[Europe1] 30 ans après sa création, que faudrait-il changer au Web ?

Matthieu Belliard embarque les auditeurs pour écrire avec lui ce “Grand journal du soir”. Trois heures d’actualité avec toute la rédaction d’Europe 1 et de nombreux invités. Coups de gueule, coups de cœur, témoignages, ils interviennent tout au long de l’émission. A 19h10, Sonia Mabrouk reçoit un invité politique pour une interview sans concession, et à 19h20, Matthieu Belliard poursuit l’échange avec trois débatteurs eux-mêmes questionnés par les auditeurs. Le vendredi, les Grandes Voix le rejoignent pour ce debrief de l’actualité.

NDLRP : débat animé par Matthieu Belliard. Plateau sur la thématique ‘30 ans après sa création, que faudrait-il changer au Web ?‘ avec en invités Daniel Ichbiah, Hugo Travers, et Arthur Messaud de La Quadrature du Net.

https://www.europe1.fr/emissions/votre-grand-journal-du-soir-avec-matthieu-belliard/matthieu-belliard-120319-3872807

NDLRP : Retrouvez sur le peertube de strong>La Quadrature du Net le débat avec Arthur Messaud.

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Cinéma : Rebelles d’Allan Mauduit (2019)

Si vous n’aimez pas l’humour noir, passez votre chemin, ça vous fera gagner quelques minutes de votre vie (qui doit être triste, quand même, non ? ). Pour les autres, Rebelles est peut être fait pour vous.  Allan Mauduit est déjà coupable de Vilaines, Kaboul Kitchen donc son casier est lourd. Mais il a aussi… Lire la suite Cinéma : Rebelles d’Allan Mauduit (2019)

Khrys’presso du lundi 25 mars

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.

Brave New World

Spécial France

Spécial Gilets Jaunes

Spécial GAFAM

Les histoires de la semaine

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les autres trucs chouettes de la semaine

Deux personnages prennent le café. Le personnage de gauche dit : Décidément, c'est fou, tout ce qu'il se passe en une semaine !- la personne de droite répond : Si tu en veux encore plus, clique sur ma tasse !

Avec un gros merci à Goofy pour son coup de patte pour les illustrations !

Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

[ActeursPublics] Débat : L’État face aux géants du Web

Chaque mois, Écrans publics propose de débattre autour de documentaires qui interrogent les politiques publiques. Ce mois-ci, la diffusion du documentaire Apple, Google, Facebook, les nouveaux maîtres du monde, de Yannick Adam de Villiers, a été l’occasion d’échanger autour du thème « L’État face aux géants du Web« . Un débat animé par Adeline Baldacchino, haute fonctionnaire et écrivaine, avec Yannick Adam de Villiers, réalisateur du documentaire, Gilles Babinet, vice-président du Conseil national du numérique, Alexis Fitzjean O Cobhthaigh, avocat, membre de La Quadrature du net, et Laurent Gayard, auteur de Darknet, GAFA, Bitcoin. L’anonymat est un choix.

https://www.acteurspublics.com/webtv/2019/03/12/debat-letat-face-aux-geants-du-web-1

NDLRP : retrouvez sur le peertube de La Quadrature du Net des extraits d’Alexis à l’occasion de cet échange.

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Huawei, le grand méchant loup?

Les USA font pression sur le monde entier pour ne pas que Huawei soit utilisé pour construire l’infrastructure numérique. Les USA indique que cela porterait atteinte à la sécurité informatique des infrastructures. C’est gentil de leur part, mais ce ne sont de leur infrastructure dont il s’agit donc pourquoi autant de pression ?

Les USA n’apportent aucune preuve de compromission mais estiment que légalement, une entreprise chinoise se pliera à la volonté de son gouvernement si celui-ci décide de mettre ses clients sur écoute.

C’est cocasse, car c’est exactement ce qui se passe pour les entreprises de pays comme les USA, l’Angleterre ou la France. Tous ont une législation qui autorise les écoutes sur motif économique, politique ou militaire. Faut il se rappeler encore les slides de Snowden sur le programme PRISM ?

