Journal d’un râleur épisode 9 : Remettez moi le son !

Encore une fois, je rentre d’une séance de cinéma mécontent du traitement sonore. C’est devenu une constante, tant dans la production audiovisuelle que simplement en musique. Allez, on remet le son… Dans cette dernière séance de cinéma, j’avais encore affaire à une caricature sonore. Caricature, ça veut dire une bande son à deux visages. D’un… Lire la suite Journal d’un râleur épisode 9 : Remettez moi le son !

La publicité en ligne, épisode 3 : les problèmes liés à la publicité

Après avoir vu ensemble comment fonctionne une partie des systèmes de publicité puis abordé le sujet des données récoltées ainsi que les raisons de cette récolte, attaquons-nous maintenant aux problèmes liés à la publicité.

Le chargement des pages

Certaines personnes y pensent, d’autres non : avoir de la publicité ralentit considérablement le temps de chargement des pages visitées, ainsi que le poids de ces pages. Nous allons revenir à notre exemple de BFMTV pour avoir des mesures plus parlantes.

Voici ce qu’il se passe lorsque vous chargez « uniquement » le contenu de BFMTV. Pas de trackers externes, pas de chargement de publicité, pas de scripts tiers qui récupèrent de la donnée, le contenu ici est uniquement celui du site.

Informations : tests réalisés avec Firefox 56, sur une ligne ADSL à 16 mégas. Informations récupérées via la console réseau de Firefox, sans être en mode privé, avec uBlock Origin, uMatrix et HTTPS Everywhere (cliquez pour agrandir)

BFMTV sans la publicité

BFMTV sans la publicité

Le temps de chargement, dans l’ensemble, est relativement correct, avec ou sans mise en cache. On charge quand-même un peu plus de 2Mo pour obtenir la page, mais ça reste correct.

Observons maintenant un second test, dans les mêmes conditions de test, mais avec uBlock Origin, uMatrix et HTTPS Everywhere désactivés. (cliquez pour agrandir)

BFM avec pub

BFM avec la publicité

Clairement, ça pique. Plus de 17 secondes de chargement avec une mise en cache, plus de 20 sans la mise en cache, et plus de la moitié des éléments à charger sont des js, ou javascripts.

Si la page « n’est que » deux fois plus lourde, 4.5Mo, le temps de chargement est, lui, environ 11.6 fois plus élevé.

Pourquoi ?

Si vous avez lu les deux premiers billets, de dont je ne doute pas (ils sont ici et , sinon), vous l’aurez compris : d’un côté, votre navigateur doit aller se connecter çà et là pour récupérer du contenu publicitaire. De l’autre, des enchères sont réalisés, via le RTB, pour vendre certains espaces publicitaires du site. Le temps qu’ils soient mis en vente, vendus, que votre navigateur se connecte au site tiers, récupère le contenu, le charge, ça prend du temps, et de la bande passante.

Dans notre pays, sur nos lignes qui sont majoritairement en haut débit, pas de problème. Mais en mobilité ? Sur une connexion chancelante ? Dans un autre pays si vous êtes en voyage ? De la même façon, charger ces ressources, c’est un coût en bande passante, en stockage, en énergie…

Je chipote peut-être, ou peut-être pas après tout, lorsqu’on voit la différence phénoménale entre ce site avec et sans pub, ces questions arrivent très rapidement. On parle de plus de 50% du chargement consacré à la publicité, excusez-moi du peu.

Une dernière remarque sur ce point : j’ai pris le site de BFMTV, mais le test est valable avec bien d’autres sites : plus de la moitié de la donnée chargée et du temps consacré à charger tout ceci est pris par la publicité…

Un problème de vie privée

La principale problématique de la publicité, c’est le risque qu’elle fait peser sur l’intimité et la vie privée des internautes. Nous l’avons vu dans le second billet, les acteurs de la publicité en ligne cherchent à récupérer le plus de données sur nous. D’un côté pour alimenter leurs bases, de l’autre pour segmenter plus finalement, disposer de plus de variables et donc, de capacités de présentation de la bonne publicité, sur la bonne impression, pour maximiser son retour sur investissement.

Qu’est-ce qui est collecté ? Comment ? Est-ce que cette récupération est sécurisée (a minima, est-ce que la connexion est sécurisée) ? Où sont stockées ces données ? Sont-elles revendues ? A qui ?

Il faut voir ce secteur comme n’importe quelle grande entreprise : elle dispose de données, elle effectue des opérations et obtenir le détail de ces opérations relève parfois de l’impossible.

Si certaines mentions légales, comme celles de BFMTV, sont relativement claires, d’autres sont au moins autant claires qu’un jour de brouillard épais en Angleterre.

Et mêmes dans celles de BFMTV, un problème subsiste et est parfaitement mis en avant :

La liste ci-dessus n’est pas une liste exhaustive car elle ne comprend pas les cookies déposés par des tiers dans le cadre de la publicité issue d’achats programmatiques (enchères en temps réel ou real time bidding « RTB »). En effet, l’identification du dépôt de cookies dans ce cadre ne peut techniquement être constatée qu’à postériori du dépôt et uniquement pendant la durée de vie de la campagne programmatique.

Dans le cadre du RTB, il n’est pas directement possible d’interdire le dépôt du cookie depuis le site de l’éditeur. D’autant plus qu’en fonction de qui remporte l’enchère, le cookie ne sera pas le même, pas émis par la même source.

On se retrouve, à cet instant de la réflexion, face à un problème de taille : impossible d’interdire entièrement le ciblage et la collecte de nos faits et gestes à des fins publicitaires. Il existe évidemment des solutions, mais nous y viendrons à la fin de ce billet.

La surveillance

C’est un problème connu des activistes de la vie privée, dont votre serviteur estime faire partie : la publicité contribue massivement à la surveillance en ligne. Comprenons-nous bien : avec les deux précédents billets, vous avez compris et les mécanismes de la publicité, et le spectre des données collectées, qui est tout simplement phénoménal.

La base de données de Facebook est capable, à l’utilisateur près, de dire qui a tel ou tel âge, qui est intéressé par tel ou tel chose, qui fait quoi, travaille où … et c’est bien plus massif que ça : grâce aux applications mobiles, il est également possible de connaître vos déplacements et indirectement, les lieux où vous êtes toute la journée. Ainsi, Facebook sait où vous vivez, où vous travaillez, qui vous voyez, etc. Google est capable d’en savoir au moins autant, si ce n’est plus.

Un outil de rêve, avec des données disponibles sur énormément de personnes, que demander de plus ?

Les sites internet, les BFMTV, les Youtube et les autres, existent et se financent majoritairement ou exclusivement sur des systèmes qui gravitent autour de la publicité et, sauf erreur de ma part, ce sont les pionniers de la surveillance en ligne. Certes de la surveillance à des fins publicitaires, mais de la surveillance.

D’ailleurs, les éléments qui démontrent qu’il est possible de surveiller quelqu’un avec la publicité ne manquent pas. Récemment, une étude publiée par trois chercheurs de l’Université de Washington démontrait qu’il était capable de traquer les déplacements d’un individu, pour une somme négligeable pour des services de renseignement. L’étude, disponible ici (en anglais)[PDF] est une belle démonstration des liens qui peuvent exister entre surveillance et publicité. Si la surveillance est capable d’exister sans la publicité, l’inverse n’est pas réciproque et les techniques développées par le monde de la publicité servent, sans aucun doute, les finalités de la surveillance en ligne.

Alors, que faire ?

La publicité en ligne peut se contrer, avec des méthodes plus ou moins efficaces. La plupart des personnes qui me lisent ont déjà entendu parler de uBlock, uMatrix et des autres outils disponibles pour bloquer à peu près tout ce qu’on souhaite, mais est-ce quelqu’un s’est déjà intéressé à ce qui était bloqué ? A ce que c’était ? Si d’autres solutions existaient ?

