Revue de presse de l'April pour la semaine 28 de l'année 2019

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Revue Projet] Qu'est devenue l'utopie d'Internet?

✍ Anne Bellon, le .

[Next INpact] Pas de sensibilisation obligatoire des fonctionnaires aux enjeux numériques

Le .

Un résumé de l’écologie : Total, l’Afrique et la voiture

Je vous laisse prendre connaissance de ce savoureux article sur cette belle compagnie qu’est Total et ses agissement dans la région des Grands Lacs africains. L’article parle « d’atteintes graves aux droits humains » : qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Et bien l’article nous l’explique : « menaces et intimidations », « interdiction de cultiver leurs propres terres ». Nier l’existence ou la vie de centaines de gens sur place. Et on ne parle pas des 5 000 espèces sauvages présentes dans la région qui vont adorer voir débarquer les usines et les pipelines.

Rappelons que Total a sorti les violons lors de son éviction du sponsoring des JO 2024 à Paris. Anne Hidalgo a déjà été bien polie de la jouer toute en finesse et en diplomatie avec eux,

Dans le même ton, voici une anecdote personnelle.

J’ai dû prendre ma voiture dernièrement pour faire quelques aller-retours à la campagne à 1h20 de Lyon. Je sors effaré de ces trajets. Je vous explique.

La métropole lyonnaise a changé la vitesse sur le périphérique pour passer à 70 km/h. Puis sur la portion suivante de mon itinéraire, la vitesse officielle passe de 70 à 90 et alterne ensuite entre 110 et 130 km/h. Classique pour une autoroute.

Dernièrement, notre pays a subi une canicule. Lyon, comme la bonne ville polluée qu’elle est, s’est vu touchée par un pic agressif avec 5 jours avec réduction de vitesse de 20 km/h et stationnement gratuit (mais pas les transports en commun, allez comprendre…), y compris sur la portion autoroutière que j’empruntais sur plus de 30 km.

Que ce soit sur le périphérique, sur la jonction autouroutière ou sur l’autoroute, j’ai respecté la baisse de 20km/h demandée. Rien de plus simple avec le régulateur de vitesse. Je crois que nous devions être à peine 10% des voitures à respecter la vitesse demandée par l’alerte pollution. Et encore, je me dis que 10%, c’est une évaluation extrêmement positive de ma part.

Qu’on ne me dise pas que c’est un problème de compréhension : la conscience écologique n’est pas française. Ou alors pour les autres et jamais pour soi.

Ah et je comprends que les possesseurs de SUV à 35 K€ encaissent mal les limites de vitesse, mais ca n’est pas une raison pour envoyer son tank à tout allure sur la voie de gauche. Et puis les phares LED de ces véhicules à la hauteur du rétroviseur central, c’est une trouvaille de génie. Je ne comprends même pas qu’une autorité d’homologation ait validée ça.

Avec ce genre de comportement méprisant et égoïste, l’automobiliste viendra s’étonner (et pleurer ?) dans quelques années de voir sa conduite automatiquement enregistrée et transmise en direct au poste de commandes de la Gendarmerie la plus proche.

Bref, roulez idiot et irresponsable. Ça va bien se passer.

Khrys’presso du lundi 15 juillet 2019

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.

Brave New World

Spécial France

Spécial Gilets Jaunes

Spécial GAFAM

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les autres trucs chouettes de la semaine

Deux personnages prennent le café. Le personnage de gauche dit : Décidément, c'est fou, tout ce qu'il se passe en une semaine !- la personne de droite répond : Si tu en veux encore plus, clique sur ma tasse !

Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

J’habite la maison de Candice Renoir

Autobiographie #27 | Sommaire | Lire en ligne

Connaissez-vous Candice ? C’est l’héroïne d’une des séries françaises les plus vues, les plus exportées. Incarnée par l’actrice Cécile Bois, Candice est une flic empathique, qui résout les affaires au flair plus qu’à force de déductions à la Sherlock Holmes.