De plus, qui a piraté l’infrastructure de Belgacom/Proximus en Belgique et donc bruxelles, mis sur écoute au moins 35 chefs d’états, piraté le fournisseur de carte SIM européen, piraté carrément Huawei ? Les USA…

Si Huawei est problématique c’est qu’il propose des produits moins cher et donc rapporte souvent les appels d’offres privés. Par exemple, Orange s’en sert pour tout ce qui est infrastructure hors de France. Orange utilise aussi Huawei pour son infrastructure de service et stockage en France.

En Belgique, Huawei fournit depuis dix ans déjà les stations de base des réseaux de Proximus et Orange Belgium. Telenet se procure ses appareils de réseau chez ZTE.

Donc il y a un coût concurrentiel à payer pour les pays qui n’utiliseraient pas Huawei pour dépendre des US plutôt que la Chine. Car c’est de celà qu’il s’agit à mon sens. Dans quels bras, les pays se jetteraient si il y avait un conflit entre les US et la Chine? Si les pays avaient une économie qui dépendait de la Chine, je suis moins sûr qu’ils se rangeraient du coté de Trump…

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[BFMTV] 30 ans du Web: HTTP, URL… ce que signifient ces acronymes qui nous connectent

Créées à la fin des années 80, ces technologies constituent encore aujourd’hui les bases du Web, tel qu’il est utilisé par la plupart des internautes dans le monde.

Vague, mais prometteur”. C’est ainsi que le projet de Tim Berners-Lee, alors informaticien, fut accueilli le 12 mars 1989 par le Cern, le laboratoire européen pour la physique des particules. L’idée de son système : permettre à tous les chercheurs de partager l’information et d’y accéder à distance. Quelques schémas incompréhensibles pour le profane, qui ont posé les fondations du Web tel que nous le connaissons. Tim Berners-Lee commence par nommer son projet : WorldWideWeb. […]

https://www.bfmtv.com/tech/30-ans-du-web-http-url-ce-que-signifient-ces-acronymes-qui-nous-connectent-1650047.html

NDLRP : retrouvez l’extrait du reportage vidéo avec l’apparition de Benjamin Bayart et d’Arthur Messaud sur le peertube de La Quadrature du Net.

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Blog : « Pour de vrai »

Ce billet a commencé bizarrement quand j’ai entendu un inédit de Tom Petty en revenant chez moi, à la radio. Intitulé « For Real », il répondait bizarrement à mon billet de la semaine précédente, que je venais justement de finir de corriger. Il y a des moments comme cela où une chanson nous interpelle, agit mystérieusement… Lire la suite Blog : « Pour de vrai »

Vous avez 4 heures

Je me suis dit que ça pourrait être marrant de vous faire participer aux casse-têtes auxquels je suis confronté. Je lance le truc pour voir si ça vous plaît/amuse, si il n’y a pas de retours je remballerai mon idée ha ha.

On m’a demandé de récupérer les logs du 22/01 à partir de 11h40 sur quelques 130 serveurs. On peut utiliser ansible ou un outil de ce type pour balancer la commande sur tous ces serveurs mais comment récupérer tous les logs (ligne entière) à partir de 11h40 ?

Ci-dessous 50 lignes de logs d’un serveur (j’ai trafiqué et tronqué les infos) qui vous serviront à tester la solution que vous proposez, je vous invite à les copier-coller dans un fichier sur votre poste pour effectuer vos tests. Tous les coups sont permis : Scripts (tous langages : Python, Perl…), shell one-liner, site web qui fournit la solution en 1 clic, corruption de l’auteur (je suis hétérosexuel et j’accepte les virements bancaires), etc.

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Vous avez le droit de poser des questions. Je laisse jusqu’à lundi 17h30 puis je fermerai les commentaires, ça laisse du temps pour ceux qui voudraient s’amuser dessus ce week-end. Je fournirai ensuite une solution (la mienne) soit dans les commentaires soit dans un autre article.

En général on a un temps imparti pour effectuer une tâche : Vous avez 4 heures.

[RadioCauseCommune] Règlement terroriste, Pépites libres, Fund the Code!

La seizième émission Libre à vous ! de l’April a été diffusée en direct mardi 12 mars 2019 de 15 h 30 à 17 h 00.