Le cookie de blocage

De nombreux sites publicitaires proposent de déposer un « opt-out » de leur publicité ciblée, cela permet de ne plus avoir de publicité ciblée basée sur les cookies de tracking du site…mais :

  • Cela ne fonctionne que si vous acceptez les cookies tiers du site
  • Cela ne fonctionne que si vous n’avez pas effacé vos cookies
  • Cela ne fonctionne que pour l’usage du cookie publicitaire
  • Cela ne fonctionne que dans le navigateur où vous avez le cookie déposé
  • Les données sont toujours collectées
  • Les autres données, comme le contenu de la page web, sont toujours pris en compte

En résumé : cela permet juste de ne plus avoir de publicité ciblée, cela n’empêche pas la collecte des données et cela ne fonctionne que dans un type de publicité, dans un cadre bien précis, sur une fraction du problème, dans une fraction de cas. Une bien mince solution pour un si gros problème.

L’acceptation (ou le refus) des cookies

Bien que de nombreuses choses risquent de changer d’ici peu, tant avec le RGPD qu’avec e-privacy, les éditeurs de sites sont actuellement légalement tenus de vous demander votre consentement pour accepter le tracking des sites tiers… mais si, vous savez, le bandeau d’information que vous avez déjà pu voir, çà et là :

Exemple de bandeau d'information sur les cookies... pas conforme à l'esprit de la loi.

Sur le sujet, la CNIL est relativement claire. Les cookies regroupent :

  • les cookies http (ceux que vous connaissez),
  • les cookies flash,
  • le calcul d’un identifiant unique (basé sur des paramètres de votre machine),
  • les pixels invisibles,
  • tout autre identifiant généré par un logiciel, qui vous est rattaché,

et qu’ils collectent ou non des données personnelles, ce sont des cookies.

La loi, sur le sujet, est également très claire via la directive 2002/58/CE [PDF] et la directive 2009/139/CE, extrait :

Les  États  membres  garantissent  que  l’utilisation  des réseaux de communications électroniques en vue de stocker des informations ou d’accéder à des informations stockées dans l’équipement terminal d’un abonné ou d’un utilisateur ne soit permise qu’à condition que l’abonné ou l’utilisateur, soit muni, dans  le  respect de la directive 95/46/CE, d’une information claire et complète, entre autres sur les finalités du traitement, et que l’abonné ou l’utilisateur ait le droit de refuser un tel traitement par le responsable du traitement des données. Cette disposition ne fait pas obstacle à un stockage ou à un accès technique visant exclusivement à effectuer ou à faciliter la transmission d’une communication par la voie d’un réseau de communications électroniques, ou strictement nécessaires à la fourniture d’un service de la société de l’information expressément demandé par l’abonné ou l’utilisateur.

On résume : normalement, un éditeur de site doit vous demander votre accord pour déposer des cookies, et doit avoir fait le nécessaire pour qu’il ne soit pas possible de déposer des cookies tiers sans votre consentement.

Or, comme vous l’avez déjà remarqué, la plupart des bandeaux d’information ne vous permettent pas d’interdire le dépôt des cookies tiers et, malheureusement, la majorité des privacy policies des éditeurs ne permettent pas d’interdire l’ensemble des outils de surveillance en ligne. Rajoutez à cela ce que nous avons vu tout à l’heure : le RTB ne permet pas d’anticiper le blocage d’un cookie tiers.

On résumera donc de la façon suivante : la politique d’acceptation des cookies, au mieux elle est partiellement appliquée et applicable, au pire les éditeurs de sites s’en fichent complètement et vous laissent vous débrouiller si vous voulez vous protéger… ce qui est pourtant considéré comme déconseillé, voire interdit, par les lois relatives à ces sujets.

Il existe bien des sites, comme http://www.youronlinechoices.com/fr/controler-ses-cookies/, pour gérer de façon globale l’acceptation ou le refus des cookies… mais c’est, au mieux, une grosse plaisanterie : on dépose un cookie de blocage… oui, le cookie de blocage dont je parlais quelques lignes plus haut, c’est cela même.

Donc les mêmes problèmes, les mêmes limitations, la même inefficacité.

Ainsi… il ne reste plus qu’une seule solution durable et efficace pour bloquer l’ensemble de la surveillance en ligne : les bloqueurs comme uBlock ou uMatrix par exemple. Ici, on bloque la connexion au site tiers, l’exécution des scripts en provenance des connexions tierces, le dépôt d’un ou plusieurs cookies, bref, il est possible d’absolument tout bloquer, y compris ce qui ne devrait pas l’être, comme les vidéos internes ou encore le CSS.

Vous l’aurez compris, via ces trois billets, la publicité en ligne est partout et n’est pas sans impacts, tant sur Internet que dans le monde de la surveillance. Nous sommes en face de deux mondes qui s’affrontent. Le premier ayant besoin de nos données pour exister, le second ayant décidé de reprendre le contrôle sur ces dernières. Il n’existe pas de solution douce ou de compromis face à cela, soit vous acceptez d’être pistés, soit vous vous opposez à ce monde dans son ensemble.

Reste à voir comment les choses évolueront, tant sur le plan législatif que sur le plan technique…

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Lien, contact, confiance

Cette nuit j’ai tenu mon fils dans les bras jusqu’à ce qu’il s’endorme. Sa gastro-entérite et ses vomissements répétés ont cassé ce petit bonhomme. J’ai lu un jour que le contact physique du nourrisson avec ses parents était très important, ça lui permet d’établir une relation de confiance avec eux. Plus tard c’est de cette confiance donnée par les parents et par l’entourage qu’il tirera sa confiance en soi.

Étrangement bloguer m’a apporté beaucoup de confiance en moi. Je sais que ça n’a rien à voir avec l’écriture ou un nombre X de lecteurs et tout à voir avec la reconnaissance et le contact relationnel que je ressens avec certains lecteurs/blogueurs. Oui je parle toujours d’intimité.

Il n’y a pas besoin de se voir pour être proche, on a juste besoin de ce contact par mail/article/SMS pour entretenir cette proximité. Cette intimité.

Il y a encore quelques années je me souviens des multiples rebonds qu’il pouvait y avoir sur un article traitant du Libre. Un blogueur lançait un débat, 5 autres y répondaient. C’est cela que j’appelle un rebond. Ces derniers temps je trouve moins d’articles qui me font réfléchir, qui me donnent envie d’écrire et de rebondir. Les blogueurs ont curieusement laissé la place à l’actualité et à la technique.

Je me rends compte que ce type de contact me manque, j’apprécie les clins d’œil, tapes dans le dos, vacheries, nourritures intellectuelles et contre-arguments qu’on peut s’envoyer via articles interposés.

Ça me fait penser à une bouffe entre potes.

Droits d’auteurs : la Commission européenne victime de l’illusion technologique

De communications en directives, l’incurie de la Commission européenne dans le domaine de la technologie et des contenus en ligne apparaît de plus en plus clairement.

Faisant fi des avis des experts, voire des rapports qu’elle a elle-même commandés, la Commission s’entête à proposer des solutions imparfaites et simplistes à des problèmes complexes. Une de ses dernières initiatives le prouve une fois de plus et ne fait que rajouter à l’inquiétude de tous les défenseurs des libertés numériques et de la vie privée.

Filtres de publication, droit d’auteur et poudre de perlimpinpin

Par Glyn Moody, source : Copybuzz
Traduction à 20 mains par simon, satanas_g, QuoiQue, mo, FranBAG, Edgar Lori, goofy, Mika et dodosan

Image par Stromcarlson.

Le 28 septembre, la Commission européenne a dévoilé une initiative de grande ampleur pour s’attaquer au « contenu illicite en ligne ». Comme c’est souvent le cas lorsque des politiciens veulent avoir l’air de « faire quelque chose » au sujet du terrorisme, il y a beaucoup de mauvaises idées.