Depuis quelques années, Candice habite chez moi. Un jour, un gars sonne à ma porte. Ce devait être en 2013, époque du tournage de la saison 2. Il m’explique qu’il est repéreur et cherche des lieux pour une série tournée sur Sète. « Ça vous dirait de louer votre maison ? Elle est pas mal, peut-être un peu moderne par rapport à ce qu’on cherche, mais vraiment pas mal, avec une vue magnifique. »

Je ne saute pas de joie, ça le surprend un peu, d’habitude les téléspectateurs sont presque prêts à tout pour voir leur intérieur dans un film. Nous, on ne regarde pas la télé, même quand il m’arrive d’y passer pour parler d’un de mes livres (j’y ai surtout beaucoup parlé de J’ai débranché en 2012, de nombreuses équipes ayant d’ailleurs déboulé à la maison).

Le repéreur m’explique que notre salon pourrait être le lieu d’un crime et que des scènes de sexe pourraient être tournées dans notre chambre. Il me demande si ça nous gênerait. J’éclate de rire. Les choses en restent là.

En 2014, il repasse nous voir. Il nous dit qu’il pense toujours à nous, qu’il attend qu’un des épisodes corresponde à notre cadre. Il nous demande si ça nous intéresse toujours. Ma réponse est pragmatique : « Si vous payez bien. »

Début 2015, il revient. Il nous explique que pour la saison 4, Candice déménage, voulant se rapprocher de Sète. Il pense qu’elle pourrait habiter chez nous. Ça me fait rire. Je n’ai jamais regardé la série, mais il me semble que notre baraque hypermoderne ne fait pas du tout flic de province. « On adaptera le décor, on changera les meubles. »

Mes conditions restent les mêmes. Les équipes passent et repassent, et puis un beau jour la production nous fait une offre, plutôt correcte. Pour tout dire, louer une maison pour une série rapporte plus que publier un roman qui n’atteint pas le top des ventes. Je n’ai pas trop fait le difficile. Pour la rentrée littéraire 2014, mon Ératosthène était tombé dans les limbes. Publié quelques mois plus tôt, Le Geste qui sauve était en train d’être traduit dans une dizaine de langues, mais j’avais cédé mes droits à une fondation.

Le deal était assez simple : quatre fois par an, en mai, septembre, octobre et janvier, la maison serait utilisée durant environ une semaine : deux jours pour virer nos meubles et installer le décor, deux ou trois jours de tournage, deux jours pour remettre la maison en ordre.

Les décorateurs ont donc débarqué pour la première fois en mai 2015. Peu à peu, nous avons appris à nous connaître. De tournage en tournage, nous sommes devenus presque intimes, buvant le café sur la terrasse, déjeunant ensemble, parlant de tout et de rien.

Lors des tournages, nous logeons chez ma maman. Je ne passe que lors des pauses pour nourrir les chats. La première fois, quel choc. La maison était remplie de matos, de caméras, de projecteurs, de câbles, d’échafaudages. Je préfère ne pas être présent dans ces moments, quand une soixante de personnes se pressent chez nous.

Je n’ai assisté qu’à une scène, un jour appelé en urgence parce que la télécommande d’un store avait été perdue. Je n’ai eu que le temps de remonter le store. Tout le monde s’est tu. Candice était avec ses enfants et leur chien. Je me suis esquivé aussi vite que possible. En revanche, j’aime retrouver les équipes pour les repas sous le chapiteau de leur restaurant itinérant. C’est une grande famille et, au fil des années, j’ai fini par connaître un peu tout le monde, sauf les acteurs.

Je n’ai jamais fait un pas vers eux. Sans doute je suis trop fier. Je ne sais pas trop ce que je pourrais leur raconter, surtout pas que je les admire puisque je ne les ai jamais vus à l’écran. En même temps, notre côté artiste devrait pouvoir nous rapprocher.

Je sais que Cécile Bois aime la maison. D’ailleurs, tout le monde semble l’aimer. Parfois j’entends des fans de la série en parler qui ne savent pas que c’est chez moi. Ma maison est aussi devenue celle de Candice. Il paraît même qu’elle contribue au succès grandissant de la série. J’ose imaginer qu’il y a un lien entre le style de cette maison et le style de mes livres, peut-être que la même lumière les traverse.

La maison est si populaire que France 2 a décidé d’y tourner en direct un prime time avec les acteurs de la série en septembre 2019. Pendant que la production préparait le tournage, j’étais assis dans un des fauteuils du salon, je les écoutais parler technique, me disant que tout cela finirait un jour par se retrouver dans un de mes livres. Je me levais, sortais, mais chaque fois je revenais les écouter, me disant que ma maison est le lieu d’une fiction qui pourrait elle-même devenir une fiction.