Nous avons commencé par la troisième chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, président de l’April. Nous avons enchainé avec notre sujet principal qui portait sur le projet de règlement terroriste / censure sécuritaire avec nos invités : Arthur Messaud et Martin Drago de La Quadrature du Net. Nous avons poursuivi par une interview de présentation de l’initiative Fund the Code! avec Louis-David Benyayer. Nous avons terminé par diverses annonces. […]

https://cause-commune.fm/podcast/reglement-terroriste-pepites-libres-fund-the-code/

https://april.org/emission-libre-a-vous-diffusee-mardi-12-mars-2019-sur-radio-cause-commune-reglement-terroriste-pepit

Transcription de l’émission par l’équipe Transcriptions de l’APRIL : https://april.org/libre-a-vous-radio-cause-commune-transcription-de-l-emission-du-12-mars-2019

NDLRP : retrouvez sur le peertube de La Quadrature du Net l’interview d’Arthur et Martin sur la proposition de règlement terroriste et la censure sécuritaire.

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La rencontre des SHS et des sciences de l’informatique

Un nouvel « Entretien autour de l’informatique ». Françoise Thibault est à l’origine vidéaste et spécialiste de littérature et de cinéma. Devenue chercheuse en sciences de l’information et de la communication, elle a lancé les premiers Campus numériques français. Elle a imaginé et dirigé de nombreux programmes consacrés au numérique dans l’enseignement supérieur et la recherche en France et en Europe. Ses travaux scientifiques portent depuis vingt ans sur la compréhension des phénomènes liés à l’informatisation du monde universitaire. Elle est déléguée générale de l’alliance nationale des sciences humaines et sociales (Athéna). Claire Mathieu et Pierre Paradinas
Cet article est publié en collaboration avec The Conversation.

Françoise Thibault

B : pouvez-vous nous parler de votre domaine de recherche ?

FT : plus que de parler des sujets sur lesquels je travaille ou j’ai travaillé, j’aimerais évoquer les outils intellectuels avec lesquels je regarde les réalités sociales qui m’intéressent et avec lesquels j’aborde des questions qui me préoccupent. J’ai d’abord étudié la littérature et le cinéma, puis la sociologie. Cette dernière m’a conduite à m’interroger sur les transformations des organisations humaines et j’ai gardé de mes premiers intérêts le goût pour les outils et les formes de communication. Le pluriel des sciences humaines et sociales (SHS) revêt ainsi un sens profond pour moi et c’est dans le croisement des disciplines que j’ai trouvé matière à forger mes instruments pour regarder et analyser. J’ai toujours préféré, pour moi-même, les bricolages disciplinaires rigoureux aux chemins bien tracés des grandes théories scientifiques.

D’autant qu’à ce monde des SHS se sont mêlés deux autres univers qui m’ont guidée, inspirée, et interrogée. Le premier, familier, c’est celui des artistes, surtout des artistes de l’image. Le deuxième, celui de l’informatique, m’était au départ plus lointain. Au fil de ma carrière, le dialogue avec les chercheurs en sciences de l’informatique s’est enrichi. Partant, d’un questionnement sur les usages sociaux des applications informatiques, il s’est déplacé vers des interrogations sur le temps et le sens de l’innovation technologique et scientifique dans la société. Partager avec des chercheurs en informatique à la fois le besoin d’histoire et les questionnements sur les transformations sociales passées et à venir a constitué pour moi une belle ouverture qui a battu en brèche la figure de l’informaticien centré sur la puissance de calcul et la dernière innovation technologique et qui m’a ouvert des horizons tout à fait passionnants

Échanges entre humanités et informatique, Saint-Oma

B : pourquoi la création artistique vous intéresse-t-elle ?

FT : parce qu’elle interroge, parfois même provoque la pratique scientifique mais peut aussi être à l’origine de nouveaux espaces de diffusion des savoirs scientifiques. Je pense à un expérience théâtrale récente pour moi où le travail du metteur en scène, Thomas Ostermeier, sur le texte « Retour à Reims » du sociologue Didier Eribon donne littéralement à voir dans l’espace scénique les multiples niveaux de la réalité sociale et politique décrite par le sociologue.