Le cœur de cette initiative est un plan pour encourager les plateformes en ligne à renforcer « la prévention, la détection et la suppression proactives des contenus illicites en ligne incitant à la haine, à la violence et au terrorisme ».  De manière insistante, ces idées sont présentées comme des « orientations et des principes ». C’est parce que tout repose sur le libre consentement. Sauf que la Commission a clairement dit que si ce système volontaire n’est pas adopté par des entreprises comme Facebook ou Google, elle promulguera de nouvelles lois pour leur forcer la main. La Commission est pressée de voir les résultats de ces efforts volontaires, et des projets de loi pourraient être mis sur la table dès mai 2018.

Une de ces mauvaises idées imposerait aux plateformes en ligne de travailler conjointement avec des signaleurs de confiance – « des entités spécialisées disposant d’une expertise en matière de contenu illicite ». Ils peuvent bien être experts, mais ils ne sont pas juges, ce qui implique que la Commission voudrait que Facebook et Google mettent des contenus hors ligne sans avoir besoin de se soucier de ce qu’un juge considérerait réellement comme illégal.

Mais la pire idée, et elle apparaît plusieurs fois dans les derniers plans de la Commission, est l’utilisation omniprésente et systématique de filtres de publication. Dans un document de 20 pages détaillant la proposition intitulée « Communication sur la suppression des contenus illicites en ligne – Vers une responsabilité renforcée des plateformes en ligne » l’accent est mis sur « l’utilisation des technologies pour détecter les contenus illicites ». En particulier, l’utilisation et le développement futur de la détection automatique et des technologies de filtrage sont encouragés.

Une des principales raisons pour lesquelles la Commission européenne place tant d’espoirs dans l’automatisation pour résoudre les problèmes de contenus illégaux est qu’elle croit apparemment que « dans le domaine du droit d’auteur, la reconnaissance automatique des contenus s’est avérée être un outil efficace depuis de nombreuses années ». Sauf que cela n’est pas vrai. L’eurodéputée Julia Reda (Parti pirate) a écrit un article de blog instructif qui détaille neuf façons bien distinctes dont les filtres de publication échouent. Ce faisant, ils causent de nombreux dégâts collatéraux, particulièrement en matière de droits fondamentaux.

Une réponse à cette démonstration fracassante de l’échec des filtres de publication est de concéder qu’ils sont imparfaits, mais dire ceci montre simplement que davantage de recherches sont nécessaires pour les améliorer. C’est l’argument classique du cherchez plus fort qui est souvent utilisé pour défendre la création de portes dérobées dans les logiciels de chiffrement. Bien que les experts en sécurité expliquent unanimement et de façon répétée qu’il n’est pas possible de créer une vulnérabilité qui soit utilisable seulement par les autorités et qui ne soit pas vulnérable aux attaques de criminels ou d’acteurs étatiques malveillants, les gouvernements persistent à croire qu’ils savent mieux que les experts, et que les entreprises devraient juste le faire. Et des vulnérabilités sont donc implémentées. Même si les gens qui comprennent le fonctionnement des filtres de publication expliquent patiemment qu’il est impossible de traduire l’extrême complexité du droit d’auteur dans les règles de filtrage pouvant être appliquées automatiquement et correctement, les autorités continuent de prôner ce supposé remède miracle.

Appelons cela le mirage de la « poudre de perlimpinpin numérique » – la croyance que l’on peut traiter tous les problèmes du monde réel avec de la technologie, et qu’ils seront résolus, juste comme ça. La Commission européenne est une grande adepte de cette poudre de perlimpinpin, comme le montre clairement sa demande de mettre en place des filtres de publication dans la directive sur le droit d’auteur et le nouveau cadre destiné à s’attaquer au contenu illégal. L’annonce de la semaine dernière est un signe inquiétant qu’elle est loin de comprendre que les filtres de publication ne sont pas une solution pratique pour la question du droit d’auteur en ligne, et qu’elle s’entête au contraire dans cette direction et l’étend désormais à d’autres domaines.

La Commission européenne est bien au courant que l’Article 15 de la directive sur le commerce électronique interdit explicitement aux États membres d’imposer « une obligation générale de surveiller les informations qu’ils transmettent ou stockent, ou une obligation générale de rechercher activement des faits ou des circonstances révélant des activités illicites » En mettant en avant la « responsabilité avancée des plateformes en ligne », comme le fait la première page de la communication du 29 septembre, la Commission semble souligner que sa nouvelle approche impose dans les faits une « obligation générale » à ces entreprises de filtrer tous les contenus mis en ligne qui correspondraient à une vaste gamme de « contenu illégal ». On imagine aisément la Cour de justice de l’Union européenne invalider toute tentative d’inscrire cette « responsabilité avancée » dans la loi.

Au-delà du fait qu’ils ne fonctionneront pas et qu’ils sont illégaux du fait de la directive sur le commerce électronique, il y a une autre raison pour laquelle les filtres de publication de l’article 13 devraient être abandonnés : il n’existe aucune preuve de leur nécessité. Tout comme la Commission européenne a joyeusement propagé l’idée fausse selon laquelle le filtrage automatique fonctionne, elle a aussi docilement accepté la rumeur selon laquelle les copies non autorisées d’œuvres soumises au droit d’auteur seraient un désastre pour l’industrie du droit d’auteur et les artistes.

Comme nous l’avons récemment appris par la publication tardive d’un rapport capital qui a coûté à la Commission européenne la somme princière de 369 871€, les faits montrent le contraire. Il est évident que la Commission a essayé d’enterrer sa propre analyse, payée par les citoyens européens, probablement parce que les résultats ne convenaient pas à son projet d’introduire des peines toujours plus fortes aux infractions au droit d’auteur. Comme l’admet le rapport, globalement, « les résultats ne montrent pas de preuves statistiques solides d’une modification des ventes due au non-respect du droit d’auteur en ligne ».

Deux domaines spécifiques ont été touchés par le partage non autorisé : les nouveaux films ont été affectés défavorablement, tandis que pour les jeux, la consommation illégale a mené à plus de ventes légales. C’est un signe de l’approche biaisée de la Commission européenne sur ce sujet : ses économistes ont publié une synthèse à propos des effets négatifs du téléchargement sur les films, mais ont omis de mentionner l’effet positif qu’il avait sur les jeux.

Cette mauvaise foi rend encore plus irritant l’acharnement de la Commission à vouloir trouver une solution technologique illusoire à un problème inexistant. Si elle avait le courage d’admettre la vérité sur la nature non problématique du partage non autorisé d’œuvres soumises au droit d’auteur, elle n’aurait pas à promouvoir des propositions stériles comme les filtres de publication dont on sait qu’ils nuiront immensément au monde en ligne ainsi qu’au Marché unique numérique de l’UE.

 

Blog : Suivre ou ne pas suivre

Jusqu’au dernier moment, j’ai hésité entre 2 billets de blog. Et finalement c’est celui-ci que j’ai choisi. Ce billet est un peu la suite de celui d’il y a une semaine. Et en même temps, tant qu’à suivre, je m’interroge sur cette tentation que l’on peut avoir, à suivre la masse, à suivre un modèle…… Lire la suite Blog : Suivre ou ne pas suivre

La publicité en ligne, épisode 2 : qu’est-ce qui est collecté ?

Dans le premier épisode publié, nous avons observé ensemble comment pouvait fonctionner une partie de la publicité en ligne, principalement via les DMP, DSP et SSP. Si ces termes ne vous parlent pas, je vous invite à consulter le premier article rédigé avant d’entamer la lecture de la suite.

Pourquoi collecter des données ?

On va d’abord se demander à quoi servent nos données pour les acteurs de la publicité en ligne, ceci nous permettra ensuite de s’intéresser à ce qui est collecté, à ce qui anonyme, plus ou moins anonyme et à ce qui ne l’est pas du tout.