Tout est romanesque finalement. J’ai construit ma maison en pensant à celles de Le Corbusier, mais aussi à celles dessinées par Franquin dans Spirou & Fantasio. C’est une maison d’écrivain, avec son mur de livres, une maison pour me faire écrivain, tout au moins pour me donner l’illusion de l’être.

Peut-être que toutes les maisons ont cette vocation de faire de nous les personnages de notre vie. Elles nous façonnent autant que nous les façonnons. C’est un peu comme si à force de vivre dans l’imaginaire j’avais attiré l’imaginaire chez moi, un peu comme si Candice avait été prise au piège d’un trou noir que je creuse depuis des décennies et qui ne prend du poids que très lentement. Peut-être que je n’habite pas dans cette maison, mais seulement dans mes textes, que cette maison n’est qu’un élément de décors, depuis toujours.

Ce lien entre réel et fiction me travaille. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est inventé ? On ce cesse de me poser cette question au sujet de Mon père, ce tueur, un roman sur mon père, sur notre relation, c’est bien un roman, il ne pouvait pas s’agir d’un récit, je ne crois pas à la possibilité du récit, toute narration implique une forme d’invention, ne serait-ce que parce qu’il faut simplifier, rendre intelligible, déjà pour y voir clair soi-même en écrivant. Alors on raconte, on affabule, même ma maison est une fable, d’autant qu’à l’image elle apparaît autre qu’elle n’est.

Ma maison
Ma maison
Ma bibliothèque
Ma bibliothèque
Ma vue
Ma vue

Blog : Quand tu en oublies le reste du monde

Chassez le naturel… J’avais supprimé quasiment tous les sites d’information de mes flux RSS, parce que j’en avais un peu marre, parce que ça me prenait du temps, parce qu’il fallait faire du tri entre les bons, les mauvais articles. Mais je me suis aperçu que je ne savais plus vraiment ce qu’il se passait… Lire la suite Blog : Quand tu en oublies le reste du monde

[Arte] Internet : comment agir contre la cyberhaine ?

Les députés de l’Assemblée nationale devraient adopter ce mardi une proposition de loi contre les messages de haine sur Internet. La loi Avia, du nom de la députée La République En Marche Laetitia Avia, qui défend le projet, s’inspire du système allemand. Son but est d’imposer de nouvelles obligations aux principaux réseaux sociaux, qui risqueront une amende pouvant aller jusqu’à 1,25 million d’euros s’ils ne suppriment pas sous vingt-quatre heures les messages à caractère haineux, ayant des références illicites notamment à la race, la religion, le sexe, ou encore le handicap. Mais le projet est très critiqué par l’opposition et son efficacité en Allemagne est incertaine à ce jour. Comment agir contre la cyberhaine ? On en parle dans « 28 Minutes ».

https://www.arte.tv/fr/videos/088473-007-A/28-minutes/

NDLRP – Extraits des propos de Benjamin Bayart à retrouver aussi sur le Peertube de La Quadrature du Net :

[Soutenons notre internet, La Quadrature a besoin de vos dons.]

[RMC] 24 heures pour supprimer les contenus haineux: pourquoi la loi Avia semble difficilement applicable

L’Assemblée nationale a voté jeudi l’obligation pour les plateformes internet de retirer en 24 heures les contenus haineux signalés, mesure-clé d’une proposition de loi LREM. Sous peine d’une condamnation à des amendes jusqu’à 1,25 million d’euros. […]

« La définition de ce qu’est un propos haineux a évolué presque chaque semaine depuis le début des débats sur cette loi extrêmement confuse« , explique Arthur Messaud, juriste à la Quadrature du Net. […]

https://rmc.bfmtv.com/emission/24-heures-pour-supprimer-les-contenus-haineux-pourquoi-la-loi-avia-semble-difficilement-applicable-1725403.html

NDLRP – Extraits des propos d’Arthur Messaud à retrouver aussi sur le Peertube de La Quadrature du Net :

[Soutenons notre internet, La Quadrature a besoin de vos dons.]

