils en font miroiter aux décideurs internes ou politiques d’autres avantages (par exemple l’exploitation possible des données présentées comme l’or noir du 21e siècle). Ils tentent autant que possible de contrôler le contexte de déploiement de cette solution par des mécanismes de propriété, législatifs ou par le choix d’architectures techniques. Apparaissent des oppositions de la part de personnes qui s’estiment impactées par ces systèmes déployés sans eux ou en ne les consultant que sur des options secondaires. Ces opposants invoquent des raisons multiples de rejet, dont la nature et la multiplicité paraissent aux yeux des promoteurs de ces systèmes résulter d’une volonté caractérisée d’empêcher le progrès. Pour décrédibiliser les oppositions, les promoteurs se saisissent des critiques avancées qui leur paraissent les plus aisées à réfuter ou à confiner, souvent celles portant sur les risques pour la santé (par exemple les effets des champs électromagnétiques créés par des communications par courant porteur de ligne).

Loin de disparaître, les oppositions se renforcent et retrouvent ou commencent à cerner des motifs plus essentiels, ceux qui relèvent des rapports de pouvoir, de la dépossession des instruments utilisés pour des enjeux de la vie quotidienne et de la violence de l’intrusion dans la sphère intime. Voilà exactement où nous en sommes en ce qui concerne le déploiement des compteurs qu’on a nommé intelligents pour mieux masquer la dépossession qu’ils infligent aux usagers traités en objets de contrôle et d’une surveillance pudiquement appelée analyse des comportements ou production des données. Il ne faut donc pas s’étonner que les compteurs jugés intelligents par leurs concepteurs soient considérés par ceux qui ne les ont pas choisis comme des compteurs débilitants.

Si vous voulez sauver les compteurs de nouvelle génération, ou tout au moins ne pas avoir à les installer de force, il faudra donc accepter de rouvrir le débat sur les relations de pouvoir et les capacités qu’ils donnent respectivement aux distributeurs et producteurs d’énergie et aux usagers et citoyens. Ce n’est pas qu’un problème de données personnelles. Dans ce domaine comme tant d’autres, les personnes acceptent de fournir des données bien plus intimes, par exemple sur l’alimentation et la santé, pour des études, à condition d’être associées à la définition de leurs buts et à leur mise en œuvre et que des garanties d’indépendance à l’égard des grands intérêts économiques existent, ce qui est hélas rarement le cas.

La réouverture de ces débats sur les pouvoirs d’agir de chacun, loin d’être une perte de temps, est la seule chance d’en gagner, même si cela passe par la mise à la poubelle d’une génération de Linkys et Gazpars. Attention, il ne s’agit pas que de calmer des peurs jugées irrationnelles par les techniciens. Il s’agit de prendre en compte qu’il y a un enjeu démocratique essentiel, une condition d’exercice des droits fondamentaux lorsqu’on déploie des dispositifs informatisés dans la sphère intime, celle du foyer ou celle des comportements quotidiens. Il s’agit de prendre conscience que le fait qu’un compteur appartienne au distributeur et soit sous son contrôle - qui était presque universellement accepté lorsqu’il s’agissait d’un dispositif « bête » - devient intolérable lorsqu’il incorpore une « intelligence » (des algorithmes aussi élémentaires soient-ils) conçue par d’autres dont on ne partage pas nécessairement les buts. La technique est une composante essentielle de la vie humaine, mais elle ne remplace pas la démocratie.

Musique : Yazz Ahmed – La Saboteuse (2017)

Voilà plus d’un an que je n’avais pas remis un peu de jazz dans mes oreilles. Je me laisse parfois voguer à la découverte d’une rubrique, souvent chez mon fidèle Bandcamp et là je tombe sur Yazz Ahmed avec un titre d’album étrange : La Saboteuse. Par chance, j’avais mis le casque et je me… Lire la suite Musique : Yazz Ahmed – La Saboteuse (2017)