La collecte, dans l’ensemble, ne sert qu’un seul but : mieux nous connaître. L’objectif principal n’est rien d’autre que nous proposer du contenu ciblé, adapté à qui nous sommes sûr de nombreux critères.

Les objectifs qui découlent de ce premier sont, eux aussi, assez évidents : optimiser le cout des campagnes marketing, augmenter le taux de clic, d’achat, de présentation de la bonne publicité, au bon moment, au bon endroit.

Effet pervers de la publicité : la surveillance en ligne des personnes qui ne se protègent pas. La publicité contribue massivement, bien qu’indirectement, au pistage des internautes en ligne, mais nous y reviendrons dans un prochain billet.

La présentation varie selon les sites, les mots ne sont pas les mêmes et les objectifs non plus, mais le principe est globalement identique : une DMP a pour objectif la collecte large des données relatives aux internautes, anonymes ou non. Plus elle disposera de données, plus elle sera privilégiée car sa base de prospects et de client sera détaillée, sa segmentation sera fine (catégorie socio-professionnelle, âge, profession, sexe, centres d’intérêts, etc.).

Les DSP analysent également les contenus proposés, basés sur les impressions (les fois où une publicité va s’afficher, pour vulgariser). Cela leur permet d’améliorer et d’adapter les campagnes marketing en cours, de réajuster les contenus en fonction des centres d’intérêt, certaines allant jusqu’à analyser le retour sur investissement des agences publicitaires sur les campagnes marketing.

Plus un éditeur dispose de données sur son public, plus il sera à même de qualifier – c’est-à-dire renseigner – sa base d’utilisateurs et plus il sera à même de transmettre des données à ses partenaires ou à sa régie, qui utiliseront ces données pour cibler parfois très précisément les impressions possibles. Enfin, les impressions, c’est un indicateur d’affichage d’un élément publicitaire dans une campagne de publicité. Par exemple, chez moi, le taux d’impression des sites que je visite est de 0, l’ensemble de la publicité étant bloqué. Cela ne veut pas dire qu’on clique dessus ou qu’il se passe quelque chose, mais juste que la publicité a été présentée. L’objectif est donc d’améliorer la rentabilité des impressions.

Autre possibilité, cette fois sans DMP : il est possible qu’une webID, ou identité en ligne, qui regroupe un ensemble d’informations potentiellement très vastes sur vous, soit partagée entre DSP et SSP. De cette façon et en se partageant votre identité, ils disposent d’informations très précises sur qui vous êtes, vos potentielles préférences, centres d’intérêts et autres, ce qui permettra de cibler davantage et, théoriquement, d’avoir des meilleurs retours sur investissements des impressions.

Conclusion : l’intérêt pour un éditeur, une DMP, DSP, SSP ou tout autre acteur, se résume en un concept simple : la donnée, c’est la vie. Plus il y en a, plus les impressions ont une chance d’être rentables, car mieux taillées, plus adaptées, donc ciblées précisément.

Les cookies

On terminera cette partie avec les cookies, évidents mais toujours bons à présenter. Dans le cadre de la publicité en ligne, ces fichiers sont transmis aux DSP/DMP, dans le cadre des enchères. Souvenez-vous, toutes ces plateformes sont détaillées dans la première partie de ce billet en trois épisodes.

L’achat d’espace publicitaires en temps réel s’appelle RTB, pour Real Time Bidding. Des espaces publicitaires sont mis en offre. Des demandeurs, via des programmes automatisés, font une enchère sur l’espace publicitaire, mais pas n’importe comment.

Grâce à l’identification via un cookie, l’impression publicitaire aura une valeur plus ou moins élevée, avec certains centres d’intérêt par exemple. Ces informations seront transmises dans l’ADX. La SSP, dans une volonté d’optimisation de l’espace publicitaire, va déclarer un profil idéal de publicité à servir. Le système du RTB va alors lui proposer le profil qui statistiquement semble le plus correspondre au profil recherché (bon segment de marché, bon centre d’intérêt, etc.).

Si ce pourcentage est considéré comme acceptable par la SSP, elle émet son enchère pour l’espace publicitaire, les DSP vont alors enchérir pour remporter l’espace mis en vente. Cette enchère est établie automatiquement, sur un temps donné, très court (de l’ordre de quelques fractions de secondes).

Les cookies servent donc à personnaliser davantage les annonces publicitaires et sont utiles sur les systèmes RTB. Si un utilisateur a vidé ses cookies ou n’a pas pu être identifié, la publicité qui lui sera proposée sera moins adaptée, plus générique, elle rapportera donc moins d’argent.

C’est pour cette raison que la quasi-totalité des acteurs cherchent à obtenir le plus de données possibles, et des données qui ne dépendent pas forcément de notre bon vouloir, puisqu’il est très facile de contrôler les cookies.

Avoir des données, d’accord, mais…

Comment et quelles données sont collectées ?

Sur ce point, les différents acteurs du marché ont clairement une imagination débordante, on résumera les pratiques de la façon suivante : tout est bon, ou presque, pour récupérer de la donnée, même si ça se fait – plus ou moins pour tout le monde – dans le respect de la loi.

Les commandes et achats en ligne

Des données sont récoltées lorsque vous passez une commande sur un site d’e-commerce. L’éditeur peut revendre ces données à des tiers afin de construire ou consolider un fichier à des fins publicitaires.

Ici il est possible de récupérer les informations suivantes :

  • vos commandes,
  • nom,
  • prénoms,
  • votre panier,
  • le montant de ce dernier,
  • votre fréquence d’achat,
  • les produits les plus vus,
  • le temps passé sur une ou plusieurs fiches produit,
  • vos coordonnées,
  • votre ville ou pays,
  • votre date de naissance

Techniquement, tout ce qui est dans la base de données de l’éditeur peut se retrouver partagé ou vendu à des tiers à des fins publicitaires. Cela ne signifie pas qu’il revend une partie ou l’ensemble de ces données, mais juste qu’il est en capacité de le faire.

Les enquêtes

Lorsqu’un éditeur lance une enquête sur son entreprise, qu’elle porte sur votre satisfaction, sur un achat récent ou juste pour récupérer votre avis sur un point spécifique, c’est presque toujours pour consolider ou obtenir des données sur ses clients.

Ici, il est possible de récupérer :

  • Le nom
  • Le prénom
  • L’âge
  • Le sexe

Globalement, les données d’un formulaire sont souvent des données à caractère personnel plus précieuses que celles glanées sur l’observation des comportements en ligne. On obtient même des informations des personnes qui ne répondent pas à l’enquête : « pas d’accord pour donner leurs données », ou « pas intéressés par cette enquête », c’est déjà une information qui aide à segmenter son fichier client.

Les concours

Quand il y a quelque chose à gagner, les internautes sont toujours plus enclins à donner un peu d’informations. On demandera quelques informations personnelles en échange d’une chance de gagner… une opportunité de connaitre :

  • L’adresse mail d’un client ou d’un prospect
  • Un centre d’intérêt, voire plusieurs

L’analyse des métriques en ligne, ou la surveillance de l’internaute

C’est sans doute la première chose à laquelle on pense quand il est question d’analyse des internautes. Via un ensemble d’outils, du plus au moins intrusif, on collecte un ensemble de faits et gestes de l’internaute :

  • La ou les pages visitées
  • Le temps passé à visiter telle ou telle page
  • L’adresse de provenance de l’internaute (par où arrive-t-il)
  • Son adresse IP
  • Sa localisation, son pays, sa ville, voire davantage sur mobile
  • Son identifiant unique, ou uniqueID, un identifiant publicitaire, cf. le Web ID dont nous parlions précédemment
  • Des données démographiques
  • Les mouvements de votre souris
  • Votre comportement général sur un site

Ces données permettent soit d’enrichir une base de clients, soit de la consolider, soit d’analyser le comportement de l’internaute pour personnaliser son expérience ou obtenir un meilleur taux d’engagement, en plaçant un contenu publicitaire de la bonne façon, pile au bon endroit et à l’exact moment où c’est nécessaire.