[LCI] Loi contre la haine en ligne : Demander à retirer en 24 heures les contenus, c’est extrêmement dangereux

INTERVIEW – Examinée mercredi 3 juin [lire juillet, NDLRP] par l’Assemblée nationale, la proposition de loi « contre la haine en ligne » forcerait les plateformes et autres réseaux sociaux à supprimer les contenus haineux sous 24 heures. Est-ce efficace ? Est-ce seulement possible ? On a posé la question à l’association La Quadrature du Net.

Responsabiliser les grandes plateformes du Web (Facebook, Twitter, Youtube etc.) et durcir la lutte contre la haine sur internet, tel est l’objectif de la proposition de loi portée par la députée LREM Laetitia Avia, dont l’examen à l’Assemblée nationale a débuté ce mercredi 3 juin [juillet, NDLRP]. Ce texte suscite l’inquiétude des grandes plateformes mais aussi de La Quadrature du Net. L’association française de défense des libertés en ligne dénonce un texte « dangereux« . Benoit Piédallu, membre de l’association détaille les risques que peut créer la loi. […]

https://www.lci.fr/politique/cyberharcelement-loi-contre-la-haine-en-ligne-demander-a-retirer-en-24-heures-les-contenus-c-est-extremement-dangereux-2125992.html

[NDLRP : Soutenons notre internet, La Quadrature a besoin de vos dons.]

Bonnes vacances, bonnes lectures !

C’est l’été, il est temps de débrancher ! Toutes les équipes d’InternetActu.net et de la Fing vous souhaitent un bon moment de déconnexion… Mais pas complètement ! On voudrait cette année vous recommander quelques livres à emmener sur la plage, pour vous aider à retrouver un peu de distance et de profondeur avec le numérique et ses enjeux.

En vous conseillant tout d’abord 20 premiers livres que nous vous avons invité à lire cette année dans nos articles :

Ainsi que quelques autres livres, dont nous n’avons pas parlé directement… Mais qui ont été publiés cette année et que vous ne devriez pas rater !

  • Algorithmes, la bombe à retardement, Cathy O’Neil, les arènes, 2019.
  • En attendant les robots : enquête sur le travail du clic, Antonio Casilli, Seuil, 2019.
  • Blockchain and the law, Primavera De Filippi et Aaron Wright, Harvard University Press, 2018.
  • Network, Propaganda, Manipulation, Disinformation and Radicalization in American Politics, Yochaï Benkler, Robert Faris, Oxford University Press, 2018.
  • Vers une République des biens communs ?, Nicole Alix, Jean-Louis Bancel, Benjamin Coriat, Frédéric Sultan, Les Liens qui libèrent, 2018.
  • La société ingouvernable : une généalogie du libéralisme autoritaire, Grégoire Chamayou, La Fabrique, 2018.
  • Cyberstructure : l’internet un espace politique, Stéphane Bortzmeyer, C&F éditions, 2018.
  • Post-vérité : pourquoi il faut s’en réjouir, Manuel Cervera-Marzal, le bord de l’eau éditeur, 2019.
  • The Age of Surveillance Capitalism : the fight for a human future at the new frontier of power, Shoshana Zuboff, Profile Books, 2019.
  • En construction : la fabrique française d’internet et du web dans les années 1990, Valérie Schafer, Ina éditions, 2018.
  • Théorie du Gamer, McKenzie Wark, Les prairies ordinaires, 2019.
  • Guyane : eldorados, Revue Z n°12, Agone, 2018/2019.
  • Obfuscation : la vie privée, mode d’emploi, Helen Nissenbaum et Finn Brunton, C&F éditions, 2019.
  • The Valley : une histoire politique de la Silicon Valley, Fabien Benoît, Les arènes, 2019.

Pourrait-on « toucher » l’information numérique ?