Ainsi, les SHS comme les sciences de l’informatique à mon sens, peut-être plus encore que d’autres sciences, sont interpellées par les artistes qui trouvent dans ces deux grands domaines de recherche de nouvelles formes d’expression et des territoires à explorer. Les échanges entre ces trois mondes me paraissent essentiels pour les uns comme pour les autres car ils favorisent les déplacements du regard et les décentrements. Ils contribuent, ce faisant, à sortir des routines stériles qui existent tout autant dans les sphères de la science que dans celles de la création.

Un autre exemple me vient en tête que je tire du dernier ouvrage de Pierre Mounier sur les humanités numériques. La science comme les autres secteurs de l’activité humaine est traversée, plus encore aujourd’hui, par des phénomènes de modes marqués par la production de mots « fétiches » qui se trouvent brutalement dotés d’un intérêt difficilement contestable. Actuellement c’est le cas du terme de données. Il est pourtant indubitable que ce mot recouvre des réalités tellement différentes qu’il en perd son intérêt scientifique mais cette critique a bien des difficultés à se faire entendre. Johanna Drucker, femme chercheure et artiste des humanités numériques propose une alternative. Elle préfère les « capta » aux « data ». C’est une façon pour elle de rappeler que toute donnée est le résultat d’une opération de captage non indépendante de l’outil qui capte et de l’inventeur de la machine à capter. Ses installations en sont en quelque sorte une illustration. Cette posture me semble particulièrement éclairante transposée dans l’espace scientifique actuel.

Enfin, j’évoquerai les vidéastes, et leurs goûts pour les explorations d’écrans, qui ont très tôt travaillé avec des chercheurs en informatique. Nul besoin de rappeler combien la création de mondes virtuels ou la recréation virtuelle de mondes anciens bien réels ont mobilisé et mobilisent tout autant chercheurs en informatique et artistes.

Bien que la circulation d’idées entre les mondes de la recherche et ceux de la création se soit peu à peu imposée comme une source pour l’innovation, il nous reste des progrès à faire pour que les universités et les centres de recherche s’ouvrent plus systématiquement à ces collaborations.

B : pouvez-vous maintenant aborder la question des différences entre les SHS et les sciences de l’informatique ?

FT : pour pouvoir donner quelques éléments de réponse à l’épineuse question des différences, j’aimerais revenir sur une caractéristique partagée : ces deux grands domaines sont mal connus dans leur globalité. Ainsi, communément on oublie la dimension fondamentale des sciences de l’informatique pour ne conserver que la dimension applicative. On reproche souvent aux sciences humaines et sociales de produire des opinions destinées à conforter des postures critiques et non de produire des connaissances.

Mais, au-delà des différences évidentes de leurs sujets d’études, j’aimerais souligner l’importance des liens qui existent entre les sciences de l’informatique et les SHS. Très tôt, l’informatique s’est imposée comme une ressource indispensable aux sciences sociales notamment pour le traitement des grandes enquêtes. Et c’est au lendemain de la deuxième guerre mondiale que s’est développée ce qu’on appelle aujourd’hui la lexicométrie, pour appréhender par l’informatique, l’analyse de grands corpus de textes. L’exemple le plus connu est celui du prêtre jésuite Roberto Busa, qui a travaillé sur la Somme théologique de Thomas d’Aquin. Allant aux USA à la fin des années 40, il a rencontré Thomas J. Watson, le fondateur d’IBM qui soutiendra son projet d’encodage du texte de Thomas d’Aquin. Il faudra près de trente ans pour faire aboutir ce projet scientifique qui doit tout au travail conjoint d’un ingénieur et d’un chercheur. Les années 1980 voient l’émergence des humanités numériques. Les exemples sont ainsi nombreux qui attestent de nouvelles découvertes sur les textes (et parfois sur les images) permises par la puissance de calcul des ordinateurs (William Blake Archive, la Dante Gabriel Rosetti Archive, Hyper Nietzsche… »). A partir des années 1990, aux USA puis ailleurs, se développeront des centres d’humanités numériques, véritables creusets du renouvellement des sciences humaines.

B : est-ce que tout cela reste une interprétation humaine, ou est-ce que ça utilise des outils d’intelligence artificielle ?