Comme expliqué, certaines techniques sont très contraignantes, et compliquées à contourner, comme le « pixel publicitaire ». D’autres le sont moins, comme l’analyse comportementale de l’internaute sur un site.

On pourra également citer l’e-mail, qui est utilisé pour collecter des données sur vos usages. Sans entrer dans le détail technique, une entreprise est en capacité de voir si vous ouvrez ou non un mail qu’elle vous envoie. Elle est également en capacité de savoir si vous avez cliqué sur quelque chose dans l’e-mail, si suite à cet e-mail, vous avez acheté quelque chose, etc. Elle sait également si vous avez ouvert cet e-mail sur PC ou sur téléphone et peut récupérer bien d’autres informations encore.

Celui qui voit tout.

Et comment ne pas parler des réseaux sociaux, Facebook en tête, qui collecte et revend vos (nos) données ? Ce que vous faites, ce sur quoi vous cliquez, ce que vous aimez, les groupes dont vous faites partie, les pages que vous aimez, les commentaires laissés, les produits vus depuis le site ou depuis un site connecté à Facebook, votre âge, etc.

A titre d’information, une simple publication Facebook peut être mise en avant via la publicité Facebook, en fonction de :

  • l’âge,
  • le sexe,
  • le pays,
  • la ville,
  • la langue parlée,
  • Le niveau d’éducation (lycée, bac, diplôme associé, diplôme professionnel, diplôme universitaire, doctorat, collège, Master, école supérieure, non spécifié, université mais parcours partiel, le domaine d’étude, les écoles fréquentées, les années d’étude),
  • Le niveau financier (entre 1700 et 2899€ mensuels, entre 2900 et 4099€, plus de 4100€),
  • Le domicile (propriétaire ou locataire, appartement ou maison, foyer en collocation ou foyer familial,
  • Les « évènements marquants » (le fait d’être ami de quelqu’un de précis, la date anniversaire, un déménagement récent, jeunes fiancés depuis trois mois ou un an, jeunes mariés depuis trois mois, six mois ou un an, le fait d’être éloigné de sa famille ou de sa maison, le fait d’être nouveaux fiancés, d’avoir un nouvel emploi, une nouvelle relation ou des relations à distance
  • Le fait d’être parent (nouveaux parents entre 0 et 12 mois, avec adolescents de 13 à 18 ans, avec enfants de 6 à 8 ans, avec des enfants de 1 à 2 ans, de 3 à 5 ans, de 8 à 12 ans)
  • Les préférences politiques (disponible aux états unis seulement pour l’instant… à titre d’information, Facebook dispose d’un peu plus de 150 millions de données pour cet unique point, uniquement aux états unis),
  • Les relations (intéressé par les femmes, les hommes, les deux, ou non spécifié),
  • La situation amoureuse (Concubinage, Célibataire, le « C’est compliqué », dans une relation libre, divorcé, en couple, fiancé, marié, non spécifiée, pacsé, séparé ou veuf),
  • Le milieu professionnel (employeur ou secteur d’activité : affaires et finances, agriculture, pêche, industrie forestière, architecture et ingénierie, armée, arts, divertissements, sports et médias, calcul et mathématiques, communauté et services sociaux, construction et extraction, fonctionnaire, gestion, production, restauration, Science sociales, physiques et du vivant, services administratifs, services de nettoyage et de maintenance, services de protection, services d’aide à domicile, services d’installation et de réparation, services informatiques et techniques, services juridiques, services médicaux et de santé, transports et déplacements, ventes, Vétérans (Etats-Unis), éducation et bibliothèques, postes,
  • Par centre d’intérêt (Affaire, Agriculture, Architecture, Aviation, Construction, Design graphique, Dessin de mode, décoration intérieure, conception web, développement web, hébergement web, marketing des médias sociaux, marketing numérique, marketing par e-mail, médias sociaux, optimisation des moteurs de recherche, publicité en ligne, publicité visuelle, entrepreneuriat, assurances, carte de crédit, hypothèques, investissement, immobilier, ingénierie, management, marketing, petites entreprises, publicité, science, services financiers, banque d’investissement, banque en ligne, banque pour particuliers, soins de santé, soins infirmiers, soldes, vente au détail, économie, éducation supérieure, divertissement, films, comédies, films animés, films de Bollywood, films de science fiction, films documentaires, films dramatiques, films d’action, films d’animation, films d’horreur, films fantastiques, salle de spectacle, Thrillers
  • ….

Je n’ai pas fait le quart de la liste des données disponibles (et vendues) par Facebook aux annonceurs, je vous laisse imaginer le niveau de finesse dont le réseau dispose.

De cette façon, vous avez une idée assez précise de ce qu’on entend par « qualifier » un internaute, ainsi que du niveau de détail qu’il est possible d’obtenir sur vous. Ainsi, il sera possible de vous pousser du contenu qui va vous engager plus que le reste, sur lequel vous cliquerez plus, plus longtemps, plus souvent.

On résume : quelles données sont collectées ? En soi, le plus de données possibles qui pourraient vous identifier ou renforcer votre profil auprès des annonceurs.

PS : tant qu’à aller dans beaucoup de détails, certains sites adultes, voire clairement pornographiques, font usage de cookies tiers ou d’une connexion directe aux tuyaux de Google.

Donc en plus de savoir que vous avez 41 ans, marié, deux enfants en bas âge de moins de 8 ans et un adolescent de moins de 18 ans, travaillant dans le secteur de l’énergie, depuis 4 ans, après avoir déménagé trois fois en moins de 5 ans, que vos idées politiques semblent être à droite, que vous habitez une maison individuelle et que vos centres d’intérêts sont l’aviation et l’économie, quelque part, quelqu’un sait que vous aimez les vidéos extrêmes ou de violence sexuelles.

Et c’est sans doute une donnée marketing, pour certains annonceurs.

La seconde partie de ce billet en trois actes est terminée. Vous savez comment fonctionne la publicité en ligne avec le premier billet, vous savez comment les données sont collectées et quelles données sont collectées en ligne, nous parlerons prochainement des problèmes liés à tout ceci.

Cet article La publicité en ligne, épisode 2 : qu’est-ce qui est collecté ? est apparu en premier sur Pixellibre.net.

Aryeom Han : la patience et le sourire

Nous avons déjà interviewé Aryeom au sujet de son projet de film d’animation ZeMarmot.

Dessinatrice qui publie sous licence libre, elle ne pouvait pas être absente de notre série de l’été. Elle a été un peu retardée par un événement sympathique. On n’en dira pas plus parce que nous, on respecte la vie privée. ;)

Bonjour Aryeom. Est-ce que tu peux te présenter ?

Bonjour. Je suis Aryeom, la réalisatrice du film d’animation « ZeMarmot ».

Je suis coréenne. Je suis venue en France après avoir étudié le film d’animation à l’université en Corée et voyagé dans divers pays pendant 2 ans. J’ai réalisé deux court métrages d’animation, quelques films institutionnels et j’ai aussi travaillé pour d’autres réalisateurs.

J’utilise Linux depuis 2012.

 

 

 

Ton immense sourire est connu dans tous les événements du Libre. Tu vas partout ?

C’est vrai ? Hahaha !

Photo Patrick David – licence CC-BY-SA

Depuis quelques années, suite au projet ZeMarmot, j’ai participé à beaucoup d’événements pour faire la publicité du projet.

Mais maintenant, je préfère ne pas faire trop d’événements jusqu’à la fin du projet.

On a quand même des conférences et des ateliers en octobre dans des bibliothèques parisiennes (pour le festival NUMOK) et un événement en novembre à Nice (JM2L).