Que ce soit pour attraper un objet, jouer d’un instrument de musique ou prendre la main d’un enfant, le sens du toucher est absolument primordial dans la vie de tous les jours. Il est assez facile de constater que ce sens est très peu mobilisé dans le monde numérique. Pourquoi ? Et comment pourrait-on remédier à cette absence ? Nous avons interrogé trois scientifiques de Lille qui travaillent sur ces questions.  Pascal Guitton.
Photo Pixabay

L’information

Dans un monde baigné par l’information, sous quelque forme que ce soit, la question posée par le titre de ce billet peut sembler saugrenue. Nous avons maintenant l’habitude de voir ou entendre l’information nous arriver grâce aux supports de communication (qu’ils soient numériques ou non) devenus omniprésents dans nos vies. Selon Wikipédia, « L’information désigne à la fois le message à communiquer et les symboles utilisés pour l’écrire ». Le même Wikipédia relève aussi que « Le mot information est parfois utilisé pour théoriser des choses pratiques relevant en réalité de la perception ». Nos sens sont le média dont la nature nous a doté, nous permettant grâce à notre cerveau, qui reçoit et interprète ces signaux, de comprendre le monde. Nos sens sont donc le canal de communication via lequel l’information nous parvient.

La nature de l’information que nos sens nous permettent d’obtenir est très riche et dépasse largement le spectre de l’information numérique dont nous parlons dans ce billet. Au delà du visuel et de l’auditif, nos cinq sens (la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher) récupèrent quotidiennement et continument de l’information, au sens le plus général du terme. Cette information nourrit tout au long de la vie le développement de l’individu, son développement physique mais aussi social, intellectuel, émotionnel. Grâce à l’évolution naturelle de l’espèce humaine, l’enfant apprend rapidement à tirer le meilleur parti de ses cinq sens en fonction de la situation à laquelle il est confronté. L’adulte sait utiliser intelligemment les informations sensorielles qu’il reçoit passivement ou au contraire les sollicite ; il sait en général utiliser ces informations pour réagir à (ou anticiper) une situation d’urgence, pour améliorer sa communication ; pour lui permettre de s’adapter, de manière plus générale, à un contexte pour réaliser une tâche.

Dans le monde numérique

A l’heure actuelle, l’essentiel de l’information numérique nous est donnée principalement par les sens visuels et auditifs. Dans ce flot d’information toujours plus intense, pourquoi pas se poser la question d’une autre piste sensorielle pour y accéder ? Au moins pour deux raisons.

D’abord parce que notre accès à l’information est parfois compliqué. Un environnement bruyant rend l’accès à l’information sonore parfois difficile ; certains publics n’y ont pas non plus accès dans un contexte normal, pour cause de handicap ou de vieillissement auditif non-appareillable. Pour l’information visuelle on pourra citer la lecture en environnement mobile (pouvant générer le mal des transports) ; la difficulté à consulter l’écran de son smartphone à l’extérieur par un bel après-midi trop ensoleillé, situation où bien souvent la puissance de l’écran peine à suffire pour rendre visible l’information (au prix d’une consommation énergétique importante).

Ensuite parce que notre accès à l’information est parfois non souhaité, ou non canalisé. Ceci peut être le cas dans des situations de concert ou de séance de cinéma, par exemple, ou les écrans de portables sont autant de sources de gêne visuelle. Par ailleurs, un écran est bien souvent visible par d’autres personnes que celle à laquelle il est destiné. Des solutions existent (filtres directionnels, dit de confidentialité, pour les écrans ; simple écouteur pour le canal audio) mais celles-ci sont souvent très partiellement efficaces et ne répondent pas à la totalité du problème.

Et le toucher ?

En partant de ces deux constats, l’idée d’explorer la piste du sens tactile pour accéder à l’information numérique devient une piste séduisante. Dans l’absolu, les soucis d’accès à l’information en situation trop lumineuse pourraient
s’évanouir, cette partie d’information du bout des doigts pourraient peut-être même se passer du regard, permettant ainsi par exemple à l’automobiliste de pouvoir rester concentré sur la conduite alors qu’il manipule son autoradio. Une personne non-voyante pourrait également entrer son code PIN en toute sérénité, personne ne pouvant plus « lire » son code simplement en regardant discrètement par dessus son épaule !