FT : la richesse des humanités, à mon avis, réside à la fois dans la perception fine de l’intervention humaine et dans la puissance créatrice de l’interprétation. Une tendance plus radicale des humanités numériques existe bien qui rêve de faire sortir l’humain des humanités grâce à l’informatique et à toutes les opérations qu’elle permet de réaliser sur un texte. Ses défenseurs pensent qu’on peut échapper à l’interprétation humaine de la littérature en la transformant en graphes, cartes de connaissances et autres modèles qui seraient plus scientifiques parce que non contaminés par le caractère polysémique et contextuel du langage. Le projet idéal consisterait à cartographier totalement les échanges, numériser l’ensemble de la littérature du monde, puis, à imaginer, avec ces « données », embrasser la culture du monde. Quel est l’horizon d’une telle approche imaginée par des Daniel Dennett, David Deutsch, Jonathan Basile et bien d’autres ?  Comme l’écrivait Paul Valéry tout projet de « bibliothèque de Babel » souffre de l’incapacité à opérer une action fondamentale qui est celle de la sélection.  N’est-on pas plus rigoureusement « scientifique » quand on est capable à tout moment de concevoir les limites et le sens de l’entreprise scientifique qui opère des choix fondés sur des hypothèses et des critères formalisés ?

La grande force des chercheurs en humanités me semble résider dans la reconnaissance du caractère relatif et inépuisable de l’interprétation et dans la capacité à questionner la question. Cette qualité fait souvent défaut à la sphère de la technoscience qui se troue emportée par l’impératif de l’innovation technologique. Mais, même si l’époque est difficile pour les humanités, on peut supposer (et espérer) que les rappels à l’ordre écologique, sociaux et économiques vont remettre au goût du jour cette question radicale du sens de la recherche scientifique.

B : vous vous êtes beaucoup impliquée dans Huma-Num. Vous pouvez nous en dire quelques mots ?

FT : avant de parler d’Huma-Num proprement dit, j’aimerais prolonger les réflexions précédentes en rappelant l’importance, trop souvent méconnue, de l’alliance stratégique des sciences de l’informatique et des sciences humaines et sociales dans l’évolution de la conception des infrastructures de recherche.

Jusqu’au milieu des années 2000, les « grandes infrastructures de recherche » recouvraient des instruments de physique tel le CERN, des instruments d’observation des océans (la flotte) ou de l’espace (les très grands télescopes). On doit à la Commission européenne d’avoir mandaté, en 2004, un groupe de scientifiques composé de nombreux chercheurs de tous horizons disciplinaires dont l’informatique, la biologie et les SHS pour former un forum de réflexion sur les infrastructures de recherche (European Strategy Forum on Research Infrastructures -ESFRI-).

ESFRI a produit en 2006, la première « European roadmap for research infrastructures » dans laquelle figuraient notamment des infrastructures en SHS, toutes numériques. Alors que j’étais en fonction au ministère en charge de la recherche, j’ai œuvré, avec le sociologue Philippe Casella, à l’émergence d’un groupe de ce type au niveau national et nous avons proposé la création, en 2008, de deux grandes infrastructures numériques pour les SHS. Nous avons construit la première avec l’ambition de développer les humanités numériques en France. Il s’agit d’HUMA-NUM. La seconde a été pensée autour de la production et de la gestion partagées des données quantitatives (grandes enquêtes, bases de données). Il s’agit de PROGEDO. Si cette très grande infrastructure est moins connue que la première, à l’aune du rôle crucial des algorithmes dans la société, ses enjeux scientifiques sont majeurs.

HUMA-NUM en deux mots, c’est à la fois une plateforme technologique et un ensemble de plusieurs réseaux de chercheurs (consortiums) engagés dans les humanités numériques. Isidore, outil de collectes et de signalement des données, est un des services les plus connus. Il est complété par une gamme d’outils de stockage des données et par Nakala qui permet d’accéder aux données et de les exploser. Les consortiums se rassemblent autour de thématiques et d’objets communs comme par exemple les sources médiévales, les cartes des géographes, les archives des ethnologues… HUMA-NUM est ainsi à fois un lieu d’invention technologique et de forte activité scientifique.

B : un dernier mot ?

FT : Déjà riche, l’histoire qui lie les sciences de l’informatique et les sciences humaines et sociales me semble loin d’être totalement écrite et c’est pour moi une très bonne nouvelle.

Entretien réalisé par Claire Mathieu et Pierre Paradinas.