Des sources d’inspiration ? Des artistes qui t’ont donné envie de les égaler ?

Je n’ai pas de liste exacte d’artistes. Je me laisse influencer petit à petit par des œuvres que j’ai vues, senties et écoutées dans ma vie.

De plus en plus, je veux voir et faire des expériences variées et essayer plein de choses.

 

Est-ce que les différences culturelles entre la Corée du Sud et la France t’ont conduite à modifier ta façon de dessiner ?

Pour moi, le dessin est l’art le plus libre. Il n’y a rien entre mon dessin et moi que ce soit en Corée ou en France. Je fais ce que je veux. Quand je crée, j’oublie que je suis en Corée, en France ou dans un autre pays. Sauf bien sûr pour des raisons matérielles, par exemple si je ne peux pas trouver un pinceau d’une marque particulière que je trouve seulement en Corée dans les magasins de fournitures d’arts, etc.

Mais bien entendu, d’un jour à l’autre en fonction de mes émotions, ma psychologie change. Avec l’âge, ma vision du monde change aussi. Tout cela affecte mon art.

 

Mais cela n’a rien à voir avec le pays où je suis.

Pourquoi publier sous licence libre ?

C’est par conviction que mon projet apporte sa pierre pour un monde meilleur. Est-ce le meilleur chemin ? Je ne sais pas mais j’essaie.

C’est aussi une sorte de défi pour savoir s’il est possible d’en vivre.

Quelles sont les licences que tu utilises ?

CC BY – SA.

On a décidé ensemble la licence avec Jehan, le scénariste et développeur de ZeMarmot.

Je préfère cette licence. Quand j’étais petite, j’ai vu ce film ‘Un monde meilleur’ de Mimi Leder.

Un garçon aide trois personnes, et il obtient des personnes qu’il aide une promesse en guise de récompense. La règle : aider trois autres personnes comme lui et faire passer la promesse.

CC BY – SA est dans cet esprit : « Utilisez librement ce que j’ai fait. Et laissez ouvert pour les autres ». J’espère qu’il y aura un cercle vertueux avec ZeMarmot.

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai travail sérieux à côté ? :)

Oui et non.

Grâce au financement participatif (patreon et tipeee), je touche quelques salaires de LILA pour la production de ZeMarmot. Mais pas beaucoup et clairement pas assez pour en vivre.

Alors si je trouve d’autres projets rémunérés, je les prends. Heureusement qu’il y a aussi du travail dessin ou design.

Comment dessines-tu ? Est-ce que tu travailles plus volontiers avec un ordinateur ou à la main ?

Je dessine ZeMarmot avec un ordinateur et une tablette sur Linux et GIMP. C’est plus facile pour modifier et faire du montage.

J’aime beaucoup dessiner à la main aussi. Alors je choisis exprès de travailler manuellement pour d’autres projets. Quand j’utilise des matériaux physiques, je suis de bonne humeur.

Je choisis mes outils de travail en fonction du projet.

Tu es la seule spécialiste de l’animation parmi nos dessinateurices de l’été. Cette technique prend un temps fou. Tu n’es jamais découragée ?

Non et oui.

C’est vrai pour tout travail, mais l’animation en particulier définit des étapes très claires. S’il n’y a pas de scénario, il ne peut pas y avoir de storyboard, et ainsi de suite il ne peut pas y avoir de layout. Sans keyframe, il n’y a pas d’inbetween. La pré-production, la production et la post production sont ordonnées dans une progression clairement définie. Chaque étape est importante et a son charme. Et quand on obtient le résultat voulu dans l’animation d’un plan, on ressent une satisfaction intense.

Ceci dit c’est mon premier projet de cette ampleur, et la durée entre chaque étape est plus longue que [pour] mes précédents projets. Donc oui, je suis souvent découragée depuis que j’ai commencé ZeMarmot.

J’ai le cœur lourd car cela me prend plus de temps que prévu.

Il y a beaucoup de personnes qui attendent ZeMarmot. Cela me rend heureuse mais me pèse aussi.

Où en est ce projet ?

Cette question me fait peur.

ZeMarmot est mon plus long projet à ce jour (dans ma filmographie, mes plus longs films font 5 minutes) et avec un style graphique qui demande plus de travail que mes précédents films. Dans un précédent film de 5 minutes, nous étions deux, le travail de recherche a duré un an et demi et la production un an. Maintenant je suis seule et je fais deux trois minutes de plus sur ce pilote. Quand je participe à des événements ou réalise des projets externes, cela retarde encore plus le projet.

 

L’animation d’une marmotte est un gros boulot !

 

Certaines choses dans les logiciels libres ne sont pas encore au point. Il y a aussi des choses pour lesquelles j’ai dû progresser moi-même. Par exemple, je me suis rendu compte que je ne savais pas bien animer le mouvement animal alors qu’on a décidé de diminuer l’anthropomorphisme de la marmotte.

Donc il reste pas mal de travail. Je ne pensais pas que ça prendrait tant de temps. Néanmoins j’y travaille dur. J’espère pour cette fin d’année, mais rien n’est moins sûr.

On peut te suivre quelque part ? Un blog, les réseaux sociaux ?

http://girinstud.io (Jehan se charge d’écrire la plupart des nouvelles) ou twitter @ZeMarmot ou @AryeomHan (twitter perso mais j’utilise très très peu).

Et comme d’habitude sur le Framablog, on te laisse le mot de la fin.

Merci beaucoup pour cette interview. J’ai passé plusieurs jours à essayer de trouver un mot de fin cool à vous dire, mais j’ai échoué. Alors je laisse un mot commun mais heureux : bonne journée !

 

En savoir plus :

Aryeom et le projet ZeMarmot donneront des conférences pendant le festival Numok à Paris

Entre cette interview et sa publication, Jehan et Aryeom ont publié un appel à la solidarité pour les aider à remplacer du matériel défaillant. Pour leur permettre de poursuivre leurs contributions au logiciel et à la culture libre, n’hésitez pas à les soutenir sur Tipeee, Patreon ou en faisant un don à leur association LILA. Jehan est l’un des développeurs du projet Gimp.

Tous les dessins sont d’Aryeom, licence CC-BY-SA.

Created with GIMP

Open Bar/Microsoft Défense, commission d'enquête - Interview de Frédéric Couchet


Frédéric Couchet

Titre : Open Bar/Microsoft Défense, commission d'enquête - Interview de Frédéric Couchet
Intervenants : Frédéric Couchet - Dimitri Pavlenko
Lieu : Le journal de l’économie - Radio classique
Date : 20 octobre 2017
Durée : 1 min 40
Réécouter l'enregistrement
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription à partir de 2 min 18

Dimitri Pavlenko : Problème de logiciel dans l’Éducation nationale, dans la Défense également. Les liens entre l’État français et les géants du Net font débat. Mercredi, la sénatrice LR des Français de l’étranger Joëlle Garriaud-Maylam a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur les liens entre Microsoft et le ministère des Armées.

La Défense nationale vient en effet de renouveler un accord d’exclusivité avec le géant américain du logiciel, accord dit « open bar ». Joëlle Garriaud-Maylam dénonce un renouvellement en catimini de ce contrat, un manque de transparence qui pose question. C’est en tout cas l’avis de Frédéric Couchet, délégué général de l’April, l’association de défense et de promotion du logiciel libre, qui proposait une alternative à Microsoft. Écoutez.

Frédéric Couchet : Il permet un droit d’usage pendant quatre ans d’un certain nombre de produits Microsoft, quasiment tout le catalogue, je crois à l’exception des jeux. Et en fait, au bout de quatre ans si vous voulez continuer à utiliser ces logiciels, il faut renouveler le contrat. Comme c’est un temps très court en fait, le ministère n’a même pas l’occasion d’entamer une migration vers d’autres outils.