Le sens tactile, parmi les cinq sens dont nous disposons, est un sens d’une richesse importante. Il nous permet de percevoir, en général en complément du sens visuel, des formes et textures, mais aussi de percevoir une température, un état électrique, la réalité mécanique d’une matière plus ou moins souple ; le support principal de la perception tactile, la main de l’homme, est aussi un média extraordinaire pour agir sur le monde et communiquer. Elle nous permet sans effort de manipuler des objets de formes, poids et matériaux très variés. Au-delà de la perception tactile, la main nous donne également accès à une gamme riche d’actions sur le monde. C’est via elle et grâce à elle que l’on peut, en fonction de son but, transformer un objet en outil, communiquer une émotion, mimer une situation pour la faire comprendre, ou soutenir ce que l’on veut dire. De cette richesse à l’heure actuelle, nous en faisons, très objectivement, relativement peu de chose dans notre relation à l’information numérique. La main est ramenée le plus souvent à interagir via un écran tactile, un clavier ou une souris, avec nos dispositifs standard, et très peu d’informations nous reviennent de la machine via le sens tactile.

Cette photo montre deux mains tenant un gobelet dont on ne voit pas le contenu.
Nos mains. Photo de Foodiesfeed extraite du site FreePhotos.cc

Quelques pistes

D’un point de vue technologique, des pistes commencent à émerger pour recevoir de l’information via le sens du toucher, la recherche est active sur ce sujet. Au-delà des bras à retour d’effort, issus de la robotique, qui sont utilisés depuis plusieurs années dans certains domaines industriels spécifiques, on peut mentionner aussi les technologies électro-tactiles, permettant la génération d’un ressenti via la stimulation électrique (dans une gamme d’intensité sans danger à priori pour l’utilisateur). On peut aussi citer des approches faisant converger des ondes sonores pour faire vibrer l’air suffisamment fortement en un point particulier de l’espace d’interaction, donnant l’illusion à l’utilisateur de « toucher » l’invisible ; ces techniques nécessitent pour le moment une forte énergie mais restent très prometteuses. On peut aussi citer pour finir (et sans chercher à être exhaustif), des solutions utilisant de petits actionneurs en déplacement sur une surface, stimulant le doigt de l’utilisateur. L’équipe dont nous faisons partie travaille, dans une logique pluridisciplinaire, sur des technologies utilisant des céramiques piézo-électriques pour mettre par exemple un écran de téléphone ou de tablette en vibration, ces vibrations étant invisibles pour l’oeil mais perceptibles pour le doigt.

Cette photo montre la main d'un enfant qui touche un petit écran sur lequel est affiché un petit animal (style bande dessinée). Il s'agit d'un prototype de livre tactile.
Prototype de livre tactile. Équipe-projet Inria MINT (Lille)

Il est probable que le sens tactile, s’il s’avérait qu’il puisse servir de support à une récupération d’une forme d’information numérique, serait à envisager, pour une bonne relation d’interaction avec l’utilisateur, au moins ponctuellement en cohabitation avec les autres perceptions sensorielles qui sont, elles, mieux comprises et maitrisées. La plupart des phénomènes auxquels l’individu est confronté au quotidien sont l’occasion d’une perception multi-sensorielle. Les sciences de l’homme nous apprennent que la combinaison des canaux sensoriels chez l’individu, pour la compréhension de l’information, se fait parfois suivant une logique de renforcement (les deux sens concourent à percevoir l’information), ou parfois dans une logique de compensation (l’information d’un canal sensoriel est complétée/corrigée/raffinée/enrichie par un autre canal sensoriel), voire parfois de compétition (si l’information d’un canal sensoriel a une saillance prédominante sur les autres canaux d’informations). Au-delà des possibles technologiques déjà existants, trouver de bonnes manières de combiner du retour d’information tactile avec d’autres retours d’informations visuelles ou auditives reste une question très ouverte, dont les champs d’applications ne sont probablement pas encore tous cernés.

Sur le fond, une réflexion doit encore être menée pour comprendre, au sens le plus profond du terme, ce que peut être la nature d’une information qui serait tactile, comment celle-ci peut coexister aux côtés des informations visuelles et auditives. L’information auditive est la plupart du temps une information extraite du monde réel, nous entendons via le numérique ce que nous pourrions entendre sans ce support, en ayant été au bon endroit au bon moment. L’information numérique visuelle comme nous la connaissons sur nos écrans d’ordinateurs, smartphone et autres, est une information
extrêmement conceptuelle ; ces concepts ont émergés grâce à la longue persévérance de l’humanité sur les représentations visuelles.

Laurent Grisoni, Patricia Plenacoste & Frédéric Giraud (Université de Lille)