C’est donner les clefs, quand même, du ministère de la Défense à une entreprise américaine qui est très proche des services de renseignement américains, donc d’espionnage ; ça c’est essentiel. Donc c’est un dossier très important. Et ce qui n’est pas transparent c’est pourquoi, malgré les avis contraires des experts de la Défense, malgré l’avis contraire du rapporteur de la commission des marchés publics de l’État, finalement le ministère, sans doute peut-être le ministre, Hervé Morin lui-même, a-t-il pris la décision de signer ce contrat avec Microsoft.

Dimitri Pavlenko : Frédéric Couchet, le délégué général de l’association de défense et de promotion du logiciel libre.

La publicité en ligne, épisode 1 : c’est quoi, la publicité ?

Dans ce billet, nous allons nous intéresser au fonctionnement des systèmes publicitaires en ligne. Beaucoup de personnes savent reconnaitre de la publicité, cependant je crois que peu de personnes savent comment ça fonctionne derrière. L’objet de ce billet est donc de vous donner quelques éléments pour commencer à comprendre tout ça.

Pour baser mes explications sur des éléments concrets, j’ai décidé d’analyser les systèmes publicitaires connectés, directement ou indirectement, au site BFMTV.com. J’ai utilisé une ressource externe pour vous présenter des données plus « graphiques » et compréhensibles, faire une infographie parlante nécessitant un jeu de données que je n’ai pas totalement.

cartographie des systèmes de publicité utilisés par BFMTV

cartographie des systèmes de publicité utilisés par BFMTV

La publicité de BFM en chiffres

Au total, j’ai trouvé 388 liens directs ou indirects en relation avec le ciblage d’utilisateurs, le suivi et la collecte de données de navigation ou encore la publicité en ligne.

Dans le détail, voici la répartition que j’ai obtenue :

Type

Nombre

% total

Publicité (Ad – Bleu) 174 45%
Analytiques (Rouge) 11 3%
Trackers (Jaune) 58 15%
Widgets (Vert) 3 <1%
« Autres » (Gris) 142 37%

 

Dans la catégorie « autres », il y a tout ce qui correspond indirectement au fonctionnement du reste, comme par exemple « cdn.elasticad.net », ou encore « tag.leadplace.fr ». Ces systèmes sont plus de « simples » serveurs qui font passer de la donnée ou envoient cette dernière ailleurs. N’ayant pas trouvé de catégorie adéquate, ils sont donc rangés dans « autres ». Pour autant, ils ne sont pas à négliger, comme vous pouvez le voir dans l’image ci-dessous

le cdn.elasticad.net renvoie à tag.leadplace.fr qui renvoie à son tour à d’autres systèmes publicitaires.

le cdn.elasticad.net renvoie à tag.leadplace.fr qui renvoie à son tour à d’autres systèmes publicitaires.

Ce chiffre peut sembler important, mais il faut bien comprendre le fonctionnement de la publicité en ligne : en général, chaque site est spécialisé dans une fonction bien précise de la chaine qui livre de la publicité sur le site.

Prenons un exemple : le site de BFMTV utilise Elastic Ad (http://www.elasticad.com/) pour sa publicité Native. Via son CDN, Elastic Ad s’adresse par exemple à Nugg.Ad (https://www.nugg.ad), un fournisseur de publicités ciblées, qui lui-même peut s’adresser à d’autres entreprises, comme The Adex (http://www.theadex.com/), une DMP – nous y reviendrons – qui va lui fournir davantage de données. Une fois les données obtenues, Nugg.Ad ira chercher un contenu à afficher, qui sera renvoyé sur le site de BFMTV, sous forme de publicité native.

Pour information, voici une présentation de la société Nugg.ad (en anglais, le contenu n’existe pas en français)

Comme expliqué, près de 400 liens reliés au domaine de la publicité, cela peut sembler beaucoup mais on se rend compte, avec l’explication précédente, que ce nombre peut monter très très rapidement.

Présentation des catégories

Analytiques

Dans cette catégorie, en rouge sur la cartographie, on retrouve les plateformes qui permettent de faire de l’agrégation et de l’analyse de données, elles permettent également de générer des rapports et de suivre les performances marketing de(s) entreprise(s) qui utilisent ces données.

Pour BFMTV, on retrouve par exemple Google Analytics, AT Internet, Ad Safe ou encore eStat (le système de Médiamétrie). Ces plateformes fournissent du contenu à un ensemble d’acteurs afin de connaitre leurs visiteurs. Cela permet d’avoir la segmentation des visiteurs (tranche d’âge, centres d’intérêts, provenance de l’internaute, pays, etc.) et ces données peuvent être utilisées soit par le site éditeur pour son propre suivi, soit par ses tiers publicitaires pour cibler davantage les internautes qui naviguent sur le site.

Trackers

Dans cette catégorie, on retrouve certains sites d’analytiques. Les trackers sont là pour « intercepter » la donnée, la collecter, parfois de façon très large. Ainsi, certains trackers ne collectent que des données anonymes (informations du navigateur, données du cookie, page vue) là où d’autres ont un système de collecte bien plus large, comme la société SAS (https://www.sas.com/en_us/home.html) qui semble collecter des données allant de l’adresse IP au nom, prénom, adresse, numéro de téléphone ou à l’adresse e-mail, cf. https://www.sas.com/en_us/legal/privacy.html.

Il est également possible de citer Eyeota, toujours dans la catégorie des trackers (http://www.eyeota.com/). Cette société fournit des données et des systèmes afin de cibler correctement une population d’internautes dans le cadre de campagnes marketing. Ils s’appuient sur un ensemble de données propriétaires et tierces :

We are the global leader in audience data with 3.5 billion unique profiles in Europe, Asia-Pacific and the Americas. We provide marketers with the data they need to reach the right online audiences and cut campaign waste whilst also enabling publishers to monetize their audiences more widely. Our data delivers deep audience insights to help brands understand their customers in a new way – as humans.

Connexions de la société Eyeota dans le système de publicité BFMTV

Les connexions renvoyées par Eyeota, dans l’univers publicité de BFMTV

Widgets

Dans la publicité, les widgets permettent de pousser du contenu « augmenté », on présentera du contenu sponsorisé – de la publicité, soyons clairs – sous forme d’une fenêtre interactive, d’un comparateur de prix, d’un carrousel d’information, le principe étant d’intégrer au maximum la publicité au site. Facebook utilise sa fonction « Facebook Connect » sur le site de BFMTV. Ce dernier utilise également Taboola (via Elastic Ad dans notre carte) pour pousser du contenu complémentaire, comme présenté dans l’image ci-dessous.

contenu poussé par Taboola

Ces widgets semblent collecter énormément de données, certaines anonymes, d’autres personnelles et identifiables. On parle de PII, pour Personally identifiable information.

Taboola collecte donc beaucoup de données, comme indiqué dans leurs privacy policies, https://www.taboola.com/privacy-policy#customers-1-1 :

  • Nom du consommateur,
  • adresse e-mail,
  • numéro de téléphone,
  • informations de la carte de paiement,
  • données des cookies,
  • données démographiques,
  • pages vues,
  • adresse IP,
  • identifiant unique de l’appareil,
  • etc.

Taboola partage des jeux de données, anonymes et identifiables, avec des tiers, sans pour autant donner davantage de détails sur qui, quoi, quand et pourquoi.

Le gros sujet : catégorie publicité.

C’est la catégorie la plus présente dans notre cartographie, et sans doute la plus large en termes d’usages. Nous allons d’abord la présenter globalement, avant d’entrer dans le détail et les différents acteurs qui composent la publicité.

La publicité regroupe l’ensemble des acteurs qui proposent des contenus publicitaires. Elle est en bleu sur notre cartographie. Les acteurs publicitaires ici, sont :

  • Ceux qui fournissent directement du contenu publicitaire au site
  • Ceux qui fournissent indirectement du contenu publicitaire
  • Ceux qui permettent d’acheter de la publicité en lot
  • Ceux qui permettent d’acheter de la publicité en direct, à l’unité
  • Les sites d’enchères sur la publicité

Pour fonctionner, ces sites font appel aux autres catégories présentées avant.

Par exemple, AppNexus, un énorme fournisseur de publicité, utilise les données des tiers, fournies par BFMTV et transmet ses données à d’autres tiers, qui iront fournir des informations sur les publicités présentées, achetées ou remportées.

Présence de AppNexus dans l'univers de la publicité sur BFMTV

Présence de AppNexus dans l’univers de la publicité sur BFMTV

Quelques acteurs de la publicité

Pour réellement comprendre le fonctionnement de la publicité en ligne, il faut comprendre le rôle de chaque acteur, nous allons donc les découvrir ensemble. SSP, DMP, DSP et autres abréviations n’auront plus de secret pour vous et, normalement, tout devrait être plus clair.

La publicité est composée d’acteurs qui permettent donc d’acheter de la publicité, de proposer de la publicité, de faire des enchères sur des emplacements publicitaires ou encore de collecter des données sur les internautes un ensemble de sites afin de disposer d’informations précises pour cibler des personnes en fonction d’un ensemble de critères.

La DMP

DMP Signifie Data Management Platform, ou plateforme de gestion des données. Comme son nom l’indique, elle permet de récupérer, gérer, centraliser, regrouper ou utiliser des données liées aux clients et potentiels clients.

La DMP est une sorte de « méga » base de données, dans laquelle on retrouvera donc un ensemble d’informations sur, potentiellement, de très nombreuses personnes. Les éditeurs ou publicitaires font appel aux DMP pour traiter les informations sur leurs internautes et clients, pour optimiser le ciblage publicitaire.

Elle permet d’analyser et de qualifier correctement une audience sur un site. Elle peut également acheter ou revendre des données complémentaires à d’autres plateformes pour cibler encore plus précisément les clients, on parle alors de Data Exchange. Les DMP récentes permettent d’intégrer une dimension multicanal, off et online, on peut consolider les données d’un client avec tout ce qui existe sur lui sur l’ensemble des canaux possibles, pour résumer.

Voici un support de présentation qui vous donnera davantage d’explications sur les DMP

Vous l’aurez compris, les DMP, de par leurs fonctions, occupent un rôle très important dans le monde de la publicité. Sans gestion des données, pas de base de clients.

DSP

La DSP, ou Demand-side Platform, est une plateforme qui permet aux annonceurs et aux agences de gérer les connexions aux ad exchanges et data exchanges dans une seule et même interface.

Quand une page est chargée par un internaute, une DSP va évaluer la proposition de publicité pour ses annonceurs publicitaires.

Prenons un exemple concret pour bien comprendre le rôle de la DSP. Un internaute ouvre une page web, admettons celle de BFMTV. A l’ouverture de la page, des demandes d’affichage de publicité vont être mises aux enchères. Selon différentes méthodes, en temps réel ou non, des annonceurs proposent un prix sur cette ou ces enchères et c’est généralement l’enchère la plus élevée qui remporte l’affichage. La publicité est alors diffusée à l’internaute.

Source : source : https://www.slideshare.net/christophedane1/20140408-deck-udecam-prgrammatiquesalon-emarketing

Même si je n’entrerai pas davantage dans le détail, la DSP est donc là pour proposer de la publicité ciblée, elle représente ses clients sur les Ad Exchanges et est là pour acheter des espaces publicitaires chez des annonceurs, des sites si vous préférez.

SSP

Si la DSP est là pour acheter des espaces publicitaires, la SSP est là pour en offrir. La SSP, ou Sell-side Platform, permet d’automatiser la vente des espaces publicitaires, quand ces derniers n’ont pas été gérés par la régie interne de l’éditeur. En fonction d’un certain nombre de critères, dont le profil de l’utilisateur, la DSP recherchera la publicité la plus adaptée à diffuser, en faisant appel, elle aussi, aux Ad Exchanges.

Ad Exchanges

Nous venons de voir les DSP et les SSP, on va s’intéresser maintenant aux Ad Exchanges (ici abrégées en ADX). Une ADX est une plateforme d’achat et de vente automatisée d’espaces publicitaires. Sur ces plateformes, on retrouve les demandeurs d’espaces publicitaires (annonceurs, agences publicitaires, etc.) et les offreurs (sites, éditeurs, régies publicitaires).

Ça fait beaucoup d’informations d’un coup, n’est-ce pas ? Voici un petit schéma simplifié pour replacer les acteurs au bon endroit, tout va devenir plus clair.

fonctionnement DSP SSP ADX

Exemple de fonctionnement « simple » d’une livraison de publicité sur deux espaces mis en vente

C’est sans doute plus clair ainsi.

A noter qu’il existe deux types d’ADX, les publiques et les privées. Les publiques, ou ouvertes, sont le modèle classique où un très grand nombre d’éditeurs, agences, Ad network, SSP, DSP, etc. se retrouvent. Les ADX privées sont…privées, généralement gérés directement par les éditeurs.

Dans cette configuration, l’éditeur peut choisir avec qui travailler, avec qui faire des enchères. Il dispose donc d’un plus grand contrôle sur la publicité et peut choisir avec davantage de soin la meilleure publicité à afficher. Il faut cependant avoir un trafic très important, pour donner envie aux annonceurs et agences de venir se connecter à l’ADX privée.

Petite remarque : ce système d’ADX, qu’il soit public ou privé, est partiellement responsable de la lenteur de chargements de pages. Même si les enchères sont automatisées et très rapides, moins de 10ms en général, le temps de placer l’enchère, qu’elle soit remportée, que votre navigateur aille se connecter à la plateforme publicitaire pour charger le contenu qui a remporté l’enchère, voire aux plateformes s’il y a plusieurs espaces publicitaires, bah… ça prend du temps.

Pour terminer cette présentation, je vous propose quelques ressources complémentaires, pas forcément en français en revanche, pour mieux comprendre le fonctionnement de la publicité en ligne.

Une vidéo sur le fonctionnement des achats en temps réel d’espaces publicitaires : https://www.youtube.com/watch?v=-Glgi9RRuJs

Un glossaire très large des définitions relatives au monde de la publicité en ligne : https://www.definitions-marketing.com/glossaire/publicite-display-et-video-sur-internet/

Enfin, précision importante : l’objectif de ce billet n’est pas de critiquer ou de vanter la publicité en ligne, mais d’expliquer son fonctionnement, au moins de façon partielle. Dans les prochains épisodes, nous nous intéresserons à d’autres aspects de la publicité en ligne, dont celui (surtout) de la vie privée.

Pour ce billet, j’ai utilisé les données de Ghostery, celles de la base de donnée de trackers référencés par Ghostery, les mentions légales des sites mentionés, le site définitions-marketing.com et l’outil https://trackermap.evidon.com, solution payante qui se sert elle aussi des données disponibles via Ghostery. Les cartes proviennent de ce site, qui propose de réaliser une cartographie gratuite par mois. Si vous avez mieux, ou d’autres liens qui donnent autant d’informations, n’hésitez pas à les partager.

N’hésitez pas à commenter, partager ou reprendre le contenu de ce billet !

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Cinéma : La Passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman (2017)

Enfin ! Enfin un film qui m’interpèle, me surprend…Et en plus sur un sujet qui m’a toujours passionné : La Peinture. Commencé comme un projet de court métrage d’animation utilisant la peinture de Van Gogh, la réalisatrice polonaise Dorota Kobiela a réussi à mener ce gigantesque projet à bien pour aboutir à un film d’1h35.… Lire la suite Cinéma : La Passion Van Gogh de Dorota Kobiela et Hugh Welchman (